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Exégèse biblique — Nouveau Testament

Actes des Apôtres

Le deuxième tome de l'œuvre lucanienne — récit programmatique de l'expansion chrétienne de Jérusalem à Rome (vers 30–62), composé vers 80–90 par Luc l'évangéliste.

28chapitres
80–90datation
Ac 1,8programme
Lucauteur

Introductions critiques aux livres du Nouveau Testament

Chaque livre du module est présenté ici sous quatre angles : son public cible et son contexte, sa date de rédaction avec arguments et alternatives, sa structure littéraire, et la principale dispute théologique qu'il a engendrée — articulée en plusieurs voix confessionnelles, avec les commentaires érudits et bienveillants du Professeur Tryphon Goldberg, rabbin fictif et compagnon pédagogique du parcours comparatif.

Ac Actes des Apôtres
📜 Public cible et milieu
Communauté visée

Même destinataire que Luc — Théophile (Ac 1,1 reprend Lc 1,3) — donc même communauté chrétienne mixte, majoritairement gentile, de culture grecque cultivée. Mais Actes ajoute deux dimensions au lectorat lucanien : (1) une dimension apologétique politique — démontrer la légitimité du christianisme face aux autorités romaines, en multipliant les épisodes où Paul est innocenté par les magistrats (Gallion en Ac 18,12-17 ; le tribun Lysias en 23,29 ; Festus en 25,18-19 ; Hérode Agrippa II en 26,31-32) ; (2) une dimension œcuménique interne — convaincre les chrétiens d'origine juive et d'origine païenne qu'ils forment une seule Église, l'unité étant construite par étapes (concile de Jérusalem Ac 15, conflit Pierre-Paul Ga 2 reformulé par Luc en harmonie, mission paulinienne aux nations).

Milieu géographique

Identique à Luc : Achaïe (Prologue antimarcionite), Antioche (Eusèbe), Asie Mineure (Marshall), Rome (hypothèse minoritaire). La présence du « nous » à partir d'Ac 16,10 (sections en première personne du pluriel : 16,10-17 ; 20,5-15 ; 21,1-18 ; 27,1 – 28,16) suggère que l'auteur a été compagnon de Paul, vraisemblablement à partir de Troas (16,10). Si Luc est l'auteur et le médecin antiochien, les épisodes du « nous » correspondent à ses séjours effectifs avec Paul.

Indices internes

Volume comparable à Luc (Ac : 1006 versets, soit le plus long livre du NT après Lc lui-même). Style littéraire raffiné. Vocabulaire technique : politarchēs (17,6 — mot rarissime confirmé épigraphiquement à Thessalonique), asiarchēs (19,31), strategos au sens romain (16,20.22). Sept grands discours apostoliques (Pierre Ac 2 Pentecôte ; Étienne 7 ; Pierre Ac 10 Corneille ; Paul Ac 13 Antioche de Pisidie ; Paul Ac 17 Aréopage ; Paul Ac 20 adieu d'Éphèse ; Paul Ac 22 Jérusalem) qui résument la prédication apostolique selon Dibelius (1949). Les sections du « nous » totalisent 97 versets. Vingt-quatre épisodes de prières (plus que tous les autres livres NT). Vingt-six mentions explicites de l'Esprit Saint (le « livre des actes du Saint-Esprit » selon une formule patristique).

📅 Date de rédaction
Fourchette majoritaire

80-90 après J.-C.

Arguments principaux

Continuité avec Luc : la même fourchette majoritaire vaut. (1) Dépendance lucanienne et chronologie post-marcienne. Comme Luc, Ac dépend probablement de Marc (65-72) et de sources distinctes (matériel pétrinien, sources antiochiennes, source paulinienne). (2) Connaissance de la chute du Temple (70). Bien que jamais mentionnée explicitement, la chute du Temple structure la théologie de l'histoire chez Luc — Stephen prophétise contre le Temple (Ac 7,48-50) et le récit valorise une diaspora missionnaire libérée du cadre cultuel jérusalémite. (3) Tradition patristique cohérente. Irénée (Adv. Haer. III.1.1) place Lc-Ac après Mt-Mc mais avant Jn. Le Canon de Muratori (fin IIe s.) inclut Ac comme « les actes de tous les apôtres dans un seul livre, écrits par Luc ». (4) Silence sur le martyre de Paul. Ac s'arrête en 61-63 sur Paul à Rome enseignant librement deux ans (Ac 28,30-31). Aucune mention du martyre néronien (64-67), de l'incendie de Rome (64), ni de la persécution. Cette « omission » est traditionnellement interprétée comme un choix narratif (« l'Évangile a atteint Rome, fin de la narration ») plutôt que comme un indice de datation pré-67.

Alternatives et débats
  • 61-63 (datation haute) — Position défendue par J. A. T. Robinson (1976), F. F. Bruce, Carson-Moo-Morris, Bock. Argument principal : si Ac avait été rédigé après le martyre de Paul (~64-67), Luc l'aurait mentionné — comme il mentionne le martyre d'Étienne (Ac 7) et celui de Jacques fils de Zébédée (Ac 12,2). Le silence sur Paul, sur la chute du Temple (70), et sur la persécution néronienne (64) suggère une rédaction avant ces événements. La fin abrupte d'Ac (« Paul demeura deux années entières dans une maison qu'il avait louée, et il recevait tous ceux qui venaient le voir... ») serait alors contemporaine de la situation décrite. Position appréciée dans l'évangélisme conservateur.

    Tenants : Robinson 1976, Bruce 1983, Carson-Moo-Morris 1992, Bock 1994, Witherington 1998. Position minoritaire mais sérieuse.

  • 100-130 (datation basse) — Théorie de la dépendance à Flavius Josèphe (Antiquités juives, publiées en 93-94). Steve Mason (Josephus and the NT, 1992) et Richard Pervo (Dating Acts, 2006) ont relevé des parallèles précis : (a) épisode de Theudas en Ac 5,36 inverse le rapport chronologique des Antiquités XX.97 (Theudas chez Josèphe est postérieur à Judas le Galiléen, qu'Ac place après Theudas) ; (b) mort d'Hérode Agrippa I en Ac 12,20-23 calque le récit des Ant. XIX.343-352 jusque dans le vocabulaire. Si Luc dépend de Josèphe, Ac est postérieur à 94. Joseph Tyson (Marcion and Luke-Acts, 2006) va plus loin : Lc-Ac aurait été rédigé en réaction à l'évangile de Marcion (~140), datant Ac vers 120-130.

    Tenants : Pervo, Dating Acts, 2006 ; Mason 1992 ; Tyson 2006. Position minoritaire mais débattue, surtout dans la critique nord-américaine.

  • Question de l'unité Lc-Ac — L'unité littéraire et théologique de Luc-Actes (Cadbury 1927 ; Conzelmann 1953) est aujourd'hui contestée par Mikeal Parsons et Richard Pervo (Rethinking the Unity of Luke and Acts, 1993), qui notent les différences génériques (évangile vs roman historique hellénistique) et de réception canonique précoce (Lc avec les évangiles, Ac à part). Le débat affecte la datation : si Lc et Ac sont du même auteur mais à plusieurs années d'intervalle, la chronologie peut s'étirer.

    Tenants : Parsons et Pervo 1993 vs Bovon (Lc-Ac comme unité).

📐 Structure littéraire
Modèle principal

Structure programmatique d'Ac 1,8 : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre » — trois zones géographiques croissantes qui structurent l'ensemble. Plus largement, Actes se divise en deux grands livres articulés autour du concile de Jérusalem (Ac 15) : Livre de Pierre et de l'Église de Jérusalem (Ac 1-12), Livre de Paul et de la mission aux nations (Ac 13-28). La transition n'est pas brusque mais progressive : Pierre disparaît après Ac 15 (sauf mention finale dans certains manuscrits) ; Paul devient le héros unique.

Parties
SigleTitreVersetsThèmes principaux
Prologue Ascension et Pentecôte 1,1 – 2,47 Reprise de l'envoi (1,8 — programme géographique), ascension (1,9-11), élection de Matthias remplaçant Judas (1,15-26), Pentecôte (2,1-13), discours de Pierre (2,14-36), conversion de 3000 (2,41), vie communautaire idyllique (2,42-47).
I Église de Jérusalem 3,1 – 5,42 Guérison du boiteux, discours de Pierre au Portique, comparutions devant le Sanhédrin, communauté des biens (sommaires), Ananias-Saphira (5,1-11), Gamaliel (5,34-39).
II Première expansion : les Sept et Étienne 6,1 – 8,40 Conflit Hellénistes-Hébreux, élection des Sept (6,1-7), arrestation et discours d'Étienne (longue rétrospective historique 7,1-53), martyre d'Étienne (7,54-60), persécution, dispersion et mission. Mission de Philippe en Samarie. Conversion de l'eunuque éthiopien (8,26-40).
III Conversion de Saul et acceptation des Païens 9,1 – 12,25 Conversion de Saul sur le chemin de Damas (9,1-19a), premier témoignage à Damas et Jérusalem. Ministère de Pierre : Énée (9,32-35), Tabitha (9,36-43), Corneille le centurion (10,1-11,18 — premier baptême d'un païen, vision de Pierre à Joppé). Antioche, premier nom de chrétiens (11,19-26). Famine, collecte. Persécution d'Hérode Agrippa I, martyre de Jacques fils de Zébédée (12,1-2), arrestation et délivrance miraculeuse de Pierre (12,3-19), mort d'Hérode (12,20-23).
IV Premier voyage missionnaire de Paul et Concile de Jérusalem 13,1 – 15,35 Envoi d'Antioche (13,1-3), Chypre (Sergius Paulus, Elymas), Antioche de Pisidie (premier grand discours paulinien 13,16-41), Iconium, Lystre, Derbe. Retour. Concile de Jérusalem (Ac 15) — décision sur les obligations rituelles pour les païens convertis : circoncision non requise, mais quatre prescriptions (idolothytes, sang, viande étouffée, fornication). Lettre apostolique.
V Deuxième voyage missionnaire 15,36 – 18,22 Conflit Paul-Barnabé sur Marc. Paul avec Silas. Timothée associé. Vision macédonienne (16,9-10 — début du « nous »). Mission en Europe : Philippes (Lydie, exorcisme, prison), Thessalonique, Bérée, Athènes (discours à l'Aréopage 17,16-34), Corinthe (Aquila-Priscille, Gallion 18,12-17). Retour.
VI Troisième voyage missionnaire 18,23 – 21,16 Galatie, Phrygie. Apollos à Éphèse. Paul à Éphèse trois ans (Tyrannus, miracles, disciples de Jean-Baptiste, émeute des orfèvres autour d'Artémis 19,23-41). Macédoine, Achaïe. Retour vers Jérusalem avec la collecte. Adieu d'Éphèse à Milet (20,17-38). Étapes côtières. Prophétie d'Agabus à Césarée.
VII Arrestation, procès, voyage à Rome 21,17 – 28,31 Arrivée à Jérusalem. Émeute au Temple. Arrestation. Discours de défense à la foule (Ac 22). Comparutions devant le Sanhédrin, Félix, Festus, Hérode Agrippa II. Appel à César. Voyage à Rome : tempête et naufrage à Malte (Ac 27 — récit nautique technique, document de référence en histoire de la navigation antique). Arrivée à Rome. Paul prêche aux Juifs locaux, qui se divisent. Conclusion (28,30-31) : « il demeura deux années entières dans une maison qu'il avait louée, recevait tous ceux qui venaient le voir, et prêchait le Royaume de Dieu, et enseignait les choses qui concernent le Seigneur Jésus-Christ, avec toute liberté et sans empêchement. »
Modèles alternatifs

Modèle en six panneaux articulés par les sommaires de croissance (Ac 6,7 ; 9,31 ; 12,24 ; 16,5 ; 19,20 ; 28,30-31) — proposé par Goulder. Modèle biographique centré sur Pierre puis Paul — Haenchen 1956. Modèle discours-récit alternant : Dibelius 1949 identifie sept grands discours apostoliques comme charpente théologique. Récemment, modèle genre littéraire : roman historique hellénistique (Pervo Profit with Delight 1987), monographie historique grecque (Aune 1987), historiographie sérieuse à la manière de Polybe (Hemer 1989).

⚔️ Dispute théologique
Dispute théologique : Ac 15 et Ga 2 — fiabilité historique des Actes face aux épîtres pauliniennes
Verset pivot
Ac 15,1-29 (concile de Jérusalem) versus Ga 2,1-14 (réunion privée et conflit d'Antioche). Le décret apostolique d'Ac 15,28-29 (« il a paru bon au Saint-Esprit et à nous ») est-il compatible avec la vision conflictuelle paulinienne d'un Paul résistant publiquement à Pierre à Antioche (Ga 2,11) ?
C'est la dispute herméneutique la plus structurante de la critique néotestamentaire moderne. Depuis Ferdinand Christian Baur et l'École de Tübingen (1830-1860), Actes est suspecté d'harmoniser tendancieusement l'histoire des origines chrétiennes en lissant les conflits qui apparaissent crus dans les épîtres pauliniennes. La dispute oppose les théologies de la fiabilité historique (catholiques traditionnels, évangéliques conservateurs) à la critique de la rédaction (Baur, Bultmann, école protestante allemande) et à des positions intermédiaires (Brown, Bauckham, le « consensus modéré » nord-américain).
catholique traditionnel

Commission Biblique Pontificale, décrets de 1907 et 1912 sur l'historicité des Évangiles et des Actes ; Sancta Mater Ecclesia 1964 ; CEC § 124-127.

