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Araméen biblique

Unité 1 — Écriture et écarts

L’écriture carrée est araméenne, les cinq écarts, le corpus, et Genèse 31,47

0lexèmes acquis
0versets traduits
0cartes dues

Première unité d’un parcours qui suppose l’hébreu acquis. Un seul fait nouveau, et il surprend : l’écriture que vous avez apprise pour l’hébreu est une écriture araméenne. Vous savez donc déjà lire l’araméen ; il reste à apprendre ce qui le distingue.

1. Point de grammaire — l’écriture carrée

L’hébreu de l’époque royale s’écrivait dans un alphabet différent, dit paléo-hébreu, proche du phénicien. L’écriture carrée — celle des bibles imprimées, celle que le parcours d’hébreu vous a enseignée — est l’écriture araméenne impériale, adoptée par les Judéens après l’exil, lorsque l’araméen était la langue administrative de l’empire perse.

Ce que la tradition en a retenu. Le Talmud de Babylone (Sanhédrin 21b) rapporte que la Torah fut d’abord donnée en écriture hébraïque, puis donnée à nouveau au temps d’Esdras en écriture « assyrienne » — כְּתָב אַשּׁוּרִי. Le nom même de l’écriture carrée dans la tradition juive dit donc son origine étrangère.

Deux faits le confirment. Les Samaritains ont conservé l’ancien alphabet et l’emploient encore pour leur Pentateuque. Et plusieurs manuscrits de Qumrân, écrits en écriture carrée, notent le seul Tétragramme en caractères paléo-hébreux — comme si le nom divin devait garder l’écriture ancienne.

2. Ce que l’hébreu ne prépare pas

La vocalisation est la même, les consonnes aussi, le système des racines également. Cinq différences suffisent à dérouter qui lit l’araméen comme de l’hébreu, et chacune fera l’objet d’une unité.

TraitHébreuAraméenUnité
Détermination — l’articleהַמֶּלֶךְמַלְכָּא3 — l’article est un suffixe
Pluriel masculinמְלָכִיםמַלְכִין4 — ־ִין et non ־ִים
Relatif et génitifאֲשֶׁרדִּי6 — une seule particule, deux fonctions
Correspondances consonantiquesזָהָב — orדְּהַב — or2 — des lois régulières
Récitוַיֹּאמֶר — wayyiqtolוְאָמַר — accompli et participes7 — pas de waw inversif

La dernière ligne est la plus importante pour la lecture. L’araméen biblique ne connaît pas le wayyiqtol : le récit y avance par l’accompli, et très souvent par le participe. Le dispositif narratif qui occupait les unités 15 et 16 du parcours d’hébreu n’existe pas ici, et c’est ce qui donne aux chapitres araméens de Daniel leur rythme si différent.

3. Le corpus

Il tient en quatre ensembles, et il est le seul corpus biblique qu’on puisse lire intégralement.

PassageÉtendueContenu
Daniel 2,4b – 7,28env. 200 versetsLe songe de la statue, la fournaise, la folie de Nabuchodonosor, le festin de Balthazar, la fosse aux lions, les quatre bêtes
Esdras 4,8 – 6,18 et 7,12-26env. 67 versetsCorrespondance administrative avec la cour perse, décrets royaux
Jérémie 10,111 versetUne formule isolée, au milieu d’un chapitre hébreu
Genèse 31,472 motsLe nom araméen d’un monument — l’atelier de cette unité

Le passage de l’hébreu à l’araméen, dans Daniel, se fait au milieu d’un verset : en 2,4, les astrologues répondent au roi אֲרָמִית, « en araméen », et le texte bascule avec eux. Le mot fonctionne comme une indication de langue, et c’est ainsi que les Massorètes l’ont compris.

4. Lexique

Les comptes d’occurrences de l’araméen biblique sont donnés arrondis : ils varient d’un lexique à l’autre selon la manière de compter les formes. Notez בַּר, « fils » : c’est lui qu’on entend dans Barabbas, Barnabé, Barthélemy, Bar-Jona — tous noms araméens transcrits dans le Nouveau Testament, là où l’hébreu dirait בֶּן.

