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Araméen biblique

Unité 8 — Le peal inaccompli

Le noun final, l’infinitif à mem, et Daniel 7,14

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Un seul fait nouveau : l’inaccompli araméen porte un noun final à tous les pluriels, et l’infinitif prend un mem initial. Deux marques visibles, qui suffisent à distinguer au premier regard une forme araméenne d’une forme hébraïque.

1. Point de grammaire — l’inaccompli peal

PersonneHébreuAraméen
3e masc. sg.יִכְתֹּביִכְתֻּב
3e fém. sg.תִּכְתֹּבתִּכְתֻּב
2e masc. sg.תִּכְתֹּבתִּכְתֻּב
1re sg.אֶכְתֹּבאֶכְתֻּב
3e masc. pl.יִכְתְּבוּיִכְתְּבוּן
3e fém. pl.תִּכְתֹּבְנָהיִכְתְּבָן
2e masc. pl.תִּכְתְּבוּתִּכְתְּבוּן
1re pl.נִכְתֹּבנִכְתֻּב

Les préfixes sont ceux de l’hébreu ; la voyelle du thème est souvent u plutôt que o. Et tous les pluriels portent un noun final־וּן, ־ָן —, régulier en araméen là où l’hébreu ne le connaît qu’à titre exceptionnel, dans quelques formes dites paragogiques.

Le noun final distingue deux modes. Dans l’araméen biblique, les formes plurielles avec noun tendent à exprimer l’indicatif — « ils écriront » —, les formes sans noun le jussif — « qu’ils écrivent ». La distinction n’est pas appliquée partout, et il ne faut pas en faire une règle absolue ; mais elle aide à lire les décrets, où les deux alternent.

2. Les formes non finies

FormeHébreuAraméenRemarque
ImpératifכְּתֹבכְּתֻבMême principe qu’en hébreu
InfinitifלִכְתֹּבלְמִכְתַּבPréfixe מ — trait propre à l’araméen
Participe actifכֹּתֵבכָּתֵבQamets au lieu de holem
Participe passifכָּתוּבכְּתִיבHireq-yod au lieu de shourouq

L’infinitif à mem initial est le signe le plus sûr qu’on lit de l’araméen : לְמִבְנֵא, « pour bâtir », en Esdras ; לְמִגְלֵא, « pour révéler », en Daniel 2,47. L’hébreu ne connaît rien de tel. Le participe passif כְּתִיב, lui, est passé dans l’usage massorétique : c’est la ketiv, « ce qui est écrit », par opposition à la qeré, « ce qu’on lit » — le dispositif de l’unité 2 du parcours d’hébreu porte un nom araméen.

3. Lexique

פְּלַח demande une attention particulière. Dans l’araméen de Daniel, le verbe désigne toujours le service rendu à une divinité : les trois jeunes gens refusent de « servir » les dieux de Nabuchodonosor (3,12.14.18), Darius reconnaît que Daniel « sert » son Dieu sans relâche (6,17.21). C’est ce sens constant qui rend remarquable son emploi dans l’atelier de cette unité.

FormeTranslittérationSensOccurrences
פְּלַחpelahservir — au sens cultuelenv. 10
יְהַבyehavdonner ; passif : être donnéenv. 28
יְקָרyeqarhonneur, gloireenv. 7
אֻמָּהoummanationenv. 8
לִשָּׁןlishshanlangue, peuple de langueenv. 7
עֲדָהadapasser, disparaîtreenv. 9
עֲנַןanannuée1 — hapax
אֲתָהatavenirenv. 16
עַתִּיקattiqancien ; עַתִּיק יוֹמִין : l’Ancien des joursenv. 3
לֵילְיָאlélyala nuitenv. 5
כְּבַר אֱנָשׁkevar énashcomme un fils d’homme1 — hapax
קְרֵבqerévs’approcherenv. 9

Révision

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4. Analyse — indicatif ou jussif ?

יִפְלְחוּן

5. Atelier de traduction — Daniel 7,14

Le verset qui suit l’apparition de la figure « comme un fils d’homme » venant sur les nuées. Vingt mots, deux inaccomplis — dont un pluriel à noun final —, et le verbe qui fait de ce passage l’un des plus commentés de la Bible.

