Aller au contenu principal Aller au contenu principal

Exégèse du Nouveau Testament

Les personnages du Nouveau Testament

Cinquante fiches biographiques : le cercle de Jésus, Jérusalem, Paul, les autorités

Ces fiches rassemblent les personnages nommés du Nouveau Testament, groupés par cercle. Chaque notice donne ce que les textes établissent, signale ce que la tradition a ajouté, et renvoie aux passages. Le cercle de Jésus comprend sa famille, les Douze et les figures des évangiles.

Jésus de Nazareth ca. 6/4 av. J.-C. – ca. 30

Né sous Hérode le Grand, mort avant la Pâque de l’an 30 ou 33 sous Ponce Pilate. Les sources non chrétiennes, Josèphe et Tacite, confirment l’existence, l’exécution et le mouvement. Le module sur les origines du christianisme traite de la recherche historique ; celui sur la christologie, de la confession de foi.

Mc 1,9 ; Josèphe, AJ 18,63-64 ; Tacite, Annales 15,44

Marie de Nazareth Ier siècle

Mère de Jésus, fiancée à Joseph. Présente à Cana, au pied de la croix chez Jean seul, et parmi les disciples en prière avant la Pentecôte. Marc la range parmi ceux qui croient Jésus hors de sens. Le Magnificat lui est attribué par Luc.

Lc 1-2 ; Mc 3,21.31-35 ; Jn 2,1-11 ; 19,25-27 ; Ac 1,14

Joseph Ier siècle

Époux de Marie, charpentier ou artisan (τέκτων), de la lignée de David selon les deux généalogies (voir La généalogie du Christ). Absent après les récits de l’enfance, ce qui suggère une mort précoce. Le Protévangile de Jacques en fait un veuf âgé.

Mt 1,18-25 ; 2,13-23 ; Lc 2 ; Mt 13,55

Jean le Baptiste ca. 6 av. J.-C. – ca. 28

Prophète du désert, fils de Zacharie et Élisabeth selon Luc, baptisant dans le Jourdain. Josèphe le mentionne indépendamment et attribue son exécution par Hérode Antipas à la crainte d’un soulèvement. Le baptême de Jésus par Jean est tenu pour historiquement certain par le critère d’embarras.

Mc 1,4-11 ; 6,14-29 ; Lc 1 ; Josèphe, AJ 18,116-119

Simon Pierre †ca. 64

Pêcheur de Bethsaïde, premier des Douze, surnommé Képha par Jésus. Confesse le Messie à Césarée, renie trois fois, premier témoin de la résurrection selon 1 Co 15,5. Chef de l’Église de Jérusalem, puis missionnaire ; le conflit d’Antioche l’oppose à Paul. Mort à Rome sous Néron selon une tradition ferme dès 1 Clément.

Mc 8,29 ; 14,66-72 ; Mt 16,18 ; Ga 2,11-14 ; 1 Co 15,5 ; Jn 21

André Ier siècle

Frère de Pierre, disciple du Baptiste avant de suivre Jésus, dont il amène son frère selon Jean. Peu présent dans les synoptiques. La tradition le rattache à la Grèce et à la Scythie ; l’Église de Constantinople le tient pour son fondateur.

Jn 1,40-42 ; 6,8 ; 12,22 ; Mc 13,3

Jacques fils de Zébédée †ca. 44

Frère de Jean, membre du cercle des trois intimes avec Pierre, présent à la Transfiguration et à Gethsémani. Premier des Douze martyrisé, décapité par Hérode Agrippa Ier. La tradition de son tombeau à Compostelle n’est pas antérieure au IXe siècle.

Mc 3,17 ; 9,2 ; 10,35-41 ; Ac 12,2

Jean fils de Zébédée Ier siècle

Frère de Jacques, l’un des trois intimes, «fils du tonnerre». Identifié par la tradition au disciple bien-aimé, à l’évangéliste et à l’auteur de l’Apocalypse, identifications que la critique dissocie. Colonne de l’Église de Jérusalem avec Pierre et Jacques.

Mc 3,17 ; Ga 2,9 ; Ac 3-4 ; Jn 13,23 ; 21,20-24

Philippe Ier siècle

De Bethsaïde, l’un des Douze, distinct de Philippe le diacre. Jean lui donne un rôle : il amène Nathanaël, il est interrogé avant la multiplication des pains, il demande à voir le Père.

Jn 1,43-46 ; 6,5-7 ; 12,21-22 ; 14,8-9

Thomas Ier siècle

Dit Didyme, «jumeau». Chez Jean seul il a une consistance : prêt à mourir avec Jésus, il exige de toucher les plaies puis prononce la confession la plus haute du livre, «mon Seigneur et mon Dieu». La tradition syriaque et indienne en fait l’apôtre de l’Inde.

Jn 11,16 ; 14,5 ; 20,24-29

Matthieu ou Lévi Ier siècle

Collecteur d’impôts appelé à Capharnaüm, nommé Lévi chez Marc et Luc, Matthieu chez Matthieu seul. Papias lui attribue une collection de λόγια en hébreu, tradition à l’origine de l’attribution du premier évangile.

Mc 2,14 ; Mt 9,9 ; 10,3 ; Eusèbe, HE 3,39

Judas Iscariote †ca. 30

L’un des Douze, trésorier du groupe selon Jean, livre Jésus pour trente pièces d’argent. Deux récits de sa mort, pendaison chez Matthieu, chute chez Luc, difficilement conciliables. Le surnom Iscariote est diversement expliqué : «homme de Kériot» ou dérivé de sicarius.

Mc 14,10-11.43-45 ; Mt 27,3-10 ; Ac 1,16-20 ; Jn 12,4-6

Marie de Magdala Ier siècle

Délivrée de sept démons, elle finance le ministère, assiste à la crucifixion et à la mise au tombeau, et reçoit chez Jean la première apparition du Ressuscité avec mission d’annoncer. Jamais présentée comme prostituée : l’amalgame date de Grégoire le Grand en 591.

Lc 8,2-3 ; Mc 15,40-47 ; 16,1-8 ; Jn 20,1-18

Marthe et Marie de Béthanie Ier siècle

Sœurs de Lazare. Luc oppose le service de Marthe à l’écoute de Marie ; Jean donne à Marthe la confession de foi parallèle à celle de Pierre, et à Marie l’onction de Béthanie.

Lc 10,38-42 ; Jn 11,1-44 ; 12,1-8

Lazare Ier siècle

Frère de Marthe et Marie, ressuscité par Jésus au quatrième jour, septième et dernier signe du quatrième évangile, absent des synoptiques. Le nom est celui du pauvre de la parabole de Lc 16, seul personnage de parabole nommé.

Jn 11 ; 12,9-11

Nicodème Ier siècle

Pharisien, membre du Sanhédrin, vient à Jésus de nuit, le défend devant ses pairs, et apporte cent livres d’aromates pour l’ensevelissement. Personnage johannique dont la trajectoire, de la nuit à la lumière, structure sa présentation.

Jn 3,1-21 ; 7,50-52 ; 19,39

Joseph d’Arimathie Ier siècle

Membre riche et respecté du Sanhédrin, disciple secret, demande à Pilate le corps de Jésus et l’ensevelit dans son tombeau neuf. Les quatre évangiles le nomment ; les légendes du Graal et de Glastonbury sont médiévales.

Mc 15,42-47 ; Mt 27,57-60 ; Jn 19,38

L’Église de Jérusalem et les premières missions, telles que les Actes les racontent : les Sept, les premiers martyrs, ceux qui ont ouvert la porte aux nations, et les autorités qui s’y sont opposées.

Jacques, frère du Seigneur †62

Frère de Jésus selon Mc 6,3, cousin ou demi-frère selon les traditions catholique et orthodoxe. Incroyant du vivant de Jésus, il reçoit une apparition (1 Co 15,7) et devient chef de l’Église de Jérusalem, présidant le concile d’Ac 15. Lapidé en 62 sur ordre du grand prêtre Anan, selon Josèphe. L’épître de Jacques lui est attribuée.

Mc 6,3 ; Jn 7,5 ; 1 Co 15,7 ; Ga 1,19 ; 2,9-12 ; Ac 15,13-21 ; Josèphe, AJ 20,200

Étienne †ca. 34

L’un des Sept, «plein de grâce et de puissance», premier martyr chrétien, lapidé après un discours devant le Sanhédrin qui retrace l’histoire d’Israël et dénonce le Temple. Saul assiste à sa mort. Sa théologie critique du Temple annonce le christianisme helléniste.

Ac 6,8–8,1

Philippe le diacre Ier siècle

L’un des Sept, évangélise la Samarie et baptise l’eunuque éthiopien, ouvrant la mission hors d’Israël. Établi à Césarée, il a quatre filles prophétesses. Distinct de l’apôtre.

Ac 6,5 ; 8,4-40 ; 21,8-9

Barnabé Ier siècle

Lévite de Chypre, nommé Joseph, surnommé «fils de consolation». Vend un champ pour la communauté, introduit Saul auprès des apôtres, va le chercher à Tarse, dirige avec lui la mission d’Antioche et le premier voyage. Se sépare de Paul à propos de Marc. L’épître de Barnabé, du IIe siècle, est pseudépigraphe.

Ac 4,36-37 ; 9,27 ; 11,22-26 ; 13-14 ; 15,36-39 ; Ga 2,1.13

Jean Marc Ier siècle

Fils d’une Marie dont la maison de Jérusalem accueille l’Église, cousin de Barnabé, compagnon du premier voyage qu’il abandonne à Perge, cause de la rupture entre Paul et Barnabé, réconcilié ensuite. Papias en fait l’interprète de Pierre et l’auteur du second évangile.

Ac 12,12.25 ; 13,13 ; 15,37-39 ; Col 4,10 ; 2 Tm 4,11 ; 1 P 5,13

Ananias et Saphira Ier siècle

Couple de la communauté de Jérusalem, frappés de mort pour avoir menti sur le prix d’un champ. Le récit, sans parallèle, pose la question de la propriété commune et de la sévérité du jugement dans l’Église naissante.

