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Première épître aux Corinthiens (1 Co)

La Première aux Corinthiens est l'épître pastorale la plus complète de Paul. Adressée à une communauté chrétienne tumultueuse, située dans une métropole grecque cosmopolite, elle traite successivement des divisions, de la sagesse de la croix, de la moralité sexuelle, du mariage, des viandes sacrifiées, du culte (cheveux des femmes, repas du Seigneur), des charismes spirituels (avec l'hymne à la charité au chap. 13), et de la résurrection des morts (chap. 15). C'est la seule épître paulinienne qui traite explicitement de l'eucharistie (1 Co 11,23-26) et l'une des sources majeures de la christologie cosmique (1 Co 8,6 ; 15,20-28).

Présentation

Auteur
Paul, accompagné de Sosthène (1 Co 1,1, peut-être l'ancien chef de synagogue d'Ac 18,17). Authenticité unanime : épître incontestée du corpus paulinien.
Date de rédaction
Vers 53-55 apr. J.-C., probablement au printemps 54 ou 55, écrite d'Éphèse pendant le séjour de Paul lors de son troisième voyage missionnaire (1 Co 16,8 : « je resterai à Éphèse jusqu'à la Pentecôte »).
Destinataires
L'Église de Corinthe, fondée par Paul lors de son deuxième voyage missionnaire (Ac 18,1-18) durant un séjour de dix-huit mois (vers 50-52 apr. J.-C.). Communauté majoritairement pagano-chrétienne, située dans une cité commerciale cosmopolite (sanctuaire d'Aphrodite Mélainis avec hiérodules, fameuse pour ses mœurs : korinthiazomai signifie « se prostituer »), socialement diverse (cf. 1 Co 1,26-29 : « peu de sages, peu de puissants, peu de nobles »).
Lieu de rédaction
Éphèse, métropole d'Asie où Paul séjourne deux ans et trois mois (Ac 19,8-10) lors de son troisième voyage missionnaire.
Occasion / contexte
Triple : (1) un rapport oral des gens de Chloé (1 Co 1,11) informe Paul de divisions dans la communauté ; (2) une lettre des Corinthiens (1 Co 7,1 « concernant ce que vous m'avez écrit ») pose plusieurs questions ; (3) une délégation (Stéphanas, Fortunatus, Achaïcus, 1 Co 16,17) apporte des compléments. Paul répond point par point.
Langue originale
Grec koinè soigné, riche en argumentation diatribique, en citations grecques (poètes, sentences) et vétérotestamentaires, en métaphores agonistiques (course, boxe : 1 Co 9,24-27) et architecturales (1 Co 3,10-15).
Place dans le canon
Reçue universellement dès le IIe siècle. Clément de Rome (vers 96) la cite explicitement (1 Clément 47). Présente dans Marcion, canon de Muratori, tous les manuscrits anciens.

Authenticité et critique d'attribution

L'authenticité paulinienne de 1 Corinthiens est universellement admise. F. C. Baur (1845) la comptait parmi les quatre Hauptbriefe incontestés. Aucun critique sérieux moderne n'a contesté l'authenticité.

La correspondance corinthienne perdue. 1 Co 5,9 mentionne une lettre antérieure (« je vous ai écrit dans la lettre [προέγραψα ὑμῖν ἐν τῇ ἐπιστολῇ] de ne pas avoir de relations avec les fornicateurs ») qui n'a pas été conservée. Certains critiques (Schmithals) ont proposé d'en retrouver des fragments dans 2 Co 6,14 – 7,1, mais cette hypothèse reste minoritaire. Selon la reconstruction la plus courante, la correspondance complète Paul-Corinthe comprenait au moins :

  • Lettre A : 1 Co 5,9 (« lettre antérieure », perdue) ;
  • Lettre B : 1 Corinthiens canonique ;
  • Lettre C : « lettre dans les larmes » (2 Co 2,3-4 ; 7,8), perdue ou partiellement conservée en 2 Co 10-13 selon certains ;
  • Lettre D : 2 Corinthiens canonique (ou ses parties).

Intégrité de 1 Corinthiens. La majorité des critiques tient 1 Co pour une lettre unifiée. Quelques hypothèses de partition (Weiss, Schmithals, Sellin) y voient deux ou trois lettres compilées, mais cette position est minoritaire et n'a pas convaincu. Les tensions internes (par exemple entre 1 Co 8 et 10 sur les viandes sacrifiées) s'expliquent par la situation casuistique sans nécessiter une partition documentaire.

Structure. Plan généralement reconnu : prologue (1,1-9) ; question des divisions et sagesse de la croix (1,10 – 4,21) ; questions morales (5,1 – 6,20 : porneia, procès, corps) ; réponses à la lettre des Corinthiens (7,1 – 16,4 : mariage et virginité, viandes, culte, charismes, résurrection, collecte) ; conclusion (16,5-24). La formule peri de (« concernant... ») marque les questions traitées (7,1.25 ; 8,1 ; 12,1 ; 16,1.12).

Sociologie de Corinthe. Études déterminantes : Gerd Theissen (Social Setting of Pauline Christianity, 1982), Wayne Meeks (First Urban Christians, 1983), Bruce Winter (After Paul Left Corinth, 2001). La diversité sociale de la communauté éclaire les conflits (1 Co 11,17-22 : repas du Seigneur troublé par des inégalités de classe).

