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Théologies contextuelles — Module 1

Théologie de la libération

Née en Amérique latine dans les années 1960-70, la théologie de la libération a radicalement reconfiguré la théologie mondiale en faisant des pauvres le lieu théologique central. De Medellín à Aparecida, de Gutiérrez à Cone, de la Black Theology au womanisme.

1968Medellín
Mt 25verset central
Gutiérrezfondateur
120 paysrayonnement
📜
CELAM
« L'Église d'Amérique latine entend percevoir les signes des temps dans le cri des pauvres. »
« Il ne s'agit pas d'une théologie politisée, mais de l'Évangile pris au sérieux. »
Gutiérrez

Origines et contexte historique

La théologie de la libération est née dans l'Amérique latine des années 1960-1970, au croisement de trois dynamiques convergentes : la misère structurelle de millions de personnes, l'aggiornamento du Concile Vatican II, et l'émergence d'une réflexion théologique indigène refusant d'importer mécaniquement les catégories européennes. Elle constitue le premier grand mouvement théologique né hors d'Europe ou d'Amérique du Nord, et a radicalement reconfiguré le paysage de la théologie mondiale du XXe siècle.

1. Le contexte structurel : l'Amérique latine des années 1960

L'Amérique latine de l'après-guerre est marquée par des inégalités extrêmes : des oligarchies foncières contrôlent des économies d'exportation, tandis que des dizaines de millions de paysans et d'ouvriers urbains vivent dans une pauvreté endémique. La théorie de la dépendance (Cardoso, Frank, Prebisch-CEPAL) fournit le cadre analytique : le sous-développement n'est pas un retard à rattraper mais le produit structurel du système capitaliste mondial. Les bidonvilles (favelas brésiliennes, callampas chiliennes, pueblos jóvenes péruviens) s'étendent. La Révolution cubaine de 1959 polarise les élites et galvanise les mouvements populaires. Des régimes autoritaires (Brésil 1964, Paraguay de Stroessner, Argentine) écrasent toute opposition. C'est dans ce contexte que des prêtres et évêques, vivant parmi les pauvres, commencent à reformuler leur foi à partir de cette réalité.

2. Vatican II et Medellín (1968) — le tournant

Le Concile Vatican II (1962-1965) constitue le premier catalyseur. Gaudium et Spes (1965) marque un tournant : l'Église ne se définit plus par opposition au monde mais en dialogue avec lui ; elle reconnaît lire « les signes des temps » dans les joies et les angoisses de l'humanité. La constitution pastorale affirme que « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout » sont les joies et les espoirs de l'Église.

Mais c'est la IIe Conférence générale de l'épiscopat latino-américain à Medellín (Colombie, 1968) qui fait basculer la théologie latino-américaine. Les évêques y décrivent la situation du continent comme une « situation de péché » et une « violence institutionnalisée ». Ils formulent l'option préférentielle pour les pauvres — non pas exclusive, mais préférentielle — et légitiment les communautés ecclésiales de base (CEB). Medellín est le véritable acte de naissance institutionnel de la théologie de la libération.

Chronologie institutionnelle

1962-65 : Vatican II (Gaudium et Spes). — 1968 : Medellín (CELAM II). — 1971 : Théologie de la libération de Gutiérrez. — 1979 : Puebla (CELAM III) — confirmation de l'option préférentielle. — 1984 : Instruction CDF (Ratzinger) contre certains aspects. — 1986 : Deuxième instruction CDF — nuancée. — 2007 : Aparecida (CELAM V) — réaffirmation sous Bergoglio. — 2013 : Élection de François — réhabilitation implicite de Gutiérrez.

Les fondateurs et leurs apports théologiques

Gustavo Gutiérrez (1928-2024) — Pérou

Prêtre dominicain péruvien (ordonné dominicain en 1999 après des décennies comme prêtre diocésain), Gutiérrez est le fondateur et le théologien le plus influent du mouvement. Sa Théologie de la libération. Perspectives (Lima, 1971 ; trad. fr. Paris, Cerf, 1974) pose les bases conceptuelles du mouvement. La thèse centrale : la théologie est un « acte second » — une réflexion critique de la pratique chrétienne à la lumière de la Parole. La praxis libératrice précède la théologie qui en rend compte. L'« option préférentielle pour les pauvres » (formule présente à Puebla 1979) n'est pas une option sociale parmi d'autres, mais une exigence théologale : Dieu se révèle dans la face du pauvre. Gutiérrez s'appuie sur l'Exode comme paradigme de la libération, les prophètes (Amos, Isaïe), et le discours eschatologique de Mt 25 (« Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits »).

Ses œuvres majeures incluent également : El Dios de la vida (Lima, 1982), Hablar de Dios desde el sufrimiento del inocente (Lima, 1986 — commentaire de Job), Las Casas (Lima, 1992 — biographie de Bartolomé de las Casas comme préfiguration), et La densidad del presente (Salamanca, 1996). En 2003, la Congrégation pour la doctrine de la foi conclut un dialogue de 8 ans avec Gutiérrez sans censure officielle. En 2015, le pape François reçoit Gutiérrez en audience privée au Vatican — signal de réhabilitation symbolique.

Juan Luis Segundo (1925-1996) — Uruguay

Jésuite uruguayen, Segundo développe l'aspect herméneutique le plus sophistiqué du mouvement. Son Liberación de la teología (Buenos Aires, 1975 ; trad. angl. The Liberation of Theology, Maryknoll, 1976) propose le concept du cercle herméneutique : notre expérience de la réalité modifie notre interprétation de la Bible, qui modifie notre action, qui modifie notre expérience, etc. Ce cercle est « libérateur » parce qu'il rompt avec l'herméneutique figée des classes dominantes. Sa série de 5 volumes Jesús de Nazaret, ayer y hoy (Madrid, 1982-1987) développe une christologie contextuelle.

Leonardo Boff (né 1938) — Brésil

Franciscain brésilien, Boff est le théologien de la libération qui a eu le plus de conflits directs avec Rome. Son Igreja : carisma e poder (Petrópolis, 1981 ; trad. angl. Church, Charism and Power, 1985) critique le modèle ecclésiastique hiérarchique comme « pouvoir paralysant » et défend les CEB comme « Église qui naît du peuple ». Silencié par la CDF en 1985 (conduit par Ratzinger), il est contraint au silence académique pendant un an. Récidiviste selon Rome, il quitte finalement le sacerdoce en 1992 et continue à enseigner. Ses œuvres ultérieures intègrent l'écologie (il est pionnier de l'éco-théologie) : Ecologia, mundialização e espiritualidade (São Paulo, 1993). Son frère Clodovis Boff (né 1944) a développé la méthodologie systématique de la théologie de la libération dans Teologia e prática (Petrópolis, 1978).

Jon Sobrino (né 1938) — El Salvador

Jésuite basque exerçant en El Salvador, Sobrino est le christologue le plus rigoureux du mouvement. Sa Cristología desde América Latina (Mexico, 1976) et son Jesucristo liberador (Madrid, 1991) développent une christologie « depuis le bas » — depuis Jésus historique, pauvre de Galilée, confronté aux pouvoirs politiques et religieux. Le « Jésus historique » est central : la foi ne peut se réduire au Christ exalté. Sobrino est aussi le théologien des martyrs contemporains : ses amis jésuites (les six jésuites assassinés à l'UCA de San Salvador en 1989 avec leur gouvernante et sa fille) lui donnent une dimension testimoniale unique. La CDF publie en 2006 un Notificatio contre deux de ses ouvrages pour des déviations concernant la conscience de Jésus — mais sans condamnation formelle.

Ignacio Ellacuría (1930-1989) — El Salvador

Philosophe et théologien jésuite, assassiné avec ses cinq compagnons à l'UCA de San Salvador le 16 novembre 1989 par un commando militaire, Ellacuría est la figure martyrologique centrale du mouvement. Il développe le concept de « peuple crucifié » — le peuple appauvri comme continuation historique du Serviteur souffrant d'Isaïe 53. Son œuvre rassemblée dans les Escritos teológicos (San Salvador, 2000-2002, 4 vol.) articule philosophie de la libération (Zubiri) et théologie.

