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Histoire

Missions et expansion du christianisme

L'expansion mondiale du christianisme — des premières missions aux enjeux contemporains de l'inculturation.

2,4 Mdchrétiens
33%pop. mondiale
~100pays mission
Ac 1,8mandat
🌍

Le christianisme est né en Palestine et compte aujourd'hui 2,4 milliards de fidèles sur tous les continents — soit environ 33% de la population mondiale. Cette expansion est le résultat de deux millénaires de mission, souvent liée à l'expansion coloniale européenne, ce qui pose des questions cruciales d'inculturation et de théologie de la mission.

Les vagues d'expansion historique

Ier–IIIe s.
Expansion gréco-romaine — Paul, missions palestiniennes, Égypte, Perse, Éthiopie
IVe–Xe s.
Conversion de l'Europe — Constantin, Clotilde/Clovis, missions slaves (Cyrille et Méthode)
XVe–XVIIe s.
Expansion coloniale — Amériques, Afrique, Asie (Jésuites : Xavier, Ricci)
XIXe s.
Mouvement missionnaire protestant — Livingstone, Hudson Taylor, CIM
XXe–XXIe s.
Christianisme du Sud global — Afrique, Asie, Amérique latine devenus centres dynamiques

Théologie de la mission — Missio Dei

La Missio Dei (mission de Dieu) est un concept théologique développé à la Conférence de Willingen (IMC, 1952) : c'est Dieu lui-même qui est missionnaire — la mission n'est pas d'abord l'activité de l'Église mais la participation de l'Église à la mission trinitaire de Dieu dans le monde. Ce cadre remplace le vieux modèle colonial « l'Église envoie des missionnaires» par « Dieu envoie l'Église dans le monde».

Les six grandes vagues de l'expansion chrétienne

L'histoire missionnaire chrétienne se déploie en six vagues principales, chacune liée à un contexte géopolitique, théologique et culturel distinct. De l'expansion apostolique du Ier siècle jusqu'au christianisme du Sud global au XXIe, la mission a profondément modifié à la fois l'extension territoriale du christianisme et son centre de gravité culturel.

VaguePériodeZoneActeurs majeursThéologie missionnaire dominante
I. Apostolique30–313Bassin méditerranéen, Mésopotamie, Inde (Thomas)Paul, Pierre, Thomas, communautés migrantesUniversalisme paulinien (Rm 1,16 ; Mt 28,19)
II. Constantinienne313–800Empire romain christianisé, missions en Irlande (Patrick), Northumbrie (Aidan), Bénédictins en EuropePatrick (~432), Augustin de Cantorbéry (597), Boniface (Allemagne, 718)Conversion des peuples par leurs rois, baptême tribal
III. Médiévale800–1500Europe orientale (Cyrille-Méthode), Asie centrale nestorienne, RussieCyrille-Méthode (chez les Slaves, 863), Anschar (Scandinavie 850), Raymond Lulle (Islam, 1276)Mission par les ordres mendiants (franciscains, dominicains)
IV. Coloniale catholique1500–1800Amériques, Asie, AfriqueJésuites (Xavier Asie 1542, Ricci Chine 1583, Nobili Inde 1606), Réductions paraguayennesPadroado portugais, Patronato espagnol ; Propaganda Fide (1622) ; controverse des rites chinois
V. Missionnaire protestante1792–1945Inde (Carey 1793), Pacifique, Afrique, Chine, MadagascarWilliam Carey, David Livingstone, Hudson Taylor, Bâle Mission, Société de Paris, Société de BâleDoctrine de la « mission étrangère » ; conférence Édimbourg 1910
VI. Mondiale et Sud global1945–aujourd'huiDécentrement vers le Sud (Afrique, Asie, Amérique latine)Églises locales autochtones ; mouvements pentecôtistes ; missionnaires Sud→Sud (Brésil, Corée, Nigeria)« Mission de tous, vers tous, partout » (Lausanne 1974, Le Cap 2010)

L'expansion apostolique (30–313)

Le mandat missionnaire — Matthieu 28,18-20

Grec — NA28

Ἐδόθη μοι πᾶσα ἐξουσία ἐν οὐρανῷ καὶ ἐπὶ γῆς. πορευθέντες οὖν μαθητεύσατε πάντα τὰ ἔθνη, βαπτίζοντες αὐτοὺς εἰς τὸ ὄνομα τοῦ Πατρὸς καὶ τοῦ Υἱοῦ καὶ τοῦ Ἁγίου Πνεύματος, διδάσκοντες αὐτοὺς τηρεῖν πάντα ὅσα ἐνετειλάμην ὑμῖν.

Latin — Vulgate

Data est mihi omnis potestas in caelo et in terra. Euntes ergo docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti: docentes eos servare omnia quaecumque mandavi vobis.

Français — TOB

« Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc : de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. »

Note exégétique : le verbe central mathēteusate (« faites des disciples ») est à l'aoriste impératif. Les trois participes (poreuthentes, « étant allés » — baptizontes, « baptisant » — didaskontes, « enseignant ») expriment les modalités. La structure grammaticale identifie le faire-disciples comme commande principale, et les autres actions comme moyens. Texte fondateur de la mission chrétienne, repris par toutes les déclarations missionnaires modernes.

Géographie de l'expansion primitive

Au début du IVe siècle, juste avant l'édit de tolérance de Milan (313), le christianisme couvre déjà un vaste réseau :

  • Mésopotamie — Église syriaque, école d'Édesse, Église assyrienne d'Orient (Ctésiphon) ;
  • Asie Mineure — Anatolie densément christianisée (Pline le Jeune, lettre X.96, 112) ;
  • Syrie-Palestine, Égypte — Alexandrie comme grand centre théologique ;
  • Afrique du Nord — Carthage, Hippone ; tradition latine (Tertullien, Cyprien) ;
  • Italie, Gaule, Espagne — implantations urbaines ;
  • Arménie — première nation chrétienne (~301, conversion du roi Tiridate) ;
  • Inde du Sud — tradition des chrétiens de saint Thomas (Kerala), attestée historiquement dès le IIIe siècle ;
  • Éthiopie — conversion du roi Ezana vers 330 ; Frumence ordonné évêque par Athanase d'Alexandrie.