Ac 5,1-11

Cornelius Ier siècle

Centurion de la cohorte italique à Césarée, «craignant Dieu», reçoit Pierre et l’Esprit avant le baptême : le premier païen baptisé, dont le cas décide l’ouverture de l’Église aux nations, ratifiée en Ac 15.

Ac 10,1–11,18

Hérode Agrippa Ier 10 av. J.-C. – 44

Petit-fils d’Hérode le Grand, roi de Judée de 41 à 44 par faveur de Claude. Fait décapiter Jacques et emprisonner Pierre. Sa mort à Césarée, rongé par les vers, est rapportée par Luc et Josèphe en termes proches.

Ac 12 ; Josèphe, AJ 19,343-350

Gamaliel Ier siècle

Pharisien, docteur de la Loi, petit-fils de Hillel selon la tradition rabbinique, conseille au Sanhédrin la prudence envers les apôtres. Paul se dit formé à ses pieds. Le Talmud le compte parmi les grands maîtres.

Ac 5,34-39 ; 22,3

Le cercle de Paul est le mieux documenté du Nouveau Testament : ses lettres nomment près de cent personnes, collaborateurs, hôtes, adversaires, et les Actes en confirment plusieurs. On ne retient ici que celles dont les textes disent assez pour une notice.

Paul de Tarse ca. 5 – ca. 64

Juif de la diaspora, citoyen romain, pharisien formé à Jérusalem, persécuteur devenu apôtre après la vision de Damas vers 33. Trois voyages, treize lettres dont sept incontestées, arrestation à Jérusalem, captivité à Césarée puis à Rome, où il meurt sous Néron. Le module sur les épîtres et les treize modules par lettre lui sont consacrés.

Ac 9 ; 13-28 ; Ga 1,13-24 ; Ph 3,4-6 ; 2 Co 11,22-33

Silas ou Silvain Ier siècle

Prophète de Jérusalem, délégué au concile, compagnon de Paul au second voyage, emprisonné avec lui à Philippes, coauteur des lettres aux Thessaloniciens. Silvain porte 1 Pierre selon 5,12.

Ac 15,22-40 ; 16-18 ; 1 Th 1,1 ; 1 P 5,12

Timothée Ier siècle

De Lystres, de mère juive et de père grec, circoncis par Paul pour la mission, collaborateur le plus constant, envoyé à Thessalonique, Corinthe, Philippes, coauteur de six lettres. Les deux lettres à Timothée le supposent à Éphèse. Hébreux 13,23 mentionne sa libération.

Ac 16,1-3 ; 1 Th 3,2 ; 1 Co 4,17 ; Ph 2,19-22 ; 1-2 Tm

Tite Ier siècle

Grec incirconcis, cas test à Jérusalem, émissaire de Paul à Corinthe dans la crise de 2 Corinthiens et pour la collecte. Jamais nommé dans les Actes. La lettre à Tite le suppose en Crète.

Ga 2,1-3 ; 2 Co 7,6-16 ; 8,16-24 ; Tt 1,4-5

Luc Ier siècle

«Le médecin bien-aimé», compagnon de Paul dans les captivités, seul resté avec lui selon 2 Tm. La tradition l’identifie à l’auteur du troisième évangile et des Actes, et aux sections «nous» de ces derniers.

Col 4,14 ; Phm 24 ; 2 Tm 4,11

Prisca et Aquilas Ier siècle

Couple de fabricants de tentes, juifs chassés de Rome par l’édit de Claude, hôtes de Paul à Corinthe, puis à Éphèse où ils instruisent Apollos, puis de nouveau à Rome. Prisca est nommée avant son mari dans quatre mentions sur six.

Ac 18,2-3.18-26 ; Rm 16,3-5 ; 1 Co 16,19 ; 2 Tm 4,19

Apollos Ier siècle

Juif d’Alexandrie, éloquent et versé dans les Écritures, connaissant le seul baptême de Jean, instruit par Prisca et Aquilas, prédicateur à Corinthe où un parti se réclame de lui. Luther le proposait comme auteur d’Hébreux.

Ac 18,24-28 ; 1 Co 1,12 ; 3,4-6 ; 16,12

Phœbé Ier siècle

Diacre de l’Église de Cenchrées et patronne, προστάτις, de Paul et de beaucoup, recommandée aux Romains, dont elle porte vraisemblablement la lettre.

Rm 16,1-2

Junia Ier siècle

«Remarquable parmi les apôtres» avec Andronicus, chrétienne avant Paul, saluée en Rm 16,7. Lue comme femme par toute la patristique, masculinisée en Junias à l’époque moderne sans appui manuscrit, rétablie depuis Brooten en 1977.

Rm 16,7

Lydie Ier siècle

Marchande de pourpre de Thyatire, «craignant Dieu», première convertie d’Europe à Philippes, baptisée avec sa maison, qui devient la base de la mission.

Ac 16,14-15.40

Onésime Ier siècle

Esclave de Philémon, parti chez Paul en captivité, converti, renvoyé avec la lettre à Philémon «non plus comme un esclave mais comme un frère». Colossiens le nomme «fidèle et bien-aimé frère». Knox l’identifie à l’évêque d’Éphèse mentionné par Ignace.

Phm 10-16 ; Col 4,9

Épaphras Ier siècle

De Colosses, fondateur des Églises de Colosses, Laodicée et Hiérapolis, compagnon de captivité de Paul, «qui combat pour vous dans ses prières».

Col 1,7 ; 4,12-13 ; Phm 23

Démas Ier siècle

Collaborateur nommé avec Luc dans Colossiens et Philémon, puis, dans 2 Timothée, «m’a abandonné par amour pour le siècle présent». Exemple de trajectoire inverse dans le cercle paulinien.

Col 4,14 ; Phm 24 ; 2 Tm 4,10

Sergius Paulus Ier siècle

Proconsul de Chypre, «homme intelligent», qui croit après l’aveuglement du mage Élymas. Une famille de Sergii Pauli est attestée épigraphiquement à Antioche de Pisidie, où Paul se rend aussitôt après.

Ac 13,6-12

Gallion Ier siècle

Frère de Sénèque, proconsul d’Achaïe en 51-52 selon l’inscription de Delphes, refuse de juger Paul à Corinthe. Son proconsulat est l’ancre chronologique la plus sûre de la vie de Paul.

Ac 18,12-17

Félix et Festus Ier siècle

Procurateurs de Judée. Félix, affranchi, époux de Drusille, garde Paul deux ans à Césarée en espérant un pot-de-vin ; Festus, son successeur en 59 ou 60, transmet l’appel à César. Tacite et Josèphe confirment les deux.

Ac 23,24–26,32

Hérode Agrippa II 27 – ca. 93

Fils d’Agrippa Ier, roi de territoires du nord, entend Paul à Césarée avec sa sœur Bérénice : «tu me persuades presque de devenir chrétien». Dernier roi hérodien, ami de Josèphe.

Ac 25,13–26,32

Les autorités romaines et juives devant lesquelles Jésus puis les apôtres ont comparu, et les adversaires nommés. Pour plusieurs, l’archéologie et les historiens antiques fournissent une confirmation indépendante.

Ponce Pilate préfet 26-36

Préfet de Judée sous Tibère, condamne Jésus à la crucifixion. L’inscription de Césarée, découverte en 1961, confirme son titre. Philon et Josèphe le décrivent brutal, ce qui contraste avec l’hésitation des évangiles. Rappelé à Rome en 36 après le massacre de Samaritains.

Mc 15 ; Jn 18-19 ; Philon, Leg. 299-305 ; Josèphe, AJ 18,55-89

Caïphe grand prêtre 18-36

Joseph Caïphe, gendre d’Anne, grand prêtre pendant tout le préfectorat de Pilate, préside le procès de Jésus. Chez Jean, prononce le mot «il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple». L’ossuaire découvert en 1990 portant son nom lui est probablement attribuable.

Mt 26,3.57 ; Jn 11,49-52 ; 18,13-28

Anne grand prêtre 6-15

Beau-père de Caïphe, grand prêtre déposé mais toujours influent, cinq de ses fils occupant la charge. Jean fait comparaître Jésus devant lui d’abord.

Lc 3,2 ; Jn 18,13-24 ; Ac 4,6

Hérode Antipas tétrarque 4 av. – 39

Fils d’Hérode le Grand, tétrarque de Galilée et de Pérée, fait décapiter le Baptiste, veut voir Jésus faire un signe, le renvoie à Pilate. Jésus le nomme «ce renard». Déposé par Caligula et exilé en Gaule.

Mc 6,14-29 ; Lc 13,31-32 ; 23,6-12

Hérode le Grand ca. 73 – 4 av. J.-C.

Roi de Judée par grâce de Rome, bâtisseur du Temple, meurt en 4 avant notre ère, ce qui fixe la naissance de Jésus avant cette date. Le massacre des innocents n’est attesté que par Matthieu, mais s’accorde avec le portrait que Josèphe donne de ses dernières années.

Mt 2 ; Lc 1,5 ; Josèphe, AJ 15-17

Simon le magicien Ier siècle

Mage de Samarie, baptisé par Philippe, veut acheter le pouvoir de conférer l’Esprit, d’où la «simonie». Justin, samaritain lui-même, en fait le père des gnostiques ; les Actes de Pierre le mettent en scène volant au-dessus de Rome.

Ac 8,9-24

Alexandre le forgeron Ier siècle

«M’a fait beaucoup de mal», selon 2 Tm 4,14. Peut-être identique à l’Alexandre d’Éphèse d’Ac 19,33 ou à celui livré à Satan en 1 Tm 1,20. Type de l’adversaire personnel dans les Pastorales.

2 Tm 4,14-15 ; 1 Tm 1,20

Travaux romands

  • Marguerat, Daniel. Les Actes des Apôtres. CNT Va-Vb. Genève : Labor et Fides, 2007-2015.
  • Cullmann, Oscar. Saint Pierre, disciple, apôtre, martyr. Neuchâtel : Delachaux et Niestlé, 1952.
  • Marguerat, Daniel. Paul de Tarse. Poliez-le-Grand : Éditions du Moulin, 1999.