Méthode théologique : voir, juger, agir

La méthode canonique de la théologie de la libération est le triptyque voir — juger — agir, formalisé initialement par la Jeunesse ouvrière catholique (JOC) de Joseph Cardijn dans les années 1930, repris et approfondi par les communautés de base. Voir : analyse socio-analytique de la réalité (utilisant les sciences sociales, notamment la théorie de la dépendance et, plus tard, d'autres outils). Juger : interprétation théologale de cette réalité à la lumière de la Parole de Dieu. Agir : engagement transformateur, praxis libératrice. Cette méthode implique que la théologie naît toujours d'une situation, jamais d'un contexte pur.

ÉtapeContenuOutilsRisques identifiés
Voir (médiations socio-analytiques)Analyse structurelle de la pauvreté, des relations de pouvoir, des mécanismes d'oppressionSociologie, économie politique, théorie de la dépendanceMarxisme méthodologique (critique romaine) ; réductionnisme socio-économique
Juger (médiations herméneutiques)Lecture de l'Écriture et de la Tradition depuis la perspective des pauvresExégèse historico-critique, herméneutique de la soupçon, tradition prophétiqueInstrumentalisation politique de l'Écriture ; anacronisme
Agir (médiations pratiques)Engagement dans la transformation sociale, soutien aux CEBPédagogie du peuple (Freire), animation communautaireConfusion Royaume de Dieu / projet politique ; violence révolutionnaire

Les communautés ecclésiales de base (CEB)

Les CEB sont la structure ecclésiale de base du mouvement — des petits groupes de 10 à 30 personnes (souvent des familles) qui se réunissent pour lire la Bible et l'articuler à leur vie quotidienne et à leur situation sociale. Nées au Brésil dans les années 1950-60, elles se multiplient après Medellín : on en compte jusqu'à 150 000 au Brésil dans les années 1980. Leur méthode de lecture biblique (lecture populaire de la Bible) est théologiquement distinctive : ce ne sont pas des spécialistes qui lisent pour le peuple, mais des communautés qui lisent à partir de leur expérience. Carlos Mesters (carme néerlandais au Brésil) en est le grand théoricien : Flor sem defesa (Petrópolis, 1983).

Les ramifications géographiques et thématiques

Théologie noire (Black Theology) — États-Unis

James H. Cone (1938-2018), de l'Union Theological Seminary de New York, fonde la Black Theology dans Black Theology and Black Power (New York, 1969) et A Black Theology of Liberation (Philadelphia, 1970). Sa thèse : Dieu est du côté des opprimés ; dans le contexte américain, Dieu s'identifie aux Noirs opprimés. Le Christ est noir — non pas racialement, mais symboliquement. La croix est le lieu où Dieu souffre avec les lynchés, les ségrégationnistes. L'eschatologie noire : la résurrection comme espoir de libération du joug de la suprématie blanche. Cone dialogue et débat avec Gutiérrez, reconnaissant une convergence de méthode. Son œuvre tardive The Cross and the Lynching Tree (Maryknoll, 2011) est saluée comme un chef-d'œuvre.

Gayraud Wilmore (1921-2020), co-fondateur de la Black Theology, développe dans Black Religion and Black Radicalism (Garden City, 1972) la dimension historique du christianisme afro-américain comme tradition de résistance depuis l'esclavage.

Théologie womaniste — États-Unis

La théologie womaniste (du terme womanist forgé par Alice Walker) émerge dans les années 1980 comme critique féministe noire de la Black Theology (trop androcentrée) et de la théologie féministe blanche (trop raciste par omission). Jacquelyn Grant, White Women's Christ and Black Women's Jesus (Atlanta, 1989) : le Christ womaniste se révèle dans la figure de la femme noire, « the least of these ». Delores S. Williams, Sisters in the Wilderness (Maryknoll, 1993) : le paradigme d'Agar (servante noire contrainte, mère rejetée) comme figure de la femme noire, plus pertinent que l'Exode pour la tradition womaniste. Emilie M. Townes : éthique womaniste. Katie Cannon, Black Womanist Ethics (Atlanta, 1988) : fondatrice de l'éthique womaniste.

Théologie africaine de la libération

Jean-Marc Ela (1936-2008), théologien camerounais et prêtre catholique, représente le pôle le plus radical de la théologie africaine. Vivant parmi les paysans Kirdi du Cameroun septentrional, il développe dans Le cri de l'homme africain (Paris, L'Harmattan, 1980) et Repenser la théologie africaine (Paris, Karthala, 2003) une théologie de la libération contextuelle africaine, refusant l'importation du modèle latin. Engelbert Mveng (1930-1995), jésuite camerounais assassiné, développe le concept de « pauvreté anthropologique » — appauvrissement de l'être même des Africains par la colonisation. Allan Boesak (né 1946), pasteur réformé sud-africain, applique la théologie de la libération à la lutte contre l'apartheid : Farewell to Innocence (Maryknoll, 1977).

Théologie asiatique de la libération

Aloysius Pieris (né 1934), jésuite sri-lankais, développe une théologie de la libération asiatique articulant pauvreté et religion. Dans An Asian Theology of Liberation (Edinburgh, 1988), il soutient que l'Asie est marquée par deux caractéristiques : la pauvreté massive et la richesse religieuse non-chrétienne. Une vraie théologie asiatique doit intégrer les deux. C.S. Song (né 1929), théologien taïwanais presbytérien, développe dans sa trilogie Jesus, the Crucified People (New York, 1990), Jesus and the Reign of God (Minneapolis, 1993), Jesus in the Power of the Spirit (Minneapolis, 1994) une christologie depuis les peuples souffrants d'Asie. La théologie minjung (peuple coréen) — Ahn Byung-Mu, Suh Nam-Dong — développe une christologie du ochlos (foule anonyme des évangiles) identifiée au peuple coréen sous la dictature de Park Chung-Hee.

Théologie féministe de la libération

Ada María Isasi-Díaz (1943-2012) fonde la théologie mujerista (de mujer, femme en espagnol) — théologie des femmes latinas aux États-Unis — dans En la Lucha / In the Struggle (Minneapolis, 1993). Ivone Gebara (née 1944), religieuse brésilienne, développe une éco-féminisme théologique radical dans Longing for Running Water (Minneapolis, 1999), en dialogue avec Boff. Sa position libérale sur l'avortement lui vaut un silence de 2 ans imposé par Rome (1995).

La réception institutionnelle et les tensions avec Rome

L'Instruction de 1984 (Libertatis nuntius)

La Congrégation pour la doctrine de la foi, sous la direction du cardinal Joseph Ratzinger, publie le 6 août 1984 l'Instruction sur certains aspects de la Théologie de la libération (Libertatis nuntius). Le document reconnaît la légitimité de l'option préférentielle pour les pauvres et l'urgence de la lutte contre la pauvreté, mais critique fermement l'usage du marxisme comme outil d'analyse. Ratzinger identifie une « théologie » qui « utilise, de façon consciente ou non, des concepts empruntés aux diverses courants de la pensée marxiste ». Les principales critiques : (1) réduction de la pauvreté à une cause économique-structurelle au détriment du péché personnel ; (2) lutte des classes comme catégorie théologale ; (3) Église du peuple contre Église institutionnelle ; (4) réinterprétation du Christ en termes politiques. Le document provoque des réactions vives dans toute l'Amérique latine.

L'Instruction de 1986 (Libertatis conscientia)

La CDF publie le 22 mars 1986 une seconde instruction, plus nuancée et positive, Libertatis conscientia (Liberté chrétienne et libération), qui affirme clairement le droit et le devoir de l'Église de s'engager pour la libération humaine, reconnaît pleinement l'option préférentielle pour les pauvres comme principe évangélique, et distingue une « théologie de la libération authentique » d'une version déviante. La tension est résolue théoriquement, mais les tensions pratiques perdurent.