L'effort missionnaire jésuite (1540–1773)

Xavier en Asie (1542–1552)

François Xavier (1506–1552), navarrais, cofondateur de la Compagnie de Jésus avec Ignace de Loyola, est envoyé en Asie par le roi du Portugal en 1542. En dix années :

  • 1542–1544 — Goa et côte de Pêcherie en Inde ;
  • 1545–1548 — Malacca, Moluques, Bornéo ;
  • 1549–1551 — Japon (premier missionnaire chrétien). Premières communautés autochtones de Kagoshima, Yamaguchi, Kyoto ;
  • 1552 — Tente d'entrer en Chine ; meurt sur l'île de Sancian le 3 décembre.

Ricci en Chine (1583–1610)

Matteo Ricci (1552–1610), jésuite italien, formé en mathématiques et astronomie, met au point une méthode d'inculturation radicalement nouvelle :

  • Étudie le chinois (mandarin et classique) — premier Européen à le maîtriser à un niveau lettré ;
  • Adopte la tenue des lettrés confucéens (au début bonze, puis lettré confucéen) ;
  • Présente le christianisme dans le vocabulaire et les catégories du confucianisme classique (Tian Shang Ti = « Seigneur du Ciel »), arguant que ces concepts préchrétiens convergent avec la révélation biblique ;
  • Publie le Tianzhu Shiyi (« La vraie doctrine du Seigneur du Ciel », 1603) en chinois classique ;
  • Présente cartes du monde, horloges, sciences européennes comme « porte d'entrée » au christianisme.

La controverse des rites chinois (1631–1742)

Les méthodes des jésuites suscitent une violente opposition des autres ordres missionnaires (dominicains et franciscains) qui dénoncent à Rome :

  • L'usage du terme Tian (« Ciel ») et Shang-Ti (« Souverain d'en-haut ») pour Dieu — accusation de paganisme ;
  • La tolérance des rites des ancêtres (sacrifices, prosternations) considérée par les jésuites comme civils, par les dominicains comme idolâtres ;
  • La participation aux rites confucéens jugée acceptable par les jésuites.

Après plusieurs décrets contradictoires, la bulle Ex Quo Singulari de Benoît XIV (11 juillet 1742) tranche en faveur de la position rigoureuse : les rites chinois sont interdits. Cette décision provoque la persécution des chrétiens en Chine et l'arrêt de l'expansion missionnaire jésuite. Les positions n'ont été révisées par Rome qu'en 1939 (Plane Compertum de Pie XII), trop tard pour récupérer la situation.

Les missions protestantes (1792–1945)

William Carey et l'éveil missionnaire (1792)

Le pasteur baptiste anglais William Carey (1761–1834), cordonnier devenu théologien autodidacte, publie en 1792 son traité An Enquiry into the Obligations of Christians to Use Means for the Conversion of the Heathens. Il y développe la thèse que la Grande Commission de Mt 28 reste contraignante pour les chrétiens contemporains, contre la position dominante (calviniste hyper-souveraineté + arminienne « providence ») selon laquelle Dieu sauvera ses élus sans intervention humaine systématique.

Le 31 mai 1792, devant l'Association baptiste du Northamptonshire à Nottingham, Carey prêche son célèbre sermon : « Expect great things from God ; attempt great things for God ». Il fonde la Baptist Missionary Society en octobre 1792 et part lui-même en Inde le 13 juin 1793. Il s'installe à Serampore (Bengale) et traduit la Bible (ou des parties) en bengali, ourdou, marathe, sanskrit, hindi, et plus de 30 langues indiennes.

Les sociétés missionnaires du XIXe siècle

SociétéFondationOrigineChamp d'action principal
Baptist Missionary Society1792Royaume-UniInde, Caraïbes, Afrique
London Missionary Society1795Congrégationaliste, GBPacifique, Madagascar, Afrique du Sud, Chine
Church Missionary Society1799Anglicane évangéliqueSierra Leone, Nigeria, Inde, Nouvelle-Zélande
Mission Romande (Lausanne)1875Suisse romande (réformée)Afrique australe (Mozambique, Afrique du Sud)
Mission de Bâle1815Suisse alémanique-Allemagne (piétiste)Ghana, Inde, Cameroun
Société des Missions évangéliques de Paris1822Réformés françaisLesotho, Madagascar, Sénégal, Polynésie
American Board of Commissioners for Foreign Missions1810Congrégationaliste USInde, Hawaï, Empire ottoman
China Inland Mission1865James Hudson Taylor, GBIntérieur de la Chine
Société des Missions africaines1856Catholique françaiseAfrique occidentale

Les missions suisses — focus spécifique

La Suisse, terre natale du calvinisme et du piétisme, a développé un mouvement missionnaire d'une intensité remarquable au regard de sa taille. Deux centres dominent : la Suisse romande (réformée francophone) avec la Mission Romande de Lausanne, et la Suisse alémanique (germanophone) avec la Mission de Bâle.

1. La Mission Romande (Lausanne, fondée en 1875)

La Mission Romande — appelée plus précisément Mission Suisse dans l'Afrique du Sud, puis Mission Suisse, et aujourd'hui partie de DM-Échange et Mission (Lausanne) — est fondée en 1875 à Lausanne par Ernest Creux (1845–1929) et Paul Berthoud (1847–1930), deux pasteurs vaudois récemment diplômés de la Faculté de théologie de l'Église Libre du Canton de Vaud.

Le champ d'action principal est l'Afrique australe, plus précisément le pays des Tsonga (aujourd'hui sud du Mozambique et nord-est de l'Afrique du Sud, Province du Limpopo). Les missionnaires établissent les premières stations à Valdezia (1875), Elim (1877), Ricatla et Antioka (1881–1887), puis Lourenço Marques / Maputo (1887). Ils traduisent la Bible en tsonga (langue xitsonga, achevée en 1907 par Henri-Alexandre Junod et collaborateurs locaux).

Figures majeures de la Mission Romande :

  • Henri-Alexandre Junod (1863–1934) — pasteur neuchâtelois, anthropologue pionnier, auteur de The Life of a South African Tribe (1912, 2 vol.) ; étude ethnographique majeure des Tsonga, citée par Malinowski et Mauss ;
  • Élisée Reclus de Watteville — explorateur et missionnaire vaudois ;
  • Henri Berthoud (1856–1904), Paul Berthoud et toute la dynastie missionnaire vaudoise ;
  • Pierre Loze, Albert et Adèle Grandjean, Marcelle Burnier — missionnaires médicaux et éducateurs.

