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Théologie protestante

Théologiens romands

Die grossen protestantischen Theologen der frankophonen Schweiz — von Calvin bis Gisel.

Délimitation Ce module traite des théologiens issus de la Suisse romande ou dont l’œuvre s’y est formée. Il exclut donc trois figures que l’on y associe couramment et à tort : Jean Calvin, picard de Noyon ; Guillaume Farel, dauphinois de Gap ; Théodore de Bèze, bourguignon de Vézelay. Ils sont les réformateurs de la Romandie, non des théologiens romands, et ils sont traités au module sur les principaux réformateurs. Il exclut également Karl Barth, bâlois, et Oscar Cullmann, strasbourgeois ayant enseigné à Bâle et à Paris : leur œuvre appartient à l’aire germanophone et est traitée au module XI. La seule exception admise ici est Pierre Viret, né à Orbe, qui est le seul réformateur de la première génération à être natif du pays.

Pierre Viret (1511-1571), le seul natif

Né à Orbe dans une famille de drapiers, étudiant à Paris, gagné à la Réforme par Farel, Viret est le seul des grands réformateurs romands à être né sur place — et le plus oublié des trois qui ont fait la Réforme du Pays de Vaud. Il prêche à Orbe dès 1531, survit à un empoisonnement et à un coup de poignard, et conduit la dispute de Lausanne en octobre 1536, à laquelle Calvin, alors inconnu, n’intervient qu’une fois.

Il fonde en 1537 l’Académie de Lausanne, première institution protestante de formation en langue française, où enseigneront Bèze et Conrad Gessner. Il en démissionne en 1559 avec la quasi-totalité du corps enseignant, en conflit avec Berne sur la discipline ecclésiastique : Viret réclame pour l’Église le droit d’exclure de la Cène, Berne le refuse. La démission collective envoie à Genève les hommes qui y fonderont l’Académie la même année — la crise vaudoise fait ainsi l’Académie de Calvin.

Son œuvre est considérable et d’une forme singulière : une quarantaine d’ouvrages, dont beaucoup en dialogues, destinés à un public non savant. La Disputation chrestienne (1544), l’Instruction chrestienne (1564) et les dialogues satiriques comme Le Monde à l’empire emploient l’ironie et la mise en scène plutôt que la démonstration scolastique. C’est la première grande entreprise de vulgarisation théologique en français, et elle explique sa popularité de son vivant autant que son effacement ensuite, la postérité ayant préféré les traités aux dialogues.

L’orthodoxie genevoise et le tournant d’Ostervald

François Turrettini (1623-1687), de famille lucquoise réfugiée, professeur à Genève, produit avec l’Institutio theologiae elencticae (1679-1685) la somme la plus achevée de la scolastique réformée. L’ouvrage sera le manuel de Princeton au dix-neuvième siècle et il reste aujourd’hui une référence dans le calvinisme confessionnel anglophone. Il est l’un des rédacteurs de la Formula Consensus Helvetica (1675), qui impose l’inspiration des points-voyelles du texte hébreu.

Jean-Alphonse Turretin (1671-1737), son fils, fait exactement l’inverse : il obtient en 1706 la suppression de l’obligation de souscrire la Formula Consensus, plaide pour une théologie réduite aux articles fondamentaux et pour l’union des Églises protestantes. En une génération, la même chaire passe de la définition maximale à la réduction minimale. Le cas est l’un des mieux documentés du basculement de l’orthodoxie vers les Lumières.

Jean-Frédéric Ostervald (1663-1747), pasteur à Neuchâtel, appartient au même mouvement, que l’on a nommé la «triade helvétique» avec J.-A. Turretin et le Bernois Samuel Werenfels. Son Catéchisme (1702), son Traité des sources de la corruption (1700) et surtout sa révision de la Bible (1744) auront une diffusion européenne : la «Bible d’Ostervald» restera pendant deux siècles la Bible des protestants francophones, et elle est encore rééditée.

Le Réveil et ses effets

La crise de 1817, traitée au module IX, produit une génération romande dont l’influence dépasse largement le pays.

