Le siècle s’ouvre sur une synthèse qui paraît solide et qui s’effondre en quinze ans. Le protestantisme libéral allemand dominait l’exégèse, la dogmatique et l’histoire des dogmes ; il croyait avoir réconcilié la foi et la culture moderne. Août 1914 rompt cette confiance, et toutes les théologies majeures du siècle se construisent à partir de cette rupture.
La rupture de 1914
Le 4 octobre 1914, quatre-vingt-treize intellectuels allemands signent un manifeste soutenant la politique de guerre de leur gouvernement. Parmi eux figure Adolf von Harnack, le plus grand historien du dogme de son temps, ainsi que plusieurs des maîtres de Karl Barth, alors jeune pasteur à Safenwil. Barth décrira cet épisode comme le moment où l’éthique de ses professeurs s’est effondrée sous ses yeux, et où il a cessé de pouvoir les suivre en exégèse et en dogmatique.
Sa réponse est le commentaire de l’Épître aux Romains, publié en 1919 puis entièrement réécrit en 1922. Le livre n’est pas un commentaire au sens académique : il traite le texte comme une adresse présente et non comme un document historique. Sa thèse tient dans une image que Barth reprend de Kierkegaard : entre Dieu et l’homme il y a une différence qualitative infinie, et toute théologie qui part de la religiosité humaine pour remonter à Dieu se trompe de direction. La Dogmatique ecclésiale, entreprise en 1932 et laissée inachevée en treize volumes, déploie ce programme.
| Théologien | Position centrale | Point de conflit |
|---|
| Karl Barth (1886-1968) | La révélation en Jésus Christ est le seul point de départ ; l’élection est christologique | Refuse toute théologie naturelle, y compris chez Brunner |
| Emil Brunner (1889-1966) | Un «point de contact» subsiste dans l’homme, image de Dieu non entièrement détruite | Nature et grâce (1934) ; Barth répond la même année par un opuscule intitulé Nein! |
| Rudolf Bultmann (1884-1976) | Le kérygme doit être dégagé de son enveloppe mythique ; interprétation existentiale | Le programme de démythologisation (1941) divise durablement l’exégèse protestante |
| Paul Tillich (1886-1965) | Méthode de corrélation : la situation pose les questions, la révélation donne les réponses | Barth y voit un retour à la théologie de la culture qu’il avait quittée |
La controverse Barth-Brunner de 1934 paraît technique et elle ne l’est pas : elle se déroule l’année de Barmen, et la question de savoir si la création et l’histoire fournissent un accès à Dieu détermine directement ce que l’on peut dire d’un régime qui se réclame du sang, du sol et du peuple.
Le ressourcement catholique
Après la crise moderniste et le serment antimoderniste imposé de 1910 à 1967, la théologie catholique est tenue dans le cadre du néo-thomisme manualiste. Le renouveau vient de l’histoire plutôt que de la spéculation, et il s’organise autour de trois mouvements convergents.
Le mouvement biblique. L’École biblique de Jérusalem, fondée en 1890 par Marie-Joseph Lagrange, survit aux condamnations. L’encyclique Divino afflante Spiritu (30 septembre 1943) autorise et encourage l’usage des langues originales, l’étude des genres littéraires et la critique textuelle. La Bible de Jérusalem, publiée en fascicules à partir de 1948, en est le fruit visible.
Le mouvement liturgique. Lancé par le bénédictin Lambert Beauduin au congrès de Malines en 1909, poursuivi par Romano Guardini et par Odo Casel à Maria Laach, il demande la participation active des fidèles et la redécouverte du sens des rites. Ses conclusions passeront presque intégralement dans la première constitution de Vatican II.
Le ressourcement patristique. Henri de Lubac et Jean Daniélou fondent en 1942 la collection Sources chrétiennes, qui rend accessibles les Pères en édition bilingue ; Yves Congar publie Chrétiens désunis (1937) puis Vraie et fausse réforme dans l’Église (1950) ; Marie-Dominique Chenu travaille sur la théologie médiévale et sur le travail.
L’encyclique Humani generis (1950) vise ce courant, désigné par ses adversaires comme «nouvelle théologie». De Lubac est écarté de l’enseignement de 1950 à 1958 ; Congar est éloigné et soumis à censure à partir de 1954 ; Chenu voit son ouvrage sur le Saulchoir mis à l’Index dès 1942. Douze ans plus tard, les mêmes hommes sont experts au concile et rédigent ses textes. Le renversement est l’un des plus rapides de l’histoire doctrinale catholique, et il constitue en soi un objet d’étude.