Puebla (1979), Saint-Domingue (1992) et Aparecida (2007)

La IIIe Conférence de Puebla (1979), malgré les tentatives de dilution par les évêques conservateurs, réaffirme l'option préférentielle pour les pauvres. La IVe Conférence de Saint-Domingue (1992, sous forte influence romaine) est plus ambivalente. La Ve Conférence d'Aparecida (2007), dont le document final est en grande partie rédigé par le cardinal Bergoglio (futur François), redonne vitalité à la théologie de la libération en réaffirmant l'option préférentielle avec une force nouvelle et sans les compromis de Saint-Domingue.

Lectures bibliques fondatrices

TexteLecture libératriceCritique
Exode 1-15Paradigme de la libération : Dieu entend le cri des opprimés (Ex 3,7), intervient dans l'histoire, libère de l'esclavage politique. La praxis libératrice de Dieu précède la révélation de son nom.Spiritualisation insuffisante ? Différence entre libération politique et salut eschatologique (critique de la CDF)
Amos, Michée, Isaïe 58Les prophètes condamnent le péché social comme le premier péché : exploitation des pauvres, corruption des tribunaux, liturgie hypocrite sans justice. « Je veux la justice, non les sacrifices. »Anachronisme sociologique : les prophètes visent-ils le capitalisme ou les pratiques de l'Ancien Proche-Orient ?
Luc 4,18-19 (Programme de Nazareth)Jésus se définit par Isaïe 61 : « Annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, proclamer la libération des captifs. » La libération est au cœur de la mission christologique.Les « pauvres » sont-ils socio-économiques (πτωχοί) ou spirituellement humbles ? Débat exégétique de fond (Brown, Hengel, Sobrino)
Matthieu 25,31-46Identification du Christ aux affamés, étrangers, prisonniers. Option préférentielle fondée christologiquement : rencontrer le pauvre, c'est rencontrer le Christ.Ce texte vise-t-il toute pauvreté ou spécifiquement les frères chrétiens ? (débat depuis Chrysostome)
Apocalypse de JeanCritique de l'Empire (Rome = Babylone) ; espérance eschatologique des opprimés. Les martyrs sont au centre du récit.Lecture historico-sociale vs lecture eschatologique pure : positions de Schüssler Fiorenza vs Collins

Positions théologiques par tradition

✟ Catholique

La théologie de la libération est une réalité intra-catholique. Le magistère distingue désormais (depuis Aparecida 2007, confirmé par François) une théologie de la libération authentique — option préférentielle, lutte structurelle contre la pauvreté — d'une version déviante qui instrumentaliserait le marxisme. François a réhabilité Gutiérrez (2013, 2015), canonisé Oscar Romero (2018) et la vénérable Marguerite Bays (2019).

✠ Protestant

La réception protestante est diverse. Les Églises luthériennes d'Amérique latine (IECLB au Brésil) et les Églises réformées ont été perméables. Karl Barth est rétrospectivement lu comme précurseur (théologie politique, priorité de Dieu sur l'institution). Jürgen Moltmann (Théologie de l'espérance, 1964) et Johannes Baptist Metz (catholique) développent une « théologie politique » européenne parallèle. Dietrich Bonhoeffer est mobilisé pour le concept de Église « pour les autres ». Les Conseils d'Églises (COE) ont soutenu le mouvement via le Programme de lutte contre le racisme.

☦ Orthodoxe

La réception orthodoxe est plus limitée mais réelle. L'évêque orthodoxe chilien Emilio Castro (secrétaire général du COE 1985-1992) a créé des ponts. La théologie orthodoxe de la sobornost (conciliarité) et la patrologie ont été mobilisées pour critiquer l'individualisme libéral. Des théologiens orthodoxes de la diaspora (notamment en Amérique) ont dialogué avec le mouvement.

La théologie politique européenne — parallèles et influences croisées

Johann Baptist Metz (1928-2019), théologien catholique allemand, développe une « théologie politique » qui converge avec la libération sans s'y identifier. Dans Zur Theologie der Welt (Mainz, 1968) et Glaube in Geschichte und Gesellschaft (Mainz, 1977), il critique la privatisation bourgeoise de la foi et développe la mémoire subversive des victimes. L'anamnèse chrétienne est fondamentalement mémoire du Christ souffrant, donc mémoire de tous les souffrants de l'histoire. Jürgen Moltmann (né 1926), théologien réformé allemand, offre à la théologie de la libération des ressources pneumatologiques et eschatologiques. Sa Théologie de l'espérance (1964) et Le Dieu crucifié (1972) sont fondamentales : la croix comme lieu de la souffrance de Dieu avec les victimes. Dorothee Sölle (1929-2003), théologienne luthérienne allemande, développe une mystique politique qui combine vie intérieure et engagement social.

Héritage et état actuel du débat

La chute du mur de Berlin (1989) et la dissolution de l'URSS (1991) ont fourni à certains critiques un argument pour déclarer la théologie de la libération « morte » avec le marxisme. Cette évaluation est incorrecte : si les formes marxistes d'analyse ont été largement abandonnées, les intuitions fondamentales — option préférentielle, lecture depuis les pauvres, praxis libératrice — sont désormais intégrées dans le mainstream théologique catholique (Aparecida, François) et protestant (COE).

Les théologies contextuelles actuelles, nées de la matrice libératrice, se sont diversifiées : théologie queer (Marcella Althaus-Reid), théologie post-coloniale (R.S. Sugirtharajah), théologie amérindienne (Eleazar López Hernández), théologie afro-brésilienne (Clovis Boff, George Tavares). La Laudato Si' (2015) et la Laudato Deum (2023) de François reprennent l'analyse structurelle (« péché écologique ») et l'option préférentielle dans un cadre écologique — continuité directe avec la tradition de la libération.

📚 Bibliographie complète

La bibliographie thématique de ce module (60 références SBL) a été intégrée à la bibliographie générale, section XXVII (par module). Pour les ressources transversales, voir aussi les sections I–XXVI.

Medellín

Qu'est-ce que l'option préférentielle pour les pauvres ?

Formule théologique (Puebla 1979 ; systématisée par Gutiérrez) désignant l'engagement prioritaire de Dieu envers les pauvres et marginalisés — non exclusif mais préférentiel. Fondement scripturaire : Exode, prophètes, Mt 25,31-46 (identification du Christ aux « petits »). Reprise dans la doctrine sociale catholique (Jean-Paul II, Sollicitudo rei socialis, 1987 ; François, Evangelii Gaudium, 2013).

Méthode

Qu'est-ce que la méthode voir-juger-agir ?

Triptyque méthodologique de la théologie de la libération, hérité de la JOC (Cardijn, années 1930). Voir : analyse socio-analytique de la réalité (outils des sciences sociales). Juger : lecture de la Parole depuis cette réalité (herméneutique engagée). Agir : praxis transformatrice. La théologie est « acte second » — réflexion sur la praxis. Critique : risque de subordiner la Parole à la réalité sociale.

Fondateurs

Qui est Gustavo Gutiérrez et quelle est sa contribution centrale ?

Prêtre-théologien péruvien (1928-2024), dominicain. Fondateur de la théologie de la libération. Œuvre centrale : Théologie de la libération (Lima, 1971). Apports : concept d'option préférentielle pour les pauvres ; théologie comme acte second sur la praxis ; lecture libératrice de l'Exode. Rehabilité par François (2013, 2015). Prix Ratzinger en 2003 (ironie historique : dialogue avec la CDF).

Black Theology

Qu'est-ce que la Black Theology de James Cone ?

Mouvement théologique fondé par Cone (1938-2018) aux États-Unis en 1969. Thèse : Dieu s'identifie aux opprimés — dans le contexte américain, aux Noirs. Christ noir symboliquement (non racialement). La croix = lieu de solidarité divine avec les victimes du racisme. The Cross and the Lynching Tree (2011) : parallèle entre la croix et les lynchages dans le Sud américain. Distincts mais convergents avec la théologie de la libération latino-américaine.

