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Histoire de l’Église — Module VII

Trente, confessionnalisation et guerres de religion

1545-1648 — le concile et ses silences, la fabrique des confessions, un siècle de guerres et l’invention des régimes de coexistence

Réclamé dès 1518, ouvert en 1545, clos en 1563 : le concile de Trente a mis vingt-sept ans à se réunir et dix-huit à s’achever, en trois périodes séparées par des interruptions de quatre et de dix ans. Ce calendrier n’est pas une anecdote administrative — il explique pourquoi le concile n’a pas empêché la division qu’il devait guérir, et il détermine ce qu’il a pu décider.

Pourquoi si tard ?

Trois obstacles ont bloqué la convocation pendant une génération.

La peur du conciliarisme. Depuis Constance et Bâle, la curie tient qu’un concile général est une menace pour la primauté. Le souvenir de Haec sancta et de la déposition de trois papes rendait l’instrument redoutable, et Pie II l’avait précisément interdit d’appel en 1460. Le résultat est paradoxal : la papauté a différé pendant un siècle l’instrument de sa propre réforme par crainte de ce qu’il pourrait décider.

La rivalité franco-impériale. Charles Quint veut un concile en Allemagne, traitant d’abord la réforme des mœurs pour permettre un compromis avec les protestants de ses États. François Ier ne veut aucun concile qui renforcerait son adversaire. Le lieu retenu — Trente, ville d’Empire mais de langue et de culture italiennes — est le compromis obtenu.

Le désaccord sur l’objet. Rome veut trancher la doctrine, l’Empereur veut réformer la discipline. Le concile résout la question par une procédure : chaque session promulgue simultanément un décret doctrinal et un décret de réforme. La solution est élégante et elle a un coût, puisqu’elle interdit de traiter la doctrine comme négociable.

Trois périodes

PériodePapeSessionsObjets principaux
1545-1547Paul IIII-VIII (puis IX-X à Bologne)Écriture et traditions, canon, Vulgate, péché originel, justification, sacrements en général, baptême, confirmation
1551-1552Jules IIIXI-XVIEucharistie, pénitence, extrême-onction ; des délégués protestants de Saxe et de Wurtemberg sont présents et demandent la révision des décrets antérieurs ; la guerre interrompt tout
1562-1563Pie IVXVII-XXVCommunion sous une espèce, sacrifice de la messe, ordre et séminaires, mariage, purgatoire, saints, images, indulgences

La présence de délégués protestants en 1552 mérite d’être soulignée, parce qu’elle est presque toujours omise. Ils réclament un sauf-conduit conforme au précédent de Constance, la suspension des décrets déjà votés, et le droit de vote pour les théologiens non évêques. Aucune de ces conditions n’est accordée, et l’interruption du concile règle la question. C’est le dernier moment où une discussion était formellement possible.

Les décrets décisifs

SessionDateDécretPortée
IV8 avril 1546Écriture et traditions ; canon ; VulgateCanon incluant les deutérocanoniques ; la Vulgate déclarée «authentique» pour l’usage public — ce qui vise l’usage juridique, non l’excellence philologique
V17 juin 1546Péché originelRéalité du péché originel ; la concupiscence qui demeure après le baptême n’est pas péché au sens propre
VI13 janvier 1547JustificationSeize chapitres et trente-trois canons — le plus élaboré du concile. Justification comme sanctification réelle par la charité infuse ; coopération du libre arbitre ; possibilité de mériter l’augmentation de la grâce ; rejet de la certitude du salut
VII3 mars 1547SacrementsSept sacrements institués par le Christ ; efficacité ex opere operato ; caractère indélébile pour trois d’entre eux
XIII11 octobre 1551EucharistiePrésence réelle, substantielle et permanente ; le terme de transsubstantiation déclaré «très approprié» ; culte eucharistique en dehors de la messe
XXII17 septembre 1562Sacrifice de la messeLa messe est un sacrifice propitiatoire, non une réitération mais une représentation non sanglante de celui de la croix ; messes pour les défunts maintenues
XXIII15 juillet 1563Ordre et séminairesLe canon 18 impose à chaque diocèse un séminaire — la mesure la plus conséquente du concile pour les quatre siècles suivants
XXIV11 novembre 1563Mariage — décret TametsiLe mariage n’est valide que célébré devant le curé et deux témoins : fin des mariages clandestins, et création d’un état civil religieux
XXV3-4 décembre 1563Purgatoire, saints, reliques, images, indulgencesDoctrines maintenues, abus condamnés ; interdiction de tout gain financier attaché aux indulgences

Ce que Trente n’a pas décidé

Un concile se définit aussi par ce qu’il laisse ouvert, et les silences de Trente ont structuré quatre siècles de théologie catholique.

Le rapport de la grâce et du libre arbitre. Le décret sur la justification affirme les deux sans articuler leur concours. La question rebondira dès 1582 dans la controverse De auxiliis entre dominicains et jésuites, que Paul V clôt en 1607 sans trancher, en interdisant aux deux camps de qualifier l’autre d’hérétique. Le silence est délibéré et il tient encore.

L’autorité du pape sur le concile. Le conciliarisme n’est pas condamné ; il est contourné. Trente ne définit ni la primauté ni l’infaillibilité, questions qui attendront 1870.