La théologie orthodoxe de l’émigration
La révolution de 1917 produit un effet imprévu : l’exil d’une élite intellectuelle qui va, pour la première fois depuis des siècles, penser l’orthodoxie hors d’un cadre impérial et au contact direct de l’Occident. L’Institut de théologie Saint-Serge est fondé à Paris en 1925 ; il devient le principal foyer théologique orthodoxe du siècle.
Deux orientations s’y affrontent. Serge Boulgakov développe une sophiologie — la Sagesse comme principe reliant Dieu et le monde — condamnée en 1935 par le patriarcat de Moscou et par l’Église russe hors-frontières, sans que le métropolite Euloge, son ordinaire, ne le sanctionne. Georges Florovsky formule contre lui le programme d’une «synthèse néo-patristique» : revenir aux Pères non comme à une autorité mais comme à une manière de penser, et se dégager de ce qu’il nomme la captivité occidentale de la théologie orthodoxe depuis le dix-septième siècle. Vladimir Lossky publie en 1944 la Théologie mystique de l’Église d’Orient, qui fait connaître à l’Occident la distinction palamite de l’essence et des énergies.
Fondamentalisme et pentecôtisme
Aux États-Unis, la controverse entre modernistes et fondamentalistes structure le protestantisme pour un siècle. Les douze volumes de The Fundamentals (1910-1915), diffusés gratuitement à des centaines de milliers d’exemplaires, fixent les points tenus pour non négociables. Le procès Scopes de juillet 1925, sur l’enseignement de l’évolution au Tennessee, est gagné juridiquement par les fondamentalistes et perdu dans l’opinion. John Gresham Machen quitte Princeton et fonde en 1929 le Westminster Theological Seminary, puis une dénomination séparée en 1936.
Au même moment naît le mouvement qui deviendra numériquement le plus important du siècle. Le réveil de la rue Azusa, à Los Angeles, commence en avril 1906 sous la direction de William Joseph Seymour, prédicateur afro-américain fils d’anciens esclaves, et se caractérise par le parler en langues, la guérison et un rassemblement interracial remarquable dans l’Amérique ségréguée de son temps. En un siècle, le pentecôtisme et les mouvements charismatiques qui en dérivent compteront plusieurs centaines de millions de fidèles, essentiellement hors d’Occident.
Ce chapitre doit être traité avec une exactitude particulière, parce qu’il est le lieu d’un usage apologétique constant de part et d’autre. Ce qui suit s’en tient aux faits datés et aux textes, et distingue systématiquement ce que les Églises ont dit, ce qu’elles ont fait, et ce qu’elles ont tu.
Allemagne : le Kirchenkampf
| Date | Fait | Portée |
|---|
| avril-sept. 1933 | Les Deutsche Christen remportent les élections ecclésiales ; le synode prussien de septembre applique le paragraphe aryen au clergé | Exclusion des pasteurs d’origine juive : la législation raciale entre dans l’Église par décision d’Église |
| 21 sept. 1933 | Fondation par Martin Niemöller de la Pfarrernotbund, ligue d’urgence des pasteurs | Environ sept mille adhérents ; la protestation porte d’abord sur l’autonomie de l’Église et sur le statut des pasteurs concernés |
| 29-31 mai 1934 | Synode de Barmen ; cent trente-neuf délégués adoptent six thèses rédigées principalement par Karl Barth | Acte de naissance de l’Église confessante |
| oct. 1934 | Synode de Dahlem : l’Église confessante se déclare seule Église légitime et institue ses propres organes | Rupture institutionnelle |
| 1938 | Serment de fidélité personnelle à Hitler demandé aux pasteurs | Une majorité le prête ; l’Église confessante se divise |
| avril 1943 | Arrestation de Dietrich Bonhoeffer | Exécuté à Flossenbürg le 9 avril 1945 |
| 18-19 oct. 1945 | Déclaration de culpabilité de Stuttgart | Première reconnaissance publique : «par nous, une souffrance infinie a été infligée à beaucoup de peuples et de pays» |
Les six thèses de Barmen forment un ensemble cohérent. La première pose que Jésus Christ est l’unique Parole de Dieu que nous ayons à écouter, et rejette la doctrine selon laquelle l’Église devrait reconnaître d’autres événements ou d’autres puissances comme révélation. La quatrième récuse le Führerprinzip appliqué à l’Église. La cinquième assigne à l’État une tâche limitée et lui dénie de devenir l’ordre unique de la vie humaine. Le texte est d’une rigueur théologique remarquable, et il tire toutes ses conséquences du refus barthien de la révélation naturelle.