Rome

Quelle est la critique de l'Instruction Libertatis nuntius (1984) de Ratzinger ?

La CDF distingue une TL authentique (option pour les pauvres = légitime) d'une TL déviante (qui utilise le marxisme comme grille d'analyse). Critiques spécifiques : (1) réduction du péché au structurel ; (2) lutte des classes érigée en catégorie théologale ; (3) Église populaire contre Église hiérarchique ; (4) réinterprétation politique du Christ. La CDF ne condamne pas la TL comme telle mais ses usages marxistes. L'instruction de 1986 (Libertatis conscientia) est plus positive.

Asie

Qu'est-ce que la théologie minjung coréenne ?

Mouvement théologique coréen des années 1970, né sous la dictature (Park Chung-Hee). Fondé par Ahn Byung-Mu et Suh Nam-Dong. Minjung = peuple ordinaire, masse anonyme, souffrant. Méthode : identification du ochlos évangélique (foule anonyme) au minjung coréen. Ahn Byung-Mu : le Christ des évangiles est du côté du ochlos, des marginaux, non des disciples institutionnels. Lien avec la tradition chamane coréenne (han = souffrance collective).

Exégèse

Comment la théologie de la libération lit-elle l'Exode ?

Paradigme central : Dieu entend le cri des opprimés (Ex 3,7-8), intervient dans l'histoire (pas seulement spirituellement), libère d'une oppression politique et économique concrète. La révélation du nom divin (Ex 3,14) est précédée et conditionnée par l'engagement libérateur. Critique traditionnelle : le salut de l'Exode est un type du salut eschatologique, non un programme politique (réponse protestante conservatrice, von Rad, Childs). Gutiérrez répond : l'Exode est historique ET typologique.

Womanisme

Qu'est-ce que la théologie womaniste et en quoi diffère-t-elle de la théologie féministe blanche ?

Courant théologique afro-américain féminin (terme de Alice Walker, In Search of Our Mothers' Gardens, 1983). Critique la Black Theology (androcentrée) et la théologie féministe blanche (ignore le racisme). Figure paradigmatique : Agar (Gn 16 ; 21), non Exode. Agar = femme noire, servante contrainte, mère rejetée, exclue même de la libération de ses oppresseurs. Theologia womanista : Williams (Sisters in the Wilderness) ; Canon (Black Womanist Ethics) ; Grant (White Women's Christ and Black Women's Jesus).

Q1Expliquez la méthode théologique de Gutiérrez et montrez comment elle se distingue de la théologie académique européenne classique.

Gutiérrez définit la théologie comme un « acte second » — la réflexion critique sur la praxis chrétienne à la lumière de la Parole. L'acte premier est l'engagement avec les pauvres, la praxis de libération. Cette inversion est fondamentale : dans la théologie académique européenne (de Thomas d'Aquin à Barth), le mouvement va du texte à la vie ; dans la théologie de la libération, il va de la vie au texte. L'herméneutique n'est pas neutre — toute lecture de la Bible est déjà conditionnée par une position sociale. La lecture depuis les pauvres est plus fidèle à l'intention originelle de l'Écriture (les prophètes, Jésus lui-même) que la lecture académique des universités bourgeoises.

La théologie européenne (Barth, Bultmann, Tillich, Rahner) a tendance à dialoguer avec la philosophie et la culture, posant la question : comment parler de Dieu à l'homme moderne sécularisé ? Gutiérrez reformule : comment parler de Dieu à l'homme qui souffre, qui n'a pas accès à la modernité ? Ce n'est pas la même question. Le « non-croyant » européen n'est pas le non-humain latino-américain : le pauvre, dont l'humanité même est niée par l'économie et la politique.

Critique interne à la théologie de la libération : Clodovis Boff (frère de Leonardo) a développé en 2007 une autocritique reconnaissant que le primat de la praxis peut conduire à l'instrumentalisation de la foi — risque de réduire le Dieu vivant à une cause politique. Clodovis Boff affirme que le vrai fondateur doit être le pauvre de Jésus-Christ, non le pauvre socio-économique.

Gutiérrez, G. Théologie de la libération. Cerf, 1974. — Boff, C. « Volta à pedra fundamental », REB 68 (2008).

Q2Analysez les tensions entre la théologie de la libération et le Magistère romain entre 1984 et 2015.

Les tensions sont réelles mais nuancées, et ont évolué considérablement sur trois décennies. La CDF de Ratzinger publie deux instructions : Libertatis nuntius (1984) et Libertatis conscientia (1986). La première est principalement critique, identifiant l'usage marxiste de certaines TL ; la seconde est positive, reconnaissant pleinement l'option préférentielle et l'engagement libérateur de l'Église.

Les cas personnels illustrent la complexité : Leonardo Boff est silencié en 1985 puis quitte le sacerdoce. Jon Sobrino reçoit une Notificatio en 2006. Gutiérrez, lui, dialogue pendant 8 ans avec la CDF (1994-2003) et n'est jamais condamné formellement. Oscar Romero, assassiné en 1980, longtemps suspect pour Rome, est finalement béatifié (2015) puis canonisé (2018) par François.

L'élection de François (2013) — le cardinal Bergoglio qui a présidé la rédaction du document d'Aparecida (2007) — constitue le tournant décisif. François reçoit Gutiérrez en audience en 2013 et 2015 ; il incorpore la pensée libératrice dans Evangelii Gaudium (2013) et Laudato Si' (2015). La tension n'est pas résolue doctrinalement mais politiquement surmontée : le pape argentin est lui-même issu d'une culture théologique imprégnée de libération.

CDF. Libertatis nuntius (1984) ; Libertatis conscientia (1986). — François. Evangelii Gaudium (2013), §186-221.

Q3Comparez la Black Theology de James Cone avec la théologie de la libération latino-américaine de Gutiérrez. Convergences et divergences.

Convergences méthodologiques : les deux mouvements partagent la conviction que la théologie naît d'une situation d'oppression ; que Dieu se révèle du côté des opprimés ; que la praxis de libération précède et conditionne la réflexion théologique. Les deux mobilisent l'Exode, les prophètes, et Mt 25 comme textes fondateurs. Cone et Gutiérrez se sont rencontrés et reconnus mutuellement à partir des années 1970.

Divergences contextuelles : (1) Le contexte de Gutiérrez est la pauvreté structurelle de masse en Amérique latine — exploitation économique de systèmes capitalistes dépendants. Le contexte de Cone est le racisme systémique aux États-Unis — ségrégation, discrimination, violence raciale. (2) Cone a dans un premier temps peu intégré la dimension économique ; Gutiérrez a peu intégré la dimension raciale. Ce dialogue difficile a enrichi les deux. (3) La christologie : Cone dit « le Christ est noir » — affirmation identitaire provocatrice. Gutiérrez dit « le Christ se retrouve dans le pauvre » — accent sur l'identification christologique à la pauvreté économique.

Critique womaniste des deux : ni Cone ni Gutiérrez n'intègrent d'abord la dimension de genre. La théologie womaniste (Williams, Grant) critique Cone pour son androcentrisme — les femmes noires sont invisibles dans la Black Theology. Les femmes latino-américaines (Gebara, Isasi-Díaz) critiquent Gutiérrez pour le même biais. Les deux ont ensuite dialogué avec ces critiques.

Cone, J.H. A Black Theology of Liberation. 1970. — Gutiérrez, G. Théologie de la libération. 1971. — Williams, D. Sisters in the Wilderness. 1993.

🎯

Quiz — Théologie de la libération

8 questions

1/8

Q1/8

La formule 'option préférentielle pour les pauvres' apparaît officiellement dans un document du Magistère catholique pour la première fois lors :

ADu Concile Vatican II (1965) — Gaudium et Spes
BDe la Conférence de Medellín (1968)
CDe la Conférence de Puebla (1979)
DDe l'instruction Libertatis nuntius (1984)

💡

La formule exacte 'option préférentielle pour les pauvres' est absente de Vatican II et de Medellín (qui en exprime le contenu sans la formule). Elle apparaît dans le document de Puebla (1979), rédigé après un long débat entre les évêques. Elle est ensuite reprise par Jean-Paul II, par le Synode de 1987 et dans la doctrine sociale de l'Église.