Autres travaux

  • Bauckham, Richard. Jesus and the Eyewitnesses. 2e éd. Grand Rapids : Eerdmans, 2017.
  • Meier, John P. Un certain Juif, Jésus. Vol. 3, Attachements, affrontements, ruptures. Paris : Cerf, 2005.
  • Schürer, Emil. The History of the Jewish People in the Age of Jesus Christ. Éd. révisée par Vermes, Millar et Black. 3 vol. Édimbourg : T&T Clark, 1973-1987.
  • Bond, Helen K. Pontius Pilate in History and Interpretation. Cambridge : Cambridge University Press, 1998.

Biographies en quatre strates

Les notices qui suivent séparent explicitement quatre niveaux d’information, du plus assuré au plus légendaire. Cette séparation est l’essentiel : la plupart des présentations mêlent les strates, de sorte qu’un lecteur ne peut plus distinguer ce qu’un texte du premier siècle affirme de ce qu’un légendier du treizième a ajouté. Rien n’est écarté ici — le folklore fait partie de l’histoire de ces figures — mais tout est étiqueté.

  • Établi : attesté par les sources du Ier siècle, ou par une source extérieure
  • Tradition : ancienne, argumentée, non vérifiable
  • Folklore : légendes, étiologies, coutumes
  • Réception : attributs, patronages, survivances

Simon-Pierre

Pêcheur de Bethsaïde, chef de file des Douze, mort à Rome vers 64-68

Ce qui est établi

Marié : Marc 1,30 mentionne sa belle-mère, et Paul rappelle que Céphas se déplace avec sa femme (1 Co 9,5). Originaire de Bethsaïde selon Jn 1,44, installé à Capharnaüm. Bilingue au moins partiellement. Paul l’appelle presque toujours Céphas, forme araméenne. Le reniement est attesté par les quatre évangiles, ce qui en fait un cas typique de critère d’embarras. Sa présence à Antioche et le conflit avec Paul sont rapportés par Paul lui-même (Ga 2,11-14). 1 Pierre est écrit dans un grec trop soigné pour un pêcheur galiléen : la quasi-totalité des exégètes y voit une lettre pseudépigraphe ou dictée à un secrétaire.

Ce que la tradition ajoute

Martyre à Rome sous Néron : attesté indirectement par 1 Clément 5 (vers 96) et par Tertullien. La crucifixion la tête en bas vient des Actes de Pierre (fin du IIe siècle), texte apocryphe. Le premier épiscopat romain de vingt-cinq ans est une construction du IIIe siècle : la communauté romaine n’a probablement pas d’évêque unique avant le milieu du IIe.

Légendes et folklore

Le Quo vadis ? — Pierre fuyant Rome rencontre le Christ qui y entre, et fait demi-tour — vient des Actes de Pierre et a produit une église sur la via Appia et un roman de Sienkiewicz. Le portier du paradis avec ses clés est une invention médiévale à partir de Mt 16,19. Le coq de clocher est lié au reniement. En Bretagne et en Normandie, on l’invoquait contre la fièvre et pour la pêche ; des « barques de saint Pierre » étaient bénies le 29 juin. La tradition qu’il aurait eu une fille nommée Pétronille est un malentendu onomastique : Petronilla dérive du gentilice romain Petronius.

Iconographie, patronages, survivances

Attributs : deux clés, une croix inversée, un coq, un livre, un filet. Patron des pêcheurs, des serruriers, des horlogers, des moissonneurs, des naufragés. Fête le 29 juin avec Paul. La basilique vaticane est bâtie sur une nécropole où des fouilles de 1940-1949 ont mis au jour un édicule du IIe siècle ; l’identification des ossements annoncée en 1968 n’est pas acceptée par tous les archéologues.

Paul de Tarse

Pharisien, artisan, épistolier, mort à Rome vers 62-67

Ce qui est établi

Le seul auteur du Nouveau Testament dont nous ayons des écrits de première main : sept lettres incontestées. Pharisien de formation (Ph 3,5), persécuteur repenti, travaillant de ses mains (1 Th 2,9). Il ne mentionne jamais sa citoyenneté romaine, que seuls les Actes invoquent. Sa santé fait difficulté : une « écharde dans la chair » (2 Co 12,7) jamais précisée, et une remarque sur ses yeux (Ga 4,15 ; 6,11). Il n’a pas connu Jésus de son vivant et le dit.

Ce que la tradition ajoute

Décapitation à Rome — supplice réservé aux citoyens — sous Néron ; 1 Clément 5 le dit allé « jusqu’aux limites de l’Occident », ce que certains lisent comme l’Espagne annoncée en Rm 15,24. La tradition d’un martyre le même jour que Pierre est une commodité liturgique tardive.

Légendes et folklore

Les Actes de Paul et Thècle (IIe siècle) donnent le seul portrait physique conservé : petit, chauve, jambes arquées, sourcils joints, nez proéminent — description que l’on a longtemps lue comme un éloge selon les canons physiognomoniques antiques. Le même texte met en scène Thècle, qui se baptise elle-même et prêche, et il a servi d’argument aux deux camps dans le débat sur le ministère féminin. La légende de la fontaine des Trois-Fontaines, où sa tête aurait rebondi trois fois en faisant jaillir trois sources, est romaine et médiévale. En Espagne, plusieurs sanctuaires revendiquent son passage sans aucune trace documentaire.

Iconographie, patronages, survivances

Attributs : glaive et livre. Patron des théologiens, des prédicateurs, des tisserands et des cordiers. Fête le 29 juin ; conversion célébrée le 25 janvier, date qui clôt la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. La basilique Saint-Paul-hors-les-Murs conserve un sarcophage dont un sondage de 2006 a confirmé la datation romaine tardive.

Marie de Magdala

Disciple, première témoin de la résurrection dans les quatre évangiles

Ce qui est établi

Son nom vient du bourg de Magdala, sur le lac. Luc 8,2 la dit délivrée de sept démons et la place parmi les femmes qui subvenaient aux besoins du groupe de leurs biens : elle dispose donc de ressources propres. Elle est présente à la croix et au tombeau dans les quatre évangiles, et elle est la première destinataire d’une apparition en Mt 28, Mc 16 et Jn 20. Aucun texte ne dit qu’elle était prostituée. Rien ne l’identifie non plus à la pécheresse de Luc 7 ni à Marie de Béthanie.

Ce que la tradition ajoute

La confusion des trois figures se forme dans l’Occident latin et se fixe avec Grégoire le Grand au VIe siècle ; la tradition grecque ne l’a jamais faite. Le Missel romain a rectifié en 1969, et le pape François a élevé sa mémoire au rang de fête en 2016, avec le titre d’apostola apostolorum déjà employé au Moyen Âge. L’Évangile de Marie, copte et fragmentaire, la présente en conflit avec Pierre sur l’autorité de son témoignage.

Légendes et folklore

La légende provençale la fait débarquer aux Saintes-Maries-de-la-Mer avec Lazare et Marthe, puis vivre trente ans dans la grotte de la Sainte-Baume, nue et couverte de ses seuls cheveux, nourrie par les anges — motif emprunté à la vie de Marie l’Égyptienne. Vézelay revendique ses reliques dès le XIe siècle, Saint-Maximin les lui dispute au XIIIe, et la rivalité entre les deux sanctuaires est l’un des meilleurs dossiers de concurrence hagiographique médiévale. Le mariage avec Jésus et la descendance mérovingienne relèvent d’une fabrication contemporaine sans aucun appui documentaire.

Iconographie, patronages, survivances

Attributs : vase de parfum, longue chevelure, crâne, crucifix. Patronne des parfumeurs, des gantiers, des coiffeurs, des jardiniers — par l’épisode johannique où elle le prend pour le jardinier —, et des femmes repenties, ce dernier patronage procédant précisément de la confusion. Fête le 22 juillet.

Thomas

L’un des Douze, surnommé Didyme, « le Jumeau »

Ce qui est établi

Nommé dans les quatre listes des Douze. Jean seul lui donne un rôle : il propose d’aller mourir avec Jésus (Jn 11,16), demande le chemin (14,5), et exige de voir avant de croire (20,24-29) — épisode qui lui vaut son surnom et qui s’achève sur la confession la plus haute des évangiles, « mon Seigneur et mon Dieu ».

Ce que la tradition ajoute

Une mission en Inde est affirmée très tôt : Éphrem le Syrien la connaît au IVe siècle, et les chrétiens de saint Thomas du Kerala en font le fondement de leur identité. Les Actes de Thomas (IIIe siècle, syriaques) racontent qu’il fut vendu comme esclave à un marchand indien. L’existence d’un commerce maritime régulier entre l’Égypte romaine et la côte de Malabar rend le déplacement matériellement possible ; rien ne le prouve.

Légendes et folklore

Les Actes de Thomas contiennent l’Hymne de la Perle, l’un des plus beaux poèmes de l’Antiquité chrétienne. Ils lui font construire un palais céleste pour un roi indien avec l’argent destiné à un palais terrestre. L’Évangile de Thomas, copte, cent quatorze logia sans récit, découvert à Nag Hammadi, ne lui doit rien sinon son nom. Une tradition médiévale veut qu’il ait reçu la ceinture de la Vierge lors de l’Assomption, parce qu’il était encore une fois absent — la relique est vénérée à Prato depuis le XIIe siècle.

Iconographie, patronages, survivances

Attributs : équerre — patron des architectes et des maçons, par le palais des Actes —, lance, livre. Patron de l’Inde, des géomètres, des aveugles. Fête le 3 juillet dans le rite romain depuis 1969, le 21 décembre auparavant. L’expression « saint Thomas, on ne croit que ce qu’on voit » est une formation proverbiale française tardive.

Judas Iscariote

L’un des Douze, dont la mort est racontée de deux manières incompatibles

Ce qui est établi

Présent dans les quatre listes, toujours en dernier et toujours avec la mention de la trahison. Le sens d’« Iscariote » est disputé : homme de Qeriyot, ou déformation de sicarius, ou porteur du sac. Les trente pièces d’argent sont propres à Matthieu et citent Zacharie 11,12-13. Les évangiles ne donnent aucun mobile cohérent : Marc n’en propose aucun, Matthieu suggère l’argent, Luc et Jean invoquent Satan, Jean ajoute qu’il volait dans la bourse commune (12,6).