Ce que Barmen ne dit pas La déclaration ne mentionne ni les Juifs, ni les lois de Nuremberg — postérieures, mais le paragraphe aryen est de septembre 1933 —, ni la persécution raciale. Elle défend l’autonomie de l’Église contre l’État et la pureté de sa confession ; elle ne défend pas les persécutés comme tels. Ce silence a été reconnu par les Églises allemandes elles-mêmes : la déclaration de Darmstadt (1947) va plus loin que celle de Stuttgart, et la déclaration du synode de Berlin-Weissensee (1950) est la première à reconnaître explicitement la complicité par le silence à l’égard des Juifs. Le débat historiographique porte aujourd’hui moins sur le fait — il est établi — que sur ses causes : limites tactiques d’un texte devant rassembler, angle mort d’une théologie centrée sur la confession, ou antijudaïsme théologique résiduel. Les trois explications ont leurs partisans et elles ne s’excluent pas.
L’Église catholique
Le concordat du Reich est signé le 20 juillet 1933, six mois après l’arrivée de Hitler au pouvoir, et négocié par Eugenio Pacelli, alors secrétaire d’État. Il garantit les écoles et les associations catholiques et interdit en contrepartie au clergé toute activité politique ; le Zentrum, parti catholique allemand, s’était dissous début juillet. Le traité confère au régime une légitimité internationale précoce, et cette conséquence était prévisible.
Mit brennender Sorge est rédigée en allemand, imprimée clandestinement et lue en chaire le dimanche des Rameaux, 21 mars 1937. Elle dénonce la violation systématique du concordat, et surtout la divinisation de la race, du peuple et de l’État : quiconque les élève au rang de norme suprême «renverse et falsifie l’ordre des choses créé et ordonné par Dieu». C’est la seule encyclique rédigée en allemand, et la Gestapo saisit les presses qui l’avaient imprimée.
Clemens August von Galen, évêque de Münster, prêche en juillet et août 1941 trois sermons qui dénoncent publiquement l’«action T4», le programme d’assassinat des malades mentaux et des handicapés. Les textes sont ronéotypés et diffusés dans tout le Reich, et le programme est officiellement interrompu en août 1941 — il se poursuivra sous des formes décentralisées. C’est le cas le mieux documenté d’une protestation publique ayant modifié une politique d’extermination.
Le dossier Pie XII reste discuté. Les faits établis : absence de condamnation publique nommant les Juifs, message de Noël 1942 évoquant «des centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, parfois seulement en raison de leur nationalité ou de leur race, sont vouées à la mort» ; accueil de plusieurs milliers de Juifs dans les institutions religieuses romaines après octobre 1943 ; instructions données aux nonces. La controverse publique s’ouvre avec la pièce de Rolf Hochhuth, Le Vicaire (1963). Les archives du pontificat ont été ouvertes en mars 2020 ; les premiers travaux qui en sont issus nuancent le dossier dans les deux sens et il est prématuré d’en tirer un jugement d’ensemble.
Le cas néerlandais illustre un dilemme réel. Les Églises catholique et protestantes des Pays-Bas protestent conjointement contre les déportations ; l’épiscopat catholique fait lire sa protestation en chaire le 26 juillet 1942. En représailles, l’occupant déporte les Juifs convertis au catholicisme, jusque-là épargnés — parmi eux Edith Stein, carmélite, arrêtée le 2 août et assassinée à Auschwitz le 9. L’épisode a servi d’argument à ceux qui justifient le silence ; il établit surtout que la protestation avait un coût réel et immédiat, ce qui rend le débat plus sérieux qu’une alternative entre courage et lâcheté.
Ceux qui ont agi
Au Chambon-sur-Lignon et sur le plateau Vivarais-Lignon, les pasteurs André Trocmé et Édouard Theis organisent à partir de 1940 l’accueil et le passage de réfugiés juifs ; les estimations vont de trois à cinq mille personnes sauvées, par un réseau reposant sur des paroisses protestantes et darbystes et sur des institutions catholiques. Le prévôt Bernhard Lichtenberg, à Berlin, prie publiquement pour les Juifs après la Nuit de cristal, demande à être déporté avec eux et meurt en 1943 sur la route de Dachau. En Bulgarie, les métropolites Stefan de Sofia et Kiril de Plovdiv s’opposent physiquement aux déportations ; les quelque quarante-huit mille Juifs des frontières d’avant-guerre ne sont pas déportés, tandis que plus de onze mille Juifs des territoires occupés le sont. Angelo Roncalli, délégué apostolique à Istanbul, délivre des certificats de transit à des milliers de personnes ; il sera Jean XXIII.