Le « parti » apollonien et les sages. Apollos (Ac 18,24-28), juif d'Alexandrie, prédicateur éloquent formé à la rhétorique alexandrine, est venu à Corinthe après Paul. Certains Corinthiens préfèrent son éloquence (1 Co 1,12 : « moi, d'Apollos »). Paul ne polémique pas contre Apollos lui-même (1 Co 16,12, en bons termes) mais contre la partisanerie.

Structure littéraire

  1. Prologue : action de grâces (1 Co 1,1-9)

    Salutation conjointe (Paul et Sosthène, 1,1), titre de l'Église : « sanctifiés en Christ Jésus, appelés saints, avec tous ceux qui invoquent le nom de notre Seigneur Jésus-Christ en tout lieu » (1,2). Action de grâces pour les charismes corinthiens (1,4-9).

  2. Divisions et sagesse de la croix (1 Co 1,10 – 4,21)

    Divisions partisanes (1,10-17 : Paul, Apollos, Céphas, Christ). Folie de la croix vs. sagesse du monde (1,18-31, citation d'Is 29,14 ; Jr 9,23). Faiblesse de la prédication paulinienne (2,1-5). Sagesse de Dieu révélée par l'Esprit (2,6-16). Les Corinthiens sont des nourrissons (3,1-4). Image du champ et du bâtiment (3,5-17). Apôtres serviteurs (4,1-21).

  3. Questions morales : porneia, procès, corps (1 Co 5,1 – 6,20)

    Cas d'inceste : un homme cohabite avec sa belle-mère (5,1-13). Exclusion communautaire (5,9-13). Procès devant tribunaux païens (6,1-11). Liberté chrétienne mal comprise comme libertinisme (6,12-20). Le corps est temple de l'Esprit ; « glorifiez donc Dieu dans votre corps » (6,19-20).

  4. Mariage, virginité, célibat (1 Co 7,1-40)

    Réponse à la première question : « il est bon pour l'homme de ne pas toucher de femme » (7,1, citation des Corinthiens ascétiques). Mais à cause de la porneia, chacun ait sa femme et chaque femme son mari (7,2). Devoir conjugal réciproque (7,3-5). Préférence de Paul pour le célibat (7,7) mais reconnaissance du mariage. Maintien du mariage avec un conjoint non chrétien (7,12-16, le « privilège paulinien »). Préférence pour la virginité « à cause de la détresse présente » et de l'eschatologie imminente (7,25-40).

  5. Viandes sacrifiées : connaissance vs charité (1 Co 8,1 – 11,1)

    Deuxième question : peut-on manger des viandes sacrifiées aux idoles ? Principe : « la connaissance gonfle, l'amour édifie » (8,1). Position de Paul : pas d'idoles donc les viandes sont sans danger ; mais charité envers les faibles (8,7-13). Exemple de Paul : il renonce à ses droits apostoliques (chap. 9). Israël au désert : leçon typologique (10,1-13). Eucharistie et idolâtrie incompatibles (10,14-22). Conclusion : « tout est permis, mais tout n'édifie pas » (10,23). Glorifier Dieu en tout (10,31).

  6. Culte : voiles des femmes et repas du Seigneur (1 Co 11,2-34)

    Voile des femmes en prière prophétique (11,2-16, passage difficile). Repas du Seigneur : critique des inégalités (11,17-22), tradition reçue (11,23-26, formule eucharistique paulinienne), discernement du corps (11,27-34).

  7. Charismes spirituels (1 Co 12,1 – 14,40)

    Diversité des charismes, un seul Esprit (12,1-11). Corps unique, membres divers (12,12-31, métaphore corporative célèbre). Hymne à la charité (13,1-13, le sommet poétique du NT). Comparaison glossolalie/prophétie (14,1-40) : prophétie supérieure car édifie l'assemblée.

  8. Résurrection des morts (1 Co 15,1-58)

    Crédo primitif et témoins (15,1-11, l'un des plus anciens textes chrétiens). Conséquences si pas de résurrection (15,12-19). Christ prémices des dormants (15,20-28). Conséquences pour le baptême et la vie chrétienne (15,29-34). Nature du corps ressuscité (15,35-49) : corps spirituel. Transformation finale (15,50-58).

  9. Collecte, projets, salutations (1 Co 16,1-24)

    Collecte pour Jérusalem (16,1-4). Projets de voyage (16,5-9). Recommandations sur Timothée et Apollos (16,10-12). Salutations diverses (16,13-24), Maranatha (16,22).

Théologie principale

L'eucharistie : 1 Co 11,23-26

1 Co 11,23-26 est la plus ancienne attestation écrite de l'institution eucharistique (épître de 54-55, antérieure aux évangiles). Paul transmet une tradition reçue (« j'ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis », παρέλαβον ἀπὸ τοῦ κυρίου ὃ καὶ παρέδωκα ὑμῖν, 11,23) :

« Le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, et après avoir rendu grâce, le rompit et dit : "Ceci est mon corps qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi" (τοῦτο μού ἐστιν τὸ σῶμα τὸ ὑπὲρ ὑμῶν· τοῦτο ποιεῖτε εἰς τὴν ἐμὴν ἀνάμνησιν). De même, après le repas, il prit la coupe et dit : "Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci, toutes les fois que vous en boirez, en mémoire de moi" (τοῦτο τὸ ποτήριον ἡ καινὴ διαθήκη ἐστὶν ἐν τῷ ἐμῷ αἵματι). »

Comparaison avec les évangiles. Quatre versions du récit d'institution dans le NT : Mc 14,22-25 ; Mt 26,26-29 ; Lc 22,15-20 ; 1 Co 11,23-26. La version paulinienne et lucanienne sont proches (avec « nouvelle alliance » et « faites ceci en mémoire de moi »), Mc-Mt sont proches entre elles. Question critique : laquelle est la plus ancienne ? Joachim Jeremias (Die Abendmahlsworte Jesu, 1949-1967) défend l'antériorité de Mc ; d'autres (Heinz Schürmann) défendent Lc-Paul. Probablement deux traditions liturgiques différentes (jérusalémite et antiochienne).

