Langues bibliques
Ἑλληνικὴ Κοινή
Grec koinè — la langue du Nouveau Testament
Alphabet, déclinaisons, système verbal, et lectures annotées de Jean 1,1 et Romains 3,28. Conventions SBL.
Le grec κοινή (koinê, commune
) est la langue véhiculaire de la Méditerranée orientale après les conquêtes d'Alexandre le Grand (336-323 av. J.-C.) jusqu'à environ 600 ap. J.-C. Elle dérive du dialecte attique simplifié et est devenue la langue universelle du monde hellénistique. Le NT (27 livres) est intégralement écrit en koinè, ainsi que la Septante (LXX, IIIe-IIe s. av. J.-C.) — la traduction grecque de l'AT hébreu utilisée par les apôtres et l'Église primitive.
Texte de référence pour le NT : Novum Testamentum Graece (Nestle-Aland, NA28, 28e éd., 2012) et The Greek New Testament (UBS5, 5e éd., 2014, identique au NA28 quant au texte mais avec un appareil critique différent). Pour la LXX : éd. Rahlfs-Hanhart, Septuaginta (Stuttgart : DBG, 2006).
L'alphabet grec — 24 lettres
L'alphabet grec a été dérivé du phénicien vers le IXe siècle av. J.-C., avec l'innovation décisive d'utiliser certains signes consonantiques sémitiques inutiles en grec pour noter les voyelles — révolution qui fait du grec le premier alphabet véritablement vocalique de l'histoire. La forme classique est fixée à Athènes en 403 av. J.-C. par l'archonte Euclide.
- Translit.
- a
- Valeur
- 1
Voyelle brève ou longue selon la position.
- Translit.
- b
- Valeur
- 2
Occlusive labiale sonore.
- Translit.
- g
- Valeur
- 3
Occlusive vélaire sonore. Devant κ, γ, χ, ξ : prononcé [n] — c'est le gamma nasal.
- Translit.
- d
- Valeur
- 4
Occlusive dentale sonore.
- Translit.
- e
- Valeur
- 5
E bref. ψιλόν = simple, lisse.
- Translit.
- z
- Valeur
- 7
Prononcé [zd] en attique classique, [dz] ou [z] en koinè.
- Translit.
- ê / ē
- Valeur
- 8
E long ouvert. En koinè tardive et byzantine, prononcé [i] (itacisme).
- Translit.
- th
- Valeur
- 9
Aspirée dentale [tʰ] en classique, fricative [θ] en koinè tardive.
- Translit.
- i
- Valeur
- 10
Bref ou long. Iota souscrit (ᾳ ῃ ῳ) muet en koinè.
- Translit.
- k
- Valeur
- 20
Occlusive vélaire sourde.
- Translit.
- l
- Valeur
- 30
Liquide latérale.
- Translit.
- m
- Valeur
- 40
Nasale labiale.
- Translit.
- n
- Valeur
- 50
Nasale dentale.
- Translit.
- x
- Valeur
- 60
Double consonne [ks].
- Translit.
- o
- Valeur
- 70
O bref. μικρόν = petit, par opposition à oméga.
- Translit.
- p
- Valeur
- 80
Occlusive labiale sourde.
- Translit.
- r / rh
- Valeur
- 100
Vibrante. En début de mot, toujours avec esprit rude (ῥ) → translit. rh.
- Translit.
- s
- Valeur
- 200
σ en début/milieu de mot, ς en fin de mot. Sifflante sourde.
- Translit.
- t
- Valeur
- 300
Occlusive dentale sourde.
- Translit.
- u / y
- Valeur
- 400
U fermé [y] en classique. En diphtongues : ου = [u], αυ, ευ = [aw, ew].
- Translit.
- ph
- Valeur
- 500
Aspirée labiale [pʰ] en classique, fricative [f] en koinè.
- Translit.
- ch / kh
- Valeur
- 600
Aspirée vélaire [kʰ] en classique, fricative [x] en koinè.
- Translit.
- ps
- Valeur
- 700
Double consonne [ps].
- Translit.
- ô / ō
- Valeur
- 800
O long ouvert. μέγα = grand, par opposition à omicron.