La Mission Romande a notamment formé l'élite ecclésiale et politique tsonga, contribué à la traduction biblique en langues bantoues, et participé à la lutte contre le système colonial portugais et l'apartheid sud-africain. Elle a fusionné avec d'autres œuvres romandes en 1963 pour former le Département Missionnaire des Églises Romandes (DMR), devenu en 2007 DM-Échange et Mission (siège à Lausanne), partenaire de l'Église évangélique réformée de Suisse (EERS).

2. La Mission de Bâle (fondée en 1815)

La Mission de Bâle (Basler Mission, aujourd'hui Mission 21) est fondée en 1815 par des piétistes wurtembergeois et bâlois. Elle naît du contexte du Réveil de Bâle, à la confluence du luthéranisme piétiste allemand et du réformisme suisse alémanique. Son séminaire missionnaire (Missionshaus) ouvre en 1816 et forme jusqu'en 1914 plus de 2 000 missionnaires.

Champs d'action principaux :

  • Ghana / Côte de l'Or (depuis 1828) — fondation de l'Église presbytérienne du Ghana, traduction biblique en twi, ga, ewe ; développement du cacao comme culture commerciale ;
  • Inde du Sud / Karnataka (depuis 1834) — fondation de l'Église protestante du Karnataka, action éducative et hospitalière ;
  • Cameroun (à partir de 1886) — Église presbytérienne du Cameroun ;
  • Chine (1846–1949) — Hong-Kong et province du Guangdong ;
  • Bornéo / Kalimantan et plusieurs autres champs en Asie et en Afrique.

Figures majeures : Christian Friedrich Spittler (1782–1867), administrateur fondateur ; Friedrich Ramseyer (1840–1914), missionnaire au Ghana et prisonnier des Achanti ; Andreas Riis, Johann Gottlieb Christaller (linguiste du twi).

La Mission de Bâle a fusionné en 2001 avec l'Œuvre missionnaire évangélique des Églises suisses (KEM) pour devenir Mission 21, dont le siège est toujours à Bâle. Partenaire de l'Église évangélique réformée de Suisse (EERS).

3. Autres œuvres suisses

  • Société des Missions évangéliques de Bâle (1815, supra) — la principale et la plus ancienne ;
  • Société des Missions du Sud-Africa — éphémère mission neuchâteloise (1840–1850) ;
  • Mission Croix-Bleue (Bâle, 1877) — lutte contre l'alcoolisme avec dimension missionnaire ;
  • Hilfe für Brüder — œuvre piétiste alémanique pour les Églises minoritaires ;
  • Mission tzigane / SAM Global — missions parmi les minorités ethniques.

Albert Schweitzer — théologien, médecin, missionnaire

Bien qu'il ne soit pas le produit d'une société missionnaire classique, Albert Schweitzer (1875–1965) est l'une des figures missionnaires les plus emblématiques du XXe siècle, et l'unique missionnaire protestant à avoir reçu le prix Nobel de la paix (1952).

Né à Kaysersberg (Haute-Alsace), Schweitzer est à la fois :

  • Théologien — auteur d'ouvrages majeurs sur le Nouveau Testament : Das Messianitäts- und Leidensgeheimnis (1901), Von Reimarus zu Wrede (1906, traduit en anglais sous le titre The Quest of the Historical Jesus, 1910) — ouvrage fondateur de la « première quête » du Jésus historique, défense de l'eschatologie conséquente ; Die Mystik des Apostels Paulus (1930) ;
  • Musicien et organiste — auteur d'une biographie de référence de J.-S. Bach. Le musicien-poète (1905) ; concertiste international ; éditeur des œuvres pour orgue de Bach (avec Charles-Marie Widor) ;
  • Philosophe — concepteur de l'éthique du « Respect de la Vie » (Ehrfurcht vor dem Leben), exposée dans Kultur und Ethik (1923) et Die Weltanschauung der indischen Denker (1935) ; éthique universelle de la solidarité avec tout être vivant ;
  • Médecin et missionnaire — études de médecine entamées à 30 ans après une carrière théologique déjà accomplie ; fondation et direction de l'hôpital de Lambaréné (Gabon, Afrique équatoriale française) en 1913, où il exerce jusqu'à sa mort en 1965 ; développement d'un modèle missionnaire holistique alliant soin médical, formation des soignants africains, prédication non confessionnelle, défense des langues locales.

Schweitzer est missionnaire indépendant, formellement membre de la Société des Missions évangéliques de Paris (Société de Paris) à partir de 1912, après ordination pastorale dans l'Église luthérienne d'Alsace-Lorraine (1898). Sa théologie missionnaire repose sur trois principes : (1) refus du prosélytisme agressif et respect des traditions religieuses africaines ; (2) priorité absolue à l'incarnation de l'Évangile par le service médical et humanitaire ; (3) « Mon devoir n'est pas de juger, mais d'aider ».

Distinctions et héritage : Prix Goethe (Francfort 1928), Prix Nobel de la paix 1952, doctorats honoris causa de Chicago, Edinburgh, Oxford, Tübingen. L'hôpital de Lambaréné fonctionne toujours comme la Fondation Internationale Hôpital Albert Schweitzer. Le mouvement Schweitzer compte aujourd'hui des associations dans 22 pays.

Influence durable de Schweitzer sur la théologie missionnaire : sa critique de la « théorie des deux temps de la mission » (premier évangéliser, puis civiliser), sa pratique d'une mission incarnationnelle, et son éthique du Respect de la Vie ont anticipé les théologies de la libération, l'écothéologie, et le tournant post-colonial des missiologies contemporaines.

Édimbourg 1910 — naissance de l'œcuménisme

La World Missionary Conference d'Édimbourg (14-23 juin 1910), réunissant 1 215 délégués de 159 sociétés missionnaires protestantes (catholiques et orthodoxes absents), marque la naissance du mouvement œcuménique moderne. Trois constats centraux :

  1. La division confessionnelle des Églises est un obstacle scandaleux à la mission (« Comment les païens croiraient-ils si les chrétiens sont divisés ? ») ;
  2. La nécessité de la coopération entre sociétés missionnaires sur les terrains ;
  3. L'émergence des Églises autochtones qui doivent prendre leur place dans l'évangélisation.

Trois mouvements en sont issus directement :

  • International Missionary Council (1921, intégré au COE en 1961) ;
  • Faith and Order (Foi et Constitution, fondé à Lausanne 1927) ;
  • Life and Work (Vie et Action, fondé à Stockholm 1925).