La résidence épiscopale de droit divin. Cette question, apparemment technique, a failli faire éclater le concile en 1562-1563. Si l’obligation de résidence vient directement du Christ, l’évêque tient sa charge de Dieu et non par délégation pontificale, et toute la structure de la dispense romaine est atteinte. Le concile impose la résidence sans dire d’où elle vient.

L’appareil romain post-tridentin

Le concile n’aurait rien changé sans les instruments créés pour l’appliquer, et ceux-ci constituent la véritable nouveauté.

AnnéeInstrumentEffet
1542Congrégation du Saint-OfficeInquisition romaine centralisée
1559 puis 1564Index librorum prohibitorumCelui de Paul IV, d’une sévérité extrême, est corrigé par l’Index tridentin
1564Congrégation du ConcileInterprétation authentique des décrets — organe d’application permanent
1566Catéchisme romainDestiné aux curés, non aux fidèles : instrument de formation du clergé
1568 et 1570Bréviaire et Missel romainsUniformisation liturgique de l’Occident latin pour quatre siècles
1582Calendrier grégorienAdopté immédiatement par les pays catholiques, refusé par les protestants jusqu’au XVIIIe siècle et par les orthodoxes pour le comput pascal
1592Vulgate sixto-clémentineÉdition officielle, après le retrait de l’édition sixtine de 1590, truffée d’erreurs

Le séminaire et le registre paroissial sont, sur la longue durée, les deux mesures les plus efficaces. Le premier crée un clergé formé, discipliné et socialement distinct ; le second produit une documentation sérielle sans laquelle la démographie historique n’existerait pas — les historiens travaillent aujourd’hui sur des sources créées par le concile de Trente pour contrôler les mariages.

Entre 1550 et 1650, les trois confessions occidentales accomplissent la même opération, avec les mêmes instruments et selon la même chronologie : fixer une doctrine, la faire enseigner, la faire contrôler, et faire coïncider l’appartenance religieuse avec l’appartenance politique. Ce parallélisme est l’objet du paradigme de la confessionnalisation, qui est l’apport le plus important de l’historiographie allemande à l’intelligence de la période.

Le paradigme

Ernst Walter Zeeden avait proposé dès 1958 la notion de Konfessionsbildung, formation confessionnelle, en constatant que les trois confessions se constituent par des procédés identiques. Wolfgang Reinhard et Heinz Schilling ont transformé le constat en paradigme dans les années 1980 en y ajoutant la dimension étatique : la confessionnalisation est un processus de construction de l’État moderne autant qu’un processus religieux.

Reinhard a dégagé sept opérations, réalisées partout dans le même ordre : établir une doctrine claire et la distinguer de celle du voisin ; diffuser et imposer des normes ; contrôler la propagande et la censure ; former les cadres — séminaires, universités confessionnelles ; discipliner les membres ; ritualiser la participation ; contrôler la langue.

InstrumentCatholiqueLuthérienRéformé
Norme doctrinaleDécrets de Trente ; Profession de foi tridentine (1564)Livre de Concorde (1580)Confessions nationales ; canons de Dordrecht (1619)
CatéchismeCatéchisme romain (1566) ; Canisius, BellarminPetit et Grand Catéchismes (1529)Heidelberg (1563) ; Westminster (1647)
Formation du clergéSéminaires diocésainsFacultés de théologie territorialesAcadémies : Genève 1559, Leyde 1575, Saumur, Herborn
Contrôle des fidèlesConfession annuelle, billets pascaux, visite pastoraleVisitations, examen avant la CèneConsistoire, jetons de communion, discipline
EnregistrementRegistres de baptême et de mariage (Trente, session XXIV)Registres paroissiauxRegistres et rôles de communiants
CensureIndex ; imprimaturCensure territorialeContrôle des imprimeurs par le consistoire
Critiques du paradigme Trois objections sérieuses ont été formulées. La première tient à son étatisme : le modèle explique bien les territoires allemands et mal la France, l’Angleterre ou la Pologne, où confession et souveraineté ne coïncident pas. La deuxième porte sur l’efficacité supposée : les visitations montrent des résultats très inégaux, et l’historiographie de la religion populaire — Jean Delumeau, Carlo Ginzburg — a établi la persistance de pratiques qui échappent à toute norme confessionnelle. La troisième reproche au modèle de traiter les fidèles comme des objets, alors que les travaux récents montrent des appropriations, des résistances et des usages locaux des normes. Le paradigme reste utilisé, avec ces réserves.

Les jésuites

Approuvée le 27 septembre 1540, la Compagnie de Jésus est l’instrument le plus efficace de la réforme catholique, et son originalité est structurelle : pas de chœur commun, pas d’habit propre, un quatrième vœu d’obéissance au pape pour les missions, une hiérarchie centralisée, et surtout une vocation d’enseignement que les fondateurs n’avaient pas prévue.

Le Ratio studiorum, mis au point de 1586 à 1599, fixe un programme complet — humanités, philosophie, théologie —, une pédagogie de l’émulation et une organisation par classes graduées. À la mort d’Ignace en 1556, la Compagnie compte une trentaine de collèges ; en 1615, plus de trois cents ; au moment de la suppression en 1773, environ huit cents établissements formant les élites catholiques d’Europe et d’Amérique. Descartes, Corneille, Molière et Voltaire en sortent.

Les missions et la question de l’accommodation

L’expansion européenne pose une question neuve : l’Évangile peut-il être annoncé dans des formes culturelles non européennes ? Les réponses ont divisé l’Église catholique pendant deux siècles.

