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Araméen biblique

Unité 10 — Les souches en hitpe-

Réfléchi et passif, la métathèse, Ephphatha, la périphrastique, et Daniel 2,34

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0versets traduits
0cartes dues

Un seul fait nouveau : les souches réfléchies araméennes se forment avec un préfixe הִתְ־, comme le hitpael hébreu, et elles servent de passif autant que de réfléchi. L’une d’elles a survécu, sous une forme légèrement différente, dans un mot que Jésus prononce dans l’évangile de Marc.

1. Point de grammaire — les souches en הִתְ־

SoucheBaseAccompliInaccompliExemple
HitpeelRéfléchi-passif de la souche simpleהִתְכְּתֵביִתְכְּתֵבהִתְגְּזֶרֶת — elle se détacha
HitpaalRéfléchi-passif de la souche intensiveהִתְכַּתַּביִתְכַּתַּבתִתְחַבַּל — sera détruite

Le hitpaal conserve le redoublement médian de la souche intensive ; le hitpeel ne l’a pas. Vous avez rencontré le second dès l’unité 4 : תִתְחַבַּל, « elle sera détruite », en Daniel 2,44.

La métathèse, exactement comme en hébreu. Devant une sifflante, le taw du préfixe change de place avec elle : *הִתְשְׁכַח devient הִשְׁתְּכַח, « il a été trouvé » — forme de l’atelier de l’unité 9. Devant un צ, le taw devient en outre un teth : יִצְטַבַּע, « il sera mouillé », en Daniel 4,30. La règle est celle de l’unité 20 du parcours d’hébreu, et elle s’applique sans changement.

2. Un héritage dans les évangiles

L’araméen plus tardif remplace le hé du préfixe par un aleph — אִתְ־, אֶתְ־ —, et le taw s’assimile parfois à la consonne suivante. Ces deux évolutions expliquent un mot de Marc.

En Mc 7,34, Jésus guérit un sourd-muet en disant Εφφαθα, que l’évangéliste traduit : διανοίχθητι, « ouvre-toi ». Le mot est l’impératif de la souche réfléchie de פְּתַח, ouvrir : *אֶתְפְּתַח, avec assimilation du taw au pé — d’où le double ph de la transcription grecque. Le passif grec διανοίχθητι rend exactement la valeur de la souche : non « ouvre », mais « sois ouvert ». La forme exacte — assimilée ou non, dialectale ou hébraïsante — est discutée ; la souche, elle, ne l’est pas.

3. La construction périphrastique

Dernier trait du système verbal, et le plus fréquent dans les visions de Daniel : un participe suivi du verbe הֲוָה exprime une action qui dure dans le passé. חָזֵה הֲוֵית, littéralement « je fus regardant », signifie « je regardais ». La formule ouvre la plupart des visions du chapitre 7, et elle compense l’absence d’un imparfait propre.

Le grec du Nouveau Testament emploie la même construction, et c’est probablement un sémitisme : ἦν καιομένη, « était brûlant », en Luc 24,32 — l’imparfait périphrastique relevé à l’unité 12 du parcours de grec.

4. Lexique

FormeTranslittérationSensOccurrences
גְּזַרguezartrancher ; hitpeel : se détacherenv. 6
שְׁכַחshekhahtrouver ; hitpeel : être trouvéenv. 18
מְחָאmehafrapperenv. 4
רְגַלreguelpiedenv. 7
פַּרְזֶלparzelferenv. 20
חֲסַףhasafargile, terre cuiteenv. 9
דְּקַקdeqaqbroyer ; haphel : pulvériserenv. 10
יַדyadmain ; duel : יְדַיִןenv. 17
פְּתַחpetahouvrirenv. 2
רְמָהremajeter ; hitpeel : être jetéenv. 12
צְבַעtsevamouiller ; hitpaal : être mouilléenv. 5
חָזֵה הֲוֵיתhazé hawétje regardais (périphrastique)env. 8

Révision

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5. Analyse — une souche réfléchie

הִשְׁתְּכַח

6. Atelier de traduction — Daniel 2,34

Le moment central du songe de Nabuchodonosor. Seize mots, une construction périphrastique, un hitpeel et un haphel — et l’image de la pierre dont l’unité 4 a lu l’interprétation.

