Aller au contenu principal Aller au contenu principal

Araméen biblique

Unité 7 — Le verbe — peal accompli

Quatre terminaisons qui diffèrent, le récit sans wayyiqtol, et Daniel 5,25-26

0lexèmes acquis
0versets traduits
0cartes dues

Le système verbal commence. Un seul fait nouveau : l’accompli de la souche simple — le peal, équivalent du qal — se forme par suffixes comme en hébreu, mais avec quatre terminaisons différentes, dont une qui déroute tous les hébraïsants.

1. Point de grammaire — l’accompli peal

PersonneHébreu qalAraméen pealÉcart
3e masc. sg.כָּתַבכְּתַבShewa sous la première radicale
3e fém. sg.כָּתְבָהכִּתְבַתTerminaison en ־ַת
2e masc. sg.כָּתַבְתָּכְּתַבְתָּIdentique
1re sg.כָּתַבְתִּיכִּתְבֵתTerminaison en ־ֵת
3e masc. pl.כָּתְבוּכְּתַבוּIdentique pour l’essentiel
2e masc. pl.כְּתַבְתֶּםכְּתַבְתּוּןNoun final
1re pl.כָּתַבְנוּכְּתַבְנָא־נָא au lieu de ־נוּ
La première personne du singulier est le piège. כִּתְבֵת, « j’ai écrit », ressemble à une troisième personne du féminin hébraïque, et elle n’a pas le ־תִּי que l’hébraïsant cherche instinctivement. Daniel l’emploie constamment dans les chapitres où il parle à la première personne : חֲזֵית, « j’ai vu », ouvre plusieurs visions du chapitre 7. Un taw final précédé d’un tsere est presque toujours une première personne du singulier.

Le shewa initial et le temps du récit

La réduction de la première voyelle — כְּתַב et non כָּתַב — est la règle générale de l’araméen : une voyelle brève placée deux syllabes avant l’accent se réduit à un shewa. Vous la retrouverez à chaque forme.

Plus important pour la lecture : l’accompli est ici le temps ordinaire du récit. Sans wayyiqtol, l’araméen biblique raconte à l’accompli, simplement enchaîné par וְ — et, très souvent, au participe, qui donne aux scènes de Daniel leur caractère de tableau en mouvement. Là où l’hébreu dirait וַיִּכְתֹּב, l’araméen dit וּכְתַב.

2. Lexique

פְּשַׁר, « interprétation », est le mot technique de Daniel pour le déchiffrement des songes et des signes — trente-deux occurrences. Il a donné son nom à un genre entier à Qumrân : les pesharim, commentaires qui lisent les prophètes comme des énigmes réalisées dans l’histoire de la communauté.

FormeTranslittérationSensOccurrences
כְּתַבketavécrireenv. 8
כְּתָבketavécriture, écritenv. 12
רְשַׁםreshaminscrire, tracerenv. 7
מְנָהmenacompterenv. 5
תְּקַלteqalpeserenv. 2
פְּרַסperasdiviser, partagerenv. 2
פְּשַׁרpesharinterprétationenv. 32
מִלָּהmillaparole, chose, affaireenv. 24
שְׁלֵםshelémêtre achevé ; haphel : mettre finenv. 3
חֲזָהhazavoir ; 1re sg. חֲזֵיתenv. 31
נְפַקnefaqsortirenv. 11
בֵּלְשַׁאצַּרBélshaççarBalthazarenv. 8

Révision

Cliquez pour révéler, puis notez votre rappel. Les cartes échouées reviennent le jour même.

3. Analyse — quelle personne ?

חֲזֵית

4. Atelier de traduction — Daniel 5,25-26

L’inscription sur le mur du palais de Balthazar, et le début de son interprétation. Treize mots, et un jeu de mots qui repose entièrement sur la distinction entre un nom et un verbe accompli.