Esprits, accents, ponctuation
Toute voyelle ou diphtongue en début de mot porte un esprit : esprit doux (᾿) sans aspiration, ou esprit rude (῾) prononcé /h/. Trois accents : aigu (´), grave (`), circonflexe (῀) — d'origine mélodique en grec ancien, devenus dynamiques en koinè. Ponctuation propre : point en haut (·) = point-virgule, point d'interrogation (;) écrit comme notre point-virgule.
Le système nominal — Trois déclinaisons
Le nom grec se décline selon cinq cas : nominatif (sujet), vocatif (apostrophe), accusatif (COD), génitif (complément du nom, possession), datif (COI, lieu, instrument). Trois nombres : singulier, pluriel, et duel (rare en koinè). Trois genres : masculin, féminin, neutre.
Première déclinaison — Thèmes en α / η
Le grec classique distingue trois sous-types de la première déclinaison selon la nature de l'α au nominatif :
| Cas | α pur (féminin) | η (féminin) | α impur (féminin) |
|---|---|---|---|
| Nom. sg. | ἡμέρα (jour) | ψυχή (âme) | θάλασσα (mer) |
| Voc. sg. | ἡμέρα | ψυχή | θάλασσα |
| Acc. sg. | ἡμέραν | ψυχήν | θάλασσαν |
| Gén. sg. | ἡμέρας | ψυχῆς | θαλάσσης |
| Dat. sg. | ἡμέρᾳ | ψυχῇ | θαλάσσῃ |
Distinctions : α pur (α maintenu à tous les cas du singulier après ε, ι, ρ) ; η (la voyelle longue η apparaît dans les autres contextes) ; α impur (α au nominatif/accusatif, mais η au génitif/datif).
Deuxième déclinaison — Thèmes en ο
Masculins (et quelques féminins) en -ος ; neutres en -ον. Type pour le NT : λόγος (parole, raison) et ἔργον (œuvre).
| Cas | Masculin (λόγος) | Neutre (ἔργον) |
|---|---|---|
| Nom. sg. | λόγος | ἔργον |
| Voc. sg. | λόγε | ἔργον |
| Acc. sg. | λόγον | ἔργον |
| Gén. sg. | λόγου | ἔργου |
| Dat. sg. | λόγῳ | ἔργῳ |
| Nom./Voc. pl. | λόγοι | ἔργα |
| Acc. pl. | λόγους | ἔργα |
| Gén. pl. | λόγων | ἔργων |
| Dat. pl. | λόγοις | ἔργοις |
Troisième déclinaison — Thèmes consonantiques et en ι/υ
Très diverse, regroupant tous les thèmes ne relevant pas des deux premières déclinaisons. Reconnaissable au génitif singulier en -ος. Exemples NT : πατήρ, πατρός (père) ; πίστις, πίστεως (foi) ; σῶμα, σώματος (corps) ; βασιλεύς, βασιλέως (roi).
Le verbe — Le paradigme εἰμί (être)
Le verbe εἰμί (eimi, je suis) est le verbe le plus fréquent du NT (~2 460 occurrences). Il est irrégulier et athématique (sans voyelle thématique). Sa maîtrise est essentielle car il sert de copule dans la quasi-totalité des constructions prédicatives.
Présent de l'indicatif
| Personne | Singulier | Pluriel |
|---|---|---|
| 1re | εἰμί (eimi) — je suis | ἐσμέν (esmen) — nous sommes |
| 2e | εἶ (ei) — tu es | ἐστέ (este) — vous êtes |
| 3e | ἐστί(ν) (esti) — il est | εἰσί(ν) (eisi) — ils sont |
Le ν final entre parenthèses (ν éphelcystique) apparaît devant une voyelle ou en fin de phrase, pour éviter les hiatus.
Imparfait de l'indicatif — Deux séries de formes
L'imparfait du verbe εἰμί présente une particularité : il existe deux séries de formes, l'une attique classique, l'autre attestée dans la koinè (et donc dans le NT).
| Personne | Forme attique classique | Forme koinè / NT |
|---|---|---|
| 1re sg. | ἦ / ἦν (ên) | ἤμην (êmên) |
| 2e sg. | ἦσθα (êstha) | ἦς (ês) |
| 3e sg. | ἦν (ên) | ἦν (ên) |
| 1re pl. | ἦμεν (êmen) | ἤμεθα (êmetha) |
| 2e pl. | ἦστε (êste) | ἦτε (ête) |
| 3e pl. | ἦσαν (êsan) | ἦσαν (êsan) |
La forme ἦν (3e singulier de l'imparfait) ouvre Jean 1,1 — voir l'analyse dans l'onglet suivant.