Actes est un récit historique authentique inspiré, parfaitement compatible avec les épîtres pauliniennes. Position traditionnelle catholique : Luc, médecin et compagnon de Paul (Col 4,14 ; 2 Tm 4,11 ; Phm 24), a accès à des sources directes — il fut témoin oculaire des sections « nous », a rencontré les autres apôtres lors de ses séjours à Jérusalem (Ac 21,17-18), et a obtenu de Paul lui-même des informations sur les événements antérieurs à sa propre association. Le concile d'Ac 15 et la rencontre privée de Ga 2,1-10 sont compatibles si on accepte qu'il s'agisse de deux événements distincts : Ga 2 raconte une visite antérieure (« quatorze ans après ») à Jérusalem où Paul rencontre Pierre, Jacques et Jean en privé pour exposer son évangile ; Ac 15 raconte le concile public qui suit le premier voyage missionnaire. Cette « théorie des deux visites » est défendue par les commentateurs catholiques traditionnels (Lagrange, Spicq) et par certains évangéliques (Bruce). L'incident d'Antioche (Ga 2,11-14) est passé sous silence par Luc parce qu'il n'affecte pas l'unité institutionnelle : Pierre, repris, se rallie. Le décret d'Ac 15,28-29 (« il a paru bon au Saint-Esprit et à nous ») est la première manifestation magistérielle conciliaire de l'Église — modèle ecclésiologique fondamental.

Sources : Commission Biblique Pontificale 1907-1913 (DH 3503-3528) ; Léon XIII Providentissimus Deus 1893 ; Pie XII Divino afflante Spiritu 1943 ; Vatican II Dei Verbum 19 ; Lagrange Saint Paul 1925 ; Spicq L'épître aux Hébreux 1952.

protestant historico critique

Ferdinand Christian Baur (école de Tübingen, 1831-1860) ; Ernst Haenchen, Die Apostelgeschichte, 1956 ; Hans Conzelmann, Die Apostelgeschichte, 1963.

Actes est un récit théologique tardif (IIe siècle initial), qui harmonise tendancieusement le conflit primitif entre paulinisme et judéo-christianisme pétrinien. Baur (Paulus, der Apostel Jesu Christi, 1845) a montré que les épîtres pauliniennes authentiques (Rm, 1-2 Co, Ga) présentent un conflit aigu entre Paul et les « apôtres avant moi » (Ga 1,17) — incident d'Antioche, dispute sur les rituels juifs, opposition à des « apôtres » à Corinthe (2 Co 11). Actes lisse cet antagonisme par sept artifices : (a) parallélisme Pierre-Paul (chacun fait les mêmes miracles, prononce les mêmes discours), (b) Pierre prononce un discours pro-païen avant Paul (Ac 10 Corneille) — invraisemblance historique, (c) le concile d'Ac 15 attribue à Jacques (judéo-chrétien) une parole conciliante envers les Païens, contredisant son hostilité dans Ga 2,12 (« les gens venus de Jacques »), (d) le décret apostolique fixe quatre interdits rituels (Ac 15,29) absents des épîtres pauliniennes — Paul aurait observé ces quatre interdits s'ils existaient (cf. 1 Co 8 sur les idolothytes traités librement par Paul), (e) silence total sur l'incident d'Antioche (Ga 2,11-14), (f) Paul observe la loi juive à plusieurs reprises (vœu de Cenchrées Ac 18,18 ; vœu au Temple Ac 21,23-26), incompatible avec son discours « hors la Loi » des épîtres, (g) Paul à Rome enseigne aux Juifs et leur cite Isaïe (Ac 28,17-28) — image post-paulinienne. Conclusion : Actes est un projet d'unification narrative tardive servant à fonder l'Église catholica unifiée du IIe siècle, contre les ailes marcionite (paulinisme radical) et ébionite (judéo-christianisme strict).

Sources : Baur, Paulus 1845 ; Schwegler, Das nachapostolische Zeitalter 1846 ; Haenchen, Die Apostelgeschichte 1956 ; Conzelmann, Die Apostelgeschichte 1963 ; Käsemann Essays on NT Themes 1964 ; Vielhauer, Paulinism of Acts 1950.

anglo saxon mediateur

F. F. Bruce ; I. Howard Marshall ; Martin Hengel ; Richard Bauckham ; Ben Witherington III.

Position médiane : Actes est globalement fiable historiquement, malgré une visée théologique manifeste qui sélectionne et stylise. Hengel (Acts and the History of Earliest Christianity, 1979) a renversé partiellement la critique tübingoise en montrant que : (a) les détails topographiques, prosopographiques et politiques d'Actes sont d'une précision rare — confirmation par épigraphie (politarchès à Thessalonique, asiarchès à Éphèse, proconsuls de Chypre et d'Achaïe), par archéologie (synagogues, ports, routes), par sources externes (Suétone Claudius 25,4 sur l'expulsion des Juifs de Rome 49 mentionnée en Ac 18,2) ; (b) les sections « nous » impliquent un témoin oculaire ; (c) les discours apostoliques contiennent des éléments archaïques (christologie d'Ac 2 et 3 plus primitive que celle des épîtres pauliniennes — cf. Dunn Christology in the Making 1980). Mais Bruce et Marshall reconnaissent que Luc sélectionne et stylise : silence sur l'incident d'Antioche, parallélisme Pierre-Paul rhétorique, etc. La conclusion médiane : Actes est un récit historique théologiquement orienté, ni roman pur ni reportage neutre. Le concile d'Ac 15 est probablement le même événement que Ga 2,1-10 (théorie de l'identité), avec deux perspectives complémentaires — Paul dans Ga raconte la phase privée, Luc raconte la phase publique. Position majoritaire dans le monde académique anglo-saxon.

Sources : Bruce, The Book of Acts, NICNT, 1988 ; Marshall, Acts, TNTC, 1980 ; Hengel, Acts and the History of Earliest Christianity, 1979 ; Hemer, The Book of Acts in the Setting of Hellenistic History, 1989 ; Bauckham, The Book of Acts in its Palestinian Setting, 1995 ; Witherington, The Acts of the Apostles, 1998.

evangelique conservateur

Carson, Moo, Morris ; Robinson Redating the NT 1976 ; Bock Acts 2007 ; Schreiner.

Fiabilité historique intégrale d'Actes ; aucune contradiction avec les épîtres pauliniennes. Position évangélique : Actes est un récit historique inspiré, écrit par Luc compagnon de Paul, fiable dans tous ses détails comme Luc compagnon de Paul affirme une enquête diligente (Lc 1,3). Les divergences apparentes avec Ga 2 s'expliquent par : (a) la théorie des deux visites (Ga 2 = visite à Jérusalem d'Ac 11,30 et 12,25 pour la famine ; Ac 15 = visite ultérieure pour le concile), défendue par Bruce ; ou (b) les perspectives différentes (Ga = polémique épistolaire de Paul justifiant son apostolat ; Ac = récit narratif historique des décisions ecclésiales). La fiabilité est garantie par : (1) inspiration scripturaire (2 Tm 3,16) — toute Écriture est inspirée et utile ; (2) précision lucanienne (Hemer 1989 a recensé 84 détails historiques d'Ac vérifiables, tous confirmés) ; (3) accès aux témoins oculaires (Lc 1,2). Position défendue avec rigueur méthodologique par Hemer (qui n'est pas évangélique mais classiciste), reprise par les commentaires évangéliques.

Sources : Carson-Moo-Morris, An Introduction to the NT, 1992 ; Robinson 1976 ; Hemer 1989 ; Bock, Acts, BECNT, 2007 ; Schreiner, NT Theology, 2008.

post colonial feministe

Beverly Roberts Gaventa ; Mary Rose D'Angelo ; Justin Marc Smith ; lectures contextuelles latino-américaines et africaines.

Actes valorise certaines voix (apôtres masculins, élites urbaines) et invisibilise d'autres (esclaves, femmes, prophètesses). La critique post-coloniale et féministe ne nie pas la fiabilité d'Actes mais en dénonce la perspective restrictive. Trois exemples : (1) Les femmes apôtres et prophétesses — Junia (Rm 16,7) est apôtre selon Paul, mais Actes ne la mentionne pas. Phoebè, Priscille, les quatre filles prophétesses de Philippe (Ac 21,9) apparaissent en arrière-plan sans discours rapporté. Sapphira (Ac 5) est jugée plus durement que son mari narrativement. (2) La servante de Philippes (Ac 16,16-24) — la jeune fille esclave possédée d'un esprit pythonique annonce vraiment l'évangile (« Ces gens sont les serviteurs du Dieu Très-Haut, qui vous annoncent la voie du salut », 16,17) ; mais Paul, irrité, exorcise — non par compassion mais par impatience. La servante disparaît du récit, ses maîtres récupèrent leur pertes, l'histoire s'arrête là. La lecture féministe (Gaventa, D'Angelo) interroge : qui parle vraiment au nom de l'Esprit ? (3) Le rôle de l'Empire romain — Actes présente Rome comme protectrice de Paul (Gallion, Festus, Lysias). Lecture post-coloniale : c'est une apologétique chrétienne pour normaliser l'évangile dans l'Empire, au prix d'invisibiliser la violence impériale. Conclusion : Actes est un récit théologique, sélectif, qu'il faut lire avec une « herméneutique du soupçon » (Schüssler Fiorenza).

Sources : Schüssler Fiorenza, In Memory of Her, 1983 ; Gaventa, The Acts of the Apostles, ANTC, 2003 ; D'Angelo dans Searching the Scriptures, 1994 ; Smith, Why bios?, 2015 ; lectures latino-américaines : Mesters, Defenseless Flower, 1989.

Présentation générale

Le livre des Actes des Apôtres constitue le seul livre proprement « historique » du Nouveau Testament après les évangiles. Il forme le second volet d'une œuvre diptyque (Luc + Actes), conçue par un même auteur et adressée à un même destinataire.

Présentation générale

Le livre des Actes des Apôtres (Praxeis Apostolōn, Actus Apostolorum) constitue le seul livre proprement « historique » du Nouveau Testament après les évangiles. Il forme le second volet d'une œuvre diptyque (Luc + Actes), conçue par un même auteur et adressée à un même destinataire (« très excellent Théophile », Lc 1,3 ; Ac 1,1).

Auteur, datation, destinataire

  • Auteur : traditionnellement Luc, médecin compagnon de Paul (Col 4,14 ; 2 Tm 4,11 ; Phm 24). La présence des « passages en nous » (wir-Stücke, Ac 16,10-17 ; 20,5-15 ; 21,1-18 ; 27,1–28,16) plaide pour une participation directe de l'auteur à certaines étapes du voyage paulinien. Identification confirmée par Irénée (Adv. Haer. III.1.1, vers 180) et le canon de Muratori.
  • Datation : majoritairement située entre 80 et 90 ap. J.-C. Quelques arguments pour une datation haute (avant 64, date du martyre de Paul, puisque Actes s'arrête à la captivité romaine sans mentionner la mort) ; majoritairement, datation basse (80-90) en raison de l'utilisation probable de Marc et de la perspective post-70 (Lc 21,20-24 sur Jérusalem).
  • Destinataire : Théophile (theophilos, « ami de Dieu »). Personnage historique (haut fonctionnaire romain ?) ou destinataire symbolique de tout lecteur chrétien instruit.
  • Lieu de composition : indéterminé. Hypothèses : Antioche, Rome, Achaïe.

Structure géographique programmatique

Le livre s'organise selon le programme énoncé en Ac 1,8 (« Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre ») :

SectionChapitresGéographieThème
I1–7JérusalemL'Église primitive, Pierre et les Douze
II8–12Judée et SamarieExpansion régionale, conversion de Saul
III13–28Empire (jusqu'à Rome)Mission paulinienne universelle

Théologie lucanienne des Actes

Le Saint-Esprit comme protagoniste

Les Actes ont parfois été appelés « évangile du Saint-Esprit » (Adolf von Harnack). L'Esprit conduit l'expansion : descente à la Pentecôte (Ac 2), désignation des sept (Ac 6), évangélisation par Philippe (Ac 8), conversion de Corneille (Ac 10), envoi de Paul et Barnabé (Ac 13,2), assemblée de Jérusalem (Ac 15,28), conduite missionnaire (Ac 16,6-10).

Continuité avec l'Évangile de Luc

Plusieurs parallèles structurels rapprochent Actes de Luc :

  • Prologue dédicatoire (Lc 1,1-4 ↔ Ac 1,1-5)
  • Don de l'Esprit (Lc 4,18 / Ac 2)
  • Premier discours programmatique (Lc 4,16-30 / Ac 2,14-36)
  • Guérisons accompagnant la prédication
  • Souffrance et martyre comme accomplissement (Lc 23 / Ac 7 ; Ac 21–28)

Pierre et Paul : symétrie narrative

Luc compose un parallélisme délibéré entre les deux apôtres majeurs :

ActePierrePaul
Discours programmatiquePentecôte (Ac 2)Antioche de Pisidie (Ac 13)
Guérison d'un boiteuxAc 3,1-10Ac 14,8-10
Résurrection d'un mortTabitha (Ac 9,36-43)Eutyque (Ac 20,9-12)
Délivrance miraculeusePrison (Ac 12)Philippes (Ac 16,25-34)
Mission inaugurale aux païensCorneille (Ac 10)Galates et Macédoine

L'eschatologie réalisée et l'attente

Hans Conzelmann (Die Mitte der Zeit, 1954) a montré la conception lucanienne du temps en trois âges : (1) temps d'Israël ; (2) temps du Christ ; (3) temps de l'Église, qui s'étend indéfiniment dans le monde. Cette conception explique l'atténuation de l'urgence eschatologique (perspective de durée historique pour la mission).

