Aller au contenu principal Aller au contenu principal

Araméen biblique

Unité 2 — Correspondances consonantiques

Les quatre lois de passage, les aramaïsmes, et Jérémie 10,11

0lexèmes acquis
0versets traduits
0cartes dues

Un seul fait nouveau : les consonnes de l’hébreu et de l’araméen se correspondent selon des lois régulières. Là où l’hébreu a un ז, l’araméen a souvent un ד ; là où l’hébreu a un שׁ, l’araméen a souvent un ת. Ces lois permettent de reconnaître des centaines de mots sans les avoir appris.

1. Point de grammaire — les quatre correspondances

Elles s’expliquent par l’histoire des deux langues. Le sémitique ancien possédait des consonnes que l’hébreu et l’araméen ont simplifiées chacun à sa manière. Là où les deux langues divergent, c’est qu’elles ont réduit différemment un même son d’origine.

HébreuAraméenExemplesSens
זדזָהָב → דְּהַב ; זֶה → דְּנָה ; זָבַח → דְּבַחor ; ceci ; sacrifier
שׁתשָׁלֹשׁ → תְּלָת ; שׁוּב → תּוּב ; שֶׁלֶג → תְּלַגtrois ; revenir ; neige
צטצֵל → טְלַל ; נָצַר → נְטַרombre ; garder
צע — anciennement קאֶרֶץ → אֲרַע, et אֲרַקterre
La quatrième loi est la plus instructive. Le mot « terre » se dit en hébreu אֶרֶץ ; en araméen ancien אֲרַק, avec un qof ; en araméen plus récent אֲרַע, avec un ayin. La consonne d’origine a donc évolué au cours de l’histoire de l’araméen lui-même, et les deux formes coexistent dans la Bible. L’atelier de cette unité les place dans le même verset.

2. Ce que ces lois permettent

Reconnaître. Un mot araméen inconnu peut souvent être ramené à un mot hébreu connu en appliquant les correspondances à l’envers : תְּבַר est שָׁבַר, briser ; דְּכַר est זָכָר, mâle ; תּוֹר est שׁוֹר, taureau.

Dater. La présence de formes anciennes ou récentes aide à situer un texte — et le mélange des deux, comme en Jérémie 10,11, pose la question de sa composition.

Se méfier. Toutes les ressemblances ne relèvent pas de ces lois. L’hébreu biblique tardif a emprunté des mots araméens tels quels, et la présence d’aramaïsmes est l’un des critères de datation des livres les plus récents — Qohélet, Esther, les Chroniques. Un mot hébreu qui a la forme araméenne est souvent un emprunt, non un cognat.

Une conséquence pour l’hébreu que vous avez appris. Les dictionnaires hébreux signalent les aramaïsmes, et ils sont nombreux dans les textes postexiliques. Le mot מַלְכוּת, « royaume », fréquent dans Esther, Daniel et les Chroniques, a la terminaison araméenne en ־וּת ; l’hébreu ancien dit plutôt מַמְלָכָה. Savoir l’araméen, c’est aussi mieux dater l’hébreu.

3. Lexique

Notez la paire עֲבַד et אֲבַד, qui ne diffèrent que par la gutturale initiale : « faire » et « périr ». Elles sont employées côte à côte dans l’atelier, et le jeu est probablement voulu.

FormeTranslittérationSensOccurrences
דְּהַבdehavorenv. 23
דְּנָהdenaceci, celui-cienv. 58
תְּלָתtelattroisenv. 11
תּוּבtouvrevenirenv. 8
אֲרַקaraqterre (forme ancienne)1 — hapax
עֲבַדavadfaire, fabriquerenv. 28
אֲבַדavadpérirenv. 7
תְּחוֹתtehotsousenv. 5
כִּדְנָהkidnaainsienv. 5
לָאlane… pasenv. 82
מִןminde, depuisenv. 119
אֵלֶּהélléces (démonstratif)1 — hapax

Révision

Cliquez pour révéler, puis notez votre rappel. Les cartes échouées reviennent le jour même.

4. Analyse — retrouver l’hébreu

תְּלַג

5. Atelier de traduction — Jérémie 10,11

Le seul verset araméen du livre de Jérémie, enchâssé dans un chapitre hébreu. Il contient les deux formes du mot « terre », l’ancienne et la récente.