« Memorial » et anamnèse. Le ἀνάμνησις paulinien ne signifie pas simple souvenir mais re-présentation efficace, en lien avec la mémoire vétérotestamentaire (zikkaron) de la Pâque. La tradition catholique a développé cette notion en mémorial sacrificiel (concile de Trente, session XXII, 1562, sur le sacrifice eucharistique). La tradition réformée a reçu plus minimalement comme commémoration (Zwingli) ou présence dynamique par l'Esprit (Calvin).

Présence réelle et discernement (11,27-29). « Quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement sera coupable du corps et du sang du Seigneur » (11,27). Ce texte fonde toute la dogmatique eucharistique. Les positions confessionnelles divergent (cf. dispute infra).

Eschatologie eucharistique. « Toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne » (11,26). L'eucharistie est anticipation du banquet messianique (Ap 19,9 : « Heureux les conviés au repas des noces de l'Agneau »).

Charismes spirituels et hymne à la charité (1 Co 12-14)

Les chapitres 12-14 forment une unité sur les charismes. Paul y articule trois points : (1) diversité des dons mais unité du Corps (chap. 12) ; (2) supériorité de la charité sur tous les dons (chap. 13) ; (3) priorité pratique de la prophétie sur la glossolalie pour l'édification de l'assemblée (chap. 14).

Listes de charismes. Paul propose trois listes : 1 Co 12,8-10 (parole de sagesse, parole de connaissance, foi, guérisons, miracles, prophétie, discernement, glossolalie, interprétation) ; 12,28 (apôtres, prophètes, docteurs, miracles, guérisons, secours, gouvernements, glossolalie) ; 12,29-30. À comparer avec Rm 12,6-8 ; Ep 4,11. Les listes ne sont pas systématiques mais ouvertes.

Métaphore du corps (12,12-27). « Comme le corps est un et qu'il a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps, ainsi en est-il du Christ. Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul corps » (12,12-13). Cette métaphore est centrale pour l'ecclésiologie paulinienne et a été reçue en théologie catholique (Mystici Corporis Christi, Pie XII, 1943), orthodoxe, et protestante.

L'hymne à la charité (1 Co 13). Sommet poétique du NT. Structure : (a) la charité comme indispensable (13,1-3, avec hyperboles : glossolalie angélique, prophétie omnisciente, sacrifice ultime) ; (b) qualités positives et négatives de la charité (13,4-7, quinze traits) ; (c) permanence de la charité face à l'effacement des dons (13,8-13, distinction maintenant/alors). La triade finale « foi, espérance, charité » (13,13) est paulinienne (cf. 1 Th 1,3 ; 5,8 ; Col 1,4-5).

Glossolalie et prophétie (chap. 14). Paul ne condamne pas la glossolalie (« je voudrais que vous parliez tous en langues », 14,5) mais privilégie la prophétie pour l'édification de l'assemblée. Règles : interprétation requise (14,13.27-28), ordre liturgique (14,40 : « tout doit se faire avec bienséance et avec ordre »).

1 Co 14,33b-36 sur les femmes. Verset textuellement disputé : « les femmes doivent se taire dans les assemblées » (14,34). Certains manuscrits le déplacent après 14,40. Plusieurs critiques (Fee, Payne) le considèrent comme une glose post-paulinienne. Position majoritaire : verset paulinien authentique mais contextuel, peut-être lié à des cas particuliers de désordre. Tension avec 1 Co 11,2-16 où les femmes prient et prophétisent publiquement.

La résurrection des morts (1 Co 15)

1 Co 15 est la plus longue exposition néotestamentaire de l'eschatologie corporelle. Paul répond à certains Corinthiens qui niaient la résurrection des morts (15,12), probablement en raison d'un dualisme grec qui méprisait le corps.

Le crédo primitif (15,3-8). « Je vous ai transmis avant tout (ἐν πρώτοις) ce que j'ai moi-même reçu : que Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, qu'il a été enseveli, qu'il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures, qu'il est apparu à Céphas, puis aux Douze... » Ce passage est l'un des plus anciens textes du christianisme : Paul l'a reçu probablement dès sa conversion (vers 33-34) ; le crédo lui-même remonte aux toutes premières années après la mort de Jésus. Quatre verbes-clés : mort, enseveli, ressuscité, apparu. Témoins : Céphas, les Douze, plus de 500 frères, Jacques, tous les apôtres, et enfin Paul.

L'argumentation paulinienne. Si Christ n'est pas ressuscité, alors : (a) la prédication chrétienne est vaine (15,14) ; (b) Paul et les apôtres sont de faux témoins (15,15) ; (c) la foi est vaine (15,17) ; (d) les croyants morts sont perdus (15,18) ; (e) les chrétiens sont les plus à plaindre des hommes (15,19). La résurrection du Christ est sine qua non de la foi chrétienne.

Christ prémices et destin cosmique (15,20-28). Christ ressuscité est « prémices » (ἀπαρχή) des dormants. Parallèle Adam-Christ : « comme tous meurent en Adam, ainsi tous revivront en Christ » (15,22). Christ règne « jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds » (15,25, citant Ps 110,1). Le dernier ennemi détruit est la mort (15,26). À la fin, « le Fils sera lui-même soumis à celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous » (15,28, ἵνα ᾖ ὁ θεὸς τὰ πάντα ἐν πᾶσιν). Ce verset est l'un des plus disputés de la christologie paulinienne.