Ce que la tradition ajoute

Deux récits de mort inconciliables : pendaison chez Matthieu (27,5), chute et éviscération dans un champ acheté de ses deniers chez les Actes (1,18). Papias, cité par des chaînes exégétiques, en donne une troisième version encore plus violente. Origène puis quelques auteurs ont envisagé son salut ; la position majoritaire l’a exclu, sans que l’Église ait jamais déclaré nommément la damnation de quiconque.

Légendes et folklore

La Légende dorée lui applique le schéma d’Œdipe : exposé à la naissance, il tue son père et épouse sa mère sans le savoir avant de rejoindre Jésus. Le motif de l’arbre de Judas — le cercis, qui rougit de honte — et celui du sureau, réputé l’arbre de la pendaison, sont des étiologies populaires. En Grèce et en Espagne, on brûlait ou pendait une effigie de Judas le Samedi saint, coutume attestée jusqu’au XXe siècle. L’Évangile de Judas, copte, publié en 2006, en fait le disciple le mieux instruit ; l’interprétation « réhabilitante » de la première publication a été fortement contestée dès 2007 sur des points de traduction.

Iconographie, patronages, survivances

Attributs : bourse, corde, chevelure rousse, auréole absente ou noire, place isolée du côté du spectateur dans les Cènes. Son nom est devenu nom commun dans presque toutes les langues européennes. Le « baiser de Judas » et les « trente deniers » sont les deux expressions bibliques les plus vivantes du français courant.

Jacques, frère du Seigneur

Chef de la communauté de Jérusalem, exécuté en 62

Ce qui est établi

Distinct des deux apôtres du même nom. Paul le nomme parmi les « colonnes » et le place en tête, avant Céphas et Jean (Ga 2,9), et dit l’avoir vu lors de sa première montée (Ga 1,19). Josèphe rapporte son exécution en 62, sur ordre du grand prêtre Anân profitant d’une vacance du pouvoir romain — mention incidente et sans emphase, tenue pour authentique par la quasi-totalité des spécialistes. C’est l’une des rares données de l’histoire chrétienne primitive confirmée par une source extérieure.

Ce que la tradition ajoute

Eusèbe le surnomme « le Juste » et rapporte, d’après Hégésippe, qu’il priait au Temple au point d’avoir les genoux calleux comme ceux d’un chameau, et qu’il fut précipité du pinacle puis achevé. La question de sa parenté avec Jésus a produit trois solutions : frères au sens propre (position d’Helvidius, reprise par la plupart des protestants), demi-frères d’un premier mariage de Joseph (tradition orientale), cousins (solution de Jérôme, retenue en Occident).

Légendes et folklore

La Liturgie de saint Jacques, encore célébrée une fois l’an dans plusieurs Églises orientales, lui est attribuée sans fondement. L’ossuaire de Jacques, apparu sur le marché des antiquités en 2002 avec l’inscription « Jacques fils de Joseph frère de Jésus », a donné lieu à un procès pour faux à Jérusalem, achevé en 2012 par un acquittement qui n’établit pas l’authenticité. L’objet reste inutilisable scientifiquement, faute de provenance.

Iconographie, patronages, survivances

Souvent confondu dans l’iconographie et les patronages avec Jacques le Majeur, dont Compostelle a capté l’essentiel du culte occidental. Fête le 3 mai avec Philippe dans le rite romain, le 23 octobre en Orient.

Jean-Baptiste

Prophète baptiseur, exécuté par Hérode Antipas vers 28-29

Ce qui est établi

L’un des rares personnages évangéliques décrit indépendamment par une source extérieure. Josèphe (Ant. XVIII, 116-119) le présente comme un homme de bien exhortant les Juifs à la vertu et au baptême, précisant que celui-ci ne servait pas à obtenir le pardon mais à purifier le corps une fois l’âme purifiée par la justice — définition différente de celle des évangiles. Josèphe donne aussi le mobile de l’exécution : Antipas craignait son influence sur les foules, et non une affaire de mariage. Le baptême de Jésus par Jean est l’un des faits les mieux assurés de la vie de Jésus, précisément parce qu’il embarrasse les évangélistes.

Ce que la tradition ajoute

Les évangiles ajoutent la parenté avec Jésus (Lc 1), la naissance annoncée, le régime de sauterelles et de miel sauvage, et le récit de la danse de Salomé. Josèphe situe l’exécution à Machéronte, information absente des évangiles. Un rapprochement avec Qumrân a souvent été proposé — ascèse au désert, bains rituels, attente eschatologique — mais aucun texte ne l’atteste et les différences sont considérables.

Légendes et folklore

Le seul mouvement religieux vivant à se réclamer de lui plutôt que de Jésus est le mandéisme, présent en Irak et en Iran, dont le baptême fluvial répété est le rite central. Les reliques de sa tête sont revendiquées par Amiens — rapportée du sac de Constantinople en 1204 —, par la mosquée des Omeyyades de Damas, par Rome et par plusieurs autres sanctuaires. La fête du 24 juin, au solstice d’été, symétrique de Noël au solstice d’hiver, est lue depuis le Moyen Âge à partir de Jn 3,30 : « il faut qu’il croisse et que je diminue » — les jours commencent à décroître. Les feux de la Saint-Jean, attestés dans toute l’Europe et encore pratiqués, sont une greffe chrétienne sur des rites solsticiaux antérieurs.

Iconographie, patronages, survivances

Attributs : vêtement de poils de chameau, agneau, croix de roseau, phylactère Ecce Agnus Dei, tête sur un plat. Patron des tailleurs, des fourreurs, des tanneurs — par la peau de bête —, et du Québec. Seul saint dont l’Église latine célèbre la naissance, avec Marie.

Jean fils de Zébédée

Apôtre, et le problème johannique

Ce qui est établi

Pêcheur, frère de Jacques, surnommé avec lui « fils du tonnerre » (Mc 3,17). Membre du trio qui accompagne Jésus à la transfiguration et à Gethsémani. Paul le nomme parmi les colonnes de Jérusalem (Ga 2,9). Au-delà, la difficulté commence : le quatrième évangile ne le nomme jamais, et le « disciple que Jésus aimait » n’est pas identifié. L’attribution à Jean fils de Zébédée est une déduction ancienne, non une donnée du texte.

Ce que la tradition ajoute

Irénée l’affirme à la fin du IIe siècle en se réclamant de Polycarpe. Mais Papias, cité par Eusèbe (HE III, 39), distingue l’apôtre Jean et un « Jean l’Ancien », ce qui a ouvert dès l’Antiquité la question de deux Jean d’Éphèse. L’exégèse contemporaine distingue généralement l’auteur de l’évangile, celui des lettres et celui de l’Apocalypse — ce dernier se nommant Jean et écrivant dans un grec très différent. La tradition d’Éphèse et de l’exil à Patmos est ancienne et invérifiable.

Légendes et folklore

Les Actes de Jean (IIe siècle) racontent qu’il but une coupe empoisonnée sans dommage — d’où le calice au serpent. Une tradition veut qu’il ne soit pas mort mais qu’il dorme en remuant la terre de sa tombe : Jn 21,23 la corrige explicitement, preuve qu’elle circulait déjà. Le « vin de la Saint-Jean », béni le 27 décembre et bu contre les poisons et les mauvais sorts, est encore pratiqué en Autriche, en Bavière et en Alsace. Tertullien rapporte qu’il aurait été plongé dans l’huile bouillante à Rome sans souffrir — d’où l’église San Giovanni a Porta Latina.

Iconographie, patronages, survivances

Attributs : aigle, calice au serpent, livre, jeunesse imberbe. Patron des théologiens, des écrivains, des libraires, des relieurs et des imprimeurs.

Marie, mère de Jésus

La figure la plus développée par la tradition à partir du matériau le plus mince

Ce qui est établi

Paul écrit seulement que Jésus est « né d’une femme, né sous la Loi » (Ga 4,4), sans la nommer. Marc la nomme une fois (6,3) et rapporte que les siens le tiennent pour hors de sens et viennent le chercher (3,21.31) — passage que Matthieu et Luc atténuent. Matthieu et Luc donnent deux récits d’enfance largement inconciliables. Jean la met deux fois en scène sans la nommer, à Cana et à la croix. Actes 1,14 la place parmi les disciples après la Pâque. C’est tout.

Ce que la tradition ajoute

Le Protévangile de Jacques (IIe siècle) fournit presque tout le reste : les noms d’Anne et Joachim, la naissance miraculeuse, la présentation au Temple, la virginité vérifiée par une sage-femme. Aucun de ces éléments n’est biblique et tous sont passés dans la liturgie et l’iconographie. Les définitions dogmatiques s’étagent sur quinze siècles : Θεοτόκος à Éphèse en 431, virginité perpétuelle au VIIe, Immaculée Conception en 1854, Assomption en 1950 — les deux dernières par l’Église catholique seule.

Légendes et folklore

La Santa Casa de Lorette, maison de Nazareth transportée par les anges en 1294, est l’une des légendes les plus vivaces ; elle a fait de Marie la patronne des aviateurs en 1920. Les Vierges noires, plus de cinq cents en Europe, ont suscité une littérature abondante ; l’explication la plus solide reste l’oxydation et la fumée des cierges, sans exclure des continuités locales. Le romarin serait devenu bleu au contact de son manteau, le chardon-Marie tacheté par son lait. Les apparitions modernes — Guadalupe 1531, Lourdes 1858, Fátima 1917 — relèvent d’un autre régime : elles sont enquêtées, parfois reconnues, souvent refusées, et l’Église n’en fait jamais des articles de foi.

Iconographie, patronages, survivances

Attributs : manteau bleu, lys, croissant de lune, douze étoiles, rose. Une fête mariale par mois ou presque dans le calendrier romain. Innombrables toponymes en Notre-Dame, et un patronage sur des dizaines de pays, métiers et causes.

