Araméen biblique
Unité 4 — Le nom
Genre, nombre, trois états, et Daniel 2,44
Un seul fait nouveau : le nom araméen a trois états, là où l’hébreu en a deux. À l’absolu et au construit, que vous connaissez, s’ajoute l’emphatique de l’unité 3. Chaque nom a donc six formes au lieu de quatre, et il faut savoir les reconnaître toutes.
1. Point de grammaire — les trois états
| État | Fonction | Équivalent hébreu |
|---|---|---|
| Absolu | Nom indéterminé : « un roi » | Nom sans article |
| Construit | Premier terme d’une chaîne : « le roi de… » | L’état construit, identique |
| Emphatique | Nom déterminé : « le roi » | Nom avec article |
Le masculin
| Absolu | Construit | Emphatique | |
|---|---|---|---|
| Singulier | מֶלֶךְ | מֶלֶךְ | מַלְכָּא |
| Pluriel | מַלְכִין | מַלְכֵי | מַלְכַיָּא |
Le féminin — un nom de Daniel 7
| Absolu | Construit | Emphatique | |
|---|---|---|---|
| Singulier | חֵיוָה | חֵיוַת | חֵיוְתָא |
| Pluriel | חֵיוָן | חֵיוָת | חֵיוָתָא |
Le mot signifie « bête » et il est celui de la vision du chapitre 7. Daniel voit אַרְבַּע חֵיוָן רַבְרְבָן — « quatre grandes bêtes », à l’absolu pluriel, indéterminées — puis le texte en parle comme de חֵיוָתָא, « les bêtes », à l’emphatique, une fois qu’elles ont été présentées. Le passage de l’absolu à l’emphatique suit l’introduction du référent, exactement comme l’article hébreu apparaissait en Genèse 1,4 une fois la lumière créée.
Le pluriel masculin absolu se termine en ־ִין — avec un noun —, là où l’hébreu a ־ִים. Le construit pluriel en ־ֵי est, lui, identique à l’hébreu.
Le féminin singulier absolu se termine souvent en ־ָה ou ־וּ, et il prend un taw au construit et à l’emphatique — מַלְכוּ, מַלְכוּת, מַלְכוּתָא. Le taw qui apparaît est celui du féminin, que l’hébreu montre aussi au construit.
Le duel
Il a presque disparu. Il survit dans quelques noms figés — שְׁמַיִן, les cieux, et מַיִן, les eaux, qui ont gardé leur forme hébraïque avec un noun final — et dans quelques numéraux, comme מָאתַיִן, deux cents.
2. Lexique
צְלֵם est le même mot que l’hébreu צֶלֶם, « image », vu à l’unité 5 du parcours d’hébreu à propos de Genèse 1,27. En Daniel 2 et 3, il désigne la statue du songe puis celle que le roi fait dresser — confirmant ce que l’unité d’hébreu avait signalé : le sens premier du mot est concret.
| Forme | Translittération | Sens | Occurrences |
|---|---|---|---|
| יוֹם | yom | jour | env. 16 |
| עָלַם | alam | durée lointaine, éternité | env. 20 |
| חֵיוָה | héwa | bête, animal | env. 20 |
| אִנּוּן | innoun | ceux-là ; eux | env. 3 |
| קוּם | qoum | se lever ; haphel : établir, susciter | env. 35 |
| חֲבַל | haval | détruire ; hitpaal : être détruit | env. 6 |
| אַרְבַּע | arba | quatre | env. 8 |
| רַב | rav | grand ; pl. רַבְרְבִין | env. 23 |
| אֶבֶן | éven | pierre | env. 8 |
| טוּר | tour | montagne | env. 2 |
| עַם | am | peuple | env. 15 |
| צְלֵם | tselém | statue, image | env. 17 |
Révision
Cliquez pour révéler, puis notez votre rappel. Les cartes échouées reviennent le jour même.
3. Analyse — identifier l’état
4. Atelier de traduction — Daniel 2,44
Douze mots, et les trois états du nom réunis dans une seule phrase. Daniel interprète la pierre qui, dans le songe du roi, détruit la statue et devient une montagne.
- Forme
- וּבְיוֹמֵיהוֹן
- Translittération
- ou-veyoméhon
- Analyse
- Conjonction + בְּ + יוֹמִין construit pluriel + suffixe 3e masc. pl.
