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Araméen biblique

Unité 12 — Lecture — Daniel 4 à 7

Le bilan du parcours, les outils, et Daniel 7,13

0lexèmes acquis
0versets traduits
0cartes dues

Dernière unité du parcours, et de l’ensemble des cours de langues. Pas de grammaire nouvelle : le bilan de ce qui a été acquis, les outils pour continuer, et la lecture du verset araméen qui a eu la plus longue postérité — celui qui a donné au Nouveau Testament son titre le plus énigmatique.

1. Ce que vous devez savoir faire à ce stade

DomaineCompétenceUnités
Passage de l’hébreuAppliquer les quatre lois consonantiques ; reconnaître un aramaïsme1-2
NomDistinguer absolu, construit, emphatique ; reconnaître le pluriel en ־ִין3-4
Pronoms et particulesNe pas confondre ־ֵהּ masculin et ־ַהּ féminin ; identifier les fonctions de דִּי5-6
Verbe simpleReconnaître la 1re personne en ־ֵת, le noun final, l’infinitif à mem7-8
Souches dérivéesIdentifier pael, haphel, passif interne, hitpeel, shaphel9-11
Syntaxe du récitLire un récit sans wayyiqtol : accompli, participe, périphrastique1, 7, 10

2. Les outils de référence

Le texte. Celui de la Biblia Hebraica Stuttgartensia, fondé sur le codex de Léningrad, qui donne les passages araméens de Daniel et d’Esdras dans la même édition que le reste de la Bible hébraïque.

Le dictionnaire. Le lexique de Koehler et Baumgartner consacre à l’araméen biblique une section distincte, qui reste l’instrument de référence. Les grands dictionnaires d’hébreu biblique comportent aussi, en fin de volume, un glossaire araméen.

La grammaire. Celle de Franz Rosenthal, A Grammar of Biblical Aramaic, parue en 1961 et plusieurs fois révisée, est la référence : elle tient en une centaine de pages, ce qui dit assez la taille du corpus.

Le conseil de méthode, le même que pour les deux autres parcours. Lisez maintenant les chapitres 2 à 7 de Daniel en continu, puis Esdras 4 à 7. Le corpus entier tient en quelques semaines de lecture quotidienne. C’est la seule langue biblique dont vous puissiez lire tout ce qui a été écrit, et il serait dommage de s’arrêter au seuil.

3. Lecture — Daniel 7,13

Le verset qui précède celui de l’unité 8. Seize mots, deux constructions périphrastiques, un haphel suffixé — et une comparaison que la tradition a transformée en titre.

חָזֵה הֲוֵית בְּחֶזְוֵי לֵילְיָא וַאֲרוּ עִם־עֲנָנֵי שְׁמַיָּא כְּבַר אֱנָשׁ אָתֵה הֲוָה וְעַד־עַתִּיק יוֹמַיָּא מְטָה וּקְדָמוֹהִי הַקְרְבוּהִי
Forme
חָזֵה
Translittération
hazé
Analyse
Participe actif
Sens
regardant
Note
Forme
הֲוֵית
Translittération
hawét
Analyse
Accompli 1re sg. de ה־ו־ה
Sens
j’étais
Note
Périphrastique : « je regardais » — unité 10. Première personne en ־ֵיתunité 7.
Forme
בְּחֶזְוֵי
Translittération
be-hézwé
Analyse
בְּ + nom pluriel construit
Sens
dans les visions de
Note
Forme
לֵילְיָא
Translittération
lélya
Analyse
Nom, emphatique
Sens
la nuit
Note
Forme
וַאֲרוּ
Translittération
wa-arou
Analyse
Conjonction + interjection
Sens
et voici
Note
Équivalent de l’hébreu הִנֵּה.
Forme
עִם־עֲנָנֵי
Translittération
im-anané
Analyse
Préposition + nom pluriel construit
Sens
avec les nuées de
Note
« Avec », et non « sur ». Voir la note ci-dessous.
Forme
שְׁמַיָּא
Translittération
shemayya
Analyse
Emphatique
Sens
du ciel
Note
Forme
כְּבַר
Translittération
ke-var
Analyse
כְּ + בַּר
Sens
comme un fils de
Note
La préposition de comparaison. Le texte ne dit pas « un fils d’homme » mais « comme un fils d’homme ».
Forme
אֱנָשׁ
Translittération
énash
Analyse
Nom, absolu
Sens
homme
Note
בַּר אֱנָשׁ signifie en araméen « un être humain » — unité 1.
Forme
אָתֵה
Translittération
até
Analyse
Participe actif de א־ת־ה
Sens
venant
Note
Forme
הֲוָה
Translittération
hawa
Analyse
Accompli 3e masc. sg.
Sens
était
Note
Seconde périphrastique : « il venait ».
Forme
וְעַד־עַתִּיק
Translittération
we-ad-attiq
Analyse
Conjonction + עַד + adjectif construit
Sens
et jusqu’à l’Ancien de
Note
« Jusqu’à » : deux figures distinctes. Voir la note sur la version grecque.
Forme
יוֹמַיָּא
Translittération
yomayya
Analyse
Nom pluriel, emphatique
Sens
des jours
Note
Figure introduite au verset 9, vêtue de blanc comme la neige — תְּלַג, unité 2.
Forme
מְטָה
Translittération
meta
Analyse
Accompli peal 3e masc. sg. de מ־ט־א
Sens
il parvint
Note
Forme
וּקְדָמוֹהִי
Translittération
ou-qedamoh
Analyse
Conjonction + קֳדָם + suffixe 3e masc. sg.
Sens
et devant lui
Note
Forme
הַקְרְבוּהִי
Translittération
haqrevouh
Analyse
Accompli haphel 3e masc. pl. + suffixe 3e masc. sg.
Sens
on le fit approcher
Note
Pluriel impersonnel à valeur de passif : « il fut présenté ». Procédé fréquent en araméen.