Alessandro Valignano, visiteur des missions d’Orient à partir de 1573, impose une politique d’adaptation : les missionnaires apprennent la langue, adoptent les usages locaux, forment un clergé indigène. Matteo Ricci arrive en Chine en 1583, s’habille d’abord en bonze puis en lettré confucéen, apprend le chinois classique, publie des ouvrages de mathématiques et de cartographie, et présente le christianisme comme l’accomplissement de la tradition confucéenne. Roberto de Nobili, à Madurai à partir de 1606, adopte le mode de vie d’un sannyāsin et distingue ce qui, dans les usages indiens, relève de la religion et ce qui relève de la caste et de la société.

La querelle des rites tranche contre eux. La question est de savoir si les honneurs rendus à Confucius et aux ancêtres sont un culte religieux ou une cérémonie civile. Après des décennies de conflit entre jésuites d’une part, dominicains et Missions étrangères d’autre part, Clément XI condamne les rites en 1704 puis par Ex illa die en 1715, et Benoît XIV ferme le dossier en 1742 par Ex quo singulari, en exigeant des missionnaires un serment. L’empereur Kangxi, qui avait soutenu les jésuites, interdit en retour la prédication chrétienne. La mission de Chine s’effondre. Rome reviendra sur la condamnation en 1939, après deux cent vingt-quatre ans.

La controverse de Valladolid (1550-1551) porte sur un objet différent et non moins grave : la légitimité de la conquête et le statut des Indiens. Bartolomé de Las Casas soutient contre Juan Ginés de Sepúlveda que les Indiens sont pleinement hommes, rationnels et libres, et que la guerre menée contre eux est injuste. La bulle Sublimis Deus de Paul III (1537) avait déjà déclaré qu’ils ne devaient être ni privés de liberté ni de leurs biens. La junte ne rend pas de verdict explicite, et la pratique coloniale continue ; mais l’École de Salamanque — Francisco de Vitoria, Domingo de Soto, Suárez — élabore à cette occasion les fondements du droit international moderne.

Les réductions du Paraguay (1609-1767) constituent l’expérience la plus singulière : des villages jésuites de plusieurs milliers de Guaranis, soustraits à l’encomienda, organisés en économie communautaire, avec musique, imprimerie et langue guarani comme langue d’enseignement. Elles ont été célébrées comme une utopie et dénoncées comme un paternalisme d’État ; le dossier documentaire est considérable et il est loin d’être épuisé.

De 1546 à 1648, l’Europe occidentale connaît un siècle de guerres où la confession est un motif déclaré. Il faut résister à deux réductions symétriques : celle qui y voit des guerres purement religieuses, et celle qui n’y voit que des conflits dynastiques habillés de religion. Les deux dimensions sont présentes, et leur articulation varie d’un théâtre à l’autre.

L’Empire : d’Augsbourg à Westphalie

La guerre de Smalkalde (1546-1547) voit Charles Quint vaincre la ligue protestante à Mühlberg sans pouvoir imposer de solution religieuse durable : l’Intérim d’Augsbourg (1548) est rejeté de toutes parts. La paix d’Augsbourg (25 septembre 1555) fixe un régime qui tiendra soixante-trois ans.

DispositionContenuFaiblesse
Ius reformandiChaque prince détermine la confession de son territoire — formule résumée plus tard par cuius regio, eius religio, expression forgée en 1612 par le juriste Joachim StephaniAucun droit individuel ; seule la confession du prince compte
Ius emigrandiLes sujets de confession différente peuvent vendre leurs biens et partirSolution par l’exil, non par la coexistence
Reservatum ecclesiasticumUn prince-évêque qui se convertit perd sa principautéContesté par les protestants dès l’origine ; source directe de conflits
Declaratio FerdinandeaProtection des sujets protestants des territoires ecclésiastiquesTenue secrète, contestée, inappliquée
Confessions reconnuesCatholiques et adhérents de la Confession d’AugsbourgLes réformés ne sont pas reconnus — ce qui rend le Palatinat calviniste juridiquement hors la paix

La guerre de Trente Ans (1618-1648) commence par la défenestration de Prague et s’étend par phases — bohémienne, danoise, suédoise, française — jusqu’à devenir un conflit continental où la France catholique finance les armées protestantes contre les Habsbourg catholiques. À partir de 1635 environ, la dimension confessionnelle est devenue secondaire par rapport à l’équilibre des puissances, ce qui est en soi un fait d’histoire religieuse.

Les traités de Westphalie (24 octobre 1648, signés à Osnabrück et à Münster) reprennent le dispositif d’Augsbourg en le corrigeant sur trois points : le calvinisme est reconnu ; une «année normale», 1624, fixe la répartition confessionnelle des biens et des territoires, ce qui gèle la carte religieuse ; et les sujets de confession minoritaire obtiennent un droit de culte privé. Innocent X proteste par le bref Zelo domus Dei (novembre 1648), qui déclare les clauses religieuses nulles et de nul effet. Personne n’en tient compte — et c’est peut-être l’événement le plus significatif de tout le dossier : le droit public européen se constitue en ignorant l’objection pontificale.

La France : huit guerres et deux édits

Le royaume connaît de 1562 à 1598 huit guerres civiles entrecoupées d’édits de pacification successivement violés. Le colloque de Poissy (1561), organisé par Catherine de Médicis et Michel de L’Hospital pour tenter une conciliation entre Bèze et les évêques français, échoue sur la Cène.

