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Histoire — Module 8

Confessions de foi protestantes

Les textes confessionnels qui structurent les traditions protestantes — du Livre de Concorde luthérien à la Déclaration de Barmen.

Le Livre de Concorde luthérien (Konkordienbuch, 1580)

Publié à Dresde le 25 juin 1580 (date du 50e anniversaire de la Confession d'Augsbourg), le Livre de Concorde rassemble les textes confessionnels luthériens fondamentaux. Il constitue la norme dogmatique des Églises luthériennes confessionnelles.

Composition (10 textes) :

  1. Les trois symboles œcuméniques anciens (Apôtres, Nicée-Constantinople, Athanase)
  2. Confession d'Augsbourg (1530) — Mélanchthon
  3. Apologie de la Confession d'Augsbourg (1531) — Mélanchthon
  4. Articles de Smalcalde (1537) — Luther
  5. Traité du pouvoir et de la primauté du pape (1537) — Mélanchthon
  6. Petit Catéchisme (1529) — Luther
  7. Grand Catéchisme (1529) — Luther
  8. Formule de Concorde (1577) — Andreae, Chemnitz, Selnecker, Chytraeus, Körner, Musculus

Édition critique de référence : Robert Kolb et Timothy J. Wengert, éds. The Book of Concord: The Confessions of the Evangelical Lutheran Church. Minneapolis : Fortress Press, 2000. Édition allemande : Die Bekenntnisschriften der Evangelisch-Lutherischen Kirche (Göttingen : Vandenhoeck & Ruprecht, 11e éd., 1992 — révisée par Irene Dingel, 2014).

La Confession d'Augsbourg (CA, 1530) — Article 4

Il nous est aussi enseigné que nous ne pouvons obtenir devant Dieu rémission des péchés et justice par notre mérite, par nos œuvres et notre satisfaction, mais que nous recevons rémission des péchés et devenons justes devant Dieu par grâce, à cause du Christ, par la foi, lorsque nous croyons que le Christ a souffert pour nous et que pour son amour nos péchés nous sont remis, justice et vie éternelle nous sont données. Confession d'Augsbourg, art. IV — De la justification (1530)

Les confessions réformées

Contrairement au luthérianisme qui possède un corpus confessionnel unifié et fixé en 1580, le réformé connaît une pluralité de confessions nationales reflétant la diffusion européenne de la tradition calvinienne.

Confession Helvétique Postérieure (1566)

Rédigée par Heinrich Bullinger à Zurich en 1561, publiée en 1566. Adoptée par tous les cantons réformés suisses (sauf Bâle) et par le Palatinat. Texte de référence du réformé continental. Trente chapitres couvrant l'ensemble de la dogmatique. Édition critique : Emidio Campi, dir., Heinrich Bullinger Schriften, 7 vol., Zurich : TVZ, 2004-2007.

Catéchisme de Heidelberg (1563)

Rédigé par Zacharias Ursinus et Caspar Olevianus à la demande de l'Électeur palatin Frédéric III. 129 questions-réponses divisées en trois parties : la misère humaine, la délivrance par Christ, la reconnaissance. La première question est célèbre : Quelle est, dans la vie comme dans la mort, ta seule consolation ?

Confession de La Rochelle (1559)

Adoptée par le premier synode national des Églises réformées de France (Paris, mai 1559, clandestin). Confirmée au Synode de La Rochelle (1571). Rédacteur principal : Calvin. Quarante articles. Document fondateur du protestantisme français.

Confession Belgique (1561)

Rédigée par Guy de Brès, pasteur réformé wallon (martyrisé en 1567). Inspirée de la Confession de La Rochelle. Article 29 célèbre sur les marques de la vraie Église : prédication pure, sacrements purs, discipline ecclésiastique. Adoptée comme document confessionnel des Pays-Bas réformés.

Canons de Dordrecht (1619)

Adoptés au Synode international de Dordrecht (13 nov. 1618 - 9 mai 1619) en réponse aux Remontrances arministrantes de 1610. Cinq chapitres correspondant aux cinq points (TULIP). Forme avec la Confession Belgique et le Catéchisme de Heidelberg les Drie Formulieren van Enigheid (Trois Formulaires d'Unité) des Églises réformées néerlandaises. Note historique : la France n'a pas pu y participer, Louis XIII ayant interdit la délégation huguenote.