FigureDatesApport
César Malan1787-1864Destitué en 1818, fonde la chapelle du Témoignage ; auteur de plus de mille cantiques, dont plusieurs sont encore chantés
Jean-Henri Merle d’Aubigné1794-1872Histoire de la Réformation du seizième siècle (1835-1853), traduite dans une douzaine de langues et vendue à des centaines de milliers d’exemplaires ; fondateur de l’École de théologie de la Société évangélique
Louis Gaussen1790-1863Théopneustie (1840), défense de l’inspiration plénière et verbale ; texte fondateur de l’inerrantisme francophone, encore invoqué
Frédéric Godet1812-1900Neuchâtelois ; commentaires exégétiques sur Jean, Luc, Romains et les Corinthiens, qui font autorité en Europe et en Amérique ; fondateur de la Faculté indépendante de Neuchâtel en 1873

Alexandre Vinet (1797-1847)

La figure majeure, et la plus originale. Né à Ouchy, professeur de littérature française à Bâle puis de théologie pratique à Lausanne, il est à la fois critique littéraire — ses études sur Pascal et sur la littérature française du dix-neuvième siècle sont encore citées — et théologien.

Sa contribution propre est une doctrine de la séparation de l’Église et de l’État fondée théologiquement, et non sur l’indifférence ou l’anticléricalisme. L’argument, exposé dans le Mémoire en faveur de la liberté des cultes (1826) et dans l’Essai sur la manifestation des convictions religieuses (1842), tient en une proposition : la foi est par nature un acte personnel et libre ; une Église qui reçoit sa structure de l’État reçoit ce que la foi ne peut pas recevoir ; la séparation n’est donc pas une concession au siècle mais une exigence de la foi elle-même. Vinet démissionne en 1845 et participe en 1847 à la fondation de l’Église libre du canton de Vaud.

Son individualisme religieux a été critiqué dès Karl Barth, qui y voit une subjectivation de la foi. La critique porte ; elle laisse intacte la force de l’argument institutionnel, que la Romandie a fini par adopter — Genève sépare en 1907, Neuchâtel et Vaud organisent des Églises nationales indépendantes de l’État au vingtième siècle.

Le vingtième siècle

Jean-Jacques von Allmen (1917-1994), professeur à Neuchâtel, est l’un des liturgistes majeurs du protestantisme. Célébrer le salut (1984) et ses travaux sur la Cène nourrissent le dialogue œcuménique et le document de Lima ; il est l’un des rares protestants francophones à avoir travaillé la liturgie comme lieu théologique et non comme ornement.

Jean-Louis Leuba (1912-2005), neuchâtelois, observateur protestant à Vatican II et l’un des artisans du dialogue catholique-protestant en francophonie. Denis de Rougemont (1906-1985), neuchâtelois, n’est pas théologien de métier mais son Amour et l’Occident (1939) et son engagement personnaliste puis fédéraliste font de lui la voix la plus lue du protestantisme romand au vingtième siècle.

Charles Journet (1891-1975), genevois, est l’une des figures majeures de la théologie catholique francophone : professeur au séminaire de Fribourg, fondateur avec Maritain de la revue Nova et Vetera (1926), auteur d’une Église du Verbe incarné en plusieurs volumes, créé cardinal en 1965. Maurice Zundel (1897-1975), neuchâtelois, prêtre et mystique longtemps marginalisé, est aujourd’hui l’un des auteurs spirituels catholiques les plus lus en francophonie.

L’exégèse romande contemporaine

La Romandie occupe depuis les années 1980 une position singulière dans l’exégèse francophone, disproportionnée par rapport à sa taille.

François Bovon (1938-2013), professeur à Lausanne puis à Harvard, laisse un commentaire monumental de l’évangile de Luc et une œuvre décisive sur les actes apocryphes des apôtres. Daniel Marguerat (né en 1943), lausannois, travaille les Actes des Apôtres, la figure de Paul et la question de la séparation d’avec le judaïsme ; son Introduction au Nouveau Testament (avec Corina Combet-Galland et d’autres) est le manuel francophone de référence. Jean Zumstein (né en 1944), formé à Lausanne et professeur à Zurich, donne le commentaire de référence de l’évangile de Jean.

Jean-Daniel Kaestli et Enrico Norelli, avec Bovon, fondent à Lausanne et à Genève l’Association pour l’étude de la littérature apocryphe chrétienne, dont l’édition des Écrits apocryphes chrétiens dans la Pléiade a rendu accessible un corpus jusque-là réservé aux spécialistes. Cette concentration de compétences sur les apocryphes est une spécialité romande reconnue internationalement.

En théologie systématique et en éthique : Éric Fuchs (né en 1932) à Genève pour l’éthique, Bernard Reymond (1933-2023) à Lausanne pour la théologie protestante et l’architecture religieuse, Pierre Gisel (né en 1947) pour la théologie systématique et les sciences des religions, Denis Müller (né en 1953) pour l’éthique théologique.

Pierre Gisel (né en 1947)

Professeur à l’Université de Lausanne. Ses thèmes principaux sont la question de Dieu dans le contexte de la critique moderne de la religion — Feuerbach, Nietzsche, Freud —, la tension entre théologie et sciences des religions, et la question de la création. Il représente la théologie réformée francophone vivante du tournant du siècle.

