L'inspiration des Écritures (2 Tm 3,16)
2 Timothée 3,16 est l'un des versets fondateurs de toutes les théologies chrétiennes des Écritures. Il a structuré le débat sur l'inspiration, l'inerrance et l'autorité biblique.
Le texte. « Toute Écriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice » (πᾶσα γραφὴ θεόπνευστος καὶ ὠφέλιμος πρὸς διδασκαλίαν, πρὸς ἐλεγμόν, πρὸς ἐπανόρθωσιν, πρὸς παιδείαν τὴν ἐν δικαιοσύνῃ).
θεόπνευστος (theopneustos, « inspiré de Dieu », littéralement « soufflé par Dieu »). Hapax néotestamentaire (verbe absent du grec classique avant le NT, mais θεόπνοος attesté). Le terme évoque le souffle créateur de Gn 2,7 (Yhwh insuffle la vie dans Adam) et le souffle prophétique de Nb 11,25 et Es 59,21. Il connote une origine divine active de l'Écriture, sans préciser le mode d'inspiration.
Quelles « Écritures » ? Au moment de la rédaction (vers 65-110), seul l'Ancien Testament (LXX ou texte hébreu) est canonique. Les ἱερὰ γράμματα (3,15) que Timothée connaît depuis l'enfance désignent l'AT juif. Cependant, dans la tradition chrétienne ultérieure, 2 Tm 3,16 a été appliqué à l'ensemble du canon biblique (AT + NT), notamment par référence à 2 P 3,16 qui traite déjà les épîtres de Paul comme « Écriture » (γραφαί).
πᾶσα γραφὴ. Deux traductions disputées :
- (a) « Toute Écriture est inspirée » (TOB, BJ, Segond NEG) — affirmation distributive : chaque Écriture individuellement est inspirée.
- (b) « Toute Écriture inspirée est utile » (Vulgate omnis Scriptura divinitus inspirata utilis est) — lecture qui présuppose une distinction entre Écritures inspirées et non inspirées.
La majorité critique préfère (a) : la copulative καί entre θεόπνευστος et ὠφέλιμος rend la lecture distributive plus naturelle.
Théologie de l'inspiration : tradition chrétienne classique.
- Patristique : Justin (Dialogue avec Tryphon 65), Irénée (Adv. Haer. II,28,2), Origène (De principiis IV) développent une théologie de l'inspiration. Origène insiste : « pas un iota ne contient sans signification ».
- Scolastique : Thomas (STh Ia, Q. 1, a. 1-10) articule inspiration humaine et auctorialité divine. L'Écriture a Dieu pour « auteur principal » et l'écrivain humain comme « auteur instrumental ».
- Réforme : la sola Scriptura repose sur 2 Tm 3,16. Calvin (Inst. I, 7-9) : l'Écriture est autopiste (αὐτόπιστος), authentifiée par le témoignage interne du Saint-Esprit. La Confessio Belgica (1561, art. 3), la Confession helvétique postérieure (1566, ch. I), la Confession de Westminster (1647, ch. I) systématisent.
- Concile de Trente (1546, sess. IV) : reconnaît l'inspiration des deux Testaments mais y ajoute les traditions apostoliques non-écrites comme source d'égale dignité.
Théologie de l'inspiration : modalités contemporaines.
- Inspiration verbale plénière (évangéliques classiques) : chaque mot de l'Écriture est inspiré par Dieu. Chicago Statement on Biblical Inerrancy (1978), document de référence de l'évangélisme international, signé par 300 théologiens (J. I. Packer, R. C. Sproul, Norman Geisler).
- Inerrance biblique : l'Écriture, dans ses originaux, ne contient aucune erreur. Distinction entre inerrance (pas d'erreur) et infaillibilité (pas de tromperie sur les vérités salvifiques). Vatican I (Dei Filius, 1870) et Providentissimus Deus (Léon XIII, 1893) affirment l'inerrance ; Dei Verbum (Vatican II, 1965) la formule plus prudemment : Dieu a voulu enseigner « nostrae salutis causa » (pour notre salut), ce qui suggère que l'inerrance porte sur les vérités salvifiques.
- Théories d'inspiration : dictée (rejetée par la plupart), inspiration verbale, inspiration dynamique (les idées sont inspirées, les mots sont libres), inspiration plenaire mais non verbale, inspiration existentielle (Bultmann, Tillich : la Bible devient parole de Dieu dans la rencontre existentielle).
- Critique historico-critique (depuis Spinoza, Wellhausen, Bultmann, Käsemann) : reconnaît l'Écriture comme document historique humain, à analyser par les méthodes scientifiques.