Confession de Westminster (1647)

Rédigée par l'Assemblée de Westminster (1643-1653) sous mandat du Long Parlement anglais. Composition : 121 ministres anglais, 30 lay assessors (10 Lords + 20 Commons), 8 commissaires écossais non-votants mais influents. La Confession est complétée par le Larger Catechism et le Shorter Catechism. Charte fondamentale du presbytérianisme anglo-saxon mondial. Texte le plus précis et systématique du calvinisme confessionnel.

Éditions critiques de référence : Arthur C. Cochrane, éd., Reformed Confessions of the 16th Century. Louisville : Westminster John Knox Press, 2003 ; E. F. Karl Müller, éd., Die Bekenntnisschriften der reformierten Kirche. Leipzig : Deichert, 1903 (réimpression Zurich : TVZ, 1987) ; James T. Dennison Jr., éd., Reformed Confessions of the 16th and 17th Centuries in English Translation, 4 vol. Grand Rapids : Reformation Heritage Books, 2008-2014.

Les Trente-Neuf Articles (1571)

Adoptés par la Convocation de Cantorbéry en 1571 sous le règne d'Élisabeth Ire. Évolution de la rédaction :

  • 155342 Articles, rédigés par Thomas Cranmer et Nicholas Ridley sous Édouard VI. Plus marqués par le réformé continental.
  • 1563 — Réduits à 39 Articles par la Convocation, sous Élisabeth.
  • 1571 — Version définitive, ratifiée par le Parlement.

Les Articles incarnent la via media anglicane : ils sont protestants quant à la justification (art. 11), au rejet du purgatoire (art. 22), à la communion sous les deux espèces (art. 30) ; ils restent traditionnels quant à l'épiscopat historique et au Book of Common Prayer. Ils ne sont jamais devenus un instrument confessionnel rigide à la manière du Livre de Concorde ou de Westminster — l'anglicanisme a toujours toléré une diversité doctrinale interne large (broad church, high church, evangelical wing).

Article 28 — Sur la Cène

Le corps de Christ est donné, pris et mangé dans la Cène, seulement de manière céleste et spirituelle. Et le moyen par lequel le corps de Christ est reçu dans la Cène est la foi. 39 Articles, art. 28 (1571)

Cette formulation, délibérément imprécise, permet aux anglicans high church d'y lire une présence réelle voisine de la position luthérienne, et aux low church évangéliques d'y lire une présence dynamique pneumatique voisine de Calvin.

La Déclaration théologique de Barmen (1934)

Adoptée au Synode confessant de Barmen, du 29 au 31 mai 1934, dans le contexte de l'opposition de l'Église confessante (Bekennende Kirche) au régime nazi et à ses tentatives de mise au pas de l'Église évangélique allemande par l'intermédiaire des Deutsche Christen.

Composition rédactionnelle

La Theologische Erklärung est principalement rédigée par Karl Barth, en collaboration avec Hans Asmussen (qui rédigera la lecture explicative présentée au synode) et Thomas Breit. Bien que Barth soit l'auteur majeur, le texte final résulte d'un travail collectif sous sa direction. Six thèses brèves, chacune affirmative et négative.

Première thèse — La plus célèbre

Jésus-Christ, tel qu'il nous est attesté par l'Écriture sainte, est l'unique Parole de Dieu que nous avons à écouter, à laquelle nous avons à nous fier et à obéir, dans la vie comme dans la mort. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l'Église pourrait et devrait reconnaître, comme source de sa prédication, en dehors et à côté de cette unique Parole de Dieu, encore d'autres événements et puissances, figures et vérités, comme révélation de Dieu. Déclaration de Barmen, thèse 1 (1934)

Le sens politique est immédiat : aucune révélation politique (le national-socialisme), historique (le destin du peuple allemand) ou raciale ne peut prendre place à côté de Christ comme Parole de Dieu pour l'Église. Barmen est l'acte fondateur de la résistance théologique de l'Église confessante.

Réception

Barmen est reconnue comme statut confessionnel dans l'Église évangélique en Allemagne (EKD) après 1945. Elle figure parmi les textes confessionnels de la plupart des Églises réformées et unies européennes contemporaines. Karl Barth en a donné un commentaire systématique dans Kirchliche Dogmatik II/1 (1940) et II/2 (1942).

Édition critique : Alfred Burgsmüller, Rudolf Weth, éds. Die Barmer Theologische Erklärung: Einführung und Dokumentation. Neukirchen-Vluyn, 1983.

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