Sections majeures du livre

La Pentecôte (Ac 2)

Récit fondateur de la naissance de l'Église : descente de l'Esprit Saint sous forme de langues de feu, parler en langues compris par les pèlerins de toutes nations, discours kérygmatique de Pierre (Ac 2,14-36) culminant sur la confession « Que toute la maison d'Israël sache donc avec certitude que Dieu l'a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous avez crucifié » (Ac 2,36). Conversion de 3 000 personnes (Ac 2,41).

La communauté de Jérusalem (Ac 2,42–5,42)

Description idéale des premiers chrétiens : didachē apostolique, koinōnia, fraction du pain, prières (Ac 2,42). Communion des biens : « ils mettaient tout en commun » (Ac 2,44 ; 4,32-35). Conflits internes : Ananias et Saphira (Ac 5).

Le martyre d'Étienne et la dispersion (Ac 6–7)

Choix des Sept (probablement « diacres », même si le terme n'apparaît pas dans le texte). Discours d'Étienne (Ac 7), un des plus longs des Actes, relisant toute l'histoire d'Israël comme histoire de rejet des envoyés de Dieu. Première persécution généralisée et dispersion des chrétiens (Ac 8,1).

La conversion de Saul (Ac 9 ; 22 ; 26)

Récit raconté trois fois — un cas unique dans le NT — à la troisième personne (Ac 9), puis deux fois à la première personne dans les apologies de Paul (Ac 22 devant la foule de Jérusalem ; Ac 26 devant Agrippa II et Festus). Cette triple narration souligne l'importance théologique de la conversion paulinienne.

Le concile de Jérusalem (Ac 15)

Tournant décisif vers 49 ap. J.-C. : question de la circoncision des païens convertis. Discours de Pierre, de Barnabé, de Paul, et finalement décision présidée par Jacques le Juste : les païens ne sont pas soumis à la Torah, mais doivent observer quatre interdits (Ac 15,28-29 : viandes immolées aux idoles, sang, viandes étouffées, fornication). Cf. Galates 2 pour la perspective paulinienne du même événement.

Les trois voyages missionnaires de Paul

VoyageRéférenceDatationItinéraire principal
1erAc 13–14vers 46–48Antioche → Chypre → Asie Mineure → retour
2eAc 15,36–18,22vers 49–52Antioche → Asie Mineure → Macédoine → Achaïe (Corinthe 18 mois) → retour
3eAc 18,23–21,16vers 53–58Antioche → Éphèse (3 ans) → Macédoine → Achaïe → retour à Jérusalem
CaptivitéAc 21,17–28,31vers 58–62Arrestation à Jérusalem → Césarée → voyage à Rome → captivité romaine

Le voyage à Rome (Ac 27–28)

Récit détaillé de la traversée méditerranéenne, du naufrage à Malte, et de l'arrivée à Rome où Paul, prisonnier, prêche pendant deux ans avant que le récit ne s'achève abruptement (Ac 28,30-31). L'absence de mention de la mort de Paul (martyre traditionnel sous Néron, vers 64-67) reste un énigme exégétique.

Les huit discours majeurs

Les Actes contiennent environ 30 % de discours directs, particularité rhétorique. Huit discours principaux structurent le livre :

  1. Pentecôte (Pierre) — Ac 2,14-36 — kérygme inaugural sur Jésus crucifié et ressuscité.
  2. Portique de Salomon (Pierre) — Ac 3,12-26 — appel à la conversion d'Israël.
  3. Sanhédrin (Pierre) — Ac 4,8-12 — première formule christocentrique exclusive.
  4. Sanhédrin (Étienne) — Ac 7,2-53 — relecture de toute l'histoire d'Israël.
  5. Antioche de Pisidie (Paul) — Ac 13,16-41 — kérygme paulinien à une synagogue.
  6. Aréopage d'Athènes (Paul) — Ac 17,22-31 — apologétique adressée aux philosophes.
  7. Aux anciens d'Éphèse (Paul) — Ac 20,18-35 — testament pastoral.
  8. Devant Agrippa (Paul) — Ac 26,2-29 — récit de conversion et apologie.

Approfondissements thématiques

Trois thèmes structurent l'intelligence académique des Actes au-delà de la lecture narrative : la pneumatologie lucanienne, le concile de Jérusalem comme matrice de la synodalité chrétienne, et la cartographie missionnaire des voyages pauliniens. Ce sont les trois lieux où le livre des Actes a le plus profondément marqué l'histoire ultérieure de l'Église — et où les enjeux exégétiques contemporains restent les plus vifs.

La théologie de l'Esprit Saint chez Luc-Actes

Le livre des Actes est parfois appelé, dans la critique contemporaine, le cinquième évangile — non pas un évangile du Christ, mais un évangile de l'Esprit Saint. Daniel Marguerat, dans son commentaire CNT Vb (Les Actes des apôtres, Labor et Fides, 2015), formule la chose ainsi : « si les évangiles racontent ce que Jésus a commencé à faire et à enseigner, les Actes racontent ce que l'Esprit continue de faire et d'enseigner par l'Église ». La formule reprend Ac 1,1 : « ὁ μὲν πρῶτος λόγος ἐποιησάμην περὶ πάντων… ὧν ἤρξατο ὁ Ἰησοῦς ποιεῖν τε καὶ διδάσκειν » — « le premier traité, je l'ai composé sur tout ce que Jésus a commencé à faire et à enseigner ». Le commencé du premier livre suppose une suite, qui est précisément le récit du second livre.

L'Esprit est protagoniste réel : il décide (« il a paru bon à l'Esprit Saint et à nous », Ac 15,28), il envoie (« l'Esprit Saint dit : mettez-moi à part Barnabé et Saul », Ac 13,2), il interdit (« Paul fut empêché par l'Esprit Saint d'annoncer la Parole en Asie », Ac 16,6), il pousse (« contraint par l'Esprit », Ac 20,22), il avertit (« l'Esprit Saint m'avertit que des chaînes et des tribulations m'attendent », Ac 20,23). Cette personnalisation narrative de l'Esprit est sans équivalent dans le Nouveau Testament. Hans Conzelmann, dans Die Mitte der Zeit (1954), a soutenu que Luc remplace l'eschatologie imminente paulinienne par un « temps de l'Église » désormais habité par l'Esprit — thèse classique de l'« eschatologie réalisée lucanienne », critiquée mais structurante.

La Pentecôte (Ac 2,1-13) est le moment matriciel. Lecture historico-critique : Luc retravaille une tradition antérieure pour en faire une « réplique inversée » de Babel (Gn 11) — non plus la confusion des langues qui sépare, mais la compréhension miraculeuse qui unit. La citation explicite de Joël 3,1-5 (LXX 3,1-5 ; TM 3,1-5) en Ac 2,17-21 a une portée programmatique. Trois aspects méritent attention.

D'abord, la modification lucanienne du texte de Joël. Luc cite Joël 3,1 en remplaçant « après cela » par « dans les derniers jours » (ἐν ταῖς ἐσχάταις ἡμέραις) — un glissement décisif qui inscrit Pentecôte dans une eschatologie réalisée. Ce qui chez Joël était l'horizon ultime des temps devient chez Luc le temps présent de l'Église.

Ensuite, la dimension universaliste. Joël annonçait l'Esprit répandu sur « toute chair » (πᾶσαν σάρκα). Luc actualise cette universalité non plus comme promesse mais comme événement vérifiable : la liste des nations en Ac 2,9-11 (Parthes, Mèdes, Élamites, habitants de Mésopotamie, Judée, Cappadoce, Pont, Asie, Phrygie, Pamphylie, Égypte, Libye, Rome, Crétois, Arabes) couvre symboliquement l'œcoumène méditerranéen. C'est l'anti-Babel.

Enfin, la dimension prophétique démocratisée. Le don de l'Esprit n'est plus réservé aux figures exceptionnelles (rois, prêtres, prophètes) mais étendu à « vos fils et vos filles, vos jeunes gens et vos vieillards, mes serviteurs et mes servantes ». La théologie ultérieure du sacerdoce universel des baptisés (Luther, An den christlichen Adel, 1520 ; De captivitate babylonica, 1520) trouvera dans cette démocratisation pentecôtaire un appui exégétique majeur.

Trois « petites Pentecôtes » suivent la Pentecôte principale, et elles ne sont pas des doublons : elles inscrivent géographiquement l'universalité dans l'histoire de l'Église primitive. La Pentecôte samaritaine (Ac 8,14-17) intègre la première marge ethno-religieuse — les Samaritains, ennemis traditionnels des Juifs. La Pentecôte du centurion Corneille (Ac 10,44-48) intègre les païens incirconcis, et c'est l'événement qui scandalise la communauté de Jérusalem (Ac 11,1-18). La Pentecôte des disciples d'Éphèse (Ac 19,1-7) intègre les disciples de Jean-Baptiste, c'est-à-dire les héritiers de la pré-christologie messianique. Chacune des trois extensions est marquée par le don de l'Esprit avec glossolalie ou prophétie — Luc construit une logique narrative en spirale concentrique depuis le centre juif jusqu'aux marges païennes.

La postérité doctrinale de cette pneumatologie est immense. Côté oriental, la théologie byzantine déploie une réflexion approfondie sur la procession du Saint-Esprit qui devient le cœur de la controverse du filioque. Le concile de Tolède (589) introduit l'ajout latin « Filioque » au Credo de Nicée-Constantinople (« qui ex Patre Filioque procedit »). Photius de Constantinople, dans la controverse de 867, théorise théologiquement le refus oriental de cet ajout : pour les Pères grecs, l'Esprit procède « du Père seul » (ἐκ τοῦ Πατρὸς μόνου), conformément à Jn 15,26. Le schisme de 1054 cristallise cette divergence pneumatologique en rupture ecclésiale. Le dialogue catholique-orthodoxe contemporain (Foi et Constitution, COE, Bossey) n'a pas résolu le débat ; en 1995, le Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens a publié Les traditions grecque et latine concernant la procession du Saint-Esprit, document qui reconnaît la légitimité parallèle des deux formulations sans imposer l'ajout filioque.

Côté protestant, Calvin déploie sa pneumatologie dans l'Institution chrétienne, livre III, comme doctrine de l'application du salut : l'Esprit est l'agent qui rend Christ et ses bénéfices effectifs en l'homme. Karl Barth, dans la Dogmatique ecclésiale I/1 (1932), thématise l'Esprit comme « Seigneur agissant ». Jean Zizioulas, théologien orthodoxe contemporain (L'être ecclésial, 1981), articule pneumatologie et ecclésiologie eucharistique d'une manière qui dialogue avec le protestantisme tout en restant fidèle à la tradition cappadocienne.

Le concile de Jérusalem (Ac 15) — matrice de la synodalité

Le récit d'Ac 15 raconte ce que la tradition ultérieure considérera comme le premier concile de l'histoire chrétienne. La question débattue est cruciale : les païens convertis au christianisme doivent-ils être circoncis et observer la Loi mosaïque pour être pleinement membres du peuple de Dieu ? L'enjeu n'est pas purement disciplinaire — c'est l'identité même de l'Église qui se joue. Si la réponse est oui, le christianisme reste une secte juive ; si la réponse est non, il devient une religion mondiale.

Le contexte est tendu. Depuis Antioche, certains « venus de Judée » enseignent que « si vous n'êtes pas circoncis selon la coutume de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés » (Ac 15,1). Paul et Barnabé s'opposent vivement à cette position. La communauté d'Antioche envoie une délégation à Jérusalem auprès des apôtres et des anciens. Le concile se tient probablement vers 49-50, à mi-chemin entre le premier voyage missionnaire (Ac 13-14) et le deuxième (Ac 15,36-18,22).

Quatre interventions structurent la discussion. Pierre intervient d'abord (Ac 15,7-11), rappelant l'épisode de Corneille (Ac 10) où Dieu lui-même a donné l'Esprit à des païens incirconcis. Sa conclusion est ferme : « pourquoi mettez-vous Dieu à l'épreuve en imposant aux disciples un joug que ni nos pères ni nous n'avons pu porter ? Mais nous croyons que c'est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, de la même manière qu'eux » (Ac 15,10-11). Cette formulation paulinienne dans la bouche de Pierre est l'un des indices que Luc lisse les tensions historiques entre les deux apôtres. Barnabé et Paul témoignent ensuite des « signes et prodiges » que Dieu a accomplis par eux parmi les païens (Ac 15,12). Puis Jacques, frère du Seigneur et autorité de la communauté de Jérusalem, propose la solution : ne pas imposer la Loi mosaïque aux païens, mais leur demander de s'abstenir de quatre choses (Ac 15,19-20).

Les quatre prescriptions du décret apostolique (Ac 15,20.29) ont fait l'objet d'innombrables interprétations. Il s'agit de s'abstenir : 1) des viandes sacrifiées aux idoles (τῶν ἀλισγημάτων τῶν εἰδώλων) ; 2) de la fornication (πορνείας) ; 3) des animaux étouffés (τοῦ πνικτοῦ) ; 4) du sang (τοῦ αἵματος). L'analogie avec les commandements noachides du judaïsme rabbinique (Talmud, Sanhédrin 56a-60a) est frappante : la tradition juive reconnaît sept lois universelles applicables à toute l'humanité depuis l'alliance avec Noé. Le décret jérusalémite reprend les quatre lois qui touchent directement à la rupture rituelle entre Juifs et païens dans la commensalité quotidienne. Lecture rabbinique convergente : sans imposer la Torah complète, on demande aux païens chrétiens les minima qui permettent la communion de table entre Juifs et païens dans l'Église primitive — un compromis pragmatique remarquable.