Marthe, Marie et Lazare de Béthanie

Une fratrie, deux traditions, une bête fabuleuse

Ce qui est établi

Luc 10,38-42 met en scène Marthe affairée et Marie assise aux pieds du maître, sans les localiser ni mentionner de frère. Jean 11-12 les situe à Béthanie, leur donne Lazare pour frère, et fait de sa résurrection le déclencheur direct de la décision de mise à mort (Jn 11,45-53). Les synoptiques ignorent entièrement cet épisode, ce qui constitue l’un des problèmes les plus discutés de la relation entre Jean et eux. Marthe prononce en Jn 11,27 une confession de foi équivalente à celle de Pierre chez les synoptiques.

Ce que la tradition ajoute

La tradition orientale fait de Lazare le premier évêque de Kition, à Chypre, où sa tombe est vénérée à Larnaca depuis le IXe siècle. La tradition occidentale en fait le premier évêque de Marseille, avec un tombeau à Autun : deux traditions incompatibles, chacune bien implantée.

Légendes et folklore

La légende provençale fait débarquer la fratrie aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Marthe remonte le Rhône jusqu’à Tarascon et y dompte la Tarasque, monstre amphibie, en l’aspergeant d’eau bénite et en la liant de sa ceinture. La Fête de la Tarasque est attestée depuis 1474 et figure depuis 2005 sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Le mot « lazaret », qui désigne les lieux de quarantaine, procède d’une contamination entre le Lazare de Jean et le pauvre couvert d’ulcères de Luc 16, par l’intermédiaire du Lazzaretto vénitien.

Iconographie, patronages, survivances

Marthe : trousseau de clés, louche, aspersoir, tarasque enchaînée. Patronne des cuisinières, des hôteliers, des maîtresses de maison et des blanchisseuses. Lazare : patron des lépreux — d’où les « ladreries » et l’ordre de Saint-Lazare — et des fossoyeurs.

Ponce Pilate

Préfet de Judée de 26 à 36 ou 37, et saint dans deux Églises

Ce qui est établi

Le seul personnage de la Passion dont le titre exact soit épigraphiquement attesté : la pierre découverte à Césarée en 1961 porte praefectus, et non procurator comme l’écrit Tacite. Philon (Legatio 299-305) et Josèphe le décrivent comme brutal et provocateur — boucliers votifs à Jérusalem, aqueduc financé sur le trésor du Temple, répression sanglante en Samarie qui entraîne son rappel à Rome. Les évangiles le présentent comme hésitant et poussé par la foule ; l’écart entre les deux portraits est l’un des dossiers classiques de la critique.

Ce que la tradition ajoute

Les Actes de Pilate, dits aussi Évangile de Nicodème (IVe-Ve siècle), prolongent son rôle et fournissent à l’Occident la descente aux enfers. Eusèbe rapporte qu’il se serait suicidé sous Caligula. Sa femme, anonyme en Mt 27,19, reçoit les noms de Procla ou Claudia et devient sainte dans les Églises orthodoxes, fêtée le 27 octobre.

Légendes et folklore

Pilate est saint dans les Églises éthiopienne et copte, qui le tiennent pour converti et le fêtent le 25 juin — l’un des cas les plus remarquables de divergence hagiographique entre traditions chrétiennes. La légende occidentale est inverse : son cadavre, jeté dans le Tibre puis dans le Rhône à Vienne, aurait provoqué de tels troubles qu’on l’aurait précipité dans un lac des Alpes. De là le mont Pilate, au-dessus de Lucerne : l’accès au petit lac de son sommet fut longtemps interdit par les autorités lucernoises, qui craignaient que déranger l’eau ne déclenche des tempêtes, et il fallut qu’en 1585 le doyen Johann Müller y jette des pierres publiquement pour rompre le maléfice. L’étymologie réelle du nom vient probablement de pileatus, « coiffé d’un chapeau », le sommet portant souvent un chapeau de nuages.

Iconographie, patronages, survivances

Représenté se lavant les mains, en juge assis, parfois en turban oriental. Son nom figure dans les trois symboles — « crucifié sous Ponce Pilate » — ce qui fait de lui le seul personnage profane de la profession de foi chrétienne, et lui assure une célébrité liturgique quotidienne dont il se serait passé.

Véronique et Longin

Deux personnages sans nom devenus saints

Ce qui est établi

Aucun des deux ne figure dans le Nouveau Testament sous ce nom. Les évangiles connaissent une femme guérie d’une perte de sang (Mc 5,25-34) et un centurion qui reconnaît le Fils de Dieu au pied de la croix (Mc 15,39) ; Jean mentionne un soldat qui perce le côté (19,34). Aucun n’est nommé, et aucun texte canonique ne raconte l’essuiement du visage.

Ce que la tradition ajoute

Les deux noms viennent des Actes de Pilate et de leurs dérivés. Celui de Véronique est probablement une lecture du latin vera icon, « véritable image », transformée en nom de personne : la relique a produit la sainte, et non l’inverse. Longin tire le sien du grec λόγχη, la lance.

Légendes et folklore

Le voile de Véronique est conservé à Saint-Pierre de Rome ; d’autres sanctuaires en revendiquent, notamment Manoppello. L’épisode devient la sixième station du chemin de croix, dévotion fixée au XVIIIe siècle. La lance de Longin est revendiquée par Rome, Vienne, Cracovie et Etchmiadzine ; celle de Vienne a été datée au VIIIe siècle et servait aux couronnements impériaux. Longin aurait été aveugle et guéri par le sang coulant sur ses yeux — motif absent des évangiles et central dans l’iconographie orientale. Sa relique de Mantoue a inspiré des œuvres de Mantegna.

Iconographie, patronages, survivances

Véronique : voile portant le visage ; patronne des blanchisseuses et des photographes, ce dernier patronage étant du XXe siècle. Longin : lance et bouclier ; patron des soldats et invoqué contre les maux d’yeux. Les deux cas illustrent un mécanisme constant : un besoin liturgique ou dévotionnel crée un personnage, qui reçoit un nom, puis une biographie, puis un patronage.

Priscille et Aquilas

Un couple d’artisans, enseignants d’Apollos

Ce qui est établi

Mentionnés six fois. Juifs chassés de Rome par l’édit de Claude vers 49, artisans du cuir ou de la toile de tente comme Paul, ils l’hébergent à Corinthe, l’accompagnent à Éphèse, y accueillent une Église dans leur maison, puis retournent à Rome. Priscille est nommée avant son mari dans quatre des six mentions, ce qui est contraire à l’usage grec et latin et signale une prééminence — probablement sociale, peut-être doctrinale. Ensemble, ils « exposent plus exactement la Voie » à Apollos, lettré alexandrin (Ac 18,26) : une femme instruit publiquement un maître.

Ce que la tradition ajoute

La tradition romaine leur attribue la catacombe de Priscille sur la via Salaria, en réalité liée à une autre famille. Un titre presbytéral titulus Aquilae et Priscae sur l’Aventin est attesté au IVe siècle.

Légendes et folklore

Adolf von Harnack a proposé en 1900 que Priscille soit l’auteur de l’Épître aux Hébreux, dont l’anonymat s’expliquerait par le sexe de l’autrice. La thèse est invérifiable et régulièrement reprise ; ce qui est certain est que l’épître est anonyme et que l’attribution à Paul a été contestée dès l’Antiquité, Origène concluant que Dieu seul sait qui l’a écrite.

Iconographie, patronages, survivances

Fêtés ensemble le 8 juillet. Patrons des couples et, par leur métier, des selliers et des tapissiers. Leur cas est devenu l’une des pièces centrales du dossier sur le ministère féminin dans les premières communautés.

Luc

Médecin, compagnon de Paul, et peintre malgré lui

Ce qui est établi

Nommé trois fois dans le corpus paulinien, dont Colossiens 4,14 : « Luc, le médecin bien-aimé ». L’attribution du troisième évangile et des Actes repose sur la tradition du IIe siècle et sur les sections en « nous », non sur le texte lui-même, qui est anonyme. Le prologue de Lc 1,1-4 est le seul du Nouveau Testament à revendiquer une démarche d’enquête et à s’adresser à un dédicataire nommé. Son grec est le plus soigné du corpus évangélique.

Ce que la tradition ajoute

La tradition en fait un Syrien d’Antioche, non juif — il serait alors le seul auteur non juif du Nouveau Testament —, mort en Béotie ou en Bithynie à un âge avancé. Ses reliques sont à Padoue depuis le XIVe siècle, après un transfert depuis Constantinople et Thèbes.

Légendes et folklore

À partir du VIe siècle, une légende byzantine lui attribue le premier portrait de la Vierge, d’où le patronage des peintres et les confréries de Saint-Luc qui encadreront les métiers artistiques dans toute l’Europe. Des dizaines d’icônes se réclament de sa main, dont la Salus Populi Romani et la Vierge noire de Częstochowa. En 1998, une commission scientifique a examiné le corps de Padoue : datation au radiocarbone compatible avec le Ier-IIe siècle pour une partie des restes, et analyses ADN orientant vers une origine syrienne. Le résultat est compatible avec la tradition sans l’établir.

Iconographie, patronages, survivances

Attributs : taureau ailé, palette et pinceaux, livre. Patron des médecins, des chirurgiens, des peintres, des sculpteurs, des notaires et des bouchers — ce dernier par le taureau. Fête le 18 octobre.

Barnabé

Lévite chypriote, découvreur de Paul, puis rival

Ce qui est établi

De son vrai nom Joseph, lévite originaire de Chypre, il vend un champ au profit de la communauté (Ac 4,36-37). C’est lui qui introduit Paul auprès des apôtres méfiants, lui qui va le chercher à Tarse pour l’associer à l’œuvre d’Antioche, et lui qui l’accompagne au premier voyage. Ils se séparent en conflit ouvert au sujet de Jean-Marc (Ac 15,37-39). Paul le mentionne dans ses lettres et lui reproche d’avoir cédé lors de l’incident d’Antioche (Ga 2,13). L’Épître de Barnabé, du IIe siècle, n’est pas de lui.

Ce que la tradition ajoute

La tradition le fait lapider à Salamine de Chypre. Les Actes de Barnabé, du Ve siècle, donnent le récit détaillé.