Ces trois mouvements fusionneront à Amsterdam le 23 août 1948 pour former le Conseil œcuménique des Églises (COE / WCC).

Le christianisme du Sud global (1945–aujourd'hui)

Le déplacement du centre de gravité

L'historien Philip Jenkins (The Next Christendom, 2002, rév. 2011) a documenté un déplacement géographique massif :

AnnéeEurope + Amérique du NordSud global (Afrique, Asie, Amérique latine)
1900~83 %~17 %
2000~37 %~63 %
2050 (projection)~22 %~78 %

En 2050, selon les projections de Jenkins et de la World Christian Database, on aura :

  • ~470 millions de chrétiens en Afrique subsaharienne ;
  • ~590 millions en Amérique latine (cumul catholique + protestant) ;
  • ~440 millions en Asie ;
  • ~140 millions en Europe ;
  • ~270 millions en Amérique du Nord.

Caractéristiques du christianisme du Sud global

Selon Jenkins et la Center for the Study of Global Christianity :

  • Plus traditionaliste sur les questions doctrinales et éthiques (autorité de l'Écriture, mariage, sexualité) ;
  • Plus charismatique-pentecôtiste (~40 % du protestantisme global y est charismatique) ;
  • Plus engagé politiquement (théologie de la libération en Amérique latine, théologies de la reconstruction en Afrique post-coloniale) ;
  • Plus mission Sud→Sud — les missionnaires viennent du Brésil, du Nigeria, de la Corée du Sud, des Philippines, plus que d'Europe.

Les nouvelles théologies missionnaires (Le Cap 2010, Édimbourg 2010)

Deux conférences majeures ont eu lieu pour célébrer le centenaire d'Édimbourg :

  • Édimbourg 2010 (2-6 juin 2010) — œcuménique au sens large, sur le thème « Witnessing to Christ Today » ;
  • Le Cap 2010 (16-25 octobre 2010) — 3e Congrès du Mouvement de Lausanne, après Lausanne 1974 et Manille 1989. Engagement du Cap en deux parties : confession de foi + appel à l'action.

Trois axes émergent comme structurants pour la mission au XXIe siècle :

  1. Mission intégrale (mission integral) — théologisée par René Padilla et le Fraternidad Teológica Latinoamericana : évangélisation et action sociale sont indissociables.
  2. Inculturation contextuelle — chaque culture exprime l'Évangile dans ses propres catégories sans hiérarchie occidentale présupposée.
  3. Dialogue interreligieux — non plus comme préliminaire à la mission, mais comme dimension constitutive du témoignage chrétien (cf. Vers une vision commune, Conseil œcuménique 2013).

Synthèse pédagogique

L'expansion chrétienne, parcourue en 6 vagues sur 2 000 ans, a profondément modifié son centre de gravité géographique. D'une expansion centripète eurocentrée (vagues II–V), on passe au XXIe siècle à un christianisme polycentrique majoritairement situé dans le Sud global. La théologie missionnaire contemporaine articule trois principes : mission intégrale, inculturation contextuelle, dialogue interreligieux.

Pour le contexte historique des origines chrétiennes, voir Origines du christianisme. Pour les divisions consécutives à l'expansion missionnaire (rites chinois, etc.), voir Schismes et divisions. Pour les théologies du Sud global, voir Théologie de la libération et Théologies féministes.

📚 Bibliographie complète

La bibliographie thématique de ce module (14 références SBL) a été intégrée à la bibliographie générale, section XXVII (par module). Pour les ressources transversales, voir aussi les sections I–XXVI.

📊 Statistiques

Combien de chrétiens dans le monde ?

Environ 2,4 milliards — environ 33% de la population mondiale. Catholiques : 1,4 Md. Protestants : ~800 M. Orthodoxes : ~300 M.

🌍 Théologie

Qu'est-ce que la Missio Dei ?

Concept théologique (Conférence de Willingen, IMC, 1952) : c'est Dieu lui-même qui est missionnaire. La mission est la participation de l'Église à la mission trinitaire de Dieu dans le monde — non une activité ecclésiastique autonome.

🎨 Inculturation

Qu'est-ce que l'inculturation ?

Processus par lequel l'Évangile est traduit et enraciné dans une culture donnée sans perdre son noyau normatif. Distinction entre l'Évangile (universel) et ses expressions culturelles (variables). Vatican II, Gaudium et Spes.

Q1Qu'est-ce que la Missio Dei et pourquoi ce concept a-t-il transformé la théologie de la mission au XXe siècle ?

Avant 1952, le modèle dominant de la mission était ecclésiocentrique : l'Église envoie des missionnaires pour convertir les peuples non-chrétiens — souvent associé à la civilisation occidentale.

La Missio Dei (Willingen, 1952) inverse ce cadre : c'est Dieu le Père qui envoie le Fils, qui envoie l'Esprit, qui envoie l'Église dans le monde. La mission appartient d'abord à Dieu, non à l'Église. L'Église ne se possède pas elle-même — elle participe à une mission qui la précède et la dépasse.

Conséquences : critiques du colonialisme missionnaire ; priorité à l'inculturation ; respect des cultures et religions non chrétiennes ; mission comme présence et service, non seulement comme prédication.

Réf. : Bosch, David. Transforming Mission (Orbis, 1991).

🎯

Missions et expansion du christianisme

2 questions

1/2

Q1/2

Qu'est-ce que le concept de Missio Dei affirme ?

ASeule l'Église catholique peut légitimement évangéliser
BLa mission appartient d'abord à Dieu — l'Église participe à la mission trinitaire de Dieu dans le monde
CTous les peuples seront convertis avant le retour du Christ
DLa mission est incompatible avec le dialogue interreligieux

💡

La Missio Dei (Willingen, 1952) : c'est Dieu lui-même qui est missionnaire — la mission appartient à la Trinité. L'Église ne fait que participer à cette mission qui la précède et la dépasse.

Q2/2

Combien de chrétiens dans le monde actuellement ?

AEnviron 500 millions
BEnviron 1 milliard
CEnviron 2,4 milliards (33% de la pop. mondiale)
DEnviron 4 milliards

💡

Environ 2,4 milliards de chrétiens dans le monde — soit environ 33% de la population mondiale. Catholiques : 1,4 Md. Protestants : ~800 M. Orthodoxes : ~300 M.
0%

Score

🎓 Studio interactif — Missions et expansion

40 cartes sur les six vagues missionnaires de Paul au christianisme du Sud global. Navigation clavier (← → A R).

