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Araméen biblique

Unité 6 — Démonstratifs et relatif דִּי

Une particule pour trois fonctions, la construction proleptique, et Daniel 6,27

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Un seul fait nouveau : une seule particule, דִּי, fait en araméen le travail de trois mots hébreux — le relatif אֲשֶׁר, l’état construit et la conjonction כִּי. C’est le mot le plus fréquent du corpus, et le reconnaître dans chacune de ses fonctions suffit à débloquer la plupart des phrases.

1. Point de grammaire — les démonstratifs

Proche — « ce… ci »Éloigné — « ce… là »
Masc. sg.דְּנָהדֵּךְ, דִּכֵּן
Fém. sg.דָּאדָּךְ
Plurielאִלֵּין, אֵלֶּהאִלֵּךְ, אִנּוּן

Le daleth initial des démonstratifs singuliers est celui de la première loi de l’unité 2 : דְּנָה correspond à l’hébreu זֶה, דָּא à זֹאת. Le démonstratif suit d’ordinaire le nom — צַלְמָא דְּנָה, « cette statue » —, mais il peut le précéder pour le mettre en relief.

2. Les trois fonctions de דִּי

FonctionÉquivalent hébreuExempleTraduction
Relatifאֲשֶׁרמַלְכוּ דִּי לָא תִתְחַבַּלun royaume qui ne sera pas détruit
Génitifétat construitרָזָא דִּי מַלְכָּאle secret du roi
Conjonctionכִּייָדַע אֲנָה דִּי…je sais que… ; parce que
La construction proleptique, annoncée à l’unité 5. L’araméen peut annoncer le possesseur par un suffixe avant de le nommer avec דִּי : שְׁמֵהּ דִּי־אֱלָהָא, « son nom, celui de Dieu », c’est-à-dire « le nom de Dieu ». Trois manières d’exprimer le génitif coexistent donc : l’état construit, hérité et commun avec l’hébreu ; la particule דִּי seule ; le suffixe anticipant suivi de דִּי. La troisième est la plus récente et elle deviendra la norme en syriaque.

Les conjonctions composées

Précédée d’une préposition, la particule forme des conjonctions qu’il faut reconnaître d’un bloc : כְּדִי, « lorsque » ; מִן־דִּי, « depuis que » ou « parce que » ; עַד־דִּי, « jusqu’à ce que » ; כָּל־קֳבֵל דִּי, « parce que », littéralement « en face de tout ce que ». Cette dernière, lourde et administrative, est caractéristique des décrets royaux.

3. Lexique

טְעֵם signifie d’abord le goût, puis le jugement, puis l’ordre donné — l’évolution va du sens au discernement et du discernement au commandement. Le mot est emprunté à l’akkadien ṭēmu, et il est l’un des termes techniques de la chancellerie perse dans Esdras.

FormeTranslittérationSensOccurrences
דָּאdacelle-cienv. 6
דֵּךְdékhcelui-làenv. 13
אִלֵּיןillénceux-cienv. 5
קֳדָםqodamdevant, en présence deenv. 42
שִׂיםsimmettre, placer ; שִׂים טְעֵם : donner un ordreenv. 26
טְעֵםteémdécret ; goût, discernementenv. 30
שָׁלְטָןsholtandomination, pouvoirenv. 14
זוּעַzouatremblerenv. 2
דְּחַלdehalcraindreenv. 6
חַיhaïvivantenv. 7
קַיָּםqayyamqui subsiste, stableenv. 2
כָּל־קֳבֵל דִּיkol-qovél diparce que (locution)env. 20

Révision

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4. Analyse — quelle fonction ?

רָזָא דִּי מַלְכָּא

5. Atelier de traduction — Daniel 6,27

Treize mots, le décret de Darius après la délivrance de Daniel dans la fosse aux lions. Trois fonctions de דִּי et une construction proleptique. La numérotation est celle du texte massorétique ; la plupart des bibles françaises numérotent ce verset 6,26.