Q2/8

Quelle est la critique principale adressée par Ratzinger/CDF dans Libertatis nuntius (1984) à certains courants de la théologie de la libération ?

ALa TL enseigne que les pauvres peuvent se sauver par leurs propres forces sans grâce
BLa TL utilise des concepts et méthodes marxistes qui déforment le message évangélique
CLa TL nie la résurrection corporelle de Jésus en la réduisant à une résurrection politique
DLa TL identifie l'Église au parti politique et confond mission évangélique et révolution

💡

Libertatis nuntius (VI, 5-10) : la CDF critique l'emprunt de catégories marxistes — lutte des classes comme moteur de l'histoire, primat de la praxis, Église des pauvres contre Église institutionnelle. Elle ne condamne pas la TL en général mais ses « déviations » liées à une certaine lecture marxiste. L'instruction reconnaît explicitement la légitimité de la préoccupation pour les pauvres.

Q3/8

La théologie minjung coréenne s'appuie sur quel concept exégétique central ?

ALe concept de Shekinah (présence divine) identifiée à la souffrance coréenne
BL'identification du ochlos (foule anonyme des évangiles) au peuple coréen opprimé
CLe concept de Logos johannique réinterprété comme raison libératrice
DLa figure d'Abraham comme père des peuples en exil

💡

Ahn Byung-Mu (théologien central de la théologie minjung) distingue dans Marc les mathètai (disciples, groupe institutionnel) et le ochlos (foule anonyme, marginaux, pauvres). Jésus est du côté du ochlos. Le minjung coréen s'identifie à cet ochlos évangélique. Cette exégèse du terme grec est l'apport herméneutique le plus original de la théologie minjung.

Q4/8

Que distingue la théologie womaniste de la Black Theology de James Cone ?

ALa théologie womaniste rejette tout le cadre de la Black Theology comme trop eurocentriste
BLa théologie womaniste critique le fait que la Black Theology est androcentrée et néglige les femmes noires
CLa théologie womaniste refuse d'utiliser l'Écriture comme source et préfère la tradition orale africaine
DLa théologie womaniste accepte le cadre libéral de la théologie féministe blanche que Cone rejette

💡

Jacquelyn Grant (White Women's Christ, 1989) et Delores Williams (Sisters in the Wilderness, 1993) critiquent Cone pour avoir développé une théologie de libération noire qui libère les hommes noirs mais ignore les femmes noires. La Black Theology de Cone reste androcentrée. La théologie womaniste choisit Agar (non l'Exode) comme figure paradigmatique : Agar est esclave, femme, mère rejetée — figure de la triple oppression (race/genre/classe) de la femme noire.

Q5/8

Jon Sobrino a reçu une Notificatio de la CDF en 2006 principalement à cause de :

ASon soutien explicite à la lutte armée des guérillas salvadoriennes
BSa christologie affirmant que Jésus n'avait pas de connaissance divine et découvrait sa propre identité progressivement
CSon refus de la doctrine de la Trinité comme construction post-biblique européenne
DSa critique du dogme de l'infaillibilité pontificale comme obstacle à la libération

💡

La Notificatio de 2006 porte sur deux œuvres christologiques de Sobrino. La CDF critique sa thèse selon laquelle Jésus aurait eu une conscience progressive de sa relation à Dieu, sans accès à la vision béatifique pendant son ministère terrestre. Le document affirme que cette position est incompatible avec la tradition catholique sur la conscience de Jésus. Sobrino n'est pas condamné mais ses œuvres sont déclarées doctrinalement insuffisantes sur ce point.

Q6/8

Le document d'Aparecida (2007) est significatif pour l'histoire de la théologie de la libération parce que :

AIl condamne définitivement la théologie de la libération au nom de l'orthodoxie
BIl est rédigé sous l'influence du cardinal Bergoglio (futur François) et réaffirme fortement l'option préférentielle
CIl supprime la notion d'option préférentielle pour la remplacer par 'solidarité universelle'
DIl marque la réconciliation officielle de Gutiérrez avec la CDF

💡

La Ve Conférence générale des évêques d'Amérique latine et des Caraïbes à Aparecida (Brésil, 2007) est charnière. Le cardinal Jorge Bergoglio y est le principal rédacteur du document final — qui réaffirme avec force l'option préférentielle pour les pauvres, sans les ambivalences de Saint-Domingue (1992). Quand Bergoglio devient François (2013), il valorise Aparecida comme son programme pastoral.

Q7/8

Quelle figure biblique la théologie womaniste de Delores Williams préfère-t-elle à Moïse/Exode comme paradigme pour la femme noire ?

ARuth — étrangère fidèle qui s'intègre dans un peuple qui n'est pas le sien
BMarie de Magdala — première témoin de la résurrection, ignorée des hommes
CAgar — esclave contrainte, mère abandonnée, survivante dans le désert
DDéborah — juge et prophétesse, figure du leadership féminin

💡

Williams (Sisters in the Wilderness) choisit Agar (Gn 16 ; 21) car Agar est une esclave noire (égyptienne), contrainte sexuellement (par Abraham à la demande de Sara), puis abandonnée dans le désert avec son fils Ismaël. L'Exode libère Israël — mais Agar/Ismaël ne sont pas libérés ; ils sont expulsés. Le paradigme de l'Exode est inadapté à la condition de la femme noire qui n'a pas été libérée par la communauté d'Israël (= hommes noirs), mais abandonnée.

Q8/8

Jean-Marc Ela critique le modèle de l'importation de la théologie de la libération latino-américaine en Afrique. Pourquoi ?

AIl juge la théologie de la libération trop catholique pour être applicable dans l'Afrique majoritairement protestante
BIl considère que la pauvreté africaine a des causes différentes (colonialisme, néo-colonialisme culturel) qui nécessitent une lecture anthropologique et non seulement économique
CIl estime que les Africains n'ont pas de tradition prophétique permettant de fonder une théologie de la libération
DIl préfère la théologie de la réconciliation à toute théologie de la libération

💡

Ela insiste sur la spécificité africaine : la pauvreté africaine n'est pas seulement économique mais anthropologique — elle touche à l'identité même, au sens du soi, déstructuré par la colonisation culturelle, religieuse, et politique. La théorie de la dépendance (cadre de la TL latino-américaine) ne suffit pas. La théologie africaine de la libération doit articuler la tradition religieuse africaine, la mémoire coloniale, et la condition paysanne — non importer mécaniquement des catégories étrangères.
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1Option

Option préférentielle pour les pauvres

le concept central

Révéler

Dieu choisit les pauvres et appelle l'Église à les suivre

Énoncée à Medellín (1968), reprise à Puebla (1979). Pivot théologique. Réception œcuménique large : Vatican II (LG 8), Jean-Paul II, François (Evangelii Gaudium). Cape Town Commitment évangélique (2010).

Medellín 1968 ; Puebla 1979

2Méthode

Voir, juger, agir

la méthode jociste

Révéler

la méthode théologique en trois temps

Héritée de la JOC belge (cardinal Cardijn, années 1920). Voir (analyse sociologique), Juger (Évangile), Agir (engagement). Inversion par rapport à la théologie classique. Critiquée par Rome comme « réduction sociologique » (1984).

Cardijn ; Gutiérrez

3Église

CEB

Communautés ecclésiales de base

Révéler

la pastorale populaire latino-américaine

Émergent au Brésil dans les années 1960 (Hélder Câmara). Adoptées à Medellín (1968). Jusqu'à 80 000 au Brésil. Articulent culte, lecture biblique et engagement social. Critiquées par Rome (Boff 1981).