Corps psychique et corps pneumatique (15,35-49). Paul oppose le σῶμα ψυχικόν (« corps animal », corps d'Adam, corps mortel) au σῶμα πνευματικόν (« corps spirituel », corps du Christ ressuscité, corps glorieux). « Spirituel » ne signifie pas immatériel mais transfiguré par l'Esprit. La résurrection paulinienne n'est pas immortalité de l'âme grecque mais transformation corporelle. Christ est « le second Adam, esprit vivifiant » (15,45, citation libre de Gn 2,7).

Transformation eschatologique (15,50-58). « Voici, je vous dis un mystère : nous ne nous endormirons pas tous, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d'œil, au son de la dernière trompette ». La citation finale d'Os 13,14 et Is 25,8 (« la mort a été engloutie dans la victoire ») est le triomphe chrétien sur la mort.

1 Co 15 fonde toute l'eschatologie chrétienne. Karl Barth (La résurrection des morts, 1924) en a fait son grand thème : la résurrection est l'horizon de toute parole chrétienne. N. T. Wright (The Resurrection of the Son of God, 2003) a renouvelé l'étude historique de la résurrection à partir de 1 Co 15.

Disputes théologiques majeures

Les disputes suivantes mobilisent les six grandes voix confessionnelles (catholique, orthodoxe, réformée, luthérienne, anglicane, anabaptiste), avec interjections du Professeur Tryphon Goldberg, persona pédagogique juive du site.

L'eucharistie : présence réelle, transsubstantiation, mémoire ?

1 Co 11,23-29 fonde toute la théologie eucharistique chrétienne. Mais que dit exactement Paul ? « Ceci est mon corps » : présence physique du Christ ? Transformation de la substance du pain ? Présence sacramentelle dans le rite ? Simple mémorial ? Les confessions ont divergé radicalement sur ce point au XVIe siècle, et la division eucharistique reste l'obstacle majeur à l'unité visible des Églises.

catholique

Doctrine de la transsubstantiation définie au concile du Latran IV (1215), précisée au concile de Trente (session XIII, 1551). Par les paroles de la consécration et l'action du Saint-Esprit, la substance du pain et du vin se convertit (transsubstantiari) en la substance du corps et du sang du Christ, tandis que les accidents (apparence, goût) demeurent. Le Christ est réellement, vraiment, substantiellement présent (CCC § 1374). L'eucharistie est aussi sacrifice non-sanglant qui re-présente le sacrifice unique de la croix (Trente, session XXII, 1562 ; Sacrosanctum Concilium § 47, Vatican II). Communion sous une seule espèce traditionnellement (sous les deux espèces depuis Vatican II selon les circonstances).

orthodoxe

L'Église orthodoxe confesse la présence réelle du Christ dans l'eucharistie mais refuse la définition philosophique latine. Le terme grec utilisé est metabolē (μεταβολή, transformation) ou metabolizo. Le concile de Constantinople de 1672 (Patriarche Dosithée) a accepté le mot transsubstantiation (μετουσίωσις) dans la Confession de Dosithée, mais l'orthodoxie contemporaine (Lossky, Schmemann, Zizioulas) privilégie la grammaire patristique sans entrer dans les distinctions scolastiques. L'épiclèse (invocation de l'Esprit) est centrale. La divine liturgie est célébration cosmique et eschatologique. Communion sous les deux espèces dans une cuillère.

réformée

Calvin (Institution chrétienne, IV, 17) a articulé la présence spirituelle réelle du Christ dans l'eucharistie par l'action du Saint-Esprit. Le pain et le vin ne sont pas le corps et le sang physiquement (contre Luther), mais ne sont pas non plus simples symboles (contre Zwingli) : ils sont signes efficaces qui par l'Esprit nous unissent réellement au corps céleste du Christ. Cette position est consignée dans le Catéchisme de Heidelberg (1563, q. 75-79), la Confession helvétique postérieure (1566, ch. XXI), la Confession de Westminster (1647, ch. XXIX). Le Consensus Tigurinus (1549) entre Calvin et Bullinger réconcilie réformés zurichois et genevois. La WCRC a signé en 2017 la Déclaration commune sur la justification, et progresse vers une reconnaissance eucharistique mutuelle avec catholiques et luthériens.

luthérienne

Luther a défendu la présence réelle du Christ dans l'eucharistie, dans, avec et sous le pain et le vin (in, cum, sub). Refus de la transsubstantiation (métaphysique scolastique inutile) mais affirmation forte que le pain et le vin sont le corps et le sang du Christ, sans changement de substance. Confession d'Augsbourg (1530, art. X), Petit et Grand Catéchismes (1529), Formule de Concorde (1577, art. VII). Le grand débat avec Zwingli au colloque de Marbourg (1529) : Luther traçait « Hoc est corpus meum » à la table et refusait de communier avec ceux qui ne confessaient pas la présence réelle. Position contemporaine luthérienne : Déclaration commune avec les catholiques (1999), accords régionaux avec les réformés (Concorde de Leuenberg, 1973 — réception eucharistique mutuelle entre luthériens et réformés européens).