L’Union soviétique
La persécution y est d’une autre nature et d’une autre échelle. Après 1917, l’Église orthodoxe russe perd ses biens, son enseignement et son état civil ; le patriarche Tikhon est arrêté en 1922, et l’État soutient contre lui une «Église vivante» rénovatrice. Le métropolite Serge publie en 1927 une déclaration de loyauté au pouvoir soviétique qui divise durablement l’orthodoxie russe et fonde l’opposition de l’Église hors-frontières. À la veille de la guerre, un très petit nombre d’évêques demeure en liberté et la quasi-totalité des paroisses est fermée.
Le renversement est brutal : le 4 septembre 1943, Staline reçoit trois métropolites et autorise l’élection d’un patriarche, la réouverture de séminaires et de paroisses. Le calcul est strictement politique — mobiliser le sentiment national et soigner l’image auprès des alliés. Le régime concordataire ainsi établi durera jusqu’en 1988, avec une reprise de la persécution sous Khrouchtchev.
L’après-guerre et la révision
La conférence de Seelisberg, en Suisse, réunit en août 1947 chrétiens et juifs et publie dix points qui demandent notamment de cesser d’enseigner que les Juifs sont un peuple déicide et réprouvé, et de rappeler que Jésus, Marie et les apôtres étaient juifs. Ce texte, sans autorité ecclésiale, est la matrice de toutes les révisions ultérieures : Nostra aetate 4 en 1965, les déclarations réformées et luthériennes des années 1980, la Déclaration de repentance de l’épiscopat français à Drancy en 1997, le document romain Nous nous souvenons (1998).
Deux mouvements distincts convergent au milieu du siècle. Le premier est protestant et anglican, né d’une conférence missionnaire, et il aboutit en 1948 à une institution. Le second est catholique, longtemps refusé puis embrassé, et il aboutit en 1962 à un concile. Leur rencontre en 1965 clôt une séquence ouverte en 1517.
Des trois courants au Conseil œcuménique
| Courant | Origine | Objet | Aboutissement |
|---|
| Missions | Édimbourg 1910 | Coordination sur le terrain | Conseil international des missions, 1921 |
| Vie et Action | Stockholm 1925, à l’initiative de l’archevêque Söderblom | Coopération pratique et éthique sociale | Fusion en 1948 |
| Foi et Constitution | Lausanne 1927, à l’initiative de l’évêque Brent | Questions doctrinales et ecclésiologiques | Fusion en 1948 |
Le Conseil œcuménique des Églises est constitué à Amsterdam du 22 août au 4 septembre 1948, avec cent quarante-sept Églises membres. La devise de l’assemblée — «le désordre de l’homme et le dessein de Dieu» — dit l’époque. La question la plus délicate est celle de sa nature ecclésiologique, et elle est réglée en 1950 par la déclaration de Toronto : le Conseil n’est pas et ne doit jamais devenir une super-Église, il ne présuppose aucune conception particulière de l’unité, et l’appartenance n’implique pas qu’une Église reconnaisse les autres comme Églises au sens plein. C’est cette clause qui a rendu possible l’adhésion progressive des orthodoxes.
L’assemblée de New Delhi (1961) marque deux tournants : l’entrée de l’Église orthodoxe russe et de plusieurs Églises d’Europe de l’Est, et l’intégration du Conseil international des missions. La base doctrinale y est élargie pour devenir explicitement trinitaire, ce que les orthodoxes demandaient.
Le trajet catholique
Rome commence par refuser. Les conversations de Malines (1921-1926), entre le cardinal Mercier et des anglicans, sont privées et sans mandat. L’encyclique Mortalium animos (6 janvier 1928) condamne le mouvement œcuménique naissant : l’unité ne peut se faire que par le retour des dissidents à l’unique Église du Christ, et les catholiques ne peuvent participer à des assemblées interconfessionnelles. Une instruction du Saint-Office de 1949 assouplit discrètement la règle.
Le renversement est l’œuvre de Jean XXIII, qui crée en juin 1960 un Secrétariat pour l’unité des chrétiens et en confie la direction au cardinal Augustin Bea. Des observateurs non catholiques sont invités au concile — une trentaine à l’ouverture, une centaine à la fin — avec un accès aux documents et des réunions de travail régulières. Leur influence sur la rédaction est attestée.