40Total
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0À revoir
40Restantes
Carte 1 sur 40
1Missionnaire

Paul de Tarse

vers 5 – vers 64/67

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l'apôtre des nations, premier grand missionnaire

Trois voyages missionnaires en Méditerranée orientale (Galates, Corinthe, Éphèse…). Stratégie urbaine, prédication dans les synagogues puis aux païens. Sa théologie missionnaire (Rm 15,18-21) reste fondatrice : « porter l'Évangile là où le nom du Christ n'a pas été prononcé ».

Ac 13–28 ; Rm 15,18-21

2Missionnaire

Patrick d'Irlande

vers 385 – vers 461

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l'apôtre de l'Irlande

Romano-britannique enlevé jeune et esclavagé en Irlande. Y retourne ensuite comme évangélisateur (Ve s.). Sa Confessio autobiographique est un précieux témoignage. Origine du monachisme celte, plus tard missionnaire vers l'Europe continentale.

Confessio (Ve s.)

3Missionnaire

Cyrille et Méthode

IXe s.

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les apôtres des Slaves

Frères grecs de Thessalonique, missionnaires en Moravie. Créent l'alphabet glagolitique (ancêtre du cyrillique) et traduisent la liturgie et la Bible en vieux-slave. Modèle d'inculturation. Patrons de l'Europe avec Benoît (Jean-Paul II, 1980).

Mission de Grande-Moravie (863)

4Missionnaire

François Xavier

1506–1552

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l'apôtre de l'Asie, cofondateur des jésuites

Jésuite, compagnon d'Ignace de Loyola. Missions en Inde (Goa, 1542), aux Moluques, au Japon (1549). Meurt en vue de la Chine en 1552. Premier jésuite à pratiquer une mission d'adaptation aux cultures asiatiques.

Goa 1542 ; Japon 1549

5Missionnaire

Matteo Ricci

1552–1610

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le jésuite à la cour de Chine

Jésuite italien. Adopte la tenue et les manières des lettrés confucéens (mandarin). À Pékin (1601), savant respecté à la cour Ming. Pionnier de l'inculturation : présente le christianisme dans la langue de la philosophie chinoise. Ouvre la controverse des rites chinois.

Pékin 1601 ; controverse des rites

6Missionnaire

William Carey

1761–1834

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le « père des missions protestantes modernes »

Cordonnier baptiste britannique. Publie en 1792 son Enquiry qui réveille l'élan missionnaire protestant. Part en Inde (Serampore, 1793) comme linguiste et traducteur. Devise : « Expect great things from God ; attempt great things for God. »

Enquiry (1792) ; Serampore

7Missionnaire

David Livingstone

1813–1873

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médecin missionnaire et explorateur en Afrique australe

Écossais, envoyé par la London Missionary Society. Parcourt l'Afrique australe, lutte contre la traite des esclaves. Sa devise : « Christianisme, commerce et civilisation ». Meurt en prière, en Zambie (1873).

Missionary Travels (1857)

8Missionnaire

Hudson Taylor

1832–1905

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fondateur de la China Inland Mission

Britannique évangélique. Fonde la China Inland Mission (1865) pour évangéliser l'intérieur de la Chine. Innovation : adopter la tenue et le mode de vie chinois. Modèle d'organisation interdénominationnelle.

China Inland Mission (1865)

9Missionnaire

Albert Schweitzer

1875–1965

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théologien, organiste, médecin missionnaire

Alsacien luthérien. Théologien (La quête du Jésus historique, 1906), organiste-interprète de Bach. Fonde l'hôpital de Lambaréné (Gabon, 1913). Prix Nobel de la paix 1952. Éthique du respect de la vie (Ehrfurcht vor dem Leben).

Lambaréné (1913) ; Nobel 1952

10Missionnaire

Bartolomé de Las Casas

1484–1566

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le défenseur des Indiens d'Amérique

Dominicain espagnol. Brevísima relación de la destrucción de las Indias (1552). Plaide pour les Indiens à la controverse de Valladolid (1550-1551) contre Sepúlveda. Figure pionnière des droits humains et critique missionnaire de la conquête.

Valladolid (1550-1551)

11Missionnaire

Adoniram Judson

1788–1850

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premier grand missionnaire baptiste américain en Birmanie

Congrégationaliste devenu baptiste pendant la traversée. Mission en Birmanie dès 1813. Traduit la Bible en birman (1834). Modèle des missions protestantes nord-américaines du XIXe siècle.

Birmanie (1813) ; Bible birmane 1834

12Missionnaire

Lesslie Newbigin

1909–1998

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théologien de la mission au XXe s.

Britannique. Évêque de l'Église de l'Inde du Sud (CSI). Retour en Occident → théoricien d'une mission à l'Occident sécularisé. The Gospel in a Pluralist Society (1989). Figure majeure du COE et de la missio Dei.

CSI ; The Gospel in a Pluralist Society

13Mandat

vers 30

le mandat missionnaire

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Mt 28,18-20 — le « Grand Commandement »

« Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. » Fondement scripturaire universel de l'envoi missionnaire.

Mt 28,18-20 ; Mc 16,15 ; Lc 24,47

14Vague

30–313

1re vague — expansion apostolique

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de Jérusalem à tout l'Empire romain

Expansion dans le bassin méditerranéen malgré les persécutions. Stratégie urbaine paulinienne. À la veille du tournant constantinien (313), le christianisme compte environ 10 % de la population de l'Empire.

Ac ; Édit de Milan 313

15Vague

600–1100

2e vague — évangélisation de l'Europe

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christianisation des peuples germaniques et slaves

Missions monastiques : Augustin de Cantorbéry en Angleterre (597), Boniface chez les Germains (VIIIe s.), Cyrille et Méthode chez les Slaves (IXe s.), christianisation de la Rus' de Kiev (988). L'Europe devient chrétienne.

Augustin 597 ; Cyrille-Méthode 863

16Vague

1492–1773

3e vague — expansion ibérique & jésuite

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la mission catholique des « grandes découvertes »

Évangélisation des Amériques (XVIe s.), de l'Asie (Xavier, Ricci, Nobili), de l'Afrique. Largement portée par les jésuites jusqu'à la suppression de la Compagnie de Jésus (1773, par Clément XIV). Patronage royal espagnol et portugais.