Le massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572), déclenché à Paris après l’échec de l’attentat contre Coligny, fait deux à trois mille morts dans la capitale et s’étend à une douzaine de villes de province pendant plusieurs semaines. Il produit deux effets doctrinaux majeurs : l’émigration massive des élites protestantes, et la formulation d’une théorie du droit de résistance.

Les monarchomaques — Théodore de Bèze, Du droit des magistrats (1574) ; François Hotman, Francogallia (1573) ; les Vindiciae contra tyrannos (1579) — soutiennent que le pouvoir royal procède d’un double contrat, avec Dieu et avec le peuple, et que les magistrats inférieurs peuvent résister au tyran. La Ligue catholique produira des théories analogues après 1584, quand la succession menacera de passer à un protestant. La théorie de la résistance est ainsi formulée deux fois, par chaque camp lorsqu’il est en position de faiblesse — observation qui invite à la prudence sur sa portée proprement doctrinale.

L’édit de Nantes (13 avril 1598) n’instaure pas la liberté de conscience moderne mais un régime d’exception : liberté de conscience générale, culte autorisé dans des lieux déterminés, accès aux charges, chambres mi-parties dans les parlements, et places de sûreté militaires. Ce dernier point en fait un traité autant qu’un édit. La révocation par l’édit de Fontainebleau (octobre 1685) provoque le départ d’environ deux cent mille personnes vers les Provinces-Unies, l’Angleterre, la Suisse et le Brandebourg, et Genève voit sa population augmenter d’un quart.

Le coût et ses effets

Les estimations démographiques de la guerre de Trente Ans ont été révisées à la baisse par rapport aux chiffres anciens d’un tiers de la population : les travaux actuels retiennent une perte de quinze à vingt pour cent pour l’ensemble de l’Empire, avec des écarts considérables — certaines régions de Poméranie, de Wurtemberg et du Palatinat perdant la moitié ou davantage, tandis que le Nord-Ouest et les villes hanséatiques sont peu touchés. L’essentiel des morts est dû aux épidémies et à la famine, non aux combats.

Trois conséquences intellectuelles doivent être retenues.

Les politiques. Un courant se forme en France autour de L’Hospital puis de Jean Bodin, qui soutient dans les Six Livres de la République (1576) que l’unité religieuse n’est pas la condition de l’unité politique, et que la souveraineté peut s’exercer sur des sujets de confessions différentes. La position est pragmatique et non tolérante au sens moderne : elle subordonne la religion à l’ordre.

Le droit des gens. Hugo Grotius publie en 1625 le Droit de la guerre et de la paix, où il fonde le droit international sur un droit naturel valable «même si l’on accordait qu’il n’y a pas de Dieu» — formule dont il mesure la hardiesse et qu’il assortit aussitôt d’une réserve. La construction permet de régler des conflits entre États de confessions différentes sans arbitre religieux commun.

La tolérance comme produit d’épuisement. Les régimes de coexistence — Augsbourg, Nantes, Westphalie — ne procèdent pas d’une conviction théologique mais de l’impossibilité de vaincre. Ils sont conçus comme provisoires par ceux qui les signent. C’est la matière de la troisième dispute de ce module.

Disputes théologiques et historiographiques

Les disputes suivantes mobilisent les six grandes voix confessionnelles (catholique, orthodoxe, réformée, luthérienne, anglicane, anabaptiste), avec interjections du Professeur Tryphon Goldberg, persona pédagogique juive du site.

« En partie… en partie » : le décret de la quatrième session

Le projet de décret du 8 avril 1546 énonçait que la vérité évangélique est contenue «en partie dans les livres écrits, en partie dans les traditions non écrites». Le texte promulgué dit : «dans les livres écrits et dans les traditions non écrites». Un mot a été changé après l’intervention d’un seul évêque. Quatre siècles de théologie ont été construits sur ce que ce mot permet ou interdit.

Catholique

Le fait est établi : Giacomo Nacchianti, évêque de Chioggia, objecta qu’il était impie de dire que toute vérité évangélique ne se trouve pas dans l’Écriture, et le partim… partim fut remplacé par et. Josef Rupert Geiselmann en a tiré dans les années cinquante une thèse qui a fait date : le concile n’a pas voulu définir deux sources matériellement distinctes, et la suffisance matérielle de l’Écriture reste une opinion permise, la tradition ayant alors une fonction interprétative et non supplétive. La thèse a été vivement contestée par Heinrich Lennerz, qui objectait qu’un changement rédactionnel n’établit pas une intention doctrinale. Le débat n’a pas été tranché, mais il a préparé Dei Verbum (1965), dont le paragraphe 9 évite soigneusement le partim… partim et parle d’une source unique jaillissant en deux courants.

Orthodoxe

La question posée en termes de deux sources est un faux problème hérité de la scolastique occidentale. L’Orient ne connaît pas d’opposition entre Écriture et tradition : l’Écriture est dans la tradition, elle en est le sommet écrit, et la tradition est la vie de l’Esprit dans l’Église, qui comprend la liturgie, les conciles, les Pères, les icônes et l’expérience des saints. Vladimir Lossky l’a formulé ainsi : la tradition n’est pas un contenu ajouté à l’Écriture mais l’unique mode selon lequel l’Écriture est reçue. Poser la question comme une addition de sources revient déjà à avoir séparé ce qui ne l’était pas.