anglicane

La position anglicane officielle (Thirty-Nine Articles, art. 28, 1571) reçoit la présence réelle mais rejette la transsubstantiation comme « contraire aux paroles claires de l'Écriture, renversant la nature d'un sacrement, et ayant donné lieu à beaucoup de superstitions ». Le Christ est reçu « seulement de manière céleste et spirituelle ; et le moyen par lequel le corps du Christ est reçu et mangé dans la Cène est la foi ». Cette formulation, inspirée de Calvin et de Cranmer, vise une via media entre catholicisme et zwinglianisme. Le Book of Common Prayer (1662) garde une ambiguïté constructive. Mouvement d'Oxford (XIXe) et anglo-catholicisme : retour à une eucharistie plus sacrificielle. Communion anglicane actuelle : grande diversité (basse, haute, large Église).

anabaptiste

La tradition anabaptiste, depuis Zwingli (chez qui les anabaptistes ont d'abord pris leur position) et Conrad Grebel, défend une lecture commémorative de la Cène. Pain et vin sont signes commémoratifs de la mort du Christ ; pas de présence réelle au sens catholique ou luthérien. La Cène est repas de communion fraternelle, exprime l'engagement éthique de la communauté (Confession de Schleitheim, 1527, art. 3 ; Confession de Dordrecht, 1632, art. 10). Menno Simons développe une théologie sacramentelle minimaliste. Aujourd'hui : Mennonites, Frères, Baptistes (qui ont en partie évolué), Quakers (qui n'ont pas de Cène matérielle). Théologien contemporain : John Howard Yoder, qui réintroduit une dimension communautaire et politique.

Synthèse

L'eucharistie reste l'obstacle majeur à l'unité visible des Églises. Catholiques (transsubstantiation), orthodoxes (metabolē), luthériens (présence réelle in, cum, sub), réformés (présence spirituelle réelle), anglicans (via media), anabaptistes (mémorial) ont chacun leur position scripturairement fondée. Le dialogue œcuménique du XXe-XXIe siècle a beaucoup progressé : BEM (Lima, 1982) ; Sacramentum Caritatis (Benoît XVI, 2007) ; Accord catholique-luthérien sur l'eucharistie (1978, 1980) ; Concorde de Leuenberg (1973) entre luthériens et réformés. Mais la communion sacramentelle pleine reste hors d'atteinte sauf entre certaines familles (luthériens-réformés en Europe, anglicans-vieux-catholiques, etc.). 1 Co 11,23-29 reste un texte œcuménique majeur pour l'avenir.

Le célibat et le mariage (1 Co 7) : ascétisme et mariage chrétien

1 Co 7 est le texte fondamental sur le mariage et le célibat dans la pensée paulinienne. « Il est bon pour l'homme de ne pas toucher de femme » (7,1, peut-être citation de la lettre des Corinthiens). Paul préfère le célibat (7,7-8) mais accueille le mariage. Cette tension entre célibat eschatologique et mariage ordinaire structure toute la spiritualité chrétienne et a engendré des disputes ecclésiologiques majeures (clergé célibataire, vie religieuse, mariage des prêtres).

catholique

L'Église catholique a développé une double valorisation : (1) le mariage comme sacrement (concile de Florence, 1439 ; concile de Trente, session XXIV, 1563), indissoluble, ouvert à la vie ; (2) le célibat consacré comme charisme supérieur dans l'ordre de l'eschatologie (CCC § 1618-1620 ; Lumen Gentium § 42 ; Optatam Totius Vatican II). Pour le clergé latin : célibat obligatoire (depuis le IIe concile du Latran, 1139). Église catholique orientale et certains prêtres mariés du rite latin (anglicans ralliés) : mariage des prêtres autorisé. La virginité consacrée (femmes religieuses, ordre des vierges) et la vie monastique fleurissent depuis Antoine le Grand (IIIe-IVe) et la fondation des grands ordres (bénédictins, franciscains, dominicains, jésuites, etc.).

orthodoxe

L'Église orthodoxe maintient le célibat épiscopal (les évêques sont choisis parmi les moines) mais autorise le mariage des prêtres séculiers, à condition que celui-ci ait été contracté avant l'ordination. Diacres mariés également. Cette double tradition (prêtres mariés + moines célibataires) a été défendue contre les pressions latines. Le mariage est sacrement (un des sept mystères), comprenant le « couronnement » (stéfanôma) liturgique. Divorce et remariage admis exceptionnellement par oikonomia (économie pastorale, jusqu'à trois remariages au maximum, le troisième pénitentiel). La virginité consacrée et la vie monastique (Mont Athos, Sinaï, monastères russes, roumains, serbes) restent centrales.

réformée

Calvin (Institution chrétienne, IV, 12 ; IV, 19) rejette le célibat clérical obligatoire comme tyrannique et anti-scripturaire. Le mariage est créatonel (Gn 2,18-24) et sacré, mais non sacrement au sens classique (Calvin reconnaît seulement le baptême et la Cène comme sacrements). Le pasteur réformé doit pouvoir se marier, et le mariage est célébré par l'Église non comme sacrement mais comme bénédiction. Confession helvétique postérieure (1566), Confession de Westminster (1647). Aujourd'hui : EPUF, EERF, Église réformée de France, Église évangélique réformée du Canton de Genève : pasteurs et pasteures mariés ou célibataires. Bénédiction d'unions de même sexe progressivement intégrée dans plusieurs Églises réformées (United Church of Christ aux USA, Église protestante unie de France 2015 — bénédiction laissée à la conscience locale).