Câmara ; Boff 1981

4Théologie

Péché structurel

la nouveauté conceptuelle

Révéler

les structures sociales injustes comme péché collectif

Le péché ne se réduit pas à l'acte individuel mais s'incarne dans des structures injustes. Repris par Jean-Paul II dans Sollicitudo Rei Socialis (1987) et Reconciliatio et Paenitentia (1984). Nouveauté conceptuelle majeure intégrée à la doctrine sociale catholique.

SRS 1987 ; RP 1984

5Théologie

Libération intégrale

trois niveaux

Révéler

socio-politique + libération humaine + libération du péché

Gutiérrez (1971). Trois niveaux distincts mais inséparables. Vise à éviter à la fois le réductionnisme politique et le spiritualisme désincarné.

Gutiérrez (1971)

6Herméneutique

Herméneutique du soupçon

Ricœur, Schüssler Fiorenza

Révéler

soupçonner les lectures dominantes

Concept emprunté à Paul Ricœur (De l'interprétation, 1965). Toute lecture biblique reflète une position sociale. Variante féministe : Schüssler Fiorenza (In Memory of Her, 1983). Critique catholique : Ratzinger, Libertatis Nuntius (1984).

Ricœur 1965 ; Schüssler Fiorenza 1983

7Christologie

Jésus libérateur

christologie d'en bas

Révéler

le Jésus historique engagé pour les pauvres

Sobrino, Jesucristo liberador (1991). Centre sur le Jésus historique. Critiqué par Rome (Notification CDF 26 novembre 2006 contre Sobrino). Boff, Jésus-Christ libérateur (1972).

Sobrino 1991 ; Boff 1972

8Théologie

Libération vs théologie politique

deux familles

Révéler

latino-américaine / européenne (Metz)

Libération (Amérique latine) : praxis libératrice à partir des pauvres. Théologie politique (Europe, Metz, Münster) : memoria passionis des victimes (Auschwitz). Convergences (option pour les pauvres) et divergences (contexte, méthode).

Metz ; Gutiérrez

9Critique

Libertatis Nuntius

CDF, 6 août 1984

Révéler

Ratzinger contre le marxisme implicite

Instruction de la CDF. Critique : emprunt incritique au marxisme, réduction sociologique, ecclésiologie « parallèle » des CEB, lutte des classes. Suivie de Libertatis Conscientia (22 mars 1986), plus nuancée.

Libertatis Nuntius (1984)

10Critique

Libertatis Conscientia

CDF, 22 mars 1986

Révéler

la nuance positive de Rome

Instruction « sur la liberté chrétienne et la libération ». Reconnaît la légitimité d'une théologie de la libération « authentique ». Distingue libération chrétienne (intégrale) et libération marxiste (réduite au socio-politique). Texte plus nuancé.

Libertatis Conscientia (1986)

11Pape

Réception par François

apaisement

Révéler

option pour les pauvres reçue comme programme

Evangelii Gaudium (24 novembre 2013) : « Une Église pauvre pour les pauvres. » Réhabilitation de Gutiérrez (audience privée en 2013). Document d'Aparecida (2007) rédigé sous la direction de Bergoglio. Apaisement majeur du conflit Vatican-libération.

Evangelii Gaudium (2013)

12Pratique

Praxis

primat de l'action transformatrice

Révéler

la théologie comme « moment second »

Gutiérrez définit la théologie comme « réflexion critique sur la praxis ». La praxis (action transformatrice) précède la réflexion théologique. Inspiration aristotélicienne actualisée par Marx (11e thèse sur Feuerbach).

Gutiérrez (1971)

13Ramification

Black Theology

James Cone, USA

Révéler

la libération noire-américaine

James Cone (1938-2018), Black Theology and Black Power (1969), A Black Theology of Liberation (1970). Lecture théologique du racisme structurel américain. Christ comme « Christ noir ». Union Theological Seminary (New York). The Cross and the Lynching Tree (2011).

Cone 1969 ; 1970

14Ramification

Théologie womaniste

femmes afro-américaines

Révéler

la voix des femmes noires américaines

Terme « womanist » d'Alice Walker (In Search of Our Mothers' Gardens, 1983). Théologiennes : Delores Williams (Sisters in the Wilderness, 1993), Katie Geneva Cannon, Jacquelyn Grant. Paradigme d'Agar plutôt que de l'exode.

Walker 1983 ; Williams 1993

15Ramification

Théologie africaine

Mveng, Éla, Kä Mana

Révéler

contexte de la pauvreté anthropologique

Engelbert Mveng (Cameroun, 1930-1995, jésuite, assassiné) : « pauvreté anthropologique ». Jean-Marc Éla (Cameroun, 1936-2008) : Le Cri de l'homme africain (1980). Kä Mana (RDC) : théologie de la reconstruction. Articulent libération, inculturation et héritages africains.

Mveng ; Éla 1980

16Ramification

Théologie minjung

Corée, 民衆神學

Révéler

la théologie populaire coréenne

Mouvement coréen né dans les années 1970 sous la dictature de Park Chung-hee. Théologie du minjung (民衆, « peuple opprimé »). Suh Nam-dong, Ahn Byung-mu (Hanshin University). Concept central : han (douleur accumulée). Pendant asiatique de la théologie latino-américaine.

Suh ; Ahn ; Corée 1970s

17Ramification

Théologie indigène

Mexique, Bolivie, Pérou

Révéler

la libération des peuples premiers

Eleazar López Hernández (Mexique, zapotèque). Themes : terre comme « Mère », inculturation des Évangiles, critique du colonialisme religieux. Synode amazonien (octobre 2019). Querida Amazonia (12 février 2020).

López ; Querida Amazonia 2020

18Ramification

Écothéologie

Boff, McFague

Révéler

le pauvre et la terre comme « cri commun »

Boff, Cry of the Earth, Cry of the Poor (1995). Sallie McFague, The Body of God (1993). Convergence avec Laudato si' (François, 2015) sur l'« écologie intégrale ». Réception institutionnelle catholique majeure depuis 2015.

Boff 1995 ; Laudato si' 2015

19Document

Medellín

CELAM II, 1968

Révéler

la conférence fondatrice

2e Conférence générale du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM), 26 août – 6 septembre 1968. Lit Vatican II pour le contexte latino-américain. Concept-clé : « option pour les pauvres ». Document fondateur. Suivie de Puebla (1979), Saint-Domingue (1992), Aparecida (Brésil, 2007, sous Bergoglio).

Medellín (1968)

20Document

Aparecida

CELAM V, 2007

Révéler

la synthèse contemporaine sous Bergoglio

5e Conférence générale du CELAM, Aparecida (Brésil), 13-31 mai 2007. Rédaction finale sous la direction du cardinal Bergoglio (futur François). Intègre les acquis libérationnistes tout en évitant les anathèmes des décennies précédentes. Préfigure le pontificat de François.

Aparecida (2007)

21Document

Synode amazonien

2019 — Querida Amazonia

Révéler

l'écologie intégrale en territoire amazonien

Synode des évêques pour la région panamazonienne, Rome, 6-27 octobre 2019. Convoqué par François. Déforestation, peuples indigènes, inculturation, ministère des « viri probati » (refusé in fine). Exhortation Querida Amazonia (12 février 2020) : 4 rêves (social, culturel, écologique, ecclésial).

Synode amazonien (2019)

22Université

UCA San Salvador

le pôle universitaire et martyr

Révéler

Universidad Centroamericana, jésuite

Universidad Centroamericana « José Simeón Cañas » (San Salvador), jésuite. Pôle académique de la théologie de la libération centraméricaine. Recteurs : Ellacuría (assassiné 16 novembre 1989 avec 5 autres jésuites), Martín-Baró. Sobrino y enseigne. Lieu du martyre des jésuites.

UCA San Salvador

23Verset

Exode 3,7-8

le Dieu libérateur

Révéler

« J'ai vu la misère de mon peuple… je suis descendu »

« רָאֹה רָאִיתִי אֶת־עֳנִי עַמִּי ». Récit fondateur de l'Exode. Dieu voit, écoute, descend, libère. Premier paradigme biblique de Dieu comme libérateur des opprimés. Verset programmatique de la théologie de la libération.