וּדְנָה כְתָבָא דִּי רְשִׁים מְנֵא מְנֵא תְּקֵל וּפַרְסִין דְּנָה פְּשַׁר־מִלְּתָא מְנֵא מְנָה־אֱלָהָא מַלְכוּתָךְ וְהַשְׁלְמַהּ
Forme
וּדְנָה
Translittération
ou-dena
Analyse
Conjonction + démonstratif
Sens
et voici
Note
Forme
כְתָבָא
Translittération
khetava
Analyse
Nom, emphatique
Sens
l’écriture
Note
Forme
דִּי
Translittération
di
Analyse
Relatif
Sens
qui
Note
Forme
רְשִׁים
Translittération
reshim
Analyse
Passif de la souche simple, 3e masc. sg.
Sens
a été tracée
Note
Forme passive traitée à l’unité 9.
Forme
מְנֵא
Translittération
mené
Analyse
Nom — une unité de poids : la mine
Sens
mené
Note
Le mot désigne un poids, et la monnaie de ce poids.
Forme
מְנֵא
Translittération
mené
Analyse
Répétition
Sens
mené
Note
Absente des versions grecques et de Josèphe — voir la note.
Forme
תְּקֵל
Translittération
teqél
Analyse
Nom — le sicle, poids plus léger
Sens
teqel
Note
Forme araméenne de l’hébreu שֶׁקֶל : deuxième loi, shin devenu taw — unité 2.
Forme
וּפַרְסִין
Translittération
ou-farsin
Analyse
Conjonction + nom au pluriel
Sens
et des demi-mines
Note
פְּרֵס désigne une demi-mine. Le mot fait entendre פָּרַס, la Perse.
Forme
דְּנָה
Translittération
dena
Analyse
Démonstratif
Sens
voici
Note
Forme
פְּשַׁר־מִלְּתָא
Translittération
peshar-milleta
Analyse
Construit + emphatique
Sens
l’interprétation de la chose
Note
Forme
מְנֵא
Translittération
mené
Analyse
Le mot de l’inscription, cité
Sens
mené
Note
Forme
מְנָה־אֱלָהָא
Translittération
mena-elaha
Analyse
Accompli peal 3e masc. sg. de מ־נ־ה + sujet emphatique
Sens
Dieu a compté
Note
Le nom devient verbe. Même racine, lue comme un accompli : « il a compté ».
Forme
מַלְכוּתָךְ
Translittération
malkhoutakh
Analyse
מַלְכוּ + suffixe 2e masc. sg.
Sens
ton royaume
Note
Suffixe ־ָךְ — unité 5.
Forme
וְהַשְׁלְמַהּ
Translittération
we-hashlemah
Analyse
Conjonction + accompli haphel + suffixe 3e fém. sg.
Sens
et il y a mis fin
Note
Le suffixe féminin ־ַהּ, avec patah, renvoie à מַלְכוּ — c’est la voyelle qui distingue du masculin, unité 5.

Traduction littérale : « Et voici l’écriture qui a été tracée : mené, mené, teqel et parsin. Voici l’interprétation de la chose : mené — Dieu a compté ton royaume et y a mis fin. »

Des poids lus comme des verbes. Charles Clermont-Ganneau a proposé en 1886 une lecture aujourd’hui largement reçue : les mots de l’inscription sont des noms d’unités de poids — la mine, le sicle, la demi-mine —, et donc une énigme comptable plutôt qu’une phrase. Daniel les interprète en les lisant comme des verbes de même racine : מְנֵא devient מְנָה, « il a compté » ; תְּקֵל devient « tu as été pesé » ; פְּרֵס devient « il a été divisé » — et fait entendre en même temps פָּרַס, les Perses, qui prendront Babylone.

L’interprétation repose donc entièrement sur le passage d’un nom à un accompli, et c’est la morphologie de cette unité qui la rend lisible.

Une difficulté textuelle, enfin : le texte massorétique porte מְנֵא deux fois et פַרְסִין au pluriel, alors que l’interprétation des versets 26 à 28 commente trois mots, dont פְּרֵס au singulier. Les versions grecques et Josèphe ne connaissent que trois termes. L’inscription a donc probablement été développée au cours de la transmission — soit par dittographie, soit pour rendre l’énigme plus mystérieuse. Les versets 27 et 28, avec leurs formes passives, seront lus à l’unité 9.

5. Pour la prochaine séance

Conjuguez כְּתַב à l’accompli en veillant aux quatre terminaisons qui diffèrent de l’hébreu. L’unité 8 traitera de l’inaccompli, où le noun final revient à chaque pluriel.