La confrontation Ac 15 / Ga 2 reste l'un des problèmes exégétiques les plus discutés. Paul, en Ga 2,1-10, raconte une visite à Jérusalem où il rencontre les « colonnes » (Pierre, Jacques, Jean), reçoit la reconnaissance de son apostolat aux païens, et où il est seulement demandé de « se souvenir des pauvres ». Aucune mention des quatre prescriptions noachides. Trois hypothèses harmonisatrices :

Première hypothèse — l'identité des deux récits : Ac 15 et Ga 2 racontent le même événement, mais Paul (qui défend son indépendance) minimise les concessions et Luc (qui valorise l'unité ecclésiale) majore l'accord. Position majoritaire dans la critique catholique (Joachim Jeremias). Deuxième hypothèse — la non-identité : Ga 2 est antérieur (visite de famine d'Ac 11,29-30) et Ac 15 est postérieur. Position défendue notamment par Stephen Porter et certains exégètes anglo-saxons. Troisième hypothèse — la composition lucanienne : Ac 15 est une reconstruction théologique tardive (vers 80-90), qui projette dans le passé apostolique la solution effectivement atteinte après plusieurs décennies de débats. Position dominante dans la critique allemande (Ernst Haenchen, Die Apostelgeschichte, 1956 ; Gerd Lüdemann). Daniel Marguerat, dans le CNT Vb (2015), propose une voie médiane : Luc compose à partir de matériaux pré-lucaniens qu'il réorganise pour fonder la légitimité du christianisme paulinien dans l'autorité apostolique de Jérusalem.

La réception ecclésiologique du concile de Jérusalem est immense. Pour l'Église orthodoxe, Ac 15 est le modèle de la synodalité conciliaire : c'est la rencontre des apôtres en assemblée qui décide, l'unité se faisant par consensus dans l'Esprit (ἔδοξεν τῷ ἁγίῳ πνεύματι καὶ ἡμῖν, « il a paru bon à l'Esprit Saint et à nous », Ac 15,28). La formule devient liturgique dans les conciles œcuméniques ultérieurs (Nicée 325, Constantinople 381, Éphèse 431, Chalcédoine 451). Pour l'Église catholique, Ac 15 fonde à la fois l'autorité du collège apostolique (collégialité) et la primauté pétrinienne (Pierre parle en premier et donne le ton doctrinal). Vatican II (1962-1965) redécouvre cette tension entre collégialité et primauté ; Lumen Gentium 22 articule explicitement les deux pôles. Pour les Églises issues de la Réforme, Ac 15 fonde le synode comme instance décisionnelle (Synode de Dordrecht 1618-1619, Synode de Westminster 1643-1649, synodes des Églises réformées contemporaines). La Compagnie des pasteurs et des diacres de Genève (en activité depuis 1er juillet 1998 sous cette appellation, héritière du « Vénérable Consistoire » fondé par Calvin en 1542) puise dans Ac 15 son modèle d'autorité collégiale pastorale.

La réception œcuménique contemporaine n'est pas en reste. Le Groupe des Dombes, fondé par l'abbé Paul Couturier en 1937, applique méthodologiquement le modèle d'Ac 15 : assemblée mixte de théologiens catholiques et protestants qui cherchent le consensus dans l'écoute mutuelle. La Déclaration commune sur la doctrine de la justification (JDDJ, 1999) entre Église catholique et Fédération luthérienne mondiale est un fruit explicite de cette méthode jérusalémite : reconnaître que les anciennes condamnations doctrinales ne s'appliquent plus aux positions actuelles des partenaires, sans gommer les différences résiduelles. Le document Du conflit à la communion (Commission internationale catholique-luthérienne, 2013) prolonge cette logique pour la commémoration commune des 500 ans de la Réforme en 2017.

Les voyages missionnaires de Paul — cartographie et discours

Les Actes structurent narrativement la mission paulinienne en quatre grands déplacements, chacun marqué par des étapes géographiques précises et des discours majeurs. Cette cartographie n'est pas un simple itinéraire — c'est une théologie de la mission qui inscrit l'expansion chrétienne dans l'œcoumène gréco-romain.

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Le premier voyage (Ac 13-14, vers 46-48) part d'Antioche de Syrie sous l'envoi explicite de l'Esprit Saint à Barnabé et Saul (Ac 13,2). Itinéraire : Séleucie, Chypre (Salamine et Paphos avec l'épisode du proconsul Sergius Paulus, premier converti romain de rang sénatorial), puis Pergé en Pamphylie, Antioche de Pisidie (où Paul prononce son premier grand discours synagogal, Ac 13,16-41), Iconium, Lystre (épisode dramatique où Paul est lapidé puis se relève), Derbé, puis retour par les mêmes villes pour fortifier les communautés. C'est le voyage qui révèle paradigmatiquement la stratégie paulinienne : aller d'abord à la synagogue juive, puis se tourner vers les païens en cas de rejet (Ac 13,46).

Le deuxième voyage (Ac 15,36-18,22, vers 49-52) commence par la séparation d'avec Barnabé (au sujet de Jean-Marc, Ac 15,37-39). Paul prend Silas, et plus tard Timothée à Lystre. Itinéraire : Syrie, Cilicie, Galatie (où Paul, malade, fonde les communautés que les Galates accueilleront « comme un ange de Dieu », Ga 4,14), Mysie, Troas (vision du Macédonien, Ac 16,9), passage en Europe à Philippes (conversion de Lydie, exorcisme de la pythie, prison et tremblement de terre, conversion du geôlier), Thessalonique, Bérée, Athènes, Corinthe (séjour de 18 mois, fondation de l'une des communautés les plus actives, premier écrit paulinien conservé : 1 Thessaloniciens). Retour par Éphèse, Césarée, Antioche.

Le troisième voyage (Ac 18,23-21,17, vers 53-58) repart de Galatie, traverse la Phrygie, et culmine dans le grand séjour d'Éphèse (Ac 19, environ trois ans). Éphèse est le centre du christianisme paulinien en Asie Mineure : enseignement quotidien à l'école de Tyrannus, prodiges, controverse avec les exorcistes juifs, conflit avec les orfèvres de Diane d'Artemis. C'est probablement à Éphèse que Paul écrit Galates, Philippiens, Philémon, et peut-être 1 Corinthiens. Itinéraire de retour : Macédoine (rédaction de 2 Corinthiens), Corinthe (rédaction de Romains, hiver 57-58), Philippes, Troas, Milet (discours d'adieu aux anciens d'Éphèse, Ac 20,17-38), Tyr, Césarée, Jérusalem.

Le voyage à Rome (Ac 21,27-28,31, vers 60-62) est différent en nature : ce n'est plus une mission, c'est une captivité. Arrestation à Jérusalem, transfert à Césarée, deux ans de captivité chez Félix puis Festus, appel à César, embarquement, tempête, naufrage à Malte, arrivée à Rome où Paul reste deux ans en résidence surveillée. Le livre se termine de façon ouverte, sans mentionner la mort de Paul. Cette ouverture narrative a été interprétée diversement — soit Luc écrit avant la mort de Paul (datation lucanienne haute, ~63), soit il termine intentionnellement sur l'image de l'Évangile qui poursuit sa course « sans entrave » (ἀκωλύτως, Ac 28,31), dernier mot du livre.

Les discours pauliniens dans les Actes constituent un corpus rhétorique remarquable. Cinq discours majeurs structurent le récit. Le discours d'Antioche de Pisidie (Ac 13,16-41) est un discours synagogal de type pétrinien : reprise de l'histoire d'Israël depuis Abraham, démonstration scripturaire que Jésus est le Messie, exhortation au repentir. Le discours de Lystre (Ac 14,15-17) est court mais théologiquement remarquable : Paul s'adresse à des païens incultes, sans aucune référence aux Écritures juives, à partir de la théologie naturelle (Dieu créateur connu par les pluies et les saisons). C'est l'esquisse de ce que Paul développera à Athènes.

Le discours de l'Aréopage (Ac 17,22-31) est le plus célèbre. Paul s'adresse à l'élite philosophique athénienne en utilisant trois leviers rhétoriques. Premièrement, la citation d'un autel athénien réel « au dieu inconnu » qu'il reformule en captatio benevolentiae. Deuxièmement, la citation explicite de deux poètes grecs — le stoïcien Aratus de Soles (Phénomènes 5 : « car nous sommes de sa race », τοῦ γὰρ καὶ γένος ἐσμέν), et probablement Épiménide de Crète (« en lui nous avons la vie, le mouvement et l'être »). Troisièmement, la convergence terminologique avec le stoïcisme (théologie naturelle, providence universelle) avant le point de rupture christologique sur la résurrection (Ac 17,32). C'est un modèle de théologie de l'inculturation. Réception historique vaste : les Pères apologètes (Justin Martyr), la scolastique (Thomas d'Aquin, Somme contre les Gentils), la théologie missionnaire jésuite (Matteo Ricci en Chine), la théologie contemporaine de l'inculturation (Vatican II, Ad Gentes 22).

Le discours de Milet aux anciens d'Éphèse (Ac 20,17-38) est le seul discours paulinien adressé à des chrétiens dans les Actes. Il rappelle le ministère apostolique passé, exhorte à la vigilance ecclésiale (« prenez garde à vous-mêmes et à tout le troupeau »), annonce les épreuves à venir et l'absence imminente de Paul. C'est un testament pastoral. Le discours devant Agrippa (Ac 26,1-29) à Césarée est le discours apologétique le plus complet : récit autobiographique de la conversion (Ac 9 / 22 / 26 sont trois versions du même événement), démonstration scripturaire, conclusion missionnaire.

La question critique majeure que pose la critique historique : Paul-des-Actes et Paul-des-épîtres sont-ils compatibles ? Les divergences sont nombreuses. Sur la chronologie (le concile de Jérusalem en Ac 15 vs Ga 2), sur la collecte pour les pauvres de Jérusalem (centrale dans Romains 15 et 1-2 Corinthiens, à peine évoquée dans les Actes), sur le style théologique (Paul-des-Actes pratique une théologie naturelle aréopagitique étrangère au Paul-des-épîtres centré sur la croix), sur la conception du salut (Paul-des-épîtres : justification par la foi sans les œuvres ; Paul-des-Actes : repentance et conversion). Trois positions classiques. John Knox, dans Chapters in a Life of Paul (1950), tient pour la primauté des épîtres et la fiction relative des Actes. Joachim Jeremias prône une harmonisation modérée. Daniel Marguerat, dans le CNT Vb (2015), propose une lecture qui reconnaît le travail théologique de Luc sans renoncer à la valeur historique des Actes : Luc ne déforme pas Paul, il le relit à la lumière de la situation de l'Église des années 80, où il faut articuler l'héritage paulinien et l'autorité de Jérusalem dans une synthèse œcuménique.

Textes intégraux et traductions

Actes 2,1-4 — la Pentecôte

Grec — NA28

Καὶ ἐν τῷ συμπληροῦσθαι τὴν ἡμέραν τῆς πεντηκοστῆς ἦσαν πάντες ὁμοῦ ἐπὶ τὸ αὐτό. καὶ ἐγένετο ἄφνω ἐκ τοῦ οὐρανοῦ ἦχος ὥσπερ φερομένης πνοῆς βιαίας καὶ ἐπλήρωσεν ὅλον τὸν οἶκον οὗ ἦσαν καθήμενοι· καὶ ὤφθησαν αὐτοῖς διαμεριζόμεναι γλῶσσαι ὡσεὶ πυρὸς καὶ ἐκάθισεν ἐφ᾽ ἕνα ἕκαστον αὐτῶν, καὶ ἐπλήσθησαν πάντες πνεύματος ἁγίου καὶ ἤρξαντο λαλεῖν ἑτέραις γλώσσαις καθὼς τὸ πνεῦμα ἐδίδου ἀποφθέγγεσθαι αὐτοῖς.

Latin — Vulgate clémentine

Et cum complerentur dies Pentecostes, erant omnes pariter in eodem loco; et factus est repente de caelo sonus, tamquam advenientis spiritus vehementis, et replevit totam domum ubi erant sedentes. Et apparuerunt illis dispertitae linguae tamquam ignis, seditque supra singulos eorum: et repleti sunt omnes Spiritu Sancto, et coeperunt loqui variis linguis, prout Spiritus Sanctus dabat eloqui illis.

Allemand — Lutherbibel 2017

« Und als der Pfingsttag gekommen war, waren sie alle an einem Ort beieinander. Und es geschah plötzlich ein Brausen vom Himmel wie von einem gewaltigen Wind und erfüllte das ganze Haus, in dem sie saßen. Und es erschienen ihnen Zungen zerteilt wie von Feuer; und er setzte sich auf einen jeden von ihnen, und sie wurden alle erfüllt von dem Heiligen Geist und fingen an zu predigen in andern Sprachen, wie der Geist ihnen gab auszusprechen. »

Français — TOB

« Quand arriva le jour de la Pentecôte, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu. Tout à coup il y eut un bruit qui venait du ciel comme celui d'un violent coup de vent : la maison où ils se tenaient en fut toute remplie ; alors leur apparurent comme des langues de feu qui se partageaient, et il s'en posa sur chacun d'eux. Ils furent tous remplis d'Esprit Saint et se mirent à parler d'autres langues, comme l'Esprit leur donnait de s'exprimer. »

Anglais — NRSVue

"When the day of Pentecost had come, they were all together in one place. And suddenly from heaven there came a sound like the rush of a violent wind, and it filled the entire house where they were sitting. Divided tongues, as of fire, appeared among them, and a tongue rested on each of them. All of them were filled with the Holy Spirit and began to speak in other languages, as the Spirit gave them ability."