Légendes et folklore

En 478, l’archevêque Anthémios de Chypre déclare avoir découvert, sur indication d’un songe, le tombeau de Barnabé contenant un exemplaire de l’évangile de Matthieu posé sur sa poitrine. Il porte le manuscrit à l’empereur Zénon, qui accorde en retour l’autocéphalie à l’Église de Chypre et le privilège pour ses archevêques de signer à l’encre pourpre et de porter le sceptre impérial — privilèges encore exercés aujourd’hui. Que l’on juge la découverte authentique ou opportune, elle a produit un statut ecclésial qui dure depuis quinze siècles. L’Évangile de Barnabé, texte tardif d’inspiration islamisante connu par des manuscrits italien et espagnol du XVIe siècle, n’a aucun rapport avec lui.

Iconographie, patronages, survivances

Attributs : livre, bâton de pèlerin, pierres du martyre. Patron de Chypre, des artisans de la paix et des tonneliers. Fête le 11 juin.

Étienne

Premier martyr, et une invention de reliques aux effets considérables

Ce qui est établi

Actes 6-7 le présente comme l’un des sept choisis pour le service des tables, helléniste, et lui attribue le plus long discours du livre — une relecture de l’histoire d’Israël qui culmine en une critique du Temple. Sa lapidation déclenche la dispersion des hellénistes, d’où naîtront les communautés d’Antioche et la mission aux païens. Le récit associe Saul à la scène, détail que Paul ne mentionne jamais.

Ce que la tradition ajoute

Le nom grec — Στέφανος, la couronne — a paru si bien assorti au premier martyr que certains y ont vu une construction ; rien ne permet de trancher.

Légendes et folklore

En décembre 415, un prêtre nommé Lucien déclare avoir localisé les reliques d’Étienne à Kafr Gamala, près de Jérusalem, sur indication d’une vision de Gamaliel. L’invention déclenche la plus vaste diffusion de reliques de l’Antiquité chrétienne : des fragments circulent dans tout le bassin méditerranéen, et Augustin consacre au sujet un chapitre entier de la Cité de Dieu (XXII, 8) où il recense les guérisons survenues à Hippone. C’est un document de premier ordre sur la naissance du culte des reliques. Le 26 décembre, lendemain de Noël, a produit des coutumes robustes : chasse au roitelet en Irlande et dans le Sud-Ouest, bénédiction des chevaux et de l’avoine en Europe centrale, et le Boxing Day britannique, jour où l’on ouvrait les troncs des pauvres.

Iconographie, patronages, survivances

Attributs : dalmatique de diacre, pierres posées sur la tête ou les épaules, palme. Patron des diacres, des tailleurs de pierre et des maçons. Fête le 26 décembre.

Joseph d’Arimathie

Le notable qui réclame le corps, et le fondateur légendaire de l’Angleterre chrétienne

Ce qui est établi

Présent dans les quatre évangiles, ce qui est rare. Membre du sanhédrin, riche, il demande le corps à Pilate et le dépose dans un tombeau neuf. Marc précise qu’il attendait le Royaume, Matthieu qu’il était disciple, Jean qu’il l’était en secret par crainte. La demande à Pilate est un acte coûteux : réclamer le corps d’un supplicié politique expose.

Ce que la tradition ajoute

L’Évangile de Nicodème le fait emprisonner par les autorités juives et délivrer par le Christ ressuscité. La tradition orientale en fait un évangélisateur, sans localisation stable.

Légendes et folklore

La légende occidentale est l’une des plus fécondes de la littérature européenne. Robert de Boron, vers 1200, en fait le gardien du Graal — le vase ayant recueilli le sang de la croix — et l’envoie en Bretagne insulaire. Glastonbury s’en empare : Joseph y aurait planté son bâton, devenu l’Holy Thorn, aubépine fleurissant à Noël, dont un rameau était envoyé chaque année au souverain britannique — l’arbre a été abattu par des vandales en 2010 et des greffons ont été replantés. Une légende du XIXe siècle, sans aucun appui médiéval, en fait un marchand d’étain accompagné de l’enfant Jésus en Cornouailles : c’est la source du poème de Blake devenu l’hymne Jerusalem.

Iconographie, patronages, survivances

Attributs : vase ou calice, linceul, couronne d’épines, bâton fleuri. Patron des fossoyeurs, des croque-morts et des tailleurs de pierre. Fête le 31 août en Occident, le 31 juillet en Orient.

Timothée, Onésime et les autres

Trois destinataires, trois problèmes

Ce qui est établi

Timothée : fils d’une mère juive et d’un père grec, associé à Paul dès Lystre, cosignataire de six lettres — il n’est donc pas un simple secrétaire. Actes 16,3 rapporte que Paul le fit circoncire, ce qui paraît difficile à concilier avec Galates. Onésime : esclave au sujet duquel Paul écrit à Philémon la plus courte et la plus embarrassante de ses lettres — il le renvoie tout en demandant qu’il soit reçu « non plus comme un esclave, mais mieux qu’un esclave, comme un frère bien-aimé », sans jamais demander l’affranchissement. Lydie : marchande de pourpre de Thyatire établie à Philippes, première convertie d’Europe selon les Actes, chef de sa maisonnée, qui héberge l’équipe missionnaire.

Ce que la tradition ajoute

Timothée serait devenu premier évêque d’Éphèse et aurait été lapidé sous Nerva ; ses reliques auraient été transférées à Constantinople en 356. Onésime aurait été affranchi puis évêque d’Éphèse : Ignace d’Antioche, vers 110, salue effectivement un évêque d’Éphèse nommé Onésime, ce qui a nourri l’hypothèse de John Knox selon laquelle c’est lui qui aurait rassemblé le corpus paulinien. Séduisant, indémontrable — le nom était courant chez les esclaves.

Légendes et folklore

La lettre à Philémon a eu une postérité que Paul n’avait pas prévue : invoquée par les défenseurs de l’esclavage américains comme une injonction à rendre les fugitifs, et par les abolitionnistes comme une subversion de l’institution. Les deux lectures s’appuient sur le même texte, ce qui en fait un cas d’école d’herméneutique. Les Actes de Paul et Thècle ont fait de Thècle, convertie à Iconium, une figure majeure du culte oriental, avec un sanctuaire à Séleucie visité par la pèlerine Égérie au IVe siècle.

Iconographie, patronages, survivances

Timothée : fêté le 26 janvier avec Tite ; patron invoqué contre les maux d’estomac, par 1 Tm 5,23 et son conseil d’un peu de vin. Lydie : fêtée le 3 août, patronne des teinturiers. Onésime : fêté le 15 février.

Deux règles appliquées Première règle : ce qu’un texte ne dit pas est signalé comme tel. Aucun évangile ne fait de Marie de Magdala une prostituée, aucun ne donne de mobile cohérent à Judas, aucun ne dit que Pierre fut évêque de Rome. Seconde règle : une légende n’est pas une erreur à corriger mais un document sur ceux qui l’ont formée. Le Quo vadis ? ne renseigne pas sur Pierre ; il renseigne sur la communauté romaine du IIe siècle et sur ce qu’elle avait besoin de raconter.

Second ensemble de fiches

Douze figures supplémentaires, traitées selon les mêmes quatre strates. Elles ont été retenues soit parce qu’elles portent un dossier documentaire consistant, soit parce que l’écart entre le texte et la tradition y est particulièrement instructif.

Nicodème

Jn 3,1-21 ; 7,50-52 ; 19,39

Établi

Pharisien et « chef des juifs » selon Jean, absent des synoptiques. Il vient de nuit, objecte, et disparaît sans conclusion. Il reparaît deux fois : pour rappeler au sanhédrin que la Loi n’condamne pas sans entendre, puis pour apporter cent livres de myrrhe et d’aloès à l’ensevelissement — quantité royale et invraisemblable, qui signale une intention littéraire.

Tradition

La tradition en fait un disciple secret puis un baptisé, chassé du sanhédrin et recueilli par Gamaliel. Un Évangile de Nicodème, compilation latine des IVe-Ve siècles, lui est attribué : il contient les Actes de Pilate et le récit de la descente aux enfers, qui fournira l’essentiel de l’iconographie médiévale du sujet.

Folklore

Le Talmud connaît un Naqdimon ben Gourion, riche notable de Jérusalem avant 70, dont il raconte qu’il obtint la pluie par sa prière et que sa fille finit dans la misère après la guerre (b. Taanit 19b-20a ; b. Ketoubot 66b). L’identification avec le personnage johannique est ancienne et invérifiable : le nom est rare, la période concorde, et rien d’autre ne rapproche les deux figures.

Réception

Le nom est passé dans le vocabulaire — un nicodemite désigne au XVIe siècle celui qui croit en secret sans le confesser. Calvin a écrit contre eux un traité en 1544, et la polémique a duré : le mot est resté une injure entre réformés.

Gamaliel

Ac 5,34-39 ; 22,3

Établi

Docteur de la Loi, « honoré de tout le peuple », il conseille au sanhédrin de laisser faire les apôtres : si l’entreprise vient des hommes, elle se défera. Paul se dit formé à ses pieds.

Tradition

La tradition chrétienne en fait un converti secret et un saint, avec une fête et des reliques découvertes en 415 à Kfar Gamla. Aucune source ancienne juive n’en dit rien de tel.

Folklore

Les Reconnaissances pseudo-clémentines le donnent pour chrétien clandestin. La légende de l’invention des reliques d’Étienne le fait apparaître en songe au prêtre Lucien pour indiquer l’emplacement du tombeau.

Réception

La tradition juive connaît parfaitement Rabban Gamliel l’Ancien, petit-fils de Hillel, premier à porter le titre de Rabban, auteur de décrets sur les agounot et sur le calendrier. C’est l’un des rares cas où une figure majeure du Nouveau Testament est aussi une figure majeure de la tradition rabbinique, et la comparaison des deux portraits est un exercice instructif.

Anne et Caïphe

Lc 3,2 ; Jn 18,13-24 ; Ac 4,6

Établi

Caïphe est grand prêtre de 18 à 36, ce qui est un mandat exceptionnellement long et suppose une entente durable avec le pouvoir romain. Anne, son beau-père, avait exercé de 6 à 15 et conserve le titre par courtoisie ; Luc écrit « sous le grand prêtre Anne et Caïphe », formule irrégulière qui a fait couler beaucoup d’encre.