חָזֵה הֲוַיְתָ עַד דִּי הִתְגְּזֶרֶת אֶבֶן דִּי־לָא בִידַיִן וּמְחָת לְצַלְמָא עַל־רַגְלוֹהִי דִּי פַרְזְלָא וְחַסְפָּא וְהַדֶּקֶת הִמּוֹן
Forme
חָזֵה
Translittération
hazé
Analyse
Participe actif masc. sg. de ח־ז־ה
Sens
regardant
Note
Forme
הֲוַיְתָ
Translittération
hawayta
Analyse
Accompli 2e masc. sg. de ה־ו־ה
Sens
tu étais
Note
Construction périphrastique : participe + הֲוָה, « tu regardais ».
Forme
עַד
Translittération
ad
Analyse
Préposition
Sens
jusqu’à
Note
Forme
דִּי
Translittération
di
Analyse
Conjonction
Sens
ce que
Note
עַד דִּי : « jusqu’à ce que » — unité 6.
Forme
הִתְגְּזֶרֶת
Translittération
hitguezérét
Analyse
Hitpeel accompli 3e fém. sg. de ג־ז־ר
Sens
se détacha
Note
Souche réfléchie-passive : « fut taillée », ou « se détacha ». Féminin, accordé à אֶבֶן.
Forme
אֶבֶן
Translittération
éven
Analyse
Nom féminin, absolu
Sens
une pierre
Note
Indéterminée : introduite pour la première fois.
Forme
דִּי־לָא
Translittération
di-la
Analyse
Relatif + négation
Sens
qui ne… pas
Note
Forme
בִידַיִן
Translittération
vidayin
Analyse
בְּ + nom au duel
Sens
par des mains
Note
« Sans mains » : l’agent humain est explicitement exclu. Le passif et cette précision disent la même chose.
Forme
וּמְחָת
Translittération
ou-mehat
Analyse
Conjonction + accompli 3e fém. sg. de מ־ח־א
Sens
et elle frappa
Note
Forme
לְצַלְמָא
Translittération
le-tsalma
Analyse
לְ + nom emphatique
Sens
la statue
Note
Complément introduit par לְ, fréquent en araméen.
Forme
עַל־רַגְלוֹהִי
Translittération
al-ragloh
Analyse
עַל + nom pluriel + suffixe 3e masc. sg.
Sens
sur ses pieds
Note
Forme
דִּי
Translittération
di
Analyse
Génitif
Sens
de
Note
Forme
פַרְזְלָא
Translittération
farzela
Analyse
Nom, emphatique
Sens
fer
Note
Forme
וְחַסְפָּא
Translittération
we-hasfa
Analyse
Conjonction + nom emphatique
Sens
et d’argile
Note
Le mélange des deux matériaux est le point faible de la statue.
Forme
וְהַדֶּקֶת
Translittération
we-haddéqét
Analyse
Conjonction + haphel 3e fém. sg. de ד־ק־ק
Sens
et elle les pulvérisa
Note
Préfixe הַ : causatif — unité 9.
Forme
הִמּוֹן
Translittération
himmon
Analyse
Pronom 3e masc. pl., complément
Sens
eux, les
Note
Pronom indépendant employé comme objet — unité 5.

Traduction littérale : « Tu regardais, jusqu’à ce qu’une pierre se détacha, sans le fait de mains, et frappa la statue sur ses pieds de fer et d’argile, et les pulvérisa. »

Le verset articule trois formes verbales de trois souches différentes, et leur choix porte le sens. La périphrastiqueחָזֵה הֲוַיְתָ — installe le roi dans une contemplation qui dure. Le hitpeelהִתְגְּזֶרֶת — fait surgir la pierre sans agent. Le haphelהַדֶּקֶת — lui donne une puissance causative : elle ne se contente pas de frapper, elle réduit en poussière.

La précision דִּי־לָא בִידַיִן, « sans mains », redouble ce que le passif disait déjà : aucune main humaine n’a taillé cette pierre. L’expression a eu une longue postérité. La lecture juive y voit le royaume de Dieu ou le Messie ; la lecture chrétienne, depuis Irénée et Hippolyte, le Christ né sans intervention humaine, et la formule a été appliquée à la conception virginale. La lecture critique y voit l’intervention divine attendue contre le royaume séleucide, sans agent humain ni militaire.

Sur les pieds de fer et d’argile : le mélange des deux matériaux, dont l’un ne tient pas à l’autre, est interprété au verset 43 comme une alliance matrimoniale entre royaumes qui ne tiendra pas. La plupart des commentateurs y lisent les mariages entre Séleucides et Lagides, dont Daniel 11 donne le détail.

7. Pour la prochaine séance

Le système verbal araméen est achevé : trois souches actives, leurs passifs internes, deux souches réfléchies, et la périphrastique. Les unités 11 et 12 sont des lectures continues.