Actes 4,11-12 — le nom unique du Christ

Grec — NA28

οὗτός ἐστιν ὁ λίθος ὁ ἐξουθενηθεὶς ὑφ᾽ ὑμῶν τῶν οἰκοδόμων, ὁ γενόμενος εἰς κεφαλὴν γωνίας. καὶ οὐκ ἔστιν ἐν ἄλλῳ οὐδενὶ ἡ σωτηρία, οὐδὲ γὰρ ὄνομά ἐστιν ἕτερον ὑπὸ τὸν οὐρανὸν τὸ δεδομένον ἐν ἀνθρώποις ἐν ᾧ δεῖ σωθῆναι ἡμᾶς.

Latin — Vulgate

Hic est lapis qui reprobatus est a vobis aedificantibus, qui factus est in caput anguli; et non est in alio aliquo salus. Nec enim aliud nomen est sub caelo datum hominibus, in quo oporteat nos salvos fieri.

Français — TOB

« C'est lui la pierre méprisée par vous les bâtisseurs, et devenue la pierre angulaire. Le salut ne se trouve en aucun autre ; car il n'y a sous le ciel aucun autre nom donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés. »

Anglais — NRSVue

"This Jesus is 'the stone that was rejected by you, the builders; it has become the cornerstone.' There is salvation in no one else, for there is no other name under heaven given among mortals by which we must be saved."

Note doctrinale : ce verset est le fondement biblique de l'extra Christum nulla salus protestant, comme du extra ecclesiam nulla salus cyprianique. Sa portée exclusiviste a fait l'objet de relectures pluralistes contemporaines (Knitter, Hick) que les Églises majoritaires rejettent.

Actes 15,28-29 — le décret apostolique

Grec — NA28

ἔδοξεν γὰρ τῷ πνεύματι τῷ ἁγίῳ καὶ ἡμῖν μηδὲν πλέον ἐπιτίθεσθαι ὑμῖν βάρος πλὴν τούτων τῶν ἐπάναγκες, ἀπέχεσθαι εἰδωλοθύτων καὶ αἵματος καὶ πνικτῶν καὶ πορνείας· ἐξ ὧν διατηροῦντες ἑαυτοὺς εὖ πράξετε. Ἔρρωσθε.

Latin — Vulgate

Visum est enim Spiritui Sancto et nobis nihil ultra imponere vobis oneris quam haec necessaria: ut abstineatis vos ab immolatis simulacrorum, et sanguine, et suffocato, et fornicatione; a quibus custodientes vos, bene agetis. Valete.

Français — TOB

« L'Esprit Saint et nous-mêmes avons en effet décidé de ne pas vous imposer d'autres obligations que celles-ci, qui s'imposent : vous abstenir des viandes de sacrifices païens, du sang, des animaux étouffés et de l'immoralité. Vous agirez bien en évitant tout cela. Adieu. »

Note critique : les versions occidentales (Codex Bezae, Vetus Latina) omettent kai pniktōn (« et des animaux étouffés ») et y substituent la règle d'or négative (« ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fasse, ne le faites pas non plus aux autres »). Ce témoignage textuel divergent suggère une réinterprétation morale du décret apostolique dans certaines communautés primitives.

Actes 17,22-28 — discours à l'Aréopage

Grec — NA28 (extrait : v. 22-25)

Σταθεὶς δὲ ὁ Παῦλος ἐν μέσῳ τοῦ Ἀρείου πάγου ἔφη· Ἄνδρες Ἀθηναῖοι, κατὰ πάντα ὡς δεισιδαιμονεστέρους ὑμᾶς θεωρῶ· διερχόμενος γὰρ καὶ ἀναθεωρῶν τὰ σεβάσματα ὑμῶν εὗρον καὶ βωμὸν ἐν ᾧ ἐπεγέγραπτο· Ἀγνώστῳ θεῷ. ὃ οὖν ἀγνοοῦντες εὐσεβεῖτε, τοῦτο ἐγὼ καταγγέλλω ὑμῖν.

Latin — Vulgate

Stans autem Paulus in medio Areopagi, ait: Viri Athenienses, per omnia quasi superstitiosiores vos video. Praeteriens enim, et videns simulacra vestra, inveni et aram in qua scriptum erat: Ignoto Deo. Quod ergo ignorantes colitis, hoc ego annuntio vobis.

Français — TOB

« Debout au milieu de l'Aréopage, Paul prit la parole : Athéniens, je vous trouve à tous égards on ne peut plus religieux. Quand je traversais en effet votre ville et regardais vos monuments sacrés, j'ai trouvé jusqu'à un autel portant l'inscription : Au dieu inconnu. Or, ce que vous vénérez sans le connaître, c'est ce que moi je viens vous annoncer. »

Référence : Ac 17,22-23. Discours célèbre de l'apologétique chrétienne précoce, modèle de dialogue avec la philosophie grecque (Paul cite le poète Aratus en Ac 17,28 : tou gar kai genos esmen). Tertullien (De praescr. 7) raillera plus tard cette tentative ; Justin et Clément d'Alexandrie en feront au contraire un modèle.

Synthèse pédagogique

Le livre des Actes des Apôtres présente une triple importance théologique :

  • Historique — première histoire de l'Église primitive, des origines pentecôtistes à la mission paulinienne.
  • Pneumatologique — exposition narrative de l'œuvre du Saint-Esprit dans l'Église.
  • Missiologique — modèle programmatique de l'expansion chrétienne (Jérusalem → Rome → extrémités de la terre).

Pour les développements connexes, voir le module « Origines du christianisme » (cadre historique élargi) et le module « Épîtres pauliniennes » (correspondance contemporaine de l'expansion).

Module complété — marquez votre progression.

Sources principales : Bovon, François. Luc le théologien. 2e éd. Genève : Labor et Fides, 1988. Marguerat, Daniel. Les Actes des Apôtres. CNT V/a-b. 2007 et 2015. Conzelmann, Hans. Die Mitte der Zeit. Tübingen : Mohr Siebeck, 1954.

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historiographie ancienne ou roman antique ?

Débat majeur. Tradition (Haenchen 1956, Hengel) : historiographie hellénistique (proximité avec Polybe, Thucydide, Diodore de Sicile). Pervo (1987, Profit with Delight) : « roman ancien » avec scènes de tempête, naufrage, prison miraculeuse, foule, voyages. Marguerat (La première histoire du christianisme, 1999) : historiographie avec des éléments narratifs dramatiques. Position majoritaire actuelle : historiographie chrétienne distinctive, fictionnalisée par endroits mais référencée à des sources et à des événements.

Marguerat (1999) ; Pervo (1987)

2Structure

Programme d'Actes 1,8

la table des matières

Révéler

Jérusalem, Judée-Samarie, extrémités de la terre

« ἔσεσθέ μου μάρτυρες ἔν τε Ἰερουσαλὴμ καὶ ἐν πάσῃ τῇ Ἰουδαίᾳ καὶ Σαμαρείᾳ καὶ ἕως ἐσχάτου τῆς γῆς » (Ac 1,8). Trois zones géographiques structurent le livre : Ac 1-7 (Jérusalem), Ac 8-12 (Judée-Samarie + premiers païens), Ac 13-28 (Paul aux Gentils jusqu'à Rome). Référence : Marguerat, Les Actes des Apôtres, vol. I (CNT Va, 2007), p. 53-56.

Ac 1,8

3Théologie

Pentecôte

naissance de l'Église

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l'Esprit donné à l'Église universelle

Ac 2,1-13. 50 jours après Pâques. Théophanie : bruit, langues de feu, glossolalie comprise par les pèlerins de toutes nations (catalogue Ac 2,9-11). Inversion symbolique de Babel (Gn 11) : l'unité dans la diversité. Discours kérygmatique de Pierre (Ac 2,14-36) citant Jl 3,1-5 et Ps 16, 110. Réception : 3 000 baptisés. Référence : Marguerat, Actes, vol. I, p. 81-115.

Ac 2 ; Gn 11 ; Jl 3

4Théologie

Esprit-Saint chez Luc

protagoniste des Actes

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l'Esprit conduit la mission

L'Esprit-Saint apparaît ~70 fois dans les Actes. Il pousse à l'évangélisation (Ac 8,29 ; 13,2), valide la mission aux païens (Ac 10,44-48 chez Corneille = « Pentecôte des païens »), dirige les apôtres (Ac 16,6-10), parle à travers les prophètes (Ac 11,28 ; 21,11). Conzelmann : l'Esprit caractérise « le temps de l'Église ». Référence : Hans Conzelmann, Die Mitte der Zeit (1954).

Ac 10,44 ; 13,2 ; 16,6

5Théologie

Universalisme

le salut pour toutes les nations

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de Jérusalem à Rome

Mouvement géographique programmatique (Ac 1,8). Progression : Pentecôte juive (Ac 2), Samaritains (Ac 8), eunuque éthiopien (Ac 8,26-40), Corneille centurion romain (Ac 10), Antioche mixte (Ac 11,19-26 : premiers « chrétiens »), conversion des païens en masse (Ac 13-14), concile de Jérusalem reconnaissant officiellement l'égalité juifs-païens (Ac 15), mission paulinienne jusqu'à Rome (Ac 28).

Ac 1,8 → 28,30-31

6Église

Communauté primitive

Ac 2,42 — quadruple description

Révéler

enseignement, communion, fraction du pain, prières

« ἦσαν δὲ προσκαρτεροῦντες τῇ διδαχῇ τῶν ἀποστόλων καὶ τῇ κοινωνίᾳ, τῇ κλάσει τοῦ ἄρτου καὶ ταῖς προσευχαῖς. » (Ac 2,42). Quatre éléments fondateurs de l'Église chrétienne : didachē (enseignement), koinōnia (communion, partage des biens), klasis tou artou (fraction du pain, eucharistie), proseuchai (prières). Cadre œcuménique : tous les sacrements et la vie ecclésiale s'y trouvent en germe.

Ac 2,42

7Église

Communauté des biens

Ac 2,44-45 ; 4,32-37

Révéler

« tout était commun »

« πάντες δὲ οἱ πιστεύσαντες ἦσαν ἐπὶ τὸ αὐτὸ καὶ εἶχον ἅπαντα κοινά » (Ac 2,44 ; 4,32). Sommaire lucanien idéal. Référence patristique pour les monastères (Augustin, Regula), les huttériens, les théologies de la libération. Ananias et Saphira (Ac 5,1-11) marquent les limites (mensonge à l'Esprit, pas refus du partage). Référence : Daniel Marguerat, Actes, vol. I (CNT Va, 2007), p. 110-115, 152-160.

Ac 2,44-45 ; 4,32-37

8Christologie

Discours kérygmatiques

les 8 grands discours

Révéler

la structure rhétorique des Actes

~24 discours dans les Actes (un tiers du texte), dont 8 majeurs : 1) Pierre à la Pentecôte (Ac 2,14-36) ; 2) Pierre au Portique (Ac 3,12-26) ; 3) Pierre devant le Sanhédrin (Ac 4,8-12) ; 4) Étienne (Ac 7,1-53) ; 5) Pierre chez Corneille (Ac 10,34-43) ; 6) Paul à Antioche de Pisidie (Ac 13,16-41) ; 7) Paul à l'Aréopage (Ac 17,22-31) ; 8) Paul à Milet aux anciens d'Éphèse (Ac 20,18-35). Structure type : situation, kérygme, citations VT, conclusion exhortative. Référence : Marion Soards, The Speeches in Acts (1994).

Soards (1994)

9Méthode

Sommaires lucaniens

trois grands sommaires

Révéler

Ac 2,42-47 ; 4,32-35 ; 5,12-16

Trois grands sommaires (Sammelberichte) qui décrivent la vie idéale de la communauté primitive. Procédé rédactionnel lucanien identifié par Henry J. Cadbury (1933). Fonction : donner une « image » globale entre les épisodes narratifs. Idéalisation littéraire et théologique (pas reportage). Référence : Marguerat, Actes, vol. I (2007), excurus sur les sommaires.

Ac 2,42-47 ; 4,32-35 ; 5,12-16

10Théologie

« Nous » (we-passages)

les sections en première personne

Révéler

l'auteur compagnon de Paul ?

Quatre passages en première personne du pluriel : Ac 16,10-17 ; 20,5-15 ; 21,1-18 ; 27,1-28,16 (voyage à Rome). Quatre interprétations : 1) tradition (Irénée) : l'auteur est compagnon de Paul ; 2) source utilisée (journal de voyage) ; 3) procédé littéraire (Pervo : convention de vraisemblance dans les récits maritimes hellénistiques) ; 4) construction théologique. Débat ouvert. Référence : William Sterling Campbell, The "We" Passages (2007).

Ac 16, 20, 21, 27-28

11Histoire

« Chrétiens » à Antioche

Ac 11,26 — premier emploi

Révéler

le nom « chrétien » apparaît à Antioche

« χρηματίσαι τε πρώτως ἐν Ἀντιοχείᾳ τοὺς μαθητὰς Χριστιανούς » (Ac 11,26). Premier emploi historique connu du nom « chrétien » (Χριστιανός). Désignation extérieure (probablement administrative romaine) à Antioche de Syrie, vers 40-45 apr. J.-C. Repris ironiquement par Tacite (Annales XV.44, 116 apr. J.-C.) et Pline le Jeune (Ep. X.96, 112 apr. J.-C.).

