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Histoire de l’Église — Module XI

Le vingtième siècle : crises, résistances, concile

1900-1965 — l’effondrement d’une synthèse, les Églises devant les totalitarismes, et la double ouverture de 1948 et 1962

Le siècle s’ouvre sur une synthèse qui paraît solide et qui s’effondre en quinze ans. Le protestantisme libéral allemand dominait l’exégèse, la dogmatique et l’histoire des dogmes ; il croyait avoir réconcilié la foi et la culture moderne. Août 1914 rompt cette confiance, et toutes les théologies majeures du siècle se construisent à partir de cette rupture.

La rupture de 1914

Le 4 octobre 1914, quatre-vingt-treize intellectuels allemands signent un manifeste soutenant la politique de guerre de leur gouvernement. Parmi eux figure Adolf von Harnack, le plus grand historien du dogme de son temps, ainsi que plusieurs des maîtres de Karl Barth, alors jeune pasteur à Safenwil. Barth décrira cet épisode comme le moment où l’éthique de ses professeurs s’est effondrée sous ses yeux, et où il a cessé de pouvoir les suivre en exégèse et en dogmatique.

Sa réponse est le commentaire de l’Épître aux Romains, publié en 1919 puis entièrement réécrit en 1922. Le livre n’est pas un commentaire au sens académique : il traite le texte comme une adresse présente et non comme un document historique. Sa thèse tient dans une image que Barth reprend de Kierkegaard : entre Dieu et l’homme il y a une différence qualitative infinie, et toute théologie qui part de la religiosité humaine pour remonter à Dieu se trompe de direction. La Dogmatique ecclésiale, entreprise en 1932 et laissée inachevée en treize volumes, déploie ce programme.

ThéologienPosition centralePoint de conflit
Karl Barth (1886-1968)La révélation en Jésus Christ est le seul point de départ ; l’élection est christologiqueRefuse toute théologie naturelle, y compris chez Brunner
Emil Brunner (1889-1966)Un «point de contact» subsiste dans l’homme, image de Dieu non entièrement détruiteNature et grâce (1934) ; Barth répond la même année par un opuscule intitulé Nein!
Rudolf Bultmann (1884-1976)Le kérygme doit être dégagé de son enveloppe mythique ; interprétation existentialeLe programme de démythologisation (1941) divise durablement l’exégèse protestante
Paul Tillich (1886-1965)Méthode de corrélation : la situation pose les questions, la révélation donne les réponsesBarth y voit un retour à la théologie de la culture qu’il avait quittée

La controverse Barth-Brunner de 1934 paraît technique et elle ne l’est pas : elle se déroule l’année de Barmen, et la question de savoir si la création et l’histoire fournissent un accès à Dieu détermine directement ce que l’on peut dire d’un régime qui se réclame du sang, du sol et du peuple.

Le ressourcement catholique

Après la crise moderniste et le serment antimoderniste imposé de 1910 à 1967, la théologie catholique est tenue dans le cadre du néo-thomisme manualiste. Le renouveau vient de l’histoire plutôt que de la spéculation, et il s’organise autour de trois mouvements convergents.

Le mouvement biblique. L’École biblique de Jérusalem, fondée en 1890 par Marie-Joseph Lagrange, survit aux condamnations. L’encyclique Divino afflante Spiritu (30 septembre 1943) autorise et encourage l’usage des langues originales, l’étude des genres littéraires et la critique textuelle. La Bible de Jérusalem, publiée en fascicules à partir de 1948, en est le fruit visible.

Le mouvement liturgique. Lancé par le bénédictin Lambert Beauduin au congrès de Malines en 1909, poursuivi par Romano Guardini et par Odo Casel à Maria Laach, il demande la participation active des fidèles et la redécouverte du sens des rites. Ses conclusions passeront presque intégralement dans la première constitution de Vatican II.

Le ressourcement patristique. Henri de Lubac et Jean Daniélou fondent en 1942 la collection Sources chrétiennes, qui rend accessibles les Pères en édition bilingue ; Yves Congar publie Chrétiens désunis (1937) puis Vraie et fausse réforme dans l’Église (1950) ; Marie-Dominique Chenu travaille sur la théologie médiévale et sur le travail.

L’encyclique Humani generis (1950) vise ce courant, désigné par ses adversaires comme «nouvelle théologie». De Lubac est écarté de l’enseignement de 1950 à 1958 ; Congar est éloigné et soumis à censure à partir de 1954 ; Chenu voit son ouvrage sur le Saulchoir mis à l’Index dès 1942. Douze ans plus tard, les mêmes hommes sont experts au concile et rédigent ses textes. Le renversement est l’un des plus rapides de l’histoire doctrinale catholique, et il constitue en soi un objet d’étude.

La théologie orthodoxe de l’émigration

La révolution de 1917 produit un effet imprévu : l’exil d’une élite intellectuelle qui va, pour la première fois depuis des siècles, penser l’orthodoxie hors d’un cadre impérial et au contact direct de l’Occident. L’Institut de théologie Saint-Serge est fondé à Paris en 1925 ; il devient le principal foyer théologique orthodoxe du siècle.