וְלֵהּ יְהִיב שָׁלְטָן וִיקָר וּמַלְכוּ וְכֹל עַמְמַיָּא אֻמַּיָּא וְלִשָּׁנַיָּא לֵהּ יִפְלְחוּן שָׁלְטָנֵהּ שָׁלְטָן עָלַם דִּי־לָא יֶעְדֵּה וּמַלְכוּתֵהּ דִּי־לָא תִתְחַבַּל
Forme
וְלֵהּ
Translittération
we-lé
Analyse
Conjonction + לְ + suffixe 3e masc. sg.
Sens
et à lui
Note
Placé en tête : le bénéficiaire est souligné.
Forme
יְהִיב
Translittération
yehiv
Analyse
Passif de la souche simple, 3e masc. sg., de י־ה־ב
Sens
a été donné
Note
Passif sans agent : Dieu est entendu — unité 9.
Forme
שָׁלְטָן
Translittération
sholtan
Analyse
Nom, absolu
Sens
une domination
Note
Forme
וִיקָר
Translittération
wi-qar
Analyse
Conjonction + nom
Sens
et un honneur
Note
Forme
וּמַלְכוּ
Translittération
ou-malkhou
Analyse
Conjonction + nom féminin absolu
Sens
et une royauté
Note
Forme
וְכֹל
Translittération
we-khol
Analyse
Conjonction + כֹּל
Sens
et tous
Note
Forme
עַמְמַיָּא
Translittération
amemayya
Analyse
Nom pluriel, emphatique
Sens
les peuples
Note
Forme
אֻמַּיָּא
Translittération
oummayya
Analyse
Nom pluriel, emphatique
Sens
les nations
Note
Forme
וְלִשָּׁנַיָּא
Translittération
we-lishshanayya
Analyse
Conjonction + nom pluriel emphatique
Sens
et les langues
Note
La triade peuples-nations-langues désigne l’humanité entière dans le style des décrets de Daniel.
Forme
לֵהּ
Translittération
Analyse
לְ + suffixe
Sens
le, à lui
Note
Complément de פְּלַח, construit avec לְ.
Forme
יִפְלְחוּן
Translittération
yiflehoun
Analyse
Inaccompli peal 3e masc. pl. de פ־ל־ח, avec noun final
Sens
serviront
Note
Le verbe du culte. Voir la note ci-dessous.
Forme
שָׁלְטָנֵהּ
Translittération
sholtanéh
Analyse
Nom + suffixe 3e masc. sg.
Sens
sa domination
Note
Forme
שָׁלְטָן
Translittération
sholtan
Analyse
Nom absolu, attribut
Sens
[est] une domination
Note
Phrase nominale sans copule.
Forme
עָלַם
Translittération
alam
Analyse
Nom absolu, en fonction de génitif
Sens
éternelle
Note
« Domination d’éternité ».
Forme
דִּי־לָא
Translittération
di-la
Analyse
Relatif + négation
Sens
qui ne… pas
Note
Forme
יֶעְדֵּה
Translittération
yedé
Analyse
Inaccompli peal 3e masc. sg. de ע־ד־ה
Sens
passera
Note
Verbe à troisième radicale faible, comme les lamed-hé hébreux.
Forme
וּמַלְכוּתֵהּ
Translittération
ou-malkhoutéh
Analyse
Conjonction + nom + suffixe 3e masc. sg.
Sens
et sa royauté
Note
Forme
דִּי־לָא
Translittération
di-la
Analyse
Relatif + négation
Sens
qui ne… pas
Note
Forme
תִתְחַבַּל
Translittération
tithabbal
Analyse
Inaccompli, souche réfléchie
Sens
sera détruite
Note
La même forme qu’en Daniel 2,44 — unité 4.

Traduction littérale : « Et à lui furent donnés domination, honneur et royauté, et tous les peuples, nations et langues le serviront. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera pas, et sa royauté ne sera pas détruite. »

Le point grammatical est le verbe יִפְלְחוּן, inaccompli à noun final. Le point exégétique est son sens. Dans tout l’araméen de Daniel, פְּלַח désigne le service rendu à une divinité — et c’est ce verbe qui est employé ici pour la figure « comme un fils d’homme ». La Septante ancienne le rend par λατρεύουσα, le terme grec du culte ; Théodotion par δουλεύσουσιν, plus général.

Deux lectures s’opposent et le texte les soutient l’une et l’autre. Selon la première, l’emploi du verbe cultuel confère à la figure un statut qui dépasse l’humain — lecture ancienne dans l’exégèse chrétienne, qui applique le titre à Jésus sur la base de Mc 14,62. Selon la seconde, le chapitre donne lui-même son interprétation : aux versets 18 et 27, ce sont « les saints du Très-Haut » qui reçoivent la royauté, et la figure représente collectivement le peuple fidèle. Au verset 27, le même verbe פְּלַח est employé, et l’on discute si son complément désigne le peuple ou le Très-Haut.

La grammaire établit ce qu’elle peut établir : le verbe a un sens cultuel constant dans le livre, et il est employé ici. Elle ne dit pas si la figure est individuelle ou collective — et c’est le texte même, par sa propre interprétation au verset 27, qui maintient la question ouverte.

6. Pour la prochaine séance

Le verbe simple est acquis, à l’accompli et à l’inaccompli. L’unité 9 traitera des souches dérivées — intensive et causative — et des passifs internes, dont vous avez rencontré trois exemples dans les unités 7 et 8.