Ex 3,7-8

24Verset

Luc 4,16-21

le manifeste de Jésus à Nazareth

Révéler

« évangéliser les pauvres… annoncer la libération »

Discours inaugural de Jésus à Nazareth, citant Is 61,1-2. « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint pour évangéliser les pauvres, il m'a envoyé annoncer la libération aux captifs et aux aveugles le recouvrement de la vue, renvoyer les opprimés en liberté. » Verset programmatique.

Lc 4,16-21 ; Is 61,1-2

25Verset

Matthieu 25,31-46

le jugement dernier

Révéler

« j'avais faim… ce que vous avez fait à l'un de ces plus petits »

Discours eschatologique de Matthieu. Le critère du jugement est l'accueil concret aux « plus petits » (τοῖς ἐλαχίστοις), identifiés au Christ. Verset central : Dieu se reconnaît dans le pauvre. Repris dans Evangelii Gaudium de François.

Mt 25,31-46

26Verset

Magnificat (Lc 1,51-53)

le cantique révolutionnaire

Révéler

« il a renversé les puissants… il a élevé les humbles »

« καθεῖλεν δυνάστας ἀπὸ θρόνων καὶ ὕψωσεν ταπεινούς ». Cantique de Marie. Théologie révolutionnaire : Dieu renverse les puissants. Lecture libérationniste centrale. Influence du cantique d'Anne (1 S 2,1-10). Repris dans l'iconographie sandiniste du Nicaragua.

Lc 1,51-53

27Œuvre

Gutiérrez, Teología de la liberación

Lima, 1971

Révéler

l'ouvrage fondateur

Teología de la liberación. Perspectivas, Lima, décembre 1971 (CEP). Synthèse des conférences de Chimbote (1968) et de Cartigny (Genève, 1969). Articulation : libération intégrale, praxis comme moment premier, option pour les pauvres. Traduit en 14 langues. Acte de naissance.

Gutiérrez (1971)

28Œuvre

Boff, Iglesia: carisma y poder

1981

Révéler

l'ecclésiologie qui a valu à Boff sa suspension

Leonardo Boff (franciscain brésilien). Critique du pouvoir clérical institutionnel et défense des CEB. Convoqué à Rome (1985) par Ratzinger. Suspension d'enseignement pour un an. Quitte la prêtrise et l'ordre franciscain en 1992. Reste théologien laïc engagé.

Boff (1981)

29Œuvre

Cone, A Black Theology of Liberation

1970

Révéler

le manifeste de la théologie noire

James Cone (1938-2018), A Black Theology of Liberation (Lippincott, 1970), suite de Black Theology and Black Power (1969). Lecture théologique du racisme structurel américain. Union Theological Seminary (New York). Référence fondatrice de la théologie noire et womaniste.

Cone (1970)

30Œuvre

Schüssler Fiorenza, In Memory of Her

1983

Révéler

l'herméneutique féministe de la libération

Elisabeth Schüssler Fiorenza (théologienne catholique américaine d'origine allemande), In Memory of Her: A Feminist Theological Reconstruction of Christian Origins (Crossroad, 1983). Herméneutique du soupçon féministe, reconstruction de la place des femmes dans le NT. Influence majeure.

Schüssler Fiorenza (1983)

31Pérou

Gustavo Gutiérrez

1928–2024

Révéler

le père de la théologie de la libération

Théologien péruvien, prêtre diocésain (puis dominicain en 1998). Teología de la liberación. Perspectivas (1971). La Force historique des pauvres (1979). Boire à son propre puits (1983). Référence majeure de l'épiscopat latino-américain. Réhabilité par François. Mort le 22 octobre 2024 à Lima.

Gutiérrez (1971)

32Uruguay

Juan Luis Segundo

1925–1996

Révéler

le théoricien de l'herméneutique libératrice

Jésuite uruguayen. Liberación de la teología (1975), El Hombre de hoy ante Jesús de Nazaret (5 vol., 1982). Théoricien rigoureux : herméneutique du soupçon, dialectique foi-idéologie. Critiqué par Rome pour son rapport à l'idéologie. L'un des théologiens les plus rigoureux du mouvement.

Segundo 1975

33Brésil

Leonardo Boff

né 1938

Révéler

l'écologue libérationniste brésilien

Théologien brésilien, franciscain (1964-1992). Jésus-Christ libérateur (1972), Iglesia: carisma y poder (1981, suspension en 1985), Trinité et société (1986), Cry of the Earth, Cry of the Poor (1995). Quitte la prêtrise en 1992. Pionnier de l'écothéologie. Très populaire.

Boff (1972, 1981, 1995)

34Salvador

Jon Sobrino

né 1938

Révéler

le christologue libérationniste

Jésuite espagnol installé au Salvador. Cristología desde América Latina (1976), Jesucristo liberador (1991). Survivant du massacre de l'UCA (absent à Bangkok le 16 novembre 1989). Notification de la CDF contre lui le 26 novembre 2006. Reste actif. Référence christologique.

Sobrino 1991

35Salvador

Ignacio Ellacuría

1930–1989

Révéler

le philosophe-théologien martyr

Jésuite basque devenu salvadorien, philosophe et théologien. Disciple de Xavier Zubiri (Madrid). Recteur de l'UCA San Salvador. « Civilisation de la pauvreté » contre la « civilisation de la richesse ». Assassiné le 16 novembre 1989 par l'armée salvadorienne, avec 5 autres jésuites, leur cuisinière Elba Ramos et sa fille Celina.

Ellacuría (assassiné 1989)

36USA

James Cone

1938–2018

Révéler

le fondateur de la théologie noire américaine

Théologien afro-américain (Bearden, Arkansas). Union Theological Seminary (New York) à partir de 1969. Black Theology and Black Power (1969), A Black Theology of Liberation (1970), God of the Oppressed (1975), The Cross and the Lynching Tree (2011). Mentor de la théologie womaniste.

Cone 1969 ; 1970 ; 2011

37Colombie

Camilo Torres

1929–1966

Révéler

le prêtre-guérillero précurseur

Prêtre colombien, sociologue (formé à Louvain). Précurseur de la théologie de la libération. Rejoint l'ELN (Armée de libération nationale) en 1965. Tué au combat le 15 février 1966 (avant Medellín). Précédent radical (que Gutiérrez et la théologie de la libération ne suivront pas) : la lutte armée justifiée comme libération. Reste une icône.

Camilo Torres (1966)

38Jalon

24 mars 1980

Assassinat de Mgr Romero

Révéler

l'archevêque-martyr du Salvador

Óscar Arnulfo Romero (1917-1980), archevêque de San Salvador depuis 1977. Conservateur à son ordination, devient porte-parole des pauvres après l'assassinat de Rutilio Grande, S.J. (12 mars 1977). Assassiné à l'autel le 24 mars 1980 pendant la messe. Béatifié par François le 23 mai 2015, canonisé le 14 octobre 2018.

Romero (24 mars 1980)

39Jalon

16 novembre 1989

Massacre de l'UCA

Révéler

l'attaque contre l'UCA San Salvador

Dans la nuit du 16 novembre 1989, l'armée salvadorienne assassine à l'UCA 6 jésuites : Ellacuría (recteur), Martín-Baró, Montes, Moreno, López y López, Amando López ; ainsi que leur cuisinière Elba Ramos et sa fille Celina, 16 ans. Massacre emblématique de la persécution des libérationnistes. Procès en Espagne en 2020.

UCA (16 novembre 1989)

40Jalon

22 octobre 2024

Mort de Gustavo Gutiérrez

Révéler

la fin d'une époque théologique

Gustavo Gutiérrez meurt à Lima le 22 octobre 2024, à 96 ans. Hommages internationaux (Vatican, COE, conférences épiscopales). François lui adresse un télégramme reconnaissant son apport à l'Église. Symbolise la fin d'une époque et l'institutionnalisation de l'option pour les pauvres. La théologie de la libération continue (écologie, indigène, féministe).