Ac 11,26 ; Tacite ; Pline

12Théologie

Texte occidental d'Actes

D (Bezae), 10 % plus long

Révéler

une recension textuelle distincte

Le Codex de Bèze (D, 05, Ve siècle, conservé à Cambridge) propose un texte des Actes ~10 % plus long que la tradition alexandrine. Variantes : ajouts narratifs, durcissements antijudaïques, précisions topographiques. Débat sur la priorité : Boismard et Lamouille (1984) défendent la priorité du texte occidental ; majorité (NA28) défend le texte alexandrin. Cas unique dans le NT par l'ampleur de la divergence. Référence : Marguerat, Actes, vol. I (2007), introduction textuelle.

Codex Bezae (D, Ve s.)

13Section

Actes 1-7

l'Église de Jérusalem

Révéler

la communauté de Jérusalem sous Pierre

Section initiale. Pentecôte (Ac 2), première Église judéo-chrétienne. Pierre et Jean. Tensions internes : Ananias et Saphira (5,1-11), institution des Sept (6,1-7). Tensions externes : arrestations, comparutions devant le Sanhédrin. Martyre d'Étienne (Ac 7) clôt la période : début de la persécution et de la dispersion. Référence : Jacob Jervell, The Theology of the Acts (1996), pour l'image positive du judaïsme dans Lc-Ac.

Ac 1-7

14Section

Actes 8-12

expansion en Samarie et chez les païens

Révéler

la sortie de Jérusalem

Section de transition. Philippe en Samarie (Ac 8,4-25) et l'eunuque éthiopien (8,26-40). Conversion de Paul (Ac 9). Pierre et Corneille (Ac 10) : la « Pentecôte des païens » ; Pierre justifie l'inclusion devant l'Église de Jérusalem (Ac 11,1-18). Communauté mixte d'Antioche, premier emploi du nom « chrétiens » (Ac 11,26). Mort d'Hérode Agrippa Ier (Ac 12,20-23, ~ 44 apr. J.-C.).

Ac 8-12

15Section

Actes 13-28

les voyages de Paul

Révéler

la mission paulinienne jusqu'à Rome

Section majeure (16 chapitres sur 28). Trois voyages missionnaires depuis Antioche : 1er voyage Ac 13-14 (Chypre, Asie mineure méridionale, vers 46-48) ; 2e voyage Ac 15,36-18,22 (Macédoine, Grèce, ~49-52) ; 3e voyage Ac 18,23-21,16 (Éphèse, retour, ~53-58). Arrestation à Jérusalem (Ac 21-22), procès devant Festus et Agrippa II (Ac 24-26), voyage à Rome (Ac 27-28). Fin abrupte (Ac 28,30-31).

Ac 13-28

16Concile

Concile de Jérusalem

Actes 15 ; vers 49

Révéler

la décision capitale sur les païens

Réunion à Jérusalem (vers 49 apr. J.-C.) entre Paul, Barnabé et les « colonnes » (Pierre, Jacques, Jean). Question : faut-il que les païens convertis soient circoncis et observent la Loi mosaïque ? Décision : non, mais ils doivent respecter quatre interdits (Ac 15,28-29 : viandes sacrifiées aux idoles, sang, viandes étouffées, πορνεία — inceste prohibé de Lv 18). « Décret apostolique » fondateur de l'identité chrétienne distincte du judaïsme. Pendant paulinien : Ga 2,1-10 (vision différente, sans décret). Référence : Marguerat, Actes, vol. II (CNT Vb, 2015), p. 1-50.

Ac 15,28-29 ; Ga 2,1-10

17Voyage

Premier voyage de Paul

Ac 13-14 ; vers 46-48

Révéler

Chypre et Asie mineure méridionale

Avec Barnabé et Jean-Marc. Départ d'Antioche de Syrie. Chypre (Salamine, Paphos, conversion du proconsul Sergius Paulus). Asie mineure : Pergé (Jean-Marc abandonne), Antioche de Pisidie (discours-clé Ac 13,16-41), Iconium, Lystre (Paul lapidé), Derbé. Retour. Premier modèle missionnaire paulinien : synagogue d'abord, puis Gentils, fondation d'Églises locales, durée 1-2 ans par ville. Source : Marguerat, Actes, vol. II (2015), p. 51-100.

Ac 13-14

18Voyage

Deuxième voyage

Ac 15,36-18,22 ; ~49-52

Révéler

passage en Europe — Macédoine et Grèce

Avec Silas (après rupture avec Barnabé) et Timothée (rejoint à Lystre). Vision du Macédonien à Troas (Ac 16,9-10, début des « nous »). Philippes (Lydie, exorcisme, prison), Thessalonique, Bérée, Athènes (Aréopage Ac 17,22-31), Corinthe (18 mois, rencontre d'Aquila et Priscille, comparution devant Gallion ~51-52 apr. J.-C., point de calage chronologique). Retour Éphèse, Césarée, Antioche.

Ac 15,36-18,22

19Voyage

Troisième voyage

Ac 18,23-21,16 ; ~53-58

Révéler

centré sur Éphèse

Séjour de 2-3 ans à Éphèse (Ac 19), centre d'évangélisation de la province d'Asie. Émeute des orfèvres autour du culte d'Artémis (Ac 19,23-40). Discours d'adieu aux anciens d'Éphèse à Milet (Ac 20,18-35), un des sommets théologiques du livre. Retour vers Jérusalem chargé de la collecte pour la communauté de Jérusalem (cf. 1 Co 16 ; 2 Co 8-9 ; Rm 15,25-28).

Ac 18,23-21,16

20Voyage

Voyage à Rome

Ac 27-28 ; ~60

Révéler

le grand récit de tempête et de naufrage

Après deux ans de détention à Césarée maritime, Paul fait appel à César (Ac 25,11). Voyage maritime sous escorte. Tempête (Ac 27,13-44), naufrage à Malte (Ac 28,1-10), épisode de la vipère. Arrivée à Rome via Pouzzoles et la Voie Appienne (~60). Deux ans d'assignation à résidence à Rome (Ac 28,30-31). Fin abrupte : silence sur le procès et la mort de Paul. Hypothèse : Luc écrit avant la mort de Paul (~62-64) — ou bien fin théologique délibérée (l'évangile arrivé à Rome accomplit Ac 1,8).

Ac 27-28

21Discours

Aréopage d'Athènes

Ac 17,22-31

Révéler

le discours apologétique aux païens

Paul devant le conseil de l'Aréopage à Athènes. Stratégie rhétorique remarquable : 1) captatio (l'autel « au dieu inconnu », Ac 17,23) ; 2) théologie de la création (Dieu n'habite pas les temples faits de main) ; 3) citation de poètes grecs (« en lui nous vivons », Épiménide ; « nous sommes de sa race », Aratus) ; 4) appel à la conversion en vue du jugement par celui que Dieu a ressuscité. Réception mitigée (rire des Stoïciens). Modèle apologétique chrétien classique pour le dialogue avec les Gentils.

Ac 17,22-31

22Verset

Actes 1,1-2

le prologue lucanien

Révéler

« Théophile, dans mon premier livre… »

« Τὸν μὲν πρῶτον λόγον ἐποιησάμην περὶ πάντων, ὦ Θεόφιλε, ὧν ἤρξατο ὁ Ἰησοῦς ποιεῖν τε καὶ διδάσκειν. » Référence explicite au premier livre (l'évangile) et au même destinataire (Théophile, cf. Lc 1,3). Confirme l'unité littéraire et théologique de Luc-Actes comme diptyque. Le mot « commença » (ἤρξατο) laisse entendre que Jésus continue d'agir maintenant par l'Esprit dans l'Église.

Ac 1,1-2 ; Lc 1,3

23Verset

Actes 2,1-4

Pentecôte

Révéler

« et ils furent tous remplis du Saint-Esprit »

« καὶ ἐπλήσθησαν πάντες πνεύματος ἁγίου καὶ ἤρξαντο λαλεῖν ἑτέραις γλώσσαις. » Théophanie pentecostale : bruit comme vent violent, langues comme du feu se posant sur chacun. Inversion symbolique de Babel (Gn 11,1-9) : la diversité des langues est désormais comprise. 50 jours après Pâques, dans la perspective de la fête juive de Shavouot (don de la Torah au Sinaï). Source structurante de toute la pneumatologie chrétienne.

Ac 2,1-4 ; Gn 11

24Verset

Actes 4,32

le sommaire de la communauté

Révéler

« un seul cœur, une seule âme »

« Τοῦ δὲ πλήθους τῶν πιστευσάντων ἦν καρδία καὶ ψυχὴ μία, καὶ οὐδὲ εἷς τι τῶν ὑπαρχόντων αὐτῷ ἔλεγεν ἴδιον εἶναι, ἀλλ' ἦν αὐτοῖς ἅπαντα κοινά. » Idéal communautaire dérivé de la philosophie hellénistique de l'amitié (« τὰ τῶν φίλων κοινά », Aristote, Éth. Nic. IX.8). Verset central pour : monachisme, frères moraves, mennonites huttériens, théologies de la libération, projets communautaires divers.

Ac 4,32 ; Aristote

25Verset

Actes 9,1-19

conversion de Paul

Révéler

la route de Damas

Récit-clé répété trois fois (Ac 9 ; 22 ; 26). Lumière, voix (« Saoul, Saoul, pourquoi me persécutes-tu ? »), cécité, baptême par Ananias. Discussion exégétique : « conversion » (du judaïsme au christianisme) ou « appel » prophétique (Krister Stendahl, 1976) à un Paul restant pleinement juif ? Pendant paulinien : Ga 1,11-17 (Paul lui-même évoque une « révélation »). Source : Marguerat, Actes, vol. I (2007), p. 313-340.

Ac 9 ; 22 ; 26 ; Ga 1,11-17

26Verset

Actes 15,28-29

décret apostolique

Révéler

« il a paru bon à l'Esprit-Saint et à nous »

« ἔδοξεν γὰρ τῷ πνεύματι τῷ ἁγίῳ καὶ ἡμῖν… » (Ac 15,28). Formule synodale matricielle : décision conjointe de l'Esprit et de l'Église. Texte fondateur de la conciliarité chrétienne. Quatre interdits pour les païens convertis : viandes sacrifiées aux idoles, sang, viandes étouffées, πορνεία (inceste prohibé de Lv 18). Réception : pendant ecclésiologique majeur dans tous les conciles ultérieurs.

Ac 15,28-29

27Verset

Actes 17,28

à l'Aréopage

Révéler

« en lui nous avons la vie, le mouvement et l'être »

« ἐν αὐτῷ γὰρ ζῶμεν καὶ κινούμεθα καὶ ἐσμέν, ὡς καί τινες τῶν καθ' ὑμᾶς ποιητῶν εἰρήκασιν· τοῦ γὰρ καὶ γένος ἐσμέν. » Citation par Paul de deux poètes grecs : Épiménide de Crète (VIIe s. av. J.-C., « en lui nous vivons ») et Aratus de Soles (Phénomènes, IIIe s. av. J.-C., « nous sommes de sa race »). Modèle classique de l'apologétique chrétienne mobilisant la sagesse païenne pour annoncer l'Évangile. Réception : théologie naturelle, dialogue interreligieux.

Ac 17,28 ; Épiménide ; Aratus

28Verset

Actes 28,30-31

la fin ouverte

Révéler

Paul prêche à Rome « sans entraves »

« κηρύσσων τὴν βασιλείαν τοῦ θεοῦ καὶ διδάσκων τὰ περὶ τοῦ κυρίου Ἰησοῦ Χριστοῦ μετὰ πάσης παρρησίας ἀκωλύτως. » Dernier mot grec : ἀκωλύτως (« sans entraves »). Fin abrupte : pas de procès, pas de mort de Paul. Trois hypothèses : 1) Luc écrit avant ces événements (~62) ; 2) silence intentionnel (la parrhēsia de l'Évangile à Rome accomplit Ac 1,8) ; 3) projet de troisième volume (jamais réalisé). Référence : Marguerat, Actes, vol. II (2015), conclusion.

Ac 28,30-31

29Apôtre

Pierre

protagoniste Ac 1-12

Révéler

premier témoin et porte-parole apostolique

Simon Pierre (Πέτρος) domine la première moitié des Actes. Quatre discours majeurs : Pentecôte (Ac 2), Portique (Ac 3), Sanhédrin (Ac 4), Corneille (Ac 10). Réception de la vision de la nappe (Ac 10,9-16) qui légitime la mission aux païens. Délivrance miraculeuse de prison (Ac 12). Disparaît du récit après Ac 15 (concile de Jérusalem). Tradition : épiscopat à Rome, martyre vers 64 sous Néron (Tacite, Eusèbe, Clément de Rome).

Ac 1-12 ; 15

30Diacre

Étienne

premier martyr — Ac 6-7

Révéler

le proto-martyr (« proto-martyrion »)

Στέφανος, l'un des Sept choisis pour le service des tables (Ac 6,1-7). Discours-monumental devant le Sanhédrin (Ac 7,1-53) : relecture de l'histoire d'Israël (Abraham, Joseph, Moïse) culminant dans l'accusation que le peuple a toujours résisté à l'Esprit. Vision finale (« Je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu », Ac 7,56). Lapidé (Saul tient les vêtements des témoins, Ac 7,58). Mort vers 34-35 apr. J.-C. Premier martyr chrétien.