Traduction littérale : « Je regardais dans les visions de la nuit, et voici : avec les nuées du ciel, comme un fils d’homme venait ; il parvint jusqu’à l’Ancien des jours, et on le fit approcher devant lui. »

La comparaison, d’abord. Le texte dit כְּבַר אֱנָשׁ — « comme un fils d’homme », c’est-à-dire une figure qui a l’apparence d’un être humain. La comparaison s’oppose aux quatre bêtes qui précèdent : lion, ours, léopard, et une bête sans nom. Dans l’araméen du verset, ce n’est pas un titre. C’est dans la bouche de Jésus, et dans la traduction grecque ὁ υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου avec son double article, qu’une comparaison devient une désignation.

Les nuées, et deux évangiles qui suivent deux versions grecques. L’araméen dit עִם, « avec » les nuées. La version de Théodotion traduit μετὰ τῶν νεφελῶν ; la vieille version grecque, ἐπὶ τῶν νεφελῶν, « sur » les nuées. Or Marc 14,62 cite avec μετά et Matthieu 26,64 avec ἐπί : les deux évangélistes se rattachent à deux traditions textuelles différentes du même verset.

L’Ancien des jours, et une lettre dans la vieille version grecque. Là où l’araméen dit que la figure parvint jusqu’à l’Ancien des jours, deux témoins de la vieille version grecque — le papyrus 967 et le codex Chisianus — portent ὡς παλαιὸς ἡμερῶν : il vint comme l’Ancien des jours. Les deux figures s’y confondent. On discute encore s’il s’agit d’une faute de copie — ἕως devenu ὡς — ou d’une lecture délibérée. C’est la même situation qu’en Romains 5,1, à l’unité 19 du parcours de grec : une seule lettre, deux théologies.

Ce verset réunit donc les trois langues de ces parcours. Un texte araméen, qui dit « comme un fils d’homme » ; deux traductions grecques qui divergent sur une préposition et sur une lettre ; et des évangiles grecs qui citent l’une ou l’autre — le tout lu par des auteurs dont la Bible était en hébreu pour l’essentiel. Vous pouvez désormais suivre ce chemin dans les trois langues, et c’est l’objectif que ce parcours s’était fixé.

4. Continuer

Au-delà du corpus biblique, trois littératures araméennes s’ouvrent à qui a fait ce parcours. Les targoums, traductions araméennes de la Bible hébraïque lues à la synagogue, dont le targum Onkelos sur la Torah est le plus proche de l’araméen de Daniel. Le Talmud de Babylone, dont la langue est un araméen oriental plus tardif, avec ses propres difficultés. Le syriaque, araméen des chrétiens d’Orient, dans lequel ont été écrits la Peshitta, Éphrem et une littérature immense. L’écriture change pour le syriaque ; la grammaire, pour l’essentiel, est celle que vous venez d’apprendre.