luthérienne

Luther a libéré les religieuses et les prêtres du célibat. Lui-même a épousé Catherine de Bora (ancienne moniale cistercienne) en 1525. Confession d'Augsbourg (1530, art. XXIII et XXVII) rejette le célibat clérical obligatoire et la vie monastique comme contraire à la Parole de Dieu. Le mariage est ordre créationnel (Schöpfungsordnung). Apologie d'Augsbourg, Formule de Concorde. Aujourd'hui : pasteurs et pasteures luthériennes mariées (ou célibataires par choix). Bénédiction des unions de même sexe progressivement (Suède 2009, Norvège 2017, Église luthérienne d'Amérique ELCA 2009). Position minoritaire conservatrice : LCMS (Missouri).

anglicane

L'anglicanisme a maintenu le mariage du clergé depuis la Réforme. Thirty-Nine Articles art. 32 : « les évêques, prêtres et diacres ne sont par aucune loi divine commandés de promettre l'état du célibat ; ils peuvent se marier à leur propre discrétion ». Restauration de la vie monastique dans la Communion anglicane au XIXe siècle (Mouvement d'Oxford, ordres comme Society of Saint John the Evangelist, fondé 1866). Aujourd'hui : pratique du mariage des prêtres et évêques (Sarah Mullally, archevêque de Cantorbéry intronisée 2026, est mariée). Bénédiction des unions de même sexe progressivement (Église d'Écosse 2017, Église d'Angleterre 2023 — Prayers of Love and Faith).

anabaptiste

Les anabaptistes ont rejeté dès le XVIe siècle le célibat clérical et la vie monastique catholique comme contraire à l'Écriture (Schleitheim 1527 ne traite pas explicitement, mais Menno Simons rejette explicitement le célibat obligatoire). Le mariage chrétien est valorisé comme cellule de base de la communauté. Les amish, mennonites, huttérites maintiennent un modèle familial très traditionnel. Position contemporaine : large diversité. Les Mennonite Church USA, Mennonite Brethren évoluent sur la bénédiction des unions de même sexe (controverses internes). Position conservatrice persistante chez Amish, huttérites, certaines branches mennonites.

Synthèse

Le célibat consacré reste l'une des grandes lignes de partage entre catholiques-orthodoxes d'une part et protestants d'autre part. La Déclaration commune entre luthériens et catholiques n'a pas abordé cette question. La bénédiction des unions de même sexe ajoute une fracture interne à chaque tradition contemporaine. 1 Co 7 reste un texte fondamental pour penser la sexualité chrétienne dans une perspective eschatologique : « le temps est court... que ceux qui ont des femmes soient comme n'en ayant pas » (7,29). La tension entre l'urgence eschatologique paulinienne et la durée historique du christianisme structure toujours la spiritualité chrétienne du mariage et du célibat.

La résurrection corporelle : continuité ou rupture ?

1 Co 15 défend la résurrection des morts comme dogme central. Mais quelle est la nature exacte du corps ressuscité ? « Comment les morts ressuscitent-ils, et avec quel corps reviennent-ils ? » (15,35). Paul répond par les images du grain et de la plante, du sōma psychikon et du sōma pneumatikon. Continuité corporelle physique ou transformation ontologique ? Les confessions ont divergé sur l'interprétation, et la modernité a posé des questions nouvelles (que devient l'âme entre mort et résurrection ? Statut de l'enfer ? Universalisme du salut ?).

catholique

L'Église catholique confesse la résurrection de la chair (resurrectio carnis, formule du Credo). Le corps ressuscité est continu avec le corps mortel mais transformé et glorifié. Doctrine de l'état intermédiaire : entre la mort et la résurrection finale, l'âme subsiste séparée du corps (immortalité de l'âme, dogmatisée au Ve concile du Latran, 1513), passant par le jugement particulier (purgatoire pour les non-saints, ciel pour les saints, enfer pour les damnés). Concile de Lyon II (1274), Florence (1439), Trente (1545-1563). Catéchisme § 989-1019. Position contemporaine : Joseph Ratzinger (Eschatologie, 1977), Karl Rahner. Spe Salvi (Benoît XVI, 2007) renouvelle.

orthodoxe

L'orthodoxie confesse la résurrection corporelle et le jugement final. La doctrine du purgatoire n'est pas dogme orthodoxe ; les tollhouses (douanes) populaires (vision orthodoxe russe) sont théologumène, non dogme. Saint Marc d'Éphèse au concile de Florence (1438-1439) refuse les deux feux occidentaux distincts. La theōsis est l'horizon : participation à la vie divine, déjà commencée dans le baptême et la communion, achevée dans la résurrection. Position contemporaine : Vladimir Lossky, Sergueï Boulgakov (proche d'un universalisme), Christos Yannaras, Métropolite Hiérothée Vlachos. La prière pour les défunts est centrale.

réformée

Calvin (Institution chrétienne III, 25) confesse la résurrection corporelle comme dogme central. Il rejette le purgatoire (« fiction satanique », Institution III, 5, 6). État intermédiaire : les âmes des fidèles vivent auprès de Christ jusqu'à la résurrection, en bonheur ; les âmes des réprouvés sont en attente du jugement (Psychopannychia, Calvin, 1542, contre les anabaptistes qui défendaient le sommeil de l'âme). Confession helvétique postérieure (1566), Confession de Westminster (1647, ch. XXXII-XXXIII). Position contemporaine : Karl Barth (La résurrection des morts, 1924), Jürgen Moltmann (Théologie de l'espérance, 1964), Wolfhart Pannenberg, Cornelius Plantinga. WCRC ouvert à un universalisme « espéré » (cf. Barth).