- Sens
- et en leurs jours
- Note
- Le suffixe ־הוֹן correspond à l’hébreu ־הֶם.
- Forme
- דִּי
- Translittération
- di
- Analyse
- Particule de génitif
- Sens
- de
- Note
- Elle remplace ici l’état construit : « les jours de ces rois ». L’araméen préfère souvent cette tournure analytique.
- Forme
- מַלְכַיָּא
- Translittération
- malkhayya
- Analyse
- Nom masculin pluriel, emphatique
- Sens
- les rois
- Note
- Déterminé : ce sont les rois dont la statue figurait les royaumes.
- Forme
- אִנּוּן
- Translittération
- innoun
- Analyse
- Pronom démonstratif pluriel
- Sens
- ces
- Note
- Hébreu : הָהֵם.
- Forme
- יְקִים
- Translittération
- yeqim
- Analyse
- Inaccompli haphel 3e masc. sg. de ק־ו־ם
- Sens
- suscitera, établira
- Note
- Le haphel est le causatif araméen, équivalent du hifil — unité 9. Verbe creux : la racine perd sa voyelle médiane.
- Forme
- אֱלָהּ
- Translittération
- elah
- Analyse
- Nom, construit
- Sens
- le Dieu de
- Note
- Forme
- שְׁמַיָּא
- Translittération
- shemayya
- Analyse
- Nom pluriel, emphatique
- Sens
- du ciel
- Note
- Le titre « Dieu du ciel » est propre à l’époque perse : on le trouve dans Esdras, Néhémie et les papyrus d’Éléphantine.
- Forme
- מַלְכוּ
- Translittération
- malkhou
- Analyse
- Nom féminin, absolu singulier
- Sens
- un royaume
- Note
- Indéterminé : un royaume nouveau, introduit ici pour la première fois.
- Forme
- דִּי
- Translittération
- di
- Analyse
- Pronom relatif
- Sens
- qui
- Note
- La même particule qu’en d2, avec une autre fonction.
- Forme
- לְעָלְמִין
- Translittération
- le-almin
- Analyse
- לְ + nom masculin pluriel, absolu
- Sens
- pour les siècles, à jamais
- Note
- Pluriel intensif : « pour des éternités ».
- Forme
- לָא
- Translittération
- la
- Analyse
- Négation
- Sens
- ne… pas
- Note
- Forme
- תִתְחַבַּל
- Translittération
- tithabbal
- Analyse
- Inaccompli hitpaal 3e fém. sg. de ח־ב־ל
- Sens
- sera détruit
- Note
- Réfléchi-passif de la souche intensive — unité 10. Féminin, accordé à מַלְכוּ.
Traduction littérale : « Et aux jours de ces rois, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit. »
Les trois états sont réunis ici, et leur répartition porte le sens. L’emphatique pour ce qui est connu : מַלְכַיָּא, les rois déjà figurés dans la statue ; שְׁמַיָּא, le ciel. L’absolu pour ce qui est nouveau : מַלְכוּ, un royaume qui n’existait pas encore. Le construit pour la chaîne : אֱלָהּ שְׁמַיָּא. La détermination suit exactement le statut de l’information.
Le verset a été lu de manières très différentes, et l’interprétation dépend de l’identification des quatre royaumes de la statue. La lecture juive ancienne y voit le royaume d’Israël restauré ou l’ère messianique. La lecture chrétienne, depuis Hippolyte de Rome, y voit le royaume du Christ, la pierre étant le Christ lui-même. La lecture critique situe le livre au IIe siècle avant l’ère commune et y lit l’espérance d’une intervention divine contre le royaume séleucide. Le schéma des quatre royaumes a été repris par l’Apocalypse de Jean et par toute l’exégèse historique occidentale, qui y a longtemps lu la succession Babylone, Médie-Perse, Grèce, Rome.
Sur דִּי : il apparaît deux fois dans le verset avec deux fonctions — génitif puis relatif. C’est la particule la plus fréquente de tout l’araméen biblique, et l’unité 6 lui sera consacrée.
5. Pour la prochaine séance
Déclinez מֶלֶךְ et חֵיוָה aux trois états et aux deux nombres. L’unité 5 traitera des pronoms personnels et des suffixes, où le noun final araméen revient à chaque forme.