Vatican II
Annoncé le 25 janvier 1959, trois mois après son élection, par un pape que l’on croyait de transition, le concile s’ouvre le 11 octobre 1962 avec environ deux mille cinq cents pères et se clôt le 8 décembre 1965, après quatre sessions et trois papes — Jean XXIII meurt en juin 1963, Paul VI décide de poursuivre.
Le moment décisif se produit dès les premières semaines. En novembre 1962, le schéma préparatoire sur les sources de la révélation, rédigé par la curie et reprenant la thèse des deux sources, est rejeté par une majorité qui n’atteint pas les deux tiers requis ; Jean XXIII intervient le 21 novembre pour le retirer et le confier à une commission mixte. L’assemblée vient de découvrir qu’elle n’est pas tenue par les textes préparés pour elle, et tout le concile en découle.
| Texte | Date | Apport principal |
|---|
Sacrosanctum concilium Constitution sur la liturgie | 4 déc. 1963 | Participation active des fidèles ; admission des langues vernaculaires ; réforme du lectionnaire et du calendrier |
Lumen gentium Constitution sur l’Église | 21 nov. 1964 | L’Église comme peuple de Dieu et comme mystère avant la hiérarchie ; collégialité épiscopale ; formule subsistit in ; vocation universelle à la sainteté |
Unitatis redintegratio Décret sur l’œcuménisme | 21 nov. 1964 | Reconnaissance d’éléments ecclésiaux hors des limites visibles ; distinction entre auteurs et héritiers des séparations ; notion de hiérarchie des vérités |
Dei Verbum Constitution sur la révélation | 18 nov. 1965 | Révélation comme automanifestation personnelle de Dieu ; source unique se transmettant par deux voies ; obligation d’étudier les genres littéraires |
Nostra aetate Déclaration sur les religions | 28 oct. 1965 | Le paragraphe 4 récuse l’accusation de déicide et l’idée d’un peuple réprouvé ; le lien avec Israël est posé comme constitutif |
Dignitatis humanae Déclaration sur la liberté religieuse | 7 déc. 1965 | Droit de ne pas être contraint en matière religieuse, fondé sur la dignité de la personne |
Gaudium et spes Constitution sur l’Église dans le monde | 7 déc. 1965 | Texte sans précédent dans le genre conciliaire : travail, famille, culture, économie, paix |
Deux textes furent obtenus au prix de compromis explicites. La collégialité épiscopale de Lumen gentium est assortie d’une nota explicativa praevia, ajoutée sur décision de Paul VI, qui précise que le collège n’agit jamais sans son chef — clause destinée à rassurer la minorité et qui fait l’objet d’interprétations divergentes depuis. Nostra aetate, d’abord conçue comme un texte sur les Juifs seuls, a été élargie aux autres religions, notamment pour des raisons diplomatiques liées à la situation des chrétiens au Proche-Orient.
Le 7 décembre 1965
La veille de la clôture, une déclaration commune est lue simultanément à Rome et au Phanar : Paul VI et le patriarche Athénagoras expriment le regret des paroles et des gestes de 1054, et décident d’effacer de la mémoire de l’Église les sentences d’excommunication. Le texte précise ce qu’il ne fait pas : il ne suffit pas à mettre fin aux divergences ni à rétablir la communion. La rencontre des deux hommes à Jérusalem en janvier 1964, première entre un pape et un patriarche œcuménique depuis le quinzième siècle, l’avait préparée.
La réception conflictuelle
Le concile produit presque immédiatement une contestation traditionaliste. Marcel Lefebvre, qui avait signé la plupart des textes, fonde en 1970 la Fraternité Saint-Pie-X et le séminaire d’Écône en Valais ; il est suspendu a divinis en 1976 après des ordinations illicites, et excommunié en 1988 pour avoir consacré quatre évêques sans mandat pontifical. Benoît XVI remet l’excommunication des quatre évêques en 2009 et élargit en 2007, par Summorum pontificum, l’usage du missel antérieur ; François le restreint en 2021 par Traditionis custodes. Le conflit porte sur la liturgie et, plus fondamentalement, sur la liberté religieuse et l’œcuménisme.
La question de fond — le concile est-il une rupture ou un développement ? — n’est pas réservée aux traditionalistes : elle structure l’ensemble de l’interprétation catholique depuis cinquante ans. Elle fait l’objet de la seconde dispute de ce module.