luthérienne

Luther a longtemps défendu le sommeil des âmes (Seelenschlaf) : entre mort et résurrection, l'âme dort en Christ, sans expérience temporelle consciente, en attendant la résurrection finale (cf. Lettre à Amsdorf, 1522 ; cf. interprétation de Phl 1,23 et Ap 6,9-11). Confession d'Augsbourg ne dogmatise pas l'état intermédiaire. La théologie luthérienne ultérieure (Mélanchthon, scolastique luthérienne) a réintégré l'immortalité de l'âme. Aujourd'hui : positions diverses. Catechismus minor et maior de Luther mentionnent la résurrection sans détail intermédiaire. Théologiens contemporains : Wolfhart Pannenberg, Eberhard Jüngel (luthérien-réformé).

anglicane

L'Église d'Angleterre (Thirty-Nine Articles, art. 22) rejette explicitement la doctrine catholique du purgatoire comme « invention vaine, fondée sur aucun témoignage de l'Écriture, mais plutôt contradictoire à la Parole de Dieu ». Mais la position anglicane est nuancée : le Book of Common Prayer prie pour les morts. C. S. Lewis (The Great Divorce, 1945 ; Letters to Malcolm, 1964) propose une métaphore où la purification continue après la mort, sans dogmatiser le purgatoire. N. T. Wright (Surprised by Hope, 2008) renouvelle l'eschatologie anglicane en accentuant la résurrection corporelle contre l'« évasion spirituelle » au ciel. La Communion anglicane est diverse sur ces questions.

anabaptiste

Les anabaptistes du XVIe siècle ont défendu le sommeil des âmes (Seelenschlaf), influencés par Luther jeune et la lecture littérale du NT. Sebastian Franck, Caspar Schwenckfeld, Michael Servet (figure radicale liée aux anabaptistes) défendent. Position rejetée par Calvin (Psychopannychia, 1542). Aujourd'hui : la plupart des mennonites contemporains acceptent un état intermédiaire conscient, mais certaines branches (notamment celles influencées par l'adventisme) maintiennent le sommeil de l'âme et l'annihilation finale des impies. Annihilationnisme partagé avec les Frères de Plymouth, certains baptistes contemporains (John Stott).

Synthèse

L'eschatologie chrétienne a longuement débattu : (1) état intermédiaire — catholiques (purgatoire), orthodoxes (sans purgatoire), réformés-luthériens (présence consciente au Christ), anabaptistes (sommeil) ; (2) corps ressuscité — continuité physique ou transformation ; (3) sort des damnés — éternité consciente (vue traditionnelle), annihilationnisme (Stott, Pinnock), universalisme (espéré : Barth, Balthasar ; dogmatique : Origène, Boulgakov). 1 Co 15 reste le texte fondateur. La théologie contemporaine (N. T. Wright, Pannenberg, Moltmann) accentue la résurrection corporelle contre une fugue mundi spiritualiste. La spiritualité chrétienne est plus proche du Shema juif et de l'incarnation que d'un dualisme platonicien.

Réception historique

Réception patristique (IIᵉ-Vᵉ s.)

Origène (Commentaire sur 1 Corinthiens, vers 235-238, fragments) lit 1 Co allégoriquement et selon ses trois sens (littéral, moral, spirituel). Jean Chrysostome (Homélies sur 1 Corinthiens, 44 homélies) est le commentaire patristique majeur, encore lu aujourd'hui : éloquence pastorale, accent sur l'éthique communautaire, défense vigoureuse de la résurrection corporelle.

Théodoret de Cyr commente. Ambrosiaster (latin, IVe), Augustin (sermons et traités, notamment De civitate Dei XXII pour la résurrection), Cyrille d'Alexandrie. L'eucharistie reçoit ses premières élaborations chez Ignace d'Antioche (Smyrne 7), Justin (Apol. I, 65-67), Irénée (Adv. Haer. IV, 17-18).

Réception médiévale

Thomas d'Aquin (Super Primam Epistolam ad Corinthios, vers 1265-1268) commente 1 Co dans le sillage d'Augustin et d'Aristote. Sa doctrine eucharistique (S.Th. III, q. 73-83) systématise la transsubstantiation. Sur la résurrection : continuité numérique du corps mortel et ressuscité, augmentation de qualités (clarté, impassibilité, agilité, subtilité — S.Th. Suppl. q. 82-85).

Bonaventure, Pierre Lombard (Sentences IV) traitent en détail. La Glossa ordinaria compile la tradition patristique. L'eucharistie reçoit une élaboration doctrinale décisive avec le concile de Latran IV (1215, transsubstantiation), Thomas, le concile de Constance (1414-1418) contre Wycliffe, le concile de Bâle-Florence.

Réception byzantine

L'exégèse byzantine de 1 Co suit Chrysostome. Œcuménius, Théophylacte d'Ohrid, Euthyme Zigabène commentent. Sur l'eucharistie, la Catéchèse mystagogique de Cyrille de Jérusalem (Ve) reste foundationale ; Nicolas Cabasilas (Explication de la divine liturgie, XIVe) systématise. Grégoire Palamas (Triades, 1338-1341) intègre l'eucharistie dans sa théologie des énergies divines.

Sur la résurrection, l'orthodoxie byzantine reste fidèle à Chrysostome et à Maxime le Confesseur. La Hesychia palamite (Mont Athos) prépare la theōsis finale.

Réception de la Réforme

1 Corinthiens est un terrain de bataille majeur de la Réforme. Luther commente sur le baptême (Sermon sur le sacrement du saint corps, 1519), l'eucharistie (Sermon sur le sacrement du corps et du sang, 1526, qui prépare la Confession sur la Cène de 1528), la résurrection (cours sur 1 Co 15, 1532-1533 — publié 1534).