Denis Müller (né en 1953)

Professeur d’éthique à l’Université de Lausanne. Son apport tient au dialogue entre théologie protestante et éthique contemporaine : bioéthique, éthique économique, éthique écologique. Il articule théologie réformée, philosophie analytique et herméneutique continentale.

Les facultés romandes aujourd’hui

Université de Genève

Fondée par Calvin en 1559 sous le nom d’Académie, c’est la plus ancienne faculté de théologie protestante au monde et l’ancêtre de l’Université de Genève, créée en 1873. Ses axes actuels sont l’œcuménisme, l’histoire des religions, l’exégèse biblique et l’éthique.

Université de Lausanne

L’ancienne Faculté de théologie et de sciences des religions est devenue l’Institut de sciences sociales des religions. L’orientation en sciences des religions y est forte, à côté de la théologie proprement dite. Les liens avec l’Église évangélique réformée du canton de Vaud sont étroits. Axes principaux : éthique, sociologie des religions, théologie féministe.

La Revue de théologie et de philosophie

Fondée à Lausanne en 1868, publiée trimestriellement, elle est l’une des principales revues théologiques francophones. Elle accueille des contributions de théologie, de philosophie et de sciences des religions dans une ouverture œcuménique, et figure dans les grandes bases de données de la discipline.

InstitutionFondationTraditionAxes principaux
Faculté de Genève1559 (Calvin)RéforméeŒcuménisme, exégèse, éthique
Institut de Lausanne1537 (Berne)Réformée et sciences des religionsSociologie des religions, éthique, théologie féministe
Faculté de Neuchâtel1873RéforméeHerméneutique, histoire de l’Église
Faculté libre de théologie évangélique1921Évangélique réforméeExégèse, dogmatique (Blocher)

Études

  • Gisel, Pierre et Lucie Kaennel, éds. Encyclopédie du protestantisme. 2e éd. Paris et Genève : PUF et Labor et Fides, 2006.
  • Manetsch, Scott M. Calvin’s Company of Pastors. Oxford : Oxford University Press, 2013.
  • Busch, Eberhard. Karl Barth. Sa vie d’après ses lettres et des textes autobiographiques. Genève : Labor et Fides, 2008.
  • Cottret, Bernard. Calvin. Biographie. Paris : Jean-Claude Lattès, 1995.

Hypothèses de travail — mémoire et thèse

Cinq pistes formulées de manière falsifiable. Elles ont un avantage pratique considérable pour un étudiant établi en Suisse romande : leurs archives — Archives d’État de Genève, Archives cantonales vaudoises, Bibliothèque de Genève, archives universitaires — sont accessibles sans séjour à l’étranger.

H1. Pourquoi Viret a-t-il disparu ?

  • Master
  • Histoire de la Réforme
  • 12-18 mois

Hypothèse. L’effacement de Pierre Viret, aussi lu que Calvin de son vivant, tient à la forme de son œuvre : le dialogue, genre destiné au public non savant, a cessé d’être réédité dès la fin du XVIe siècle au profit des traités et des institutions, et cette disparition est mesurable par l’histoire des éditions.

État de la question
La redécouverte de Viret est récente et les travaux disponibles sont surtout biographiques. L’hypothèse d’un effacement lié au genre littéraire a été formulée sans être testée par la bibliographie matérielle.
Corpus
Œuvres de Viret, notamment les dialogues ; Bibliotheca Vireti et catalogues d’éditions anciennes ; registres des imprimeurs genevois et lausannois ; inventaires de bibliothèques privées romandes des XVIe-XVIIe siècles ; catalogues de vente.
Méthode
Établir les séries de rééditions de Viret, de Calvin et de Bèze par décennie et par genre, et comparer les courbes. Français du XVIe siècle ; sources en bibliothèques romandes, accessibles.

Ce qui la réfuterait : Une décroissance parallèle des rééditions toutes formes confondues, qui renverrait l’effacement à d’autres causes que le genre.

H2. De François à Jean-Alphonse Turretin : anatomie d’un basculement

  • Doctorat
  • Histoire des doctrines
  • 4-5 ans

Hypothèse. Le passage de l’orthodoxie scolastique à la théologie des articles fondamentaux, accompli à Genève en une génération, s’explique moins par une évolution des idées que par une transformation du recrutement et des débouchés du corps pastoral, repérable dans les registres de la Compagnie des pasteurs et de l’Académie.