Gutiérrez (mort 22 octobre 2024)

📖 Quiz 1 — Notions et méthode

10 questions sur l'option pour les pauvres, voir-juger-agir, CEB.

Question 1 sur 10

Question 1 / 10

Quel est le concept central de la théologie de la libération ?

Énoncée à Medellín (1968), reprise à Puebla (1979). Pivot théologique. Réception œcuménique large : Vatican II (LG 8), Jean-Paul II, François. Repris dans le Cape Town Commitment évangélique (2010).

Question 2 / 10

Qu'est-ce que la méthode « voir-juger-agir » ?

Héritée de la JOC belge (cardinal Joseph Cardijn, années 1920). Adoptée par Gutiérrez. Inversion par rapport à la théologie classique. Critiquée par Rome comme « réduction sociologique » (1984).

Question 3 / 10

Que sont les CEB ?

Petits groupes de fidèles laïcs autour de la lecture biblique en contexte populaire. Émergent au Brésil dans les années 1960 (Hélder Câmara). Apogée des années 1970-1980. Critiquées par Rome.

Question 4 / 10

Que désigne le « péché structurel » ?

Repris par Jean-Paul II dans Sollicitudo Rei Socialis (1987) et Reconciliatio et Paenitentia (1984). Nouveauté conceptuelle majeure intégrée à la doctrine sociale catholique.

Question 5 / 10

Quels sont les trois niveaux de la libération intégrale (Gutiérrez) ?

Trois niveaux distincts mais inséparables. Vise à éviter à la fois le réductionnisme politique et le spiritualisme désincarné.

Question 6 / 10

Quand a eu lieu la conférence fondatrice de Medellín ?

2e Conférence générale du Conseil épiscopal latino-américain. Lit Vatican II pour le contexte latino-américain. Concept-clé : « option pour les pauvres ». Document fondateur.

Question 7 / 10

Que défendait Ratzinger dans Libertatis Nuntius (1984) ?

Instruction de la CDF du 6 août 1984. Critique : marxisme, réduction sociologique, ecclésiologie « parallèle », lutte des classes. Suivie de Libertatis Conscientia (22 mars 1986), plus nuancée.

Question 8 / 10

Comment François a-t-il reçu la théologie de la libération ?

Evangelii Gaudium (24 novembre 2013) : « Une Église pauvre pour les pauvres. » Réhabilitation de Gutiérrez. Document d'Aparecida (2007) rédigé sous la direction de Bergoglio.

Question 9 / 10

Que désigne la « praxis » chez Gutiérrez ?

La théologie est définie comme « réflexion critique sur la praxis ». La praxis précède la réflexion. Inspiration aristotélicienne actualisée par Marx (11e thèse sur Feuerbach).

Question 10 / 10

Qu'est-ce que l'écothéologie de Boff ?

Boff, Cry of the Earth, Cry of the Poor (1995). Convergence avec Laudato si' (François, 2015) sur l'« écologie intégrale ».

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Magna cum laude !

⚙ Quiz 2 — Fondateurs et martyrs

8 questions sur Gutiérrez, Boff, Sobrino, Ellacuría, Romero.

Question 1 sur 8

Question 1 / 8

Qui est le père de la théologie de la libération ?

Théologien péruvien. Teología de la liberación. Perspectivas (Lima, 1971). Référence majeure de l'épiscopat latino-américain. Réhabilité par François. Mort le 22 octobre 2024 à Lima.

Question 2 / 8

Quand Leonardo Boff a-t-il été suspendu par Rome ?

Convoqué à Rome (1985) par Ratzinger. Suspension d'enseignement pour un an. Quitte la prêtrise et l'ordre franciscain en 1992. Reste théologien laïc engagé.

Question 3 / 8

Qui a survécu au massacre des jésuites de l'UCA ?

Sobrino était à Bangkok pour une conférence le 16 novembre 1989. Les autres jésuites de la communauté furent assassinés. Notification de la CDF contre Sobrino en 2006 (jamais formellement sanctionné).

Question 4 / 8

Qui a été assassiné à l'autel le 24 mars 1980 ?

Devenu porte-parole des pauvres après l'assassinat de Rutilio Grande, S.J. (12 mars 1977). Béatifié par François le 23 mai 2015, canonisé le 14 octobre 2018.

Question 5 / 8

Qui était Camilo Torres (1929-1966) ?

Prêtre colombien, sociologue (formé à Louvain). Précurseur de la théologie de la libération. Rejoint l'ELN en 1965. Tué au combat le 15 février 1966. Précédent radical que la théologie de la libération ne suivra pas.

Question 6 / 8

Qui a écrit A Black Theology of Liberation (1970) ?

Théologien afro-américain. Black Theology and Black Power (1969), A Black Theology of Liberation (1970), The Cross and the Lynching Tree (2011). Mentor de la théologie womaniste.

Question 7 / 8

Qui a énoncé la « pauvreté anthropologique » ?

Théologien camerounais, jésuite. Concept de « pauvreté anthropologique » (privation des biens essentiels à la dignité humaine). Assassiné en 1995. Avec Éla et Kä Mana, fondateur de la théologie africaine de la libération.

Question 8 / 8

Quand Gustavo Gutiérrez est-il mort ?

À 96 ans. Hommages internationaux. François lui adresse un télégramme reconnaissant son apport à l'Église. Symbolise la fin d'une époque théologique et l'institutionnalisation de l'option pour les pauvres.

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📜 Quiz 3 — Ramifications mondiales

8 questions sur Black, womaniste, africaine, asiatique, indigène, écologique.

Question 1 sur 8

Question 1 / 8

Qui a fondé la Black Theology aux États-Unis ?

Black Theology and Black Power (1969), A Black Theology of Liberation (1970). Union Theological Seminary (New York). Dialogue avec Martin Luther King et Malcolm X. Christ comme « Christ noir ».

Question 2 / 8

D'où vient le terme « womanist » ?

Né de la critique simultanée de la théologie féministe (vue comme blanche) et de la théologie noire (vue comme masculine). Théologiennes : Delores Williams (Sisters in the Wilderness, 1993), Katie Geneva Cannon, Jacquelyn Grant.

Question 3 / 8

Qu'est-ce que la théologie minjung ?

Mouvement coréen né dans les années 1970. Minjung (民衆, « peuple opprimé »). Suh Nam-dong, Ahn Byung-mu. Concept central : han (한, douleur accumulée). Pendant asiatique.

Question 4 / 8

Quels sont les théologiens africains francophones de la libération ?

Engelbert Mveng (Cameroun, « pauvreté anthropologique »), Jean-Marc Éla (Cameroun, Le Cri de l'homme africain, 1980), Kä Mana (RDC, théologie de la reconstruction). Liens avec Saint-Serge à Paris.

Question 5 / 8

Quel est le concept central de l'écothéologie de Boff ?

Boff, Cry of the Earth, Cry of the Poor (1995). Convergence avec Laudato si' (François, 2015). Réception institutionnelle catholique majeure depuis 2015.

Question 6 / 8

Quand a eu lieu le Synode amazonien de François ?

Synode des évêques pour la région panamazonienne, Rome. Déforestation, peuples indigènes, inculturation, ministère des « viri probati » (refusé in fine). Exhortation Querida Amazonia (12 février 2020).

Question 7 / 8

Que désigne le terme han (한) dans la théologie minjung ?

Concept fondamental de la culture coréenne, articulé théologiquement par Suh Nam-dong et Ahn Byung-mu (Hanshin University). Articule christologie, mouvements démocratiques et culture coréenne.

Question 8 / 8

Qui a écrit In Memory of Her (1983) ?

Théologienne catholique américaine d'origine allemande. Sous-titre : A Feminist Theological Reconstruction of Christian Origins. Herméneutique du soupçon féministe, reconstruction de la place des femmes dans le NT. Influence majeure.

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