Ac 6,1-7,60

31Diacre

Philippe

l'évangéliste — Ac 8

Révéler

le pionnier de la mission samaritaine et africaine

L'un des Sept (Ac 6,5), distinct de l'apôtre Philippe. Mission en Samarie (Ac 8,4-25). Conversion de l'eunuque éthiopien (Ac 8,26-40), premier baptême d'un Africain selon le récit lucanien ; le verset Ac 8,37 (confession trinitaire) est une glose tardive absente des meilleurs manuscrits. Réside ensuite à Césarée maritime (Ac 21,8), avec « quatre filles vierges prophétisant ». Père spirituel de la mission éthiopienne dans la tradition.

Ac 6,5 ; 8 ; 21,8

32Apôtre

Paul de Tarse

protagoniste Ac 13-28

Révéler

l'apôtre des Gentils

Saül de Tarse (Σαῦλος), Juif pharisien (Ac 22,3 : « élève de Gamaliel »), citoyen romain (Ac 22,28), persécuteur (Ac 9). Conversion (Ac 9 ~ 33-34 apr. J.-C.). Trois voyages missionnaires (Ac 13-21). Procès et voyage à Rome (Ac 22-28). Disparaît du récit à Rome (Ac 28,30-31). Tradition : libération, deuxième mission (Espagne ?), martyre à Rome ~64-67 sous Néron. Treize lettres canoniques attribuées (sept indiscutées : Rm, 1-2 Co, Ga, Ph, 1 Th, Phm).

Ac 9 ; 13-28

33Mission

Barnabé

le « fils de la consolation »

Révéler

le mentor de Paul

Joseph « Barnabé » (« fils de la consolation », Ac 4,36), Lévite de Chypre. Introduit Paul auprès des apôtres de Jérusalem (Ac 9,27). Envoyé à Antioche, va chercher Paul à Tarse (Ac 11,22-26). Compagnon du premier voyage missionnaire (Ac 13-14). Représente Antioche au concile (Ac 15). Désaccord avec Paul sur Jean-Marc (Ac 15,36-41) : Barnabé part avec Jean-Marc à Chypre, Paul avec Silas. Modèle de « consolation » apostolique.

Ac 4,36 ; 13-15

34Mission

Aquila et Priscille

le couple paulinien

Révéler

artisans missionnaires de Corinthe à Éphèse

Juifs chrétiens, fabricants de tentes (σκηνοποιοί) comme Paul. Expulsés de Rome par Claude (~49 apr. J.-C., édit attesté par Suétone, Vie de Claude 25). Rencontrés à Corinthe (Ac 18,1-3). Voyagent avec Paul à Éphèse, instruisent Apollos (Ac 18,18-28). Tenancier d'une église à domicile (Rm 16,3-5). Priscille (Prisca) souvent nommée la première — autorité féminine attestée dans l'Église primitive. Mentionnés cinq fois dans le NT.

Ac 18 ; Rm 16,3-5

35Mission

Lydie

marchande de pourpre à Philippes

Révéler

la première convertie d'Europe

Femme d'affaires de Thyatire (Asie mineure), « adorante de Dieu » (σεβομένη τὸν θεόν), c'est-à-dire sympathisante du judaïsme sans circoncision. Rencontrée à Philippes près de la rivière où les femmes priaient (pas de synagogue locale). « Le Seigneur lui ouvrit le cœur ». Baptisée avec sa maisonnée. Accueille Paul et Silas chez elle (Ac 16,14-15.40). Première convertie chrétienne d'Europe selon le récit lucanien. Modèle d'hospitalité féminine apostolique.

Ac 16,14-15.40

36Exégète

Daniel Marguerat

CNT, 2007-2015

Révéler

le commentateur francophone de référence

Théologien suisse, professeur de NT à l'UNIL (1984-2008). Les Actes des Apôtres, 2 volumes (CNT Va-b, Labor et Fides, 2007-2015) : Vol. I (Ac 1-12, 2007), Vol. II (Ac 13-28, 2015). Méthode pragmatique-narrative. Articule exégèse historico-critique, narratologie et théologie biblique. La première histoire du christianisme. Les Actes des Apôtres (1999) en a posé les bases méthodologiques. Référence francophone et internationale incontournable.

Marguerat (2007-2015)

37Jalon

~30 apr. J.-C.

Pentecôte

Révéler

la naissance traditionnelle de l'Église

50 jours après Pâques de la passion de Jésus (~14 ou 7 avril selon les datations, vendredi 14 Nisan synoptique ou 15 Nisan johannique). Pentecôte juive de Shavouot (don de la Torah). Don de l'Esprit aux 120 disciples réunis (Ac 1,15 ; 2,1-4). Naissance ecclésiologique. Date traditionnellement reçue : 30 ou 33 apr. J.-C. selon la datation de la passion de Jésus. Pentecôte chrétienne célébrée comme l'une des trois grandes fêtes ecclésiales (avec Pâques et Noël).

Ac 2 ; Shavouot

38Jalon

~49

Concile de Jérusalem

Révéler

le tournant juif-païen

Concile à Jérusalem (Ac 15) tranchant la question de l'observance de la Loi mosaïque pour les païens convertis. Date : ~49 apr. J.-C. Présents : Pierre, Jacques (frère du Seigneur, président), Jean, Paul, Barnabé. Décision : pas de circoncision pour les païens, mais quatre interdits (Ac 15,28-29). Pendant paulinien : Ga 2,1-10 (avec différences). Premier « concile » de l'histoire de l'Église. Tournant identitaire majeur. Inaugure la conciliarité chrétienne.

Ac 15 ; Ga 2,1-10

39Jalon

~51-52

Gallion à Corinthe

Révéler

le seul calage chronologique externe précis

Comparution de Paul devant Gallion, proconsul d'Achaïe (Ac 18,12-17). Inscription de Delphes (découverte 1905, publiée par Émile Bourguet 1908) date le proconsulat de Gallion à 51-52 apr. J.-C. Permet de fixer chronologiquement la fin du deuxième voyage paulinien et, par effet de chaîne, l'ensemble de la chronologie paulinienne. Synchronisation aussi avec l'édit de Claude expulsant les juifs de Rome (Suétone, Claude 25), souvent daté 49 apr. J.-C.

Ac 18 ; Inscription de Delphes

40Jalon

~60-62

Paul à Rome

Révéler

accomplissement géographique d'Ac 1,8

Arrivée de Paul à Rome après son appel à César (Ac 27-28). Deux ans d'assignation à résidence où il accueille des visiteurs et prêche « sans entraves » (Ac 28,30-31). Date : ~60-62 apr. J.-C. La fin des Actes accomplit géographiquement le programme d'Ac 1,8 (« jusqu'aux extrémités de la terre »). Tradition : libération possible, deuxième mission, puis martyre à Rome ~64-67 sous la persécution néronienne (post-incendie de Rome juillet 64). Tacite (Annales XV.44) atteste la persécution.

Ac 28,30-31 ; Tacite

41Pneumatologie

L'Esprit Saint comme protagoniste

Luc-Actes, le « cinquième évangile »

Révéler

le rôle structurel de l'Esprit dans les Actes

Marguerat (CNT Vb, 2015) : « si les évangiles racontent ce que Jésus a commencé, les Actes racontent ce que l'Esprit continue. » L'Esprit décide (Ac 15,28), envoie (Ac 13,2), interdit (Ac 16,6), pousse (Ac 20,22), avertit (Ac 20,23). Personnalisation narrative sans équivalent dans le NT. Conzelmann (Die Mitte der Zeit, 1954) : l'eschatologie imminente paulinienne est remplacée par un « temps de l'Église » habité par l'Esprit.

Ac 1,1 ; Conzelmann 1954 ; Marguerat 2015

42Pneumatologie

Joël 3 à la Pentecôte

Ac 2,17-21

Révéler

la citation programmatique modifiée

Luc cite Joël 3,1-5 mais modifie « après cela » en « ἐν ταῖς ἐσχάταις ἡμέραις » (« dans les derniers jours »). Glissement décisif : ce qui chez Joël était horizon ultime devient chez Luc temps présent de l'Église. Trois dimensions : eschatologie réalisée, universalité (Esprit sur « toute chair »), prophétie démocratisée (fils-filles, jeunes-vieillards, serviteurs-servantes). Base exégétique du sacerdoce universel chez Luther (1520).

Ac 2,17-21 ; Joël 3,1-5 LXX

43Ecclésiologie

Clauses jacobites

Ac 15,20.29

Révéler

les quatre prescriptions noachides

Au concile de Jérusalem, Jacques propose que les païens convertis s'abstiennent de quatre choses : 1) viandes sacrifiées aux idoles (ἀλισγημάτων τῶν εἰδώλων) ; 2) fornication (πορνείας) ; 3) animaux étouffés (πνικτοῦ) ; 4) sang (αἵματος). Analogie avec les sept commandements de Noé du judaïsme rabbinique (Talmud, Sanhédrin 56a-60a). Compromis pragmatique permettant la commensalité Juifs-païens dans l'Église primitive.

Ac 15,20.29 ; Sanhédrin 56a

44Rhétorique

Discours de l'Aréopage

Ac 17,22-31

Révéler

le modèle paulinien de l'inculturation

Trois leviers rhétoriques : 1) citation d'un autel athénien réel « au dieu inconnu » comme captatio benevolentiae ; 2) citation explicite de deux poètes grecs — Aratus de Soles (Phénomènes 5 : τοῦ γὰρ καὶ γένος ἐσμέν) et probablement Épiménide ; 3) convergence terminologique avec le stoïcisme (théologie naturelle, providence). Point de rupture christologique : la résurrection (17,32). Modèle de l'inculturation pour Justin, Thomas, Matteo Ricci, Vatican II Ad Gentes.

Ac 17,22-31 ; Aratus, Phén. 5

45Verset

Ac 1,8

le programme géographique du livre

Révéler

« vous serez mes témoins… jusqu'aux extrémités de la terre »

« καὶ ἔσεσθέ μου μάρτυρες ἔν τε Ἰερουσαλὴμ καὶ ἐν πάσῃ τῇ Ἰουδαίᾳ καὶ Σαμαρείᾳ καὶ ἕως ἐσχάτου τῆς γῆς. » (Ac 1,8). Programme géographique structurant du livre : Jérusalem (Ac 1-7), Judée et Samarie (Ac 8-12), extrémités de la terre = Rome (Ac 13-28). Structure narrative en cercles concentriques. Le verset clôt aussi l'évangile selon Luc (Lc 24,47-49). Référence : Marguerat (CNT Vb, 2015).

Ac 1,8 ; Lc 24,47-49

46Verset

Ac 2,17-21

Joël à Pentecôte

Révéler

« dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit »

« καὶ ἔσται ἐν ταῖς ἐσχάταις ἡμέραις, λέγει ὁ θεός, ἐκχεῶ ἀπὸ τοῦ πνεύματός μου ἐπὶ πᾶσαν σάρκα. » Citation de Joël 3,1-5 LXX avec modification décisive (« après cela » → « dans les derniers jours »). Inscrit Pentecôte dans une eschatologie réalisée. Universalité (« toute chair ») actualisée dans la liste des 15 nations en Ac 2,9-11 (Parthes, Mèdes, Élamites… Romains, Crétois, Arabes) — anti-Babel.

Ac 2,17-21 ; Gn 11

47Verset

Ac 15,28-29

le décret apostolique

Révéler

« il a paru bon à l'Esprit Saint et à nous »

« ἔδοξεν γὰρ τῷ ἁγίῳ πνεύματι καὶ ἡμῖν μηδὲν πλέον ἐπιτίθεσθαι ὑμῖν βάρος… » (Ac 15,28). Formule devenue liturgique dans les conciles œcuméniques ultérieurs (Nicée 325, Constantinople 381, Chalcédoine 451). Quatre prescriptions noachides imposées aux païens chrétiens. Base ecclésiologique de la synodalité chrétienne : décision en assemblée par consensus dans l'Esprit. Modèle de Vatican II, du Groupe des Dombes, de la JDDJ 1999.

Ac 15,28-29 ; Sanhédrin 56a

48Antiquité

Pierre et Paul — symétrie narrative

Ac 1-12 / Ac 13-28

Révéler

la structure binaire des Actes

Luc construit une symétrie narrative explicite : Pierre est protagoniste de la première moitié (Ac 1-12), Paul de la seconde (Ac 13-28). Parallélismes : guérison d'un boiteux (Ac 3 // Ac 14), affrontement d'un magicien (Ac 8 Simon le mage // Ac 13 Élymas), résurrection d'un mort (Ac 9 Tabitha // Ac 20 Eutychus), prison miraculeusement ouverte (Ac 12 // Ac 16). Cette symétrie lisse les tensions historiques Paul/Jérusalem au profit d'une unité apostolique théologique. Référence : Marguerat 2015 ; Haenchen 1956.

Ac 1-28 ; Marguerat 2015

49Modernité

Hans Conzelmann

1915-1989

Révéler

Die Mitte der Zeit (1954)

Théologien luthérien allemand. Ouvrage fondateur : Die Mitte der Zeit (1954, trad. fr. Le centre du temps). Thèse : Luc-Actes opère une « eschatologie réalisée » qui remplace l'eschatologie imminente paulinienne par un « temps de l'Église » habité par l'Esprit. Trois âges du salut : Israël, Christ, Église. Position critiquée (Marguerat) mais structurante de toute la recherche lucanienne du XXe siècle.