État de la question
Le basculement est décrit dans l’histoire des idées, notamment par Martin Klauber. L’hypothèse sociologique n’a pas été instruite, alors que les archives genevoises sont exceptionnellement complètes.
Corpus
Institutio theologiae elencticae de F. Turrettini (1679-1685) ; œuvres de J.-A. Turretin ; Formula Consensus Helvetica (1675) et actes de son abandon (1706, 1725) ; registres de la Vénérable Compagnie ; matricules de l’Académie ; correspondances.
Méthode
Constituer la base des étudiants et pasteurs genevois de 1650 à 1730 — origine, famille, formation, carrière — et croiser avec les positions prises. Latin et français ; Archives d’État de Genève.

Ce qui la réfuterait : Une stabilité du recrutement et des débouchés sur la période, qui renverrait le basculement à l’histoire des idées seule.

H3. Vinet et la séparation : réception d’un argument

  • Master
  • Théologie politique
  • 12-18 mois

Hypothèse. L’argument vinétien en faveur de la séparation — fondée sur la nature de la foi et non sur la neutralité de l’État — a été repris par les acteurs de la séparation genevoise de 1907 sous une forme laïcisée qui en a inversé le fondement ; le déplacement est repérable dans les débats parlementaires et la presse.

État de la question
Vinet est étudié comme théologien ; la réception de son argument dans les débats politiques romands ne l’a pas été. Le sujet croise histoire des idées et histoire politique sur un corpus daté et circonscrit.
Corpus
Vinet, Mémoire en faveur de la liberté des cultes (1826) et Essai sur la manifestation des convictions religieuses (1842) ; débats du Grand Conseil genevois de 1905-1907 ; presse genevoise ; archives de l’Église nationale protestante de Genève ; documents de la fondation de l’Église libre vaudoise (1847).
Méthode
Relever les occurrences et les usages de l’argument dans le corpus politique, et comparer les fondements invoqués. Français ; archives cantonales accessibles.

Ce qui la réfuterait : Une reprise fidèle du fondement théologique dans les débats politiques, ou l’absence de référence identifiable à Vinet.

H4. La Bible d’Ostervald : deux siècles de révisions

  • Master
  • Histoire des traductions bibliques
  • 12-18 mois

Hypothèse. Les révisions successives de la version d’Ostervald, de 1744 à nos jours, présentent une dérive constante dans une direction unique — l’alignement progressif sur le texte reçu et sur un vocabulaire piétiste — alors même que la critique textuelle évoluait en sens inverse ; cette dérive est mesurable par collation.

État de la question
La Bible d’Ostervald est un objet de piété et d’histoire éditoriale ; ses états successifs n’ont pas été collationnés systématiquement, alors qu’elle est l’une des versions francophones les plus diffusées.
Corpus
Édition d’Ostervald (1744) ; révisions de 1822, 1868, 1881, 1996 ; Bible de Genève (1588) dont Ostervald part ; éditions critiques grecques contemporaines de chaque révision ; préfaces des réviseurs.
Méthode
Collationner un échantillon de passages sur l’ensemble des états, classer les divergences, et confronter aux données critiques disponibles à chaque date. Français et grec ; sources numérisées.

Ce qui la réfuterait : Des révisions suivant l’évolution de la critique textuelle, ou des divergences sans orientation repérable.

H5. L’école romande des apocryphes : formation d’une spécialité

  • Doctorat
  • Sociologie des sciences / patristique
  • 4-5 ans

Hypothèse. La concentration lausannoise et genevoise sur la littérature apocryphe chrétienne, devenue une spécialité reconnue internationalement, résulte d’une configuration institutionnelle précise — taille réduite des facultés imposant la spécialisation, absence de concurrence francophone sur ce créneau, et effet d’entraînement d’un petit nombre de directeurs de thèse — plutôt que d’une tradition intellectuelle ancienne.

État de la question
Le fait est reconnu et parfois expliqué par une «tradition romande» dont on ne montre pas l’antériorité. L’hypothèse institutionnelle est testable par la prosopographie des chercheurs et l’analyse des programmes.
Corpus
Publications de l’AELAC depuis 1981 ; Corpus Christianorum Series Apocryphorum ; Écrits apocryphes chrétiens (Pléiade, 1997 et 2005) ; thèses soutenues à Lausanne et Genève ; programmes d’enseignement et rapports d’activité des facultés ; dossiers du Fonds national suisse.
Méthode
Prosopographie des chercheurs et généalogie des directions de thèse ; analyse des financements et des programmes. Français ; archives universitaires accessibles.

Ce qui la réfuterait : L’existence d’une tradition romande antérieure et documentée sur ce champ, ou une répartition des chercheurs sans effet d’entraînement identifiable.