Tradition

La tradition chrétienne a durci les deux figures en archétypes du complot sacerdotal, et la Passion médiévale leur a donné un rôle scénique considérable.

Folklore

Aucun folklore notable : ces personnages ont été noircis plutôt que légendés.

Réception

L’ossuaire de Caïphe, découvert en 1990 dans la Forêt de la Paix au sud de Jérusalem, porte l’inscription « Yehosef bar Qayafa » et contenait les restes d’un homme d’une soixantaine d’années. L’identification est probable sans être certaine. En 2011, un second ossuaire a livré le nom d’une « Miriam fille de Yeshua fils de Caïphe, prêtre de Maazia de Beth Imri ». Ce sont les seules traces matérielles connues d’un personnage nommé dans les récits de la Passion.

Hérode Antipas

Mc 6,14-29 ; Lc 3,19-20 ; 13,31-32 ; 23,6-12

Établi

Tétrarque de Galilée et de Pérée de 4 avant l’ère commune à 39. Fait exécuter Jean-Baptiste. Luc est seul à rapporter qu’il eut Jésus devant lui. Fondateur de Tibériade, ville bâtie sur une nécropole et longtemps évitée par les juifs observants pour cette raison.

Tradition

La tradition a confondu les Hérode en une figure unique, et le théâtre médiéval en a fait le type du tyran ridicule — « faire son Hérode » a longtemps signifié tempêter en vain.

Folklore

La danse de Salomé, qui n’est pas nommée dans les évangiles, a produit une postérité artistique énorme : Flaubert, Wilde, Strauss, Moreau. Le nom vient de Josèphe.

Réception

Josèphe donne des raisons politiques à l’exécution de Jean : Antipas craignait que son influence sur les foules ne provoque une révolte (Ant. XVIII, 116-119). Les deux récits ne se contredisent pas et ne se recouvrent pas : l’un donne un motif de cour, l’autre un motif de sécurité. C’est un cas d’école pour l’articulation entre sources évangéliques et sources profanes.

Jacques et Jean, fils de Zébédée

Mc 1,19-20 ; 3,17 ; 10,35-45 ; Ac 12,2

Établi

Pêcheurs associés à leur père, appelés Boanerguès, « fils du tonnerre ». Ils demandent les premières places et proposent de faire descendre le feu sur un village samaritain. Jacques est le premier apôtre exécuté, décapité par Agrippa Ier vers 44 — seul martyre d’apôtre rapporté dans le Nouveau Testament.

Tradition

Jean est identifié au disciple bien-aimé, à l’auteur de l’évangile, des trois lettres et de l’Apocalypse — quatre identifications distinctes, dont aucune n’est affirmée par les textes eux-mêmes et qui se sont agrégées entre le IIe et le IVe siècle.

Folklore

Jacques devient Santiago : une tradition du IXe siècle fait aborder son corps en Galice, et Compostelle devient le troisième pèlerinage de la chrétienté. La figure du Matamoros, saint Jacques tueur de Maures à cheval, apparaît au XIIe siècle et n’a aucun rapport avec le personnage.

Réception

Papias, cité par un extrait discuté, aurait rapporté que les deux frères furent tués par les juifs — ce qui contredirait la longue vieillesse johannique. Le témoignage est fragile et il alimente encore le débat sur l’auteur du quatrième évangile.

André

Mc 1,16-18 ; Jn 1,35-42 ; 6,8 ; 12,22

Établi

Frère de Simon Pierre. Jean en fait un ancien disciple du Baptiste et celui qui amène Pierre à Jésus — inversion de préséance par rapport aux synoptiques, où Pierre est toujours nommé le premier. Il est aussi celui qui signale l’enfant aux cinq pains, et celui à qui des Grecs s’adressent pour voir Jésus.

Tradition

La tradition l’envoie en Scythie, en Achaïe et à Byzance, dont il devient le fondateur apostolique — titre qui fonde la revendication d’ancienneté du siège de Constantinople face à Rome. Il aurait été crucifié à Patras.

Folklore

La croix en X, dite croix de saint André, n’apparaît pas avant le Xe siècle et n’est généralisée qu’au XIVe. Elle est devenue le drapeau de l’Écosse et un élément de l’Union Jack.

Réception

La fondation byzantine par André est l’argument ecclésiologique le plus employé de l’Orient face à la primauté pétrinienne : si Rome invoque Pierre, Constantinople invoque son frère aîné en vocation. L’argument est développé à partir du VIIIe siècle et il reste présent dans le dialogue œcuménique, où Rome et Constantinople échangent chaque année des délégations pour les fêtes de Pierre et d’André.

Philippe et l’eunuque éthiopien

Ac 6,5 ; 8,4-40 ; 21,8-9

Établi

Philippe est l’un des sept Hellénistes, distinct de l’apôtre. Il évangélise la Samarie puis rencontre sur la route de Gaza un haut fonctionnaire de la reine d’Éthiopie, eunuque, qui lit Isaïe 53 sans le comprendre. Il le baptise. En Ac 21, Paul loge chez lui à Césarée et il est précisé qu’il a quatre filles prophétesses.

Tradition

La tradition fait de l’eunuque le fondateur du christianisme éthiopien. L’Église éthiopienne lui donne le nom de Bachana et le tient pour son premier évangélisateur.

Folklore

Les quatre filles prophétesses ont nourri une tradition abondante ; Eusèbe les invoque comme source d’informations anciennes, et Polycrate d’Éphèse mentionne leurs tombeaux.

Réception

Le statut de l’eunuque est le nœud du récit : Dt 23,2 exclut l’eunuque de l’assemblée, et Is 56,3-5 — quelques chapitres après le passage qu’il lit — lui promet dans la maison de Dieu « un nom meilleur que des fils ». Le rapprochement est probablement voulu par l’auteur. La conversion de l’Éthiopie est en réalité du IVe siècle, sous Frumence et le roi Ezana.

Simon le magicien

Ac 8,9-24

Établi

Thaumaturge samaritain, il croit, se fait baptiser, puis propose de l’argent pour obtenir le pouvoir de donner l’Esprit. Pierre le rabroue. Le texte s’achève sur une demande de prière ambiguë et le personnage disparaît.

Tradition

Justin, samaritain lui-même, en fait le père de toutes les hérésies et affirme qu’une statue lui était dressée à Rome avec l’inscription Simoni Deo Sancto. Irénée et les hérésiologues bâtissent sur lui une généalogie complète du gnosticisme.

Folklore

Les Actes de Pierre le font voler au-dessus du Forum et s’écraser sur la prière de l’apôtre. L’épisode est devenu un motif iconographique constant.

Réception

La statue romaine a été retrouvée en 1574 : elle est dédiée à Semoni Sanco Deo Fidio, divinité sabine. Justin avait lu de travers une inscription païenne. L’erreur a fondé une tradition hérésiologique de plusieurs siècles, et son nom a produit le mot simonie, qui désigne toujours en droit canonique le trafic des choses saintes.

Corneille

Ac 10,1-11,18

Établi

Centurion de la cohorte Italique à Césarée, « craignant Dieu », aumônier et priant. Sa conversion occupe deux chapitres entiers — traitement disproportionné qui signale l’importance de l’épisode pour l’auteur : c’est l’ouverture aux païens, validée par une vision donnée à Pierre.

Tradition

La tradition en fait le premier évêque de Césarée.

Folklore

Peu de folklore : le personnage a servi d’argument plus que d’imaginaire.

Réception

La catégorie des « craignant Dieu » est l’un des dossiers les plus discutés de l’histoire du judaïsme ancien : sympathisants païens fréquentant la synagogue sans se convertir, ils sont mentionnés à plusieurs reprises dans les Actes. Leur existence comme groupe constitué a été contestée, puis confirmée par l’épigraphie — notamment l’inscription d’Aphrodisias, qui distingue explicitement juifs, prosélytes et θεοσεβεῖς. La datation de cette inscription est discutée, mais le terme y est bien une catégorie et non une épithète.

Jacques, Jean-Marc et les « frères du Seigneur »

Mc 6,3 ; Ac 12,12 ; 15,37-39 ; Col 4,10

Établi

Jean-Marc est le fils d’une Marie dont la maison sert de lieu de réunion à Jérusalem. Il accompagne Barnabé et Paul, les quitte en route, et provoque entre eux une rupture violente — Paul refuse de le reprendre, Barnabé l’emmène à Chypre. Il reparaît ensuite dans les lettres comme collaborateur retrouvé.

Tradition

La tradition l’identifie à l’évangéliste Marc, interprète de Pierre selon Papias, puis fondateur de l’Église d’Alexandrie selon Eusèbe. Les trois identifications sont distinctes et se sont additionnées.

Folklore

Le jeune homme qui s’enfuit nu en Mc 14,51-52 lui est attribué par une tradition tardive, sur le seul argument que l’auteur se serait signé ainsi.

Réception

La fondation alexandrine n’est attestée par aucune source antérieure à Eusèbe, au début du IVe siècle. Elle fonde pourtant la revendication d’apostolicité du siège d’Alexandrie, deuxième de la chrétienté à Nicée. Voir le module Alexandrie et les origines chrétiennes.

Phœbé

Rm 16,1-2

Établi

Paul la recommande en deux versets d’une densité remarquable. Elle est διάκονος de l’Église de Cenchrées — le mot est au masculin et sans article, forme employée ailleurs pour des hommes exerçant une fonction — et προστάτις de beaucoup, y compris de Paul lui-même, terme qui désigne dans la langue courante une patronne ou une protectrice.

Tradition

La tradition l’a longtemps décrite comme une servante pieuse, et les traductions ont rendu διάκονος par « servante » quand il s’agissait d’elle et par « diacre » quand il s’agissait d’un homme.

Folklore

Une tradition en fait la porteuse de l’épître aux Romains, ce que le texte n’affirme pas mais que la recommandation rend très probable — on recommande le porteur.

Réception

Le dossier est l’un des plus nets du corpus : deux termes techniques, tous deux affaiblis en traduction pendant des siècles. Si Phœbé porte la lettre, elle en est aussi la première lectrice publique et probablement la première à devoir en expliquer le contenu à la communauté romaine — conséquence rarement tirée.