מִן־קֳדָמַי שִׂים טְעֵם דִּי בְּכָל־שָׁלְטָן מַלְכוּתִי לֶהֱוֺן זָאעִין וְדָחֲלִין מִן־קֳדָם אֱלָהֵהּ דִּי־דָנִיֵּאל
Forme
מִן־קֳדָמַי
Translittération
min-qodamaï
Analyse
מִן + קֳדָם + suffixe 1re sg.
Sens
de ma part
Note
Littéralement « de devant moi » : formule de la chancellerie royale, qui évite de dire « j’ordonne ».
Forme
שִׂים
Translittération
sim
Analyse
Participe passif de שׂ־י־ם
Sens
est placé, est donné
Note
Forme
טְעֵם
Translittération
teém
Analyse
Nom, absolu
Sens
un décret
Note
La locution שִׂים טְעֵם signifie « un ordre est donné ».
Forme
דִּי
Translittération
di
Analyse
Conjonction complétive
Sens
que
Note
Première fonction du verset : introduit le contenu du décret.
Forme
בְּכָל־שָׁלְטָן
Translittération
be-khol-sholtan
Analyse
בְּ + כֹּל + nom construit
Sens
dans toute la domination de
Note
Forme
מַלְכוּתִי
Translittération
malkhouti
Analyse
מַלְכוּ + suffixe 1re sg.
Sens
mon royaume
Note
Le taw du féminin réapparaît devant le suffixe — unité 4.
Forme
לֶהֱוֺן
Translittération
lehewon
Analyse
Inaccompli 3e masc. pl. de ה־ו־ה, préformante lamed
Sens
qu’ils soient
Note
La forme de l’unité 5, au pluriel, avec le noun final araméen.
Forme
זָאעִין
Translittération
zaïn
Analyse
Participe actif masc. pl. de ז־ו־ע
Sens
tremblants
Note
Pluriel en ־ִין.
Forme
וְדָחֲלִין
Translittération
we-dahalin
Analyse
Conjonction + participe masc. pl. de ד־ח־ל
Sens
et craignants
Note
Le couple « trembler et craindre » exprime la révérence religieuse.
Forme
מִן־קֳדָם
Translittération
min-qodam
Analyse
מִן + קֳדָם
Sens
devant
Note
Forme
אֱלָהֵהּ
Translittération
elahéh
Analyse
אֱלָהּ + suffixe 3e masc. sg.
Sens
son Dieu
Note
Suffixe anticipant : il annonce le possesseur nommé ensuite.
Forme
דִּי־דָנִיֵּאל
Translittération
di-Daniyyél
Analyse
Particule de génitif + nom propre
Sens
celui de Daniel
Note
Deuxième fonction. Avec le mot précédent : construction proleptique — « son Dieu, celui de Daniel », c’est-à-dire « le Dieu de Daniel ».

Traduction littérale : « De ma part est donné un décret : que dans toute la domination de mon royaume l’on tremble et l’on craigne devant le Dieu de Daniel. »

Le verset contient la particule dans deux de ses fonctions, et la suite immédiate — דִּי־הוּא אֱלָהָא חַיָּא, « car il est le Dieu vivant » — en ajoute une troisième, causale. Trois fonctions en deux lignes : c’est la densité ordinaire de דִּי dans Daniel.

La construction אֱלָהֵהּ דִּי־דָנִיֵּאל est la plus caractéristique du verset. L’hébreu dirait simplement אֱלֹהֵי דָנִיֵּאל, à l’état construit. L’araméen annonce d’abord le possesseur par un suffixe, puis le nomme — et cette forme analytique, qui se développe dans l’araméen d’époque perse, remplacera presque entièrement l’état construit dans les dialectes plus tardifs.

Sur le contenu : le décret d’un roi perse ordonnant la crainte du Dieu d’Israël dans tout son empire est l’un des motifs structurants du livre — on le trouve déjà à la fin des chapitres 3 et 4. La question de son historicité se pose, puisqu’aucune source extrabiblique ne connaît de « Darius le Mède » : Babylone est prise en 539 par Cyrus, un Perse. Trois explications sont proposées. L’identification à un personnage connu sous un autre nom — le gouverneur Gubaru, ou Cyrus lui-même, en lisant Dn 6,29 « sous le règne de Darius, c’est-à-dire de Cyrus le Perse ». La confusion avec Darius Ier, roi perse postérieur. La construction littéraire : le schéma des quatre royaumes exige un royaume mède entre Babylone et la Perse, et le livre lui donne un roi. Le motif du décret, lui, est littéraire et théologique : les rois des nations finissent par reconnaître ce que les exilés confessent.

6. Pour la prochaine séance

Relevez dans Daniel 2 chaque occurrence de דִּי et classez-la par fonction. Vous en trouverez une cinquantaine. L’unité 7 ouvre le système verbal par l’accompli de la souche simple.