Compagnie de Jésus 1540 ; supp. 1773

17Vague

1792–1945

4e vague — éveil missionnaire protestant

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les sociétés missionnaires protestantes

Réveil à partir de l'Enquiry de Carey (1792). Multiplication des sociétés missionnaires (BMS 1792, LMS 1795, CMS 1799, Bâle 1815, Paris 1822, Lausanne 1875). Coïncide avec l'expansion coloniale, qu'elle accompagne mais parfois conteste.

Carey 1792 ; sociétés du XIXe s.

18Date

1631–1742

controverse des rites chinois

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débat sur l'inculturation jésuite en Chine

Les jésuites (suite à Ricci) acceptaient certains rites confucéens et le culte des ancêtres comme civils. Dominicains et franciscains les jugeaient idolâtres. Rome tranche contre les jésuites (Benoît XIV, Ex quo singulari, 1742). Décision révisée par Pie XII en 1939.

Ex quo singulari (1742)

19Date

1910

Conférence d'Édimbourg

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naissance du mouvement œcuménique moderne

Conférence missionnaire mondiale (1 200 délégués, Écosse). Constate que les divisions des Églises entravent la mission. Impulse les mouvements Faith and Order, Life and Work, qui aboutiront à la fondation du COE à Amsterdam (1948).

Édimbourg 1910 ; COE 1948

20Vague

1945 → aujourd'hui

5e–6e vagues — Sud global & pentecôtisme

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le déplacement du centre de gravité chrétien

En 1900 : 80 % des chrétiens dans le Nord. En 2025 : 65 % dans le Sud global (Afrique, Amérique latine, Asie). Explosion du pentecôtisme, des Églises africaines indépendantes, du protestantisme évangélique latino-américain et asiatique. Émergence de théologies contextuelles.

Pew Research ; Philip Jenkins

21Date

2010

Le Cap & Édimbourg 2010

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centenaire d'Édimbourg : deux grandes conférences

Le Cape Town Commitment (Mouvement de Lausanne, courant évangélique) et la conférence d'Édimbourg 2010 (COE et partenaires œcuméniques) marquent le centenaire d'Édimbourg 1910 avec un nouveau visage : centre de gravité au Sud, mission « de partout vers partout ».

Le Cap 2010 ; Édimbourg 2010

22Date

1622

fondation de la Propaganda Fide

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la congrégation romaine pour les missions

Grégoire XV crée la Congregatio de Propaganda Fide. Centralise les missions catholiques mondiales, en émancipant progressivement les missions du padroado (patronage) ibérique. Aujourd'hui : Dicastère pour l'évangélisation.

Propaganda Fide (1622)

23Concept

Missio Dei

« mission de Dieu »

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la mission est d'abord celle de Dieu, non de l'Église

Concept-clé de la théologie de la mission au XXe s. (Karl Barth, Karl Hartenstein, conférence de Willingen 1952). La mission n'est pas une activité de l'Église, mais l'Église est envoyée par le Dieu missionnaire (Père envoie le Fils, le Fils l'Esprit, l'Esprit l'Église).

Willingen 1952 ; Barth ; Newbigin

24Concept

Inculturation

racines / réception

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l'Évangile s'incarne dans une culture sans la détruire

Présenter et recevoir l'Évangile à l'intérieur d'une culture particulière (langue, formes de pensée, formes liturgiques). Précédents : Paul à Athènes (Ac 17), Cyrille et Méthode, Ricci. Concept formalisé surtout après Vatican II.

Ac 17 ; Vatican II

25Concept

Prosélytisme

à distinguer de la mission

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recrutement abusif par pressions ou avantages

Le mouvement œcuménique distingue la mission légitime (témoignage offert au libre choix) du prosélytisme (pressions matérielles, sociales, psychologiques). Document COE-Vatican sur le sujet (1995, 2011). Question vive entre orthodoxes et missions occidentales.

Document COE-Vatican (2011)

26Concept

Trois autonomies

Venn / Anderson

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Église autochtone : auto-soutien, auto-gouvernement, auto-propagation

Doctrine missiologique du XIXe s. (Henry Venn, CMS ; Rufus Anderson, ABCFM) : la mission vise à fonder des Églises locales qui se financent, se gouvernent et évangélisent elles-mêmes. Préfigure la décolonisation des Églises.

« Three-self movement » ; Venn 1851

27Concept

De partout vers partout

mission post-coloniale

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la mission n'est plus Nord → Sud

Aujourd'hui, des missionnaires africains, asiatiques, latino-américains évangélisent en Europe et en Amérique du Nord (sécularisées). « Reverse mission ». L'Église nigériane (anglicane), brésilienne (pentecôtiste) ou coréenne (presbytérienne) envoie de nombreux missionnaires.

Le Cap 2010 ; Édimbourg 2010

28Concept

Société missionnaire

structure du XIXe s.

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association volontaire pour soutenir une mission

Innovation protestante : à la place d'ordres missionnaires (cath.), des sociétés associatives portées par des laïcs et soutenues par des collectes (« missionary societies »). Modèle : BMS 1792 (baptistes), LMS 1795, CMS 1799, Bâle 1815, SMEP Paris 1822, MSL Lausanne 1875.

BMS 1792 ; LMS 1795 ; CMS 1799

29Concept

Christianisme du Sud global

Philip Jenkins

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le visage majoritaire du christianisme du XXIe s.

Conceptualisé par Philip Jenkins (The Next Christendom, 2002). Caractéristiques : foi plus surnaturaliste et expérientielle, jeunesse, charismatisme et pentecôtisme, lectures littéralistes, fort engagement social. Réoriente les équilibres mondiaux des Églises.

Jenkins, The Next Christendom (2002)

30Texte fondateur

Mt 28,18-20

la Grande Mission

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le « Grand Commandement » missionnaire

« Tout pouvoir m'a été donné… Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde. »

Mt 28,18-20 ; Mc 16,15 ; Ac 1,8

31Texte

Carey, Enquiry

1792

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An Enquiry into the Obligations of Christians…

Court traité du cordonnier baptiste William Carey démontrant l'obligation missionnaire des chrétiens. Acte de naissance du mouvement missionnaire protestant moderne. La même année, fondation de la Baptist Missionary Society (BMS).