FormeTranslittérationSensOccurrences
מֶלֶךְmélekhroienv. 180
אֱלָהּélahDieu, dieuenv. 95
דִּיdiqui, que ; de (relatif et génitif)env. 350
כֹּלkoltout, chaqueenv. 82
אֲמַרamardireenv. 71
הֲוָהhawaêtre, devenirenv. 71
שְׁמַיִןshemayincieuxenv. 38
אֲרַעaraterreenv. 21
יְגַרyegarmonceau (de pierres)1 — hapax
שָׂהֲדוּsahadoutémoignage1 — hapax
בַּרbarfilsenv. 19
אֱנָשׁénashhomme, être humainenv. 25

Révision

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5. Analyse — hébreu ou araméen ?

בַּר אֱנָשׁ

6. Atelier de traduction — Genèse 31,47

Le premier araméen de la Bible, et le moyen le plus clair de comprendre la relation entre les deux langues : un même monument, nommé deux fois dans le même verset, en araméen puis en hébreu.

וַיִּקְרָא־לוֹ לָבָן יְגַר שָׂהֲדוּתָא וְיַעֲקֹב קָרָא לוֹ גַּלְעֵד
Forme
וַיִּקְרָא־לוֹ
Translittération
wa-yiqra lo
Analyse
Hébreuwayyiqtol de ק־ר־א + לוֹ
Sens
et il l’appela
Note
Le verset est en hébreu : seuls les deux mots de Laban sont araméens.
Forme
לָבָן
Translittération
Lavan
Analyse
Nom propre
Sens
Laban
Note
Laban est araméen — Gn 25,20 le dit « l’Araméen » —, et il nomme le monument dans sa langue.
Forme
יְגַר
Translittération
yegar
Analyse
Araméen — nom masculin, état construit
Sens
monceau de
Note
Racine sans équivalent en hébreu biblique, qui dit גַּל.
Forme
שָׂהֲדוּתָא
Translittération
sahadouta
Analyse
Araméen — nom féminin à l’état emphatique
Sens
du témoignage
Note
La terminaison ־תָא est l’article araméen, placé à la fin du mot. C’est le trait de l’unité 3.
Forme
וְיַעֲקֹב
Translittération
we-Yaaqov
Analyse
Hébreu — conjonction + nom propre, sujet antéposé
Sens
et Jacob
Note
Le sujet précède le verbe : la proposition marque un contraste — unité 16 du parcours d’hébreu.
Forme
קָרָא
Translittération
qara
Analyse
Accompli qal 3e masc. sg.
Sens
appela
Note
Forme
לוֹ
Translittération
lo
Analyse
לְ + suffixe
Sens
l’
Note
Forme
גַּלְעֵד
Translittération
Galéd
Analyse
Hébreu — גַּל + עֵד
Sens
Galed
Note
גַּל monceau, עֵד témoin. Le même sens que les deux mots araméens.

Traduction littérale : « Et Laban l’appela Yegar-Sahadouta, et Jacob l’appela Galed. »

Le verset met côte à côte deux noms qui disent la même chose — « monceau du témoignage » — dans deux langues. Laban l’Araméen parle araméen, Jacob parle hébreu, et le narrateur prend soin de conserver les deux. Le procédé indique que l’auteur savait la différence et tenait à la marquer : les patriarches et leurs parents d’Aram ne parlaient pas la même langue.

Le fait grammatical à retenir est la terminaison ־תָא de שָׂהֲדוּתָא. Elle est l’équivalent araméen de l’article hébreu, mais placée à la fin du mot. « Le témoignage » se dit en hébreu הָעֵדוּת, en araméen שָׂהֲדוּתָא. C’est l’écart le plus important entre les deux langues et l’objet de l’unité 3.

La construction rappelle aussi un fait d’histoire : les ancêtres d’Israël sont présentés comme venant d’Aram. Dt 26,5 le dit dans la formule liturgique des prémices — אֲרַמִּי אֹבֵד אָבִי, « mon père était un Araméen errant ». L’araméen n’est donc pas, dans la mémoire biblique, une langue étrangère : c’est la langue de la parenté.

7. Pour la prochaine séance

Relisez les cinq différences du tableau : elles sont le plan du parcours. L’unité 2 traitera des correspondances consonantiques — les lois régulières qui permettent de reconnaître un mot hébreu sous sa forme araméenne.