Réformée

La sola Scriptura n’a jamais signifié nuda Scriptura, et c’est l’objet d’un contresens persistant. La Confession helvétique postérieure (1566, chapitre II) reçoit l’interprétation des Pères et des conciles dans la mesure où elle s’accorde à l’Écriture ; Calvin cite Augustin des centaines de fois. Le principe est hiérarchique et non exclusif : l’Écriture est la norme qui norme, la tradition une norme normée. Ce que Trente rend impossible, du point de vue réformé, n’est pas la tradition mais l’impossibilité de la critiquer : si les traditions non écrites sont reçues «avec un égal sentiment de piété», comme le dit le décret, il n’existe plus d’instance permettant de dire qu’une tradition s’est écartée.

Luthérienne

Luther pose le principe à Worms en 1521 sous forme procédurale — qu’on me convainque par l’Écriture ou par une raison évidente — et la Formule de Concorde l’énonce doctrinalement : l’Écriture est l’unique juge, règle et norme, et les symboles ne sont pas des juges mais des témoignages. La formule est précise : norma normans pour l’Écriture, norma normata pour les confessions. Le luthéranisme retient les traditions non contraires à l’Écriture — l’Augustana insiste sur le maintien de la messe, des fêtes et des ornements —, ce qui le sépare autant du biblicisme radical que de Trente. La divergence avec Rome porte moins sur l’existence de la tradition que sur la question de savoir qui peut constater qu’une tradition s’est corrompue.

Anglicane

L’article VI énonce que l’Écriture contient tout ce qui est nécessaire au salut, de sorte que ce qui n’y est pas lu ni ne peut en être prouvé ne doit être exigé de personne comme article de foi ou tenu pour requis au salut. La formule est plus restreinte qu’il n’y paraît : elle porte sur ce qui est nécessaire au salut, laissant hors de son champ tout le domaine de l’ordre, de la liturgie et de la discipline, que Hooker traitera par la raison et la coutume. D’où le fameux triple appui anglican — Écriture, tradition, raison —, formulé comme tel au XIXe siècle à partir de Hooker mais fidèle à sa structure. L’ARCIC a produit en 1998 Le don de l’autorité, qui aborde la question sans la clore.

Anabaptiste

La tradition radicale applique le critère scripturaire sans exception et en tire la conséquence que les magistériels refusent : ce qui n’est pas dans le Nouveau Testament n’a pas à être conservé, fût-ce depuis quinze siècles. D’où le rejet du baptême des enfants, du serment, de l’épée, et l’organisation communautaire selon Matthieu 18. La position n’est pas un biblicisme naïf : Marpeck développe une herméneutique élaborée de la relation des deux Testaments, où l’Ancien est promesse et le Nouveau accomplissement, ce qui interdit de fonder une pratique chrétienne sur Israël — argument dirigé contre les réformés, qui justifiaient le pédobaptême par la circoncision.

Synthèse

Le dossier est exemplaire de ce que produit la microphilologie appliquée aux textes normatifs. Trois faits sont établis : le projet portait partim… partim, l’objection de Nacchianti est consignée dans les actes, et le texte promulgué porte et. Ce qu’on peut en déduire est contesté, et la théologie catholique n’a jamais tranché entre Geiselmann et Lennerz. La position contemporaine, formulée par Dei Verbum 9, parle d’une source unique se déployant en deux modes de transmission, ce qui rapproche considérablement de la position orientale et retire à la controverse du XVIe siècle une part de son objet. Ce qui demeure, et que la voix luthérienne formule le mieux, est la question de l’instance : non pas s’il existe une tradition, mais qui peut constater qu’elle s’est écartée.

Trente : réforme catholique ou contre-réforme ?

Le concile a-t-il répondu à Luther, ou accompli une réforme interne déjà engagée avant lui ? La question est historiographique, et elle est confessionnelle : de la réponse dépend l’idée que l’on se fait de la nécessité de la Réforme protestante.

Catholique

Les deux termes sont légitimes et Hubert Jedin a proposé en 1946 la formulation qui fait autorité : la Réforme catholique est le renouveau interne, antérieur à Luther et indépendant de lui ; la Contre-Réforme est la riposte, postérieure et réactive. Les deux existent et s’articulent. Les faits antérieurs à 1517 sont nombreux : réformes de Cisneros en Espagne dès 1495, avec la Bible polyglotte d’Alcalá commencée en 1502 ; Oratoire du Divin Amour fondé à Rome vers 1517 ; théatins en 1524 ; capucins en 1528 ; Ursulines en 1535. John O’Malley (Trent : What Happened at the Council, 2013) a proposé de parler plus largement de «catholicisme du début des temps modernes» pour englober des phénomènes que ni l’un ni l’autre terme ne couvre.

Orthodoxe

L’Orient observe la séquence de l’extérieur et en tire une leçon sur la dynamique occidentale : une Église qui centralise produit des blocages, les blocages produisent des ruptures, et les ruptures produisent des centralisations plus fortes. Trente renforce le pouvoir romain au moment même où il le réforme, et l’uniformisation liturgique de 1570 supprime des usages locaux plus anciens que la papauté elle-même. Ce que l’Orient retient n’est ni la réforme ni la riposte mais l’uniformisation, qui lui est étrangère : l’orthodoxie n’a jamais eu de missel unique ni de catéchisme unique, et elle tient cette diversité pour une propriété et non un retard.