Enquiry (1792) ; BMS

32Conférence

Édimbourg 1910

World Missionary Conference

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la conférence missionnaire qui enfanta l'œcuménisme

Sous la présidence de John Mott. 1 215 délégués. Slogan : « L'évangélisation du monde en cette génération ». Constate que les divisions des Églises sont un scandale missionnaire. Origine des mouvements Faith and Order, Life and Work, IMC, COE.

John Mott ; Édimbourg 1910

33Encyclique

Ad Gentes

Vatican II, 1965

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le décret conciliaire sur l'activité missionnaire

Décret de Vatican II refondant la théologie catholique de la mission. La mission appartient à la nature même de l'Église (chap. I) ; ouverture à l'inculturation et au dialogue interreligieux. Complété par Evangelii Nuntiandi de Paul VI (1975) et Redemptoris Missio de Jean-Paul II (1990).

Ad Gentes (1965)

34Document

Cape Town Commitment

2010

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document de référence évangélique mondial

3e congrès du Mouvement de Lausanne (Cape Town, 2010), après Lausanne 1974 (avec John Stott et Billy Graham) et Manille 1989. Structure : confession de foi + appel à l'action. Référence du protestantisme évangélique mondial.

Cape Town Commitment (2010)

35Société suisse

Mission Romande

Lausanne, 1875

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la grande œuvre missionnaire des Églises libres romandes

Fondée à Lausanne (1875). Active surtout en Afrique australe (Mozambique, Afrique du Sud). Œuvre d'évangélisation, de scolarisation, de santé. À l'origine de l'évangélisation protestante du Mozambique. Devenue ultérieurement Département missionnaire (DM-échange et mission).

Mission Romande (1875)

36Société suisse

Mission de Bâle

Basler Mission, 1815

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l'une des plus anciennes sociétés missionnaires d'Europe continentale

Fondée à Bâle (1815) sur des bases piétistes et œcuméniques (réformés et luthériens). Active en Inde, au Ghana (Côte de l'Or), au Cameroun, à Bornéo, en Chine. Modèle d'œuvre missionnaire de langue allemande. Aujourd'hui Mission 21.

Basler Mission (1815)

37Lieu

Lambaréné

Gabon

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l'hôpital fondé par Albert Schweitzer

Hôpital fondé en 1913 par Albert Schweitzer et son épouse Hélène Bresslau au cœur de la forêt équatoriale. Symbole de la mission médicale et de l'engagement humanitaire chrétien. Encore en activité, soutenu par l'Association internationale Albert Schweitzer.

Lambaréné (depuis 1913)

38Société

SMEP Paris

Société des missions évangéliques de Paris, 1822

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l'œuvre missionnaire francophone par excellence

Fondée à Paris (1822), portée par les Églises réformées et luthériennes francophones. Missions au Lesotho, à Tahiti, au Gabon, au Cameroun, à Madagascar, en Nouvelle-Calédonie, au Sénégal. Aujourd'hui partie du DEFAP — Service protestant de mission.

SMEP (1822) ; DEFAP

39Société

CMS

Church Mission Society, 1799

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la grande société missionnaire anglicane évangélique

Fondée à Londres (1799) par des évangéliques anglicans (dont William Wilberforce, abolitionniste). Active en Afrique, Inde, Nouvelle-Zélande, Moyen-Orient. Henry Venn (secrétaire 1841-1872) formule la doctrine des « trois autonomies ».

CMS (1799)

40Lieu

Serampore

Bengale (Inde)

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base missionnaire de Carey, foyer de traductions bibliques

Comptoir danois en Inde où William Carey, refoulé par la Compagnie britannique, s'établit (1800). Avec Marshman et Ward (« Trio de Serampore »), produit des traductions bibliques en de nombreuses langues indiennes. Fondateur du Serampore College (1818).

Serampore Trio ; Serampore College 1818

📖 Quiz 1 — Missionnaires et figures

10 questions sur les grandes figures missionnaires.

Question 1 sur 10

Question 1 / 10

Qui est le « père des missions protestantes modernes » ?

William Carey, cordonnier baptiste, publie en 1792 son Enquiry, traité fondateur du mouvement missionnaire protestant moderne. Il part en Inde en 1793 et établit à Serampore une œuvre de traduction biblique majeure.

Question 2 / 10

Quel jésuite a pratiqué une mission d'inculturation à la cour de Chine ?

Matteo Ricci adopte la tenue et les manières des lettrés confucéens, présente le christianisme dans le langage de la philosophie chinoise et devient savant respecté à la cour Ming (Pékin, 1601). Ouvre la controverse des rites chinois.

Question 3 / 10

Qui sont les apôtres des Slaves au IXe siècle ?

Cyrille et Méthode, frères grecs de Thessalonique, missionnaires en Moravie. Ils créent l'alphabet glagolitique (ancêtre du cyrillique) et traduisent la liturgie en vieux-slave. Modèle d'inculturation. Patrons de l'Europe avec Benoît.

Question 4 / 10

Qui a fondé l'hôpital de Lambaréné en 1913 ?

Albert Schweitzer, théologien luthérien alsacien, organiste-interprète de Bach et médecin, fonde l'hôpital de Lambaréné au Gabon. Prix Nobel de la paix 1952. Sa pensée éthique se résume à l'Ehrfurcht vor dem Leben (respect de la vie).

Question 5 / 10

Quel dominicain a défendu les Indiens d'Amérique à la controverse de Valladolid ?

Bartolomé de Las Casas plaide pour les Indiens à Valladolid (1550-1551) contre Sepúlveda. Sa Brevísima relación (1552) est une critique sévère de la conquête. Figure pionnière des droits humains.

Question 6 / 10

Quel missionnaire écossais a parcouru l'Afrique australe et lutté contre la traite ?

David Livingstone, médecin missionnaire envoyé par la London Missionary Society, explore l'Afrique australe et lutte contre la traite des esclaves. Sa devise : « Christianisme, commerce et civilisation ». Meurt en prière en Zambie (1873).

Question 7 / 10

Qui a fondé la China Inland Mission (1865) ?

Hudson Taylor, évangélique britannique, fonde la CIM en 1865 pour évangéliser l'intérieur de la Chine. Innovation : adopter la tenue et le mode de vie chinois. Modèle d'organisation interdénominationnelle.

Question 8 / 10

Qui est le cofondateur jésuite et apôtre de l'Asie au XVIe s. ?