Conzelmann 1954

50Romandie

Daniel Marguerat

né 1943

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le grand exégète des Actes en francophonie

Professeur honoraire à l'Université de Lausanne, doyen de la Faculté de théologie 1990-1994. La première histoire du christianisme : les Actes des apôtres (2003). Les Actes des apôtres, CNT Vb (Labor et Fides, 2015) : commentaire de référence francophone. Paul de Tarse, un homme aux prises avec Dieu (2000). Articulation entre exégèse historico-critique et lecture narratologique. Lien direct avec la tradition CNT (Bonnard, Trocmé, Bovon, Zumstein). Spécialiste de Luc-Actes et de Paul.

Marguerat 2015 ; CNT Vb

51Jalon

~49-50

Concile de Jérusalem

Révéler

la première décision œcuménique de l'histoire chrétienne

Vers 49-50, à mi-chemin entre 1er voyage (Ac 13-14) et 2e voyage (Ac 15,36-18,22). Premier « concile » de l'histoire chrétienne. Pierre, Paul, Barnabé, Jacques. Décision : les païens chrétiens ne sont pas soumis à la Loi mosaïque mais aux quatre clauses noachides. Confrontation classique avec Ga 2,1-10 (trois hypothèses harmonisatrices). Modèle de la synodalité chrétienne pour les conciles œcuméniques ultérieurs (Nicée 325 etc.).

Ac 15 ; vers 49-50

52Jalon

1995

Position pontificale sur le filioque

Révéler

Les traditions grecque et latine concernant la procession du Saint-Esprit

Document du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens (1995). Reconnaissance de la légitimité parallèle des deux formulations pneumatologiques (filioque latin et « ek monou tou Patros » grec), sans imposer l'ajout latin. Étape majeure du dialogue catholique-orthodoxe initié par Vatican II (Unitatis Redintegratio, 1964). Fait suite à la controverse millénaire depuis Tolède (589), Photius (867) et le schisme de 1054. N'a pas résolu la rupture sacramentelle mais reconnaît qu'elle ne porte plus sur le contenu doctrinal.

1995 ; Vatican II UR

📖 Quiz 1 — Structure et théologie des Actes

10 questions sur le programme Ac 1,8, l'Esprit, la communauté, les sommaires.

Question 1 sur 10

Question 1 / 10

Quel verset énonce le programme géographique des Actes ?

Trois zones structurent le livre : Ac 1-7 (Jérusalem), Ac 8-12 (Judée-Samarie + premiers païens), Ac 13-28 (Paul aux Gentils jusqu'à Rome). Référence : Marguerat, Actes, vol. I (2007).

Question 2 / 10

Que désigne Ac 2,42 ?

Enseignement des apôtres, communion, fraction du pain, prières. Cadre œcuménique : tous les sacrements et la vie ecclésiale en germe. Verset central de l'ecclésiologie chrétienne.

Question 3 / 10

Qu'est-ce que la « Pentecôte des païens » ?

Don de l'Esprit aux païens (centurion Corneille et sa maisonnée) avant le baptême, ce qui légitime théologiquement l'inclusion des Gentils sans circoncision. Pierre le justifiera devant l'Église de Jérusalem (Ac 11,1-18).

Question 4 / 10

Combien y a-t-il de grands sommaires lucaniens dans Actes 1-5 ?

Procédé rédactionnel lucanien identifié par Henry J. Cadbury (1933). Fonction : donner une « image » globale entre les épisodes narratifs. Idéalisation littéraire et théologique. Référence : Marguerat, Actes, vol. I (2007).

Question 5 / 10

Où apparaît pour la première fois le nom « chrétiens » ?

Premier emploi historique connu du nom Χριστιανός. Désignation extérieure (probablement administrative romaine). Repris ironiquement par Tacite (Annales XV.44) et Pline le Jeune (Ep. X.96).

Question 6 / 10

Que sont les « we-passages » dans les Actes ?

Quatre passages débattus. Interprétations : auteur compagnon de Paul, ou journal de voyage utilisé, ou procédé littéraire (Pervo), ou construction théologique. Question ouverte.

Question 7 / 10

Combien y a-t-il de discours majeurs dans les Actes ?

~24 discours au total (un tiers du texte). 8 majeurs : Pentecôte, Portique, Sanhédrin, Étienne, Corneille, Antioche de Pisidie, Aréopage, Milet. Structure type : situation, kérygme, citations VT, exhortation. Référence : Soards (1994).

Question 8 / 10

Quelle est la fin des Actes ?

Fin abrupte. Dernier mot grec : ἀκωλύτως (« sans entraves »). Trois hypothèses : Luc écrit avant ces événements (~62), silence intentionnel (la parrhēsia accomplit Ac 1,8), ou projet de troisième volume.

Question 9 / 10

Comment Luc décrit-il la « communauté des biens » ?

Idéal communautaire dérivé de la philosophie hellénistique de l'amitié (« τὰ τῶν φίλων κοινά », Aristote). Verset central pour : monachisme, frères moraves, mennonites huttériens, théologies de la libération.

Question 10 / 10

Que désigne le texte occidental d'Actes (D, Codex de Bèze) ?

Codex de Bèze (D, 05, Ve siècle, Cambridge). Ajouts narratifs, durcissements antijudaïques, précisions topographiques. Boismard et Lamouille (1984) défendent sa priorité ; majorité (NA28) défend le texte alexandrin. Cas unique dans le NT par l'ampleur de la divergence.

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⚙ Quiz 2 — Voyages pauliniens et concile

13 questions sur les trois voyages, le concile, le voyage à Rome.

Question 1 sur 13

Question 1 / 13

Quels chapitres couvrent le premier voyage de Paul ?

Avec Barnabé et Jean-Marc. Chypre (Salamine, Paphos, Sergius Paulus), Pergé (Jean-Marc abandonne), Antioche de Pisidie (discours-clé Ac 13,16-41), Iconium, Lystre (Paul lapidé), Derbé.

Question 2 / 13

Quand a eu lieu le concile de Jérusalem ?

Présents : Pierre, Jacques (président), Jean, Paul, Barnabé. Question : faut-il imposer la circoncision aux païens convertis ? Décision : non, mais quatre interdits (Ac 15,28-29). Premier « concile » de l'histoire de l'Église. Pendant paulinien : Ga 2,1-10.

Question 3 / 13

Quels sont les quatre interdits du décret apostolique ?

Ac 15,28-29. Les quatre interdits correspondent aux interdits noachides minimalistes étendus aux Gentils selon Lv 17-18 (« étrangers résidents en Israël »). Πορνεία renvoie spécifiquement aux unions interdites par Lv 18 (inceste).

Question 4 / 13

Quelle ville européenne reçoit la première convertie d'Europe ?

Vision du Macédonien à Troas (Ac 16,9-10). Philippes (colonie romaine en Macédoine). Lydie de Thyatire, « adorante de Dieu », baptisée avec sa maisonnée près de la rivière (pas de synagogue locale). Modèle d'hospitalité féminine apostolique.

Question 5 / 13

Quelle est la spécificité du discours de Paul à l'Aréopage ?

Stratégie rhétorique : captatio (l'autel « au dieu inconnu »), théologie de la création, citations poètes grecs, appel à la conversion en vue du jugement par le ressuscité (Ac 17,22-31). Modèle apologétique chrétien classique pour le dialogue avec les Gentils.

Question 6 / 13

Quelle inscription archéologique permet de dater le 2e voyage ?

Découverte 1905, publiée par Émile Bourguet 1908. Permet de fixer chronologiquement la fin du deuxième voyage paulinien et, par effet de chaîne, l'ensemble de la chronologie paulinienne. Comparution de Paul devant Gallion (Ac 18,12-17).

Question 7 / 13

Quel discours d'adieu se trouve dans le 3e voyage ?

Un des sommets théologiques du livre. Paul prophétise les épreuves à venir, exhorte les anciens à veiller sur le troupeau, fait le bilan de son ministère. Genre des « discours d'adieu » hérité de l'AT (Gn 49, Dt 33, Jos 23-24, 1 R 2,1-9).

Question 8 / 13

Que se passe-t-il à Malte (Ac 28) ?

Tempête (Ac 27,13-44) puis naufrage à Malte (Ac 28,1-10). Paul soigne le père de Publius. Trois mois d'hivernage. Arrivée à Rome via Pouzzoles et la Voie Appienne (~60). Le grand récit de tempête est l'un des morceaux narratifs les plus aboutis du NT.

Question 9 / 13

Quel rôle joue le Saint-Esprit dans les Actes selon Marguerat ?

Marguerat (CNT Vb, 2015) : « si les évangiles racontent ce que Jésus a commencé, les Actes racontent ce que l'Esprit continue. » L'Esprit décide (Ac 15,28), envoie (Ac 13,2), interdit (Ac 16,6), pousse (Ac 20,22). Personnalisation narrative sans équivalent dans le NT.

Question 10 / 13

Quelle modification Luc apporte-t-il à la citation de Joël 3,1 en Ac 2,17 ?

Glissement décisif : ce qui chez Joël était l'horizon ultime devient chez Luc le temps présent de l'Église. Inscrit Pentecôte dans une eschatologie réalisée (Conzelmann 1954). Base exégétique du sacerdoce universel chez Luther 1520.

Question 11 / 13

Que sont les quatre « clauses jacobites » du concile de Jérusalem ?

Ac 15,20.29. Analogie avec les sept commandements de Noé du judaïsme rabbinique (Sanhédrin 56a-60a). Compromis pragmatique permettant la commensalité Juifs-païens dans l'Église primitive. Pas une nouvelle Loi mais un minimum rituel.

Question 12 / 13

Quels poètes grecs Paul cite-t-il dans son discours de l'Aréopage ?

Phénomènes 5 d'Aratus : « car nous sommes de sa race » (τοῦ γὰρ καὶ γένος ἐσμέν). Probablement aussi Épiménide de Crète : « en lui nous avons la vie, le mouvement et l'être » (Ac 17,28). Modèle d'inculturation théologique pour Justin, Thomas, Matteo Ricci, Vatican II Ad Gentes.

Question 13 / 13

Qui a écrit le commentaire CNT Vb sur les Actes des apôtres (2015) ?

Professeur honoraire à l'Université de Lausanne. La première histoire du christianisme (2003), Les Actes des apôtres CNT Vb (Labor et Fides, 2015). Articulation entre exégèse historico-critique et lecture narratologique. Position médiane sur Paul-des-Actes vs Paul-des-épîtres : Luc ne déforme pas Paul, il le relit.

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📜 Quiz 3 — Personnages des Actes

8 questions sur Pierre, Étienne, Philippe, Paul, Barnabé, Aquila-Priscille.

Question 1 sur 8

Question 1 / 8

Qui prononce le discours fondateur de la Pentecôte ?

Pierre, debout avec les Onze. Discours kérygmatique citant Jl 3,1-5 et les Psaumes 16 et 110. Réception : 3 000 baptisés. Premier des quatre grands discours de Pierre dans les Actes.

Question 2 / 8

Qui est le premier martyr chrétien ?

Στέφανος, l'un des Sept (Ac 6,5). Long discours devant le Sanhédrin (Ac 7,1-53). Vision finale (« Fils de l'homme debout à la droite de Dieu »). Lapidé (Saul tient les vêtements des témoins). Proto-martyr de la tradition chrétienne.

Question 3 / 8

Qui a évangélisé l'eunuque éthiopien ?

L'un des Sept (distinct de l'apôtre Philippe). Sur la route de Gaza. L'eunuque, fonctionnaire de la reine Candace, lit Is 53. Philippe lui explique l'Évangile, le baptise. Premier baptême d'un Africain selon le récit lucanien. Père spirituel de la mission éthiopienne dans la tradition.

Question 4 / 8

Combien de fois la conversion de Paul est-elle racontée dans les Actes ?

Récit-clé répété : Ac 9 (récit lucanien), Ac 22 (Paul devant les Juifs de Jérusalem), Ac 26 (Paul devant Festus et Agrippa II). Variations subtiles. Stendahl (1976) défend une lecture comme « appel » prophétique plutôt que « conversion ».

Question 5 / 8

Qui était Barnabé ?

Introduit Paul auprès des apôtres de Jérusalem (Ac 9,27). Compagnon du premier voyage missionnaire. Désaccord avec Paul sur Jean-Marc (Ac 15,36-41) : Barnabé part avec Jean-Marc à Chypre. Modèle de « consolation » apostolique.

Question 6 / 8

Que sait-on d'Aquila et Priscille ?

Expulsés de Rome par l'édit de Claude (~49 apr. J.-C., attesté par Suétone). Rencontrés à Corinthe (Ac 18,1-3). Voyagent avec Paul, instruisent Apollos (Ac 18,18-28). Tenancier d'une église à domicile (Rm 16,3-5). Priscille (Prisca) souvent nommée la première — autorité féminine attestée.

Question 7 / 8

Qui présidait le concile de Jérusalem ?

Jacques (Ἰάκωβος), frère de Jésus, leader de l'Église de Jérusalem (cf. Ga 1,19 ; 2,9.12 ; Ac 12,17 ; 15,13 ; 21,18). Auteur traditionnel de l'épître de Jacques. Sa proposition (Ac 15,13-21) sert de base au décret apostolique. Martyrisé vers 62 selon Flavius Josèphe (Antiquités XX.9.1).

Question 8 / 8

Qui est le commentateur francophone de référence sur les Actes ?

Théologien suisse, UNIL (1984-2008). Les Actes des Apôtres, 2 volumes (CNT Va-b, Labor et Fides). Méthode pragmatique-narrative. Référence francophone et internationale. La première histoire du christianisme (1999) en a posé les bases méthodologiques.

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