Calvin publie son Commentaire sur 1 Corinthiens en 1546 : rigueur philologique, sobriété doctrinale, équilibre pastoral. Sa lecture eucharistique articule la présence spirituelle réelle entre Luther et Zwingli.

Zwingli défend dans son Commentaire sur 1 Corinthiens (1525) la lecture symbolique de l'eucharistie : « hoc est corpus meum » signifie « hoc significat corpus meum ». Position dominante chez les anabaptistes ensuite.

Côté catholique : Cornelius a Lapide († 1637), Estius. Le concile de Trente définit l'eucharistie (sessions XIII et XXII) et le purgatoire (session XXV).

Réception moderne (XIXᵉ-XXIᵉ s.)

L'exégèse moderne de 1 Co a connu plusieurs grandes orientations. (1) Gerd Theissen (The Social Setting of Pauline Christianity, 1982) renouvelle l'étude par la sociologie : les conflits corinthiens sont aussi des conflits de classe (élite vs. masses), de statut, d'éducation. (2) Wayne Meeks (The First Urban Christians, 1983) prolonge l'analyse sociologique.

(3) Gordon D. Fee (The First Epistle to the Corinthians, NICNT, 1987, 2e éd. 2014) reste un commentaire de référence, particulièrement attentif à la pneumatologie (charismes) et à la christologie haute (1 Co 8,6 ; 15). (4) Anthony Thiselton (The First Epistle to the Corinthians, NIGTC, 2000) propose le commentaire le plus exhaustif (1300 pages), articulant philologie, herméneutique et théologie.

(5) Dale Martin (The Corinthian Body, 1995) renouvelle par l'anthropologie historique : le corps paulinien est socialement et cosmologiquement situé. (6) Richard Hays (First Corinthians, Interpretation, 1997) accentue l'éthique scripturaire et l'imitation du Christ. (7) N. T. Wright (Paul for Everyone : 1 Corinthians, 2003 ; The Resurrection of the Son of God, 2003 sur 1 Co 15) renouvelle l'étude historique de la résurrection corporelle.

(8) Lectures contextuelles : féministe (Antoinette Clark Wire, The Corinthian Women Prophets, 1990), libérationniste (Justo González), postcoloniale, écologique. Commentaires majeurs supplémentaires : Wolfgang Schrage (EKK, 4 vols., 1991-2001), Joseph Fitzmyer (AB, 2008), David Garland (BECNT, 2003), Roy Ciampa et Brian Rosner (PNTC, 2010), Richard Horsley (ANTC, 1998).

Bibliographie sélective

Références sélectionnées selon les conventions du SBL Handbook of Style (2ᵉ éd., 2014).

  • Barrett, C. K. A Commentary on the First Epistle to the Corinthians. 2nd ed. BNTC. London : Black, 1971.
  • Ciampa, Roy E., and Brian S. Rosner. The First Letter to the Corinthians. PNTC. Grand Rapids : Eerdmans, 2010.
  • Conzelmann, Hans. 1 Corinthians. Hermeneia. Philadelphia : Fortress, 1975.
  • Fee, Gordon D. The First Epistle to the Corinthians. 2nd ed. NICNT. Grand Rapids : Eerdmans, 2014.
  • Fitzmyer, Joseph A. First Corinthians : A New Translation with Introduction and Commentary. AB 32. New Haven : Yale University Press, 2008.
  • Garland, David E. 1 Corinthians. BECNT. Grand Rapids : Baker Academic, 2003.
  • Hays, Richard B. First Corinthians. Interpretation. Louisville : John Knox, 1997.
  • Horsley, Richard A. 1 Corinthians. ANTC. Nashville : Abingdon, 1998.
  • Jeremias, Joachim. The Eucharistic Words of Jesus. Translated by Norman Perrin. London : SCM, 1966.
  • Martin, Dale B. The Corinthian Body. New Haven : Yale University Press, 1995.
  • Meeks, Wayne A. The First Urban Christians : The Social World of the Apostle Paul. 2nd ed. New Haven : Yale University Press, 2003.
  • Mitchell, Margaret M. Paul and the Rhetoric of Reconciliation : An Exegetical Investigation of the Language and Composition of 1 Corinthians. Tübingen : Mohr Siebeck, 1991.
  • Schrage, Wolfgang. Der erste Brief an die Korinther. 4 vols. EKK 7. Neukirchen : Neukirchener / Zurich : Benziger, 1991-2001.
  • Theissen, Gerd. The Social Setting of Pauline Christianity : Essays on Corinth. Translated by John H. Schütz. Philadelphia : Fortress, 1982.
  • Thiselton, Anthony C. The First Epistle to the Corinthians : A Commentary on the Greek Text. NIGTC. Grand Rapids : Eerdmans, 2000.
  • Wire, Antoinette Clark. The Corinthian Women Prophets : A Reconstruction through Paul's Rhetoric. Minneapolis : Fortress, 1990.
  • Witherington, Ben III. Conflict and Community in Corinth : A Socio-Rhetorical Commentary on 1 and 2 Corinthians. Grand Rapids : Eerdmans, 1995.
  • Wright, N. T. The Resurrection of the Son of God. Christian Origins and the Question of God 3. Minneapolis : Fortress, 2003.
  • Wright, N. T. Paul for Everyone : 1 Corinthians. Louisville : Westminster John Knox, 2003.
  • Zeller, Dieter. Der erste Brief an die Korinther. KEK 5. Göttingen : Vandenhoeck & Ruprecht, 2010.

Voir aussi