François Xavier, compagnon d'Ignace, fonde des missions en Inde (Goa 1542), aux Moluques et au Japon (1549). Premier jésuite à pratiquer la mission d'adaptation asiatique. Meurt en vue de la Chine (1552).

Question 9 / 10

Quel théologien anglican a développé la notion de mission à l'Occident sécularisé ?

Lesslie Newbigin, après une carrière comme évêque de l'Église de l'Inde du Sud (CSI), revient en Grande-Bretagne et y développe une théologie de la mission au sein de la culture occidentale sécularisée (The Gospel in a Pluralist Society, 1989).

Question 10 / 10

Qui est l'apôtre de l'Irlande au Ve siècle ?

Patrick, romano-britannique enlevé jeune et esclavagé en Irlande, y retourne ensuite comme évangélisateur (Ve s.). Sa Confessio autobiographique est un précieux témoignage. Il est à l'origine du monachisme celte.

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⚙ Quiz 2 — Vagues et dates clés

8 questions sur la chronologie de l'expansion chrétienne.

Question 1 sur 8

Question 1 / 8

Quel verset biblique est le mandat missionnaire par excellence ?

Mt 28,18-20 : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Le « Grand Commandement », fondement scripturaire universel de l'envoi missionnaire.

Question 2 / 8

Quel événement de 1492–1773 marque la 3e vague missionnaire ?

La 3e vague est portée par les missions catholiques des Amériques, de l'Asie et de l'Afrique sous patronage espagnol et portugais, largement portées par les jésuites jusqu'à la suppression de la Compagnie de Jésus en 1773.

Question 3 / 8

Que se passe-t-il en 1792 dans l'histoire des missions ?

William Carey publie en 1792 son Enquiry into the Obligations of Christians to use Means for the Conversion of the Heathens. La même année est fondée la Baptist Missionary Society (BMS).

Question 4 / 8

Sur quoi a porté la controverse des rites chinois (1631–1742) ?

Les jésuites (suite à Ricci) acceptaient certains rites confucéens et le culte des ancêtres comme civils. Dominicains et franciscains les jugeaient idolâtres. Rome tranche contre les jésuites (Benoît XIV, Ex quo singulari, 1742). Position révisée par Pie XII en 1939.

Question 5 / 8

Quelle conférence missionnaire de 1910 enfante le mouvement œcuménique moderne ?

La Conférence missionnaire mondiale d'Édimbourg (1 215 délégués, présidée par John Mott) constate que les divisions des Églises entravent la mission et impulse les mouvements qui aboutiront au COE en 1948.

Question 6 / 8

Où se situe aujourd'hui le centre de gravité du christianisme mondial ?

En 1900, 80 % des chrétiens vivaient dans le Nord ; en 2025, environ 65 % vivent dans le Sud global. C'est ce que Philip Jenkins appelle The Next Christendom (2002).

Question 7 / 8

Quelle congrégation romaine est fondée en 1622 pour centraliser les missions catholiques ?

Grégoire XV crée la Congregatio de Propaganda Fide en 1622 pour centraliser les missions mondiales et émanciper progressivement les missions du padroado ibérique. Aujourd'hui : Dicastère pour l'évangélisation.

Question 8 / 8

Que marquent ensemble Le Cap 2010 et Édimbourg 2010 ?

Le Cape Town Commitment (Mouvement de Lausanne) et la conférence d'Édimbourg 2010 (COE et partenaires œcuméniques) marquent le centenaire d'Édimbourg 1910 et le nouveau paradigme : centre de gravité au Sud, mission « de partout vers partout ».

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📜 Quiz 3 — Concepts, sociétés et missions suisses

8 questions sur la théologie de la mission et les œuvres suisses.

Question 1 sur 8

Question 1 / 8

Que signifie missio Dei ?

Concept-clé de la théologie missionnaire du XXe s. (Barth, Hartenstein, conférence de Willingen 1952). La mission n'est pas une activité de l'Église ; l'Église est envoyée par le Dieu missionnaire (Père → Fils → Esprit → Église).

Question 2 / 8

Qu'est-ce que l'inculturation ?

Présenter et recevoir l'Évangile à l'intérieur d'une culture (langue, pensée, liturgie). Précédents : Paul à Athènes (Ac 17), Cyrille et Méthode, Ricci. Concept formalisé surtout après Vatican II.

Question 3 / 8

Qu'enseigne la doctrine des « trois autonomies » (Venn, Anderson) ?

Doctrine missiologique du XIXe s. (Henry Venn, CMS ; Rufus Anderson, ABCFM) : la mission vise à fonder des Églises locales self-supporting, self-governing, self-propagating, préfigurant la décolonisation des Églises.

Question 4 / 8

Quand a été fondée la Mission Romande de Lausanne ?

La Mission Romande, fondée à Lausanne en 1875, fut active surtout en Afrique australe (Mozambique, Afrique du Sud). À l'origine de l'évangélisation protestante du Mozambique. Devenue ultérieurement DM-échange et mission.

Question 5 / 8

Quelle est l'une des plus anciennes sociétés missionnaires d'Europe continentale ?

La Basler Mission (1815), fondée sur des bases piétistes et œcuméniques (réformés et luthériens), fut active en Inde, au Ghana, au Cameroun, à Bornéo, en Chine. C'est aujourd'hui Mission 21.

Question 6 / 8

Qu'est-ce qu'une « société missionnaire » au sens du XIXe s. ?

Innovation protestante : à la place d'ordres missionnaires (cath.), des associations volontaires portées par des laïcs et soutenues par des collectes. Modèle : BMS 1792, LMS 1795, CMS 1799, Bâle 1815, SMEP Paris 1822, Mission Romande Lausanne 1875.

Question 7 / 8

Que désigne l'expression « de partout vers partout » ?

Aujourd'hui, des missionnaires africains, asiatiques, latino-américains évangélisent l'Europe et l'Amérique du Nord sécularisées (« reverse mission »). Les Églises nigériane, brésilienne, coréenne envoient de nombreux missionnaires.

Question 8 / 8

Comment l'œcuménisme distingue-t-il mission et prosélytisme ?

Le mouvement œcuménique distingue la mission légitime (témoignage respectueux offert au libre choix) du prosélytisme (pressions matérielles, sociales, psychologiques). Document COE-Vatican-Alliance évangélique mondiale sur le sujet (2011).

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