Le système verbal grec — Vue d'ensemble
Le système verbal grec est l'un des plus riches des langues indo-européennes. Il distingue :
- Six temps : présent, imparfait, futur, aoriste, parfait, plus-que-parfait.
- Trois voix : active, moyenne, passive.
- Quatre modes personnels : indicatif, subjonctif, optatif (rare en koinè), impératif.
- Trois modes non-personnels : infinitif, participe, adjectif verbal.
- Trois aspects fondamentaux : aspect imperfectif (présent, imparfait), aspect aoristique/perfectif (aoriste, futur), aspect statif (parfait, plus-que-parfait).
L'aspect (et non le temps absolu) est la catégorie centrale du verbe grec — distinction reformulée par Stanley Porter, Verbal Aspect in the Greek of the New Testament (Lang, 1989) et débattue avec Buist Fanning, Verbal Aspect in New Testament Greek (Oxford, 1990).
Lectures annotées
Jean 1,1 — Le prologue johannique
Au commencement était la Parole, et la Parole était auprès de Dieu, et la Parole était Dieu.
La construction Θεὸς ἦν ὁ Λόγος est l'un des passages les plus discutés du NT. Trois éléments syntaxiques sont décisifs :
- L'absence d'article devant Θεὸς — distinguée de τὸν Θεόν au verset précédent (avec article).
- L'antéposition du prédicat Θεὸς avant le verbe ἦν.
- L'identification claire du sujet ὁ Λόγος (avec article).
La règle de Colwell (E. C. Colwell, JBL 52, 1933, 12-21) note que les noms prédicats définis qui précèdent le verbe perdent généralement leur article. Mais Colwell aborde le problème inverse de celui de Jn 1,1 : il observe que les prédicats définis sont souvent anarthres antéposés — il ne dit pas que tout prédicat antéposé anarthre est défini.
L'analyse moderne, notamment celle de Daniel B. Wallace (Greek Grammar Beyond the Basics, Zondervan 1996, 256-270), distingue trois lectures possibles du Θεὸς anarthre antéposé : indéfinie (un dieu
— interprétation des Témoins de Jéhovah, philologiquement minoritaire), définie (Dieu
au sens du Père — modaliste, théologiquement contestable car contredit le verset précédent), ou qualitative (de nature divine
— qui exprime la pleine divinité du Logos sans l'identifier au Père). Wallace conclut à la lecture qualitative.
Romains 3,28 — La justification par la foi
Car nous estimons que l'homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la Loi.
Sur λογιζόμεθα — Forme à la 1re personne du pluriel du présent indicatif déponent moyen. Le verbe λογίζομαι n'a pas de forme active : il se conjugue toujours au moyen avec un sens actif (compter, calculer, estimer, considérer
). C'est un verbe technique de la pensée comptable et juridique, repris par Paul pour décrire l'imputation de la justice (Rm 4,3-5 cite Gn 15,6 : ἐλογίσθη αὐτῷ εἰς δικαιοσύνην, cela lui fut imputé à justice
).
Sur l'addition d'allein par Luther — Dans sa traduction allemande (1522), Luther a ajouté le mot allein (seul
) après foi
dans Rm 3,28 : So halten wir nun dafür, daß der Mensch gerecht werde ohne des Gesetzes Werke, allein durch den Glauben.
Le grec ne le contient pas. Luther justifie cette addition dans sa célèbre Sendbrief vom Dolmetschen (Lettre sur la traduction, septembre 1530, WA 30/II, 627-646) en invoquant l'usage allemand qui exige l'adverbe allein pour rendre le contraste rhétorique paulinien. Le débat est continu : philologiquement le grec est explicite sans l'addition (πίστει χωρὶς ἔργων νόμου) ; théologiquement Luther estime que l'addition explicite ce que la grammaire implique. La question conserve son enjeu théologique 500 ans plus tard.
Flashcards — Vocabulaire NT
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