כִּדְנָה תֵּאמְרוּן לְהוֹם אֱלָהַיָּא דִּי־שְׁמַיָּא וְאַרְקָא לָא עֲבַדוּ יֵאבַדוּ מֵאַרְעָא וּמִן־תְּחוֹת שְׁמַיָּא אֵלֶּה
Forme
כִּדְנָה
Translittération
kidna
Analyse
כְּ + דְּנָה
Sens
ainsi
Note
דְּנָה est le זֶה hébreu — première loi.
Forme
תֵּאמְרוּן
Translittération
témroun
Analyse
Inaccompli 2e masc. pl. de א־מ־ר
Sens
vous direz
Note
Terminaison ־וּן au lieu de l’hébreu ־וּ : le noun final est un trait araméen.
Forme
לְהוֹם
Translittération
lehom
Analyse
לְ + suffixe 3e masc. pl.
Sens
à eux
Note
Hébreu : לָהֶם.
Forme
אֱלָהַיָּא
Translittération
elahayya
Analyse
Nom masculin pluriel, état emphatique
Sens
les dieux
Note
Terminaison ־ַיָּא : pluriel déterminé — unité 3.
Forme
דִּי־שְׁמַיָּא
Translittération
di-shemayya
Analyse
Relatif + nom emphatique
Sens
qui… les cieux
Note
דִּי remplace אֲשֶׁר.
Forme
וְאַרְקָא
Translittération
we-arqa
Analyse
Conjonction + forme ancienne du mot « terre », emphatique
Sens
et la terre
Note
Avec qof : forme archaïque.
Forme
לָא
Translittération
la
Analyse
Négation
Sens
ne… pas
Note
Hébreu : לֹא.
Forme
עֲבַדוּ
Translittération
avadou
Analyse
Accompli 3e masc. pl. de ע־ב־ד
Sens
ont fait
Note
Forme
יֵאבַדוּ
Translittération
yévadou
Analyse
Inaccompli 3e masc. pl. de א־ב־ד
Sens
périront
Note
Jeu sonore avec le mot précédent : avadouyévadou, « ils ont fait » — « ils périront ».
Forme
מֵאַרְעָא
Translittération
mé-arâ
Analyse
מִן + forme récente du mot « terre », emphatique
Sens
de la terre
Note
Avec ayin : forme plus récente. Les deux formes sont dans le même verset.
Forme
וּמִן־תְּחוֹת
Translittération
ou-min-tehot
Analyse
Conjonction + מִן + תְּחוֹת
Sens
et de sous
Note
תְּחוֹת est l’hébreu תַּחַת.
Forme
שְׁמַיָּא
Translittération
shemayya
Analyse
Emphatique pluriel
Sens
les cieux
Note
Forme
אֵלֶּה
Translittération
éllé
Analyse
Démonstratif pluriel
Sens
ces
Note
Forme hébraïque plutôt qu’araméenne, qui dirait אִלֵּין. Un indice de plus sur la composition du verset.

Traduction littérale : « Ainsi vous leur direz : les dieux qui n’ont pas fait les cieux et la terre périront de la terre et de sous ces cieux. »

Le verset réunit deux états de la langue. אַרְקָא, avec un qof, est la forme ancienne du mot « terre » ; אַרְעָא, avec un ayin, la forme récente. Leur coexistence dans la même phrase est l’illustration la plus nette de la quatrième loi — et elle pose une question : pourquoi un même scribe écrirait-il le même mot de deux manières ?

Plusieurs réponses sont proposées. Une variation stylistique, pour éviter la répétition. Un texte composé de deux couches. Une formule traditionnelle, citée telle quelle avec ses archaïsmes. Aucune n’est démontrée, et la présence du démonstratif hébreu אֵלֶּה à la fin ajoute à l’incertitude.

Sur la fonction du verset : il interrompt une polémique hébraïque contre les idoles et s’adresse visiblement aux exilés, pour leur fournir une réponse dans la langue de leurs voisins. Le jeu sonore entre עֲבַדוּ, « ils ont fait », et יֵאבַדוּ, « ils périront », donne à la formule sa force mémorielle : les dieux qui n’ont rien fait disparaîtront. C’est une phrase conçue pour être répétée.

6. Pour la prochaine séance

Appliquez les quatre lois à dix mots araméens pris au hasard dans Daniel 2 : vous en reconnaîtrez plus de la moitié. L’unité 3 traitera du trait distinctif majeur de l’araméen — l’article placé à la fin du mot.