Réformée

La tradition réformée conteste la présentation d’une réforme interne autonome sur un point précis : les réformes antérieures à 1517 portent sur les mœurs, les ordres et la discipline, non sur la doctrine. Or le désaccord réformé n’est pas moral mais doctrinal. Trente, loin de répondre à la question posée, l’a fermée : la session VI condamne explicitement la justification par la foi seule et l’assurance du salut, et rend la réconciliation impossible pour quatre siècles. On peut donc reconnaître la réalité de la réforme catholique tout en soutenant qu’elle ne touchait pas l’objet du litige. La Déclaration commune de 1999 sur la justification a confirmé indirectement ce diagnostic : il aura fallu redéfinir les termes pour constater que les condamnations réciproques ne visaient pas les positions de l’autre.

Luthérienne

Le luthéranisme observe que Trente a fait en 1547 ce que l’Augustana demandait en 1530 : un examen doctrinal. La différence est que l’examen a eu lieu sans les intéressés, à l’exception des quelques semaines de 1552. Martin Chemnitz a produit entre 1565 et 1573 l’Examen du concile de Trente, réfutation décret par décret d’une érudition telle qu’un adage catholique a circulé selon lequel «si Martin n’avait pas été, Martin n’aurait pas tenu». C’est le monument de la controverse confessionnelle, et il reste, quatre siècles plus tard, l’instrument par lequel on mesure ce que chaque camp croyait que l’autre enseignait — souvent à tort.

Anglicane

L’Angleterre a suivi Trente de loin et n’y a pas participé. Les Trente-neuf Articles (1563, révisés 1571) sont rédigés dans le même temps que les dernières sessions et répondent point par point à plusieurs de ses décisions — l’article XXII sur le purgatoire, les indulgences et les images, l’article XXV sur les sacrements, l’article XXXI sur les messes sacrificielles. Ce parallélisme chronologique fait des Articles et des décrets tridentins deux réponses simultanées à la même situation, ce que les présentations confessionnelles font rarement apparaître. Sur le fond, l’anglicanisme retient de Trente la réforme disciplinaire — résidence, formation du clergé, registres — qu’il met en œuvre par ses propres canons.

Anabaptiste

La tradition radicale observe que Trente et les confessions protestantes ont accompli la même opération : fixer une norme, former un clergé, contrôler les fidèles et obtenir le bras séculier. Du point de vue d’une communauté persécutée par les trois, la différence entre réforme et contre-réforme est mince. Le décret Tametsi sur le mariage et les registres paroissiaux catholiques ont d’ailleurs un équivalent exact dans les territoires protestants, et ils servent partout au même usage : identifier qui appartient et qui n’appartient pas. Les anabaptistes, qui refusaient de faire baptiser leurs enfants, deviennent par là même administrativement inexistants.

Synthèse

La distinction de Jedin reste opératoire : il y a bien une réforme catholique antérieure et indépendante, et une riposte postérieure et réactive. L’objection réformée est toutefois fondée sur un point vérifiable — les réformes d’avant 1517 portent sur les mœurs, les ordres et la formation, non sur la doctrine de la justification, qui est l’objet du litige. Ce que l’historiographie récente ajoute est plus intéressant que le départage : O’Malley et l’approche par la confessionnalisation montrent que les trois confessions ont conduit simultanément les mêmes opérations avec les mêmes instruments, ce qui déplace la question. Ce n’est pas seulement l’Église catholique qui se réforme en réagissant ; ce sont trois Églises qui se construisent en se distinguant, et la simultanéité des Articles anglicans et des derniers décrets tridentins, en 1563, en est l’illustration la plus nette.

Hypothèses de travail — mémoire et thèse

Sept pistes formulées de manière falsifiable. La période bénéficie de deux corpus exceptionnels et sous-exploités : l’édition intégrale des actes et diaires du concile de Trente par la Société de Görres, et les séries de visitations et de registres paroissiaux que la confessionnalisation a elle-même produites.

H1. Le décret de la IVe session : reconstitution des états rédactionnels

  • Doctorat
  • Histoire des dogmes / philologie
  • 4-5 ans

Hypothèse. Les états successifs du décret du 8 avril 1546, reconstituables à partir des diaires et des actes, montrent que le remplacement du partim… partim par et a été accompagné d’autres retouches convergentes, et que l’intention des rédacteurs est déterminable avec plus de précision que ne l’admettent les deux camps de la controverse Geiselmann-Lennerz.

État de la question
La controverse des années 1950-1960 s’est enlisée faute d’examen complet de la documentation rédactionnelle, chaque camp citant les mêmes deux ou trois passages. L’édition intégrale de Görres met pourtant à disposition les diaires des participants et les états intermédiaires.
Corpus
Concilium Tridentinum : Diariorum, actorum, epistularum, tractatuum nova collectio (Societas Goerresiana, 13 vol., 1901-2001), particulièrement les tomes I (diaires de Massarelli) et V (actes) ; Jedin, Geschichte des Konzils von Trient, t. II ; Geiselmann, Die Heilige Schrift und die Tradition (1962) ; Lennerz dans Gregorianum (1961-1963).
Méthode
Établir la chaîne des versions, relever toutes les variantes et les interventions consignées, et analyser la cohérence des retouches entre elles. Latin et italien ; allemand indispensable pour la bibliographie. Le sujet est technique, entièrement fondé sur des sources éditées, et son résultat est vérifiable.

Ce qui la réfuterait : L’absence de retouches convergentes, ou la démonstration que la modification est isolée et sans portée doctrinale identifiable — ce qui donnerait raison à Lennerz.