Junia

Rm 16,7

Établi

Paul salue Andronicus et Junia, ses parents et compagnons de captivité, « remarquables parmi les apôtres », et précise qu’ils étaient en Christ avant lui.

Tradition

Les commentateurs grecs et latins jusqu’au XIIe siècle lisent un nom de femme. Jean Chrysostome s’en émerveille explicitement : « quelle sagesse fallait-il à cette femme pour être jugée digne du nom d’apôtre ».

Folklore

Aucun folklore : le personnage a disparu par un accent.

Réception

Le dossier est un cas d’école de l’histoire des éditions. Le grec non accentué porte ΙΟΥΝΙΑΝ, qui peut se lire Junia, nom féminin courant et abondamment attesté dans l’épigraphie latine, ou Junias, nom masculin qui n’est attesté nulle part. Les premières éditions imprimées accentuées ont retenu le masculin, et les traductions l’ont suivi pendant des siècles. Le retour à Junia dans les éditions critiques modernes n’est pas une concession militante : c’est le rétablissement de la lecture des Pères grecs, pour qui le grec était la langue maternelle.

Ce que ce second ensemble fait apparaître

Trois régularités se dégagent de ces douze fiches, et elles valent au-delà des cas traités.

Une erreur de lecture peut fonder une tradition durable. Justin lit Semoni Sanco comme Simoni Sancto et donne à l’hérésiologie chrétienne son personnage fondateur ; un éditeur accentue ΙΟΥΝΙΑΝ au masculin et fait disparaître une femme apôtre pendant huit siècles. Dans les deux cas, l’erreur est technique, la correction est établie, et la tradition qu’elle a produite subsiste.

Les revendications institutionnelles s’appuient sur les figures les moins documentées. Alexandrie invoque Marc, Constantinople invoque André, et ni l’une ni l’autre tradition n’est attestée avant le IVe ou le VIIIe siècle. Les sièges les plus assurés dans les faits sont ceux qui ont eu le plus besoin d’un fondateur nommé.

Les traces matérielles sont rarissimes et elles ne concernent presque jamais les figures centrales. L’ossuaire de Caïphe et l’inscription d’Aphrodisias sur les craignant Dieu sont les deux seuls éléments de ce second ensemble que l’on puisse tenir dans la main. Pour le reste, nous travaillons sur des textes qui parlent de textes.

Hypothèses de travail — mémoire et thèse

Six pistes formulées de manière falsifiable. Elles portent sur le mécanisme plutôt que sur les figures : comment un nom apparaît, comment une relique fabrique un personnage, et comment on peut vérifier qu’un classement en strates est autre chose qu’une intuition.

H1. Les personnages nés d’une relique

  • Doctorat
  • Hagiographie / histoire des cultes
  • 4-5 ans

Hypothèse. Un ensemble de saints du cycle de la Passion — Véronique, Longin, les larrons nommés, la femme de Pilate — procèdent d’un besoin dévotionnel ou liturgique antérieur à leur nom : la relique, la station ou l’image précède le personnage, et la chronologie des attestations permet de le vérifier cas par cas.

État de la question
Le mécanisme est signalé pour Véronique, dont le nom est probablement une lecture de vera icon. Il n’a pas été testé sur la série complète, ni mis en rapport avec la chronologie des reliques et des dévotions.
Corpus
Actes de Pilate et recensions de l’Évangile de Nicodème ; Légende dorée ; inventaires de trésors d’églises ; itinéraires de pèlerins ; chronologie du chemin de croix ; Bibliotheca Hagiographica Latina et Graeca.
Méthode
Pour chaque figure, établir la première attestation du nom, celle de la relique et celle de la dévotion, puis comparer les séquences. Latin, grec ; corpus hagiographique édité.

Ce qui la réfuterait : Une attestation du nom antérieure à toute relique et à toute dévotion pour la majorité des cas.

H2. Priscille avant Aquilas : mesurer une anomalie

  • Master
  • Exégèse / épigraphie
  • 12-18 mois

Hypothèse. L’inversion de l’ordre conjugal dans quatre des six mentions du couple est statistiquement anormale au regard des usages onomastiques grecs et latins, et cette anomalie signale une prééminence sociale ou fonctionnelle qu’il est possible de qualifier par comparaison avec le corpus épigraphique.

État de la question
L’inversion est constamment relevée et diversement interprétée — prééminence sociale, rôle doctrinal, ou simple variation. Aucune étude ne l’a confrontée à la fréquence des inversions dans un corpus documentaire comparable.
Corpus
Ac 18,2.18.26 ; Rm 16,3 ; 1 Co 16,19 ; 2 Tm 4,19 ; inscriptions funéraires et dédicaces de couples dans les recueils grecs et latins ; papyrus documentaires ; travaux de Peter Lampe sur les personnes de Rm 16.
Méthode
Constituer un corpus de mentions de couples dans les inscriptions et les papyrus, mesurer la fréquence de l’ordre femme-homme, et rechercher les facteurs corrélés. Grec, latin, épigraphie.

Ce qui la réfuterait : Une fréquence élevée de l’inversion dans le corpus de contrôle, qui la rendrait banale.

H3. L’invention des reliques d’Étienne (415) et la diffusion du culte

  • Doctorat
  • Antiquité tardive
  • 4-5 ans

Hypothèse. La découverte annoncée en 415 constitue le point de bascule du culte des reliques en Occident : la cartographie des attestations de reliques stéphaniennes et des miracles rapportés montre une accélération et un changement d’échelle mesurables dans les deux décennies suivantes.

État de la question
L’épisode est connu et Augustin en fournit un témoignage exceptionnel dans la Cité de Dieu XXII, 8. Sa fonction de seuil dans l’histoire du culte des reliques est affirmée sans démonstration sérielle.
Corpus
Lucien, Revelatio Sancti Stephani ; Augustin, Cité de Dieu XXII, 8, Sermons 314-324 et Miracula S. Stephani ; Évodius d’Uzalis ; Orose ; inscriptions de dépôts de reliques ; inventaires de sanctuaires.
Méthode
Recenser les attestations de reliques et de sanctuaires stéphaniens par région et par décennie de 400 à 460, et comparer aux séries antérieures pour d’autres saints. Latin et grec ; corpus édité et épigraphie.

Ce qui la réfuterait : Une progression régulière du culte des reliques sans inflexion après 415, ou une documentation trop lacunaire pour établir des séries.

H4. La lettre à Philémon dans la controverse abolitionniste

  • Master
  • Histoire de l’exégèse
  • 12-18 mois

Hypothèse. Le même texte a fourni entre 1830 et 1865 des arguments symétriques aux deux camps de la controverse américaine sur l’esclavage, et l’analyse des sermons et des brochures montre que le départage ne se fait pas sur la philologie mais sur le choix préalable de l’unité pertinente — le verset isolé contre la logique de la lettre entière.

État de la question
L’usage de Philémon par les deux camps est connu et cité comme exemple d’herméneutique. Le corpus des sermons et des brochures n’a pas été dépouillé systématiquement sous cet angle.
Corpus
Phm ; sermons et brochures proesclavagistes — Thornwell, Dabney, Stringfellow — et abolitionnistes — Weld, Barnes, Douglass ; débats des dénominations lors des scissions de 1844-1845 ; presse religieuse.
Méthode
Relever les usages de la lettre dans un corpus daté, coder l’unité argumentative retenue et le procédé herméneutique invoqué, puis comparer. Anglais ; corpus largement numérisé.

Ce qui la réfuterait : Un départage effectif sur des arguments philologiques, ou l’absence d’usage significatif de la lettre dans l’un des deux camps.

H5. Le mont Pilate et la géographie du bannissement

  • Master
  • Ethnologie / histoire des légendes
  • 12-18 mois

Hypothèse. La légende du corps de Pilate transporté de fleuve en lac jusqu’aux Alpes suit un schéma d’expulsion identifiable — déplacer vers la marge ce qui souille le centre — et sa localisation finale dans le canton de Lucerne est datable et explicable par la toponymie plutôt que par une tradition ancienne.

État de la question
Le dossier est connu des folkloristes suisses et traité localement. La comparaison avec d’autres légendes d’expulsion de cadavres maudits, et la reconstitution du passage du toponyme pileatus à la figure de Pilate, n’ont pas été conduites ensemble.
Corpus
Chroniques lucernoises ; interdictions municipales d’accès au lac du sommet ; récit de l’ascension du doyen Müller en 1585 ; Légende dorée ; légendes viennoises et rhodaniennes ; toponymie alpine ; archives de l’État de Lucerne.
Méthode
Reconstituer la chaîne des attestations et confronter les hypothèses étymologiques ; comparer à d’autres cas d’expulsion légendaire. Allemand, latin ; archives suisses accessibles.

Ce qui la réfuterait : L’attestation d’une association entre Pilate et ce massif antérieure à la fixation du toponyme, ou une étymologie établie à partir du nom propre.

H6. Les quatre strates : tester le classement

  • Doctorat
  • Épistémologie de l’histoire / hagiographie
  • 4-5 ans

Hypothèse. La distinction entre données établies, traditions anciennes, légendes et réceptions, appliquée systématiquement aux personnages du Nouveau Testament, produit un classement stable et reproductible par des chercheurs indépendants, ce qui en fait un instrument transposable à d’autres corpus hagiographiques.

État de la question
Le principe de stratification est une pratique implicite de l’hagiographie critique depuis les Bollandistes. Il n’a jamais été formalisé en protocole ni testé pour sa reproductibilité inter-évaluateurs, alors que c’est la condition d’un usage scientifique.
Corpus
Corpus des personnages du Nouveau Testament ; Acta Sanctorum et méthodologie bollandiste — Delehaye, Les légendes hagiographiques (1905) ; Bibliotheca Hagiographica ; Écrits apocryphes chrétiens.
Méthode
Formaliser les critères, faire coder un même échantillon par plusieurs évaluateurs, et mesurer l’accord inter-juges. Latin, grec ; le travail est autant méthodologique qu’historique et gagne à être codirigé.

Ce qui la réfuterait : Un accord inter-juges faible, qui révélerait que les critères reposent sur un jugement non explicitable — résultat négatif qu’il faudrait publier comme tel.