H2. Les visitations comme test du paradigme de la confessionnalisation

  • Doctorat
  • Histoire moderne / histoire sociale
  • 4-5 ans

Hypothèse. Les procès-verbaux de visite pastorale, comparés entre territoires catholiques, luthériens et réformés sur une même période, montrent des taux de conformité aux normes confessionnelles nettement inférieurs à ce que suppose le modèle de la confessionnalisation, et une convergence des pratiques réellement observées par-delà les frontières confessionnelles.

État de la question
Le paradigme de Reinhard et Schilling a été contesté pour son étatisme et son présupposé d’efficacité, notamment par les travaux sur la religion populaire. La contestation est restée largement théorique : aucune comparaison sérielle inter-confessionnelle des visitations n’a été conduite avec un protocole unique.
Corpus
Visitations saxonnes et wurtembergeoises éditées ; visites pastorales catholiques des diocèses français et italiens (répertoires de Dominique Julia et Marc Venard) ; registres de consistoires réformés (Genève, Emden, Nîmes) ; instructions de visite pour reconstituer les normes attendues.
Méthode
Construire une grille commune — connaissance du catéchisme, fréquence de communion, pratiques réprouvées, état matériel, conduite du desservant — et coder un échantillon de plusieurs centaines de paroisses dans trois aires confessionnelles. Latin, allemand, français, italien. C’est un travail lourd dont l’intérêt tient entièrement au protocole unique.

Ce qui la réfuterait : Des profils de conformité nettement distincts selon la confession, et convergents avec les normes de chaque camp, ce qui confirmerait le modèle.

H3. Le décret Tametsi et la formation de l’état civil

  • Master
  • Histoire du droit / démographie historique
  • 12-18 mois

Hypothèse. L’obligation de célébration devant le curé, imposée en 1563 pour combattre les mariages clandestins, a produit un effet non recherché et décisif : la constitution d’un enregistrement systématique des personnes, dont les États se saisiront deux siècles plus tard pour fonder l’état civil laïque.

État de la question
Le lien entre registres paroissiaux et état civil est un lieu commun. La chaîne précise entre le décret, sa mise en œuvre diocésaine et l’appropriation étatique n’a pas été reconstituée pour un espace donné, alors que les sources le permettent.
Corpus
Décret Tametsi (session XXIV, 11 novembre 1563) ; statuts synodaux de mise en œuvre ; ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) et ordonnance de Blois (1579) pour le versant royal français ; édits de 1667 et 1736 ; registres paroissiaux conservés ; loi française du 20 septembre 1792.
Méthode
Suivre dans un ou deux diocèses la mise en place effective de l’enregistrement, sa normalisation, puis les interventions royales qui s’en emparent. Latin et français ; travail d’archives départementales, réalisable dans le cadre d’un master bien encadré.

Ce qui la réfuterait : Une antériorité de l’enregistrement royal sur l’enregistrement paroissial, ou une absence de continuité formelle entre les deux dispositifs.

H4. La querelle des rites chinois : que disent les sources chinoises ?

  • Doctorat
  • Sinologie / histoire des missions
  • 5 ans

Hypothèse. Les sources chinoises — édits impériaux, mémoires de lettrés, textes des chrétiens chinois eux-mêmes — montrent que la question des rites était discutée à l’intérieur de la communauté chrétienne chinoise selon des termes différents de ceux de la controverse européenne, et que les chrétiens chinois ont formulé des positions qui n’ont été prises en compte par aucun des deux camps romains.

État de la question
La querelle est étudiée presque exclusivement à partir des archives européennes et de la documentation des ordres. Les travaux de Nicolas Standaert et de l’équipe du Handbook of Christianity in China ont établi l’existence et l’importance des sources chinoises ; leur exploitation systématique pour ce dossier reste partielle.
Corpus
Chinese Christian Texts from the Roman Archives of the Society of Jesus ; collections de Xu Zongze et de Nicolas Standaert ; édits de Kangxi ; Ex illa die (1715) et Ex quo singulari (1742) ; archives de la Propagande ; correspondances des Missions étrangères de Paris.
Méthode
Dépouiller les textes chrétiens chinois de la période, relever les arguments propres et les comparer terme à terme aux positions européennes. Chinois classique indispensable, latin requis. La faisabilité dépend entièrement de la compétence linguistique et suppose une codirection.

Ce qui la réfuterait : L’établissement que les textes chinois se contentent de reprendre les arguments européens, sans position autonome identifiable.

H5. Les régimes de coexistence : Augsbourg, Nantes, Westphalie comparés

  • Master
  • Histoire du droit / histoire moderne
  • 12-18 mois

Hypothèse. Les trois grands textes de coexistence religieuse européens partagent une structure commune — territorialisation, droit d’émigration, année de référence, garanties matérielles — qui montre qu’ils relèvent d’un même type juridique, celui du traité de partage, et non d’une doctrine de la liberté de conscience.

État de la question
Les trois textes sont étudiés séparément par des historiographies nationales distinctes. Leur comparaison structurelle n’a pas été faite, alors qu’elle éclaire directement la question de savoir ce qu’est la tolérance d’Ancien Régime.
Corpus
Paix d’Augsbourg (1555) ; édit de Nantes (1598) et ses brevets annexes ; traités d’Osnabrück et de Münster (1648) ; édits de pacification français antérieurs ; bref Zelo domus Dei (1648) ; Toleration Act anglais (1689) pour comparaison.
Méthode
Décomposer chaque texte en clauses fonctionnelles et construire un tableau comparatif : bénéficiaires, unité territoriale, date de référence, droits individuels, garanties, mécanismes de règlement des différends. Latin, allemand, français. Sujet net et démonstratif.

Ce qui la réfuterait : L’identification dans l’un des textes d’un droit individuel de conscience opposable, indépendant de toute territorialisation, qui le ferait sortir du type.

H6. Les réductions du Paraguay : économie d’une expérience

  • Doctorat
  • Histoire coloniale / anthropologie
  • 4-5 ans

Hypothèse. Le fonctionnement économique des réductions guaranies, reconstituable à partir des livres de comptes et des inventaires de la suppression de 1767, révèle une économie mixte où la part d’initiative guaranie est nettement supérieure à celle que suppose tant le récit apologétique que le récit dénonciateur.

État de la question
Les réductions font l’objet d’une littérature abondante et polarisée depuis le XVIIIe siècle. Les travaux de Bartomeu Melià et de Guillermo Wilde ont ouvert la voie d’une histoire par les acteurs guaranis ; la documentation comptable reste sous-exploitée.
Corpus
Archives jésuites de Rome (ARSI), Provincia Paraquariae ; inventaires de 1768-1772 après l’expulsion ; documents en guarani rédigés par les cabildos indiens, édités par Melià et Wilde ; Cartas anuas ; archives de Séville et de Buenos Aires.
Méthode
Reconstituer les circuits économiques — production de yerba mate, tissage, élevage, échanges externes — et l’organisation du travail à partir des séries comptables, puis confronter aux documents guaranis. Espagnol, latin, guarani ancien souhaitable. Séjours en archives sud-américaines et romaines.

Ce qui la réfuterait : Une documentation comptable attestant un contrôle intégral des décisions économiques par les missionnaires, sans marge d’initiative locale identifiable.

H7. La démographie de la guerre de Trente Ans : révision d’une estimation

  • Master
  • Démographie historique
  • 12-18 mois

Hypothèse. Les pertes attribuées à la guerre de Trente Ans, longtemps estimées à un tiers de la population de l’Empire, relèvent pour une part significative des épidémies de peste des années 1630, dont la chronologie ne coïncide pas partout avec celle des opérations militaires ; la distinction est mesurable à partir des registres paroissiaux.

État de la question
La révision à la baisse est acquise dans la littérature (Günther Franz, puis les travaux récents) mais la part respective de la guerre, de la famine et de la peste n’est pas établie régionalement. Les registres paroissiaux créés après Trente et par les ordonnances protestantes rendent le travail possible.
Corpus
Registres paroissiaux allemands du premier XVIIe siècle ; Bevölkerungsgeschichte et données de Franz ; chroniques urbaines ; itinéraires des armées ; cartographie des épidémies.
Méthode
Constituer des séries de sépultures pour un échantillon de paroisses de plusieurs régions, et confronter les pics au passage documenté des troupes et à la diffusion des épidémies. Allemand et paléographie ; nombreux registres numérisés.

Ce qui la réfuterait : Une coïncidence systématique des pics de mortalité avec le passage des armées, qui restituerait à la guerre elle-même la responsabilité principale.

Bibliographie sélective

Références sélectionnées selon les conventions du SBL Handbook of Style (2e éd., 2014).

Sources

  • Alberigo, Giuseppe, dir. Les conciles œcuméniques, t. II/2 : Trente. Paris : Cerf, 1994.
  • Chemnitz, Martin. Examen Concilii Tridentini. 1565-1573 ; éd. Preus, St. Louis : Concordia, 1971-1986.
  • Concilium Tridentinum : Diariorum, actorum, epistularum, tractatuum nova collectio. 13 vol. Fribourg : Societas Goerresiana, 1901-2001.
  • Las Casas, Bartolomé de. Très brève relation de la destruction des Indes. Paris : La Découverte, 1996.

Études

  • Delumeau, Jean. Le catholicisme entre Luther et Voltaire. Paris : PUF, 1971.
  • Fabre, Pierre-Antoine, et Bernard Vincent, dir. Missions religieuses modernes. Rome : École française de Rome, 2007.
  • Jedin, Hubert. Geschichte des Konzils von Trient. 4 vol. Fribourg : Herder, 1949-1975.
  • Muchembled, Robert, et Heinz Schilling, dir. Les Églises et le pouvoir dans l’Europe moderne. Paris, 1999.
  • O’Malley, John W. Trent : What Happened at the Council. Cambridge, Mass. : Harvard University Press, 2013.
  • Prodi, Paolo. Le souverain pontife. Paris : Gallimard, 2006.
  • Reinhard, Wolfgang, et Heinz Schilling, dir. Die katholische Konfessionalisierung. Münster : Aschendorff, 1995.
  • Standaert, Nicolas, dir. Handbook of Christianity in China, vol. 1. Leiden : Brill, 2001.
  • Venard, Marc, dir. Histoire du christianisme, t. VIII : Le temps des confessions. Paris : Desclée, 1992.
  • Wanegffelen, Thierry. L’Édit de Nantes : une histoire européenne de la tolérance. Paris : Le Livre de Poche, 1998.

Voir aussi

Quiz — Trente, confessionnalisation et guerres de religion

Pourquoi le concile de Trente a-t-il été si longtemps différé ?