Deux orientations s’y affrontent. Serge Boulgakov développe une sophiologie — la Sagesse comme principe reliant Dieu et le monde — condamnée en 1935 par le patriarcat de Moscou et par l’Église russe hors-frontières, sans que le métropolite Euloge, son ordinaire, ne le sanctionne. Georges Florovsky formule contre lui le programme d’une «synthèse néo-patristique» : revenir aux Pères non comme à une autorité mais comme à une manière de penser, et se dégager de ce qu’il nomme la captivité occidentale de la théologie orthodoxe depuis le dix-septième siècle. Vladimir Lossky publie en 1944 la Théologie mystique de l’Église d’Orient, qui fait connaître à l’Occident la distinction palamite de l’essence et des énergies.

Fondamentalisme et pentecôtisme

Aux États-Unis, la controverse entre modernistes et fondamentalistes structure le protestantisme pour un siècle. Les douze volumes de The Fundamentals (1910-1915), diffusés gratuitement à des centaines de milliers d’exemplaires, fixent les points tenus pour non négociables. Le procès Scopes de juillet 1925, sur l’enseignement de l’évolution au Tennessee, est gagné juridiquement par les fondamentalistes et perdu dans l’opinion. John Gresham Machen quitte Princeton et fonde en 1929 le Westminster Theological Seminary, puis une dénomination séparée en 1936.

Au même moment naît le mouvement qui deviendra numériquement le plus important du siècle. Le réveil de la rue Azusa, à Los Angeles, commence en avril 1906 sous la direction de William Joseph Seymour, prédicateur afro-américain fils d’anciens esclaves, et se caractérise par le parler en langues, la guérison et un rassemblement interracial remarquable dans l’Amérique ségréguée de son temps. En un siècle, le pentecôtisme et les mouvements charismatiques qui en dérivent compteront plusieurs centaines de millions de fidèles, essentiellement hors d’Occident.

Ce chapitre doit être traité avec une exactitude particulière, parce qu’il est le lieu d’un usage apologétique constant de part et d’autre. Ce qui suit s’en tient aux faits datés et aux textes, et distingue systématiquement ce que les Églises ont dit, ce qu’elles ont fait, et ce qu’elles ont tu.

Allemagne : le Kirchenkampf

DateFaitPortée
avril-sept. 1933Les Deutsche Christen remportent les élections ecclésiales ; le synode prussien de septembre applique le paragraphe aryen au clergéExclusion des pasteurs d’origine juive : la législation raciale entre dans l’Église par décision d’Église
21 sept. 1933Fondation par Martin Niemöller de la Pfarrernotbund, ligue d’urgence des pasteursEnviron sept mille adhérents ; la protestation porte d’abord sur l’autonomie de l’Église et sur le statut des pasteurs concernés
29-31 mai 1934Synode de Barmen ; cent trente-neuf délégués adoptent six thèses rédigées principalement par Karl BarthActe de naissance de l’Église confessante
oct. 1934Synode de Dahlem : l’Église confessante se déclare seule Église légitime et institue ses propres organesRupture institutionnelle
1938Serment de fidélité personnelle à Hitler demandé aux pasteursUne majorité le prête ; l’Église confessante se divise
avril 1943Arrestation de Dietrich BonhoefferExécuté à Flossenbürg le 9 avril 1945
18-19 oct. 1945Déclaration de culpabilité de StuttgartPremière reconnaissance publique : «par nous, une souffrance infinie a été infligée à beaucoup de peuples et de pays»

Les six thèses de Barmen forment un ensemble cohérent. La première pose que Jésus Christ est l’unique Parole de Dieu que nous ayons à écouter, et rejette la doctrine selon laquelle l’Église devrait reconnaître d’autres événements ou d’autres puissances comme révélation. La quatrième récuse le Führerprinzip appliqué à l’Église. La cinquième assigne à l’État une tâche limitée et lui dénie de devenir l’ordre unique de la vie humaine. Le texte est d’une rigueur théologique remarquable, et il tire toutes ses conséquences du refus barthien de la révélation naturelle.

Ce que Barmen ne dit pas La déclaration ne mentionne ni les Juifs, ni les lois de Nuremberg — postérieures, mais le paragraphe aryen est de septembre 1933 —, ni la persécution raciale. Elle défend l’autonomie de l’Église contre l’État et la pureté de sa confession ; elle ne défend pas les persécutés comme tels. Ce silence a été reconnu par les Églises allemandes elles-mêmes : la déclaration de Darmstadt (1947) va plus loin que celle de Stuttgart, et la déclaration du synode de Berlin-Weissensee (1950) est la première à reconnaître explicitement la complicité par le silence à l’égard des Juifs. Le débat historiographique porte aujourd’hui moins sur le fait — il est établi — que sur ses causes : limites tactiques d’un texte devant rassembler, angle mort d’une théologie centrée sur la confession, ou antijudaïsme théologique résiduel. Les trois explications ont leurs partisans et elles ne s’excluent pas.

L’Église catholique

Le concordat du Reich est signé le 20 juillet 1933, six mois après l’arrivée de Hitler au pouvoir, et négocié par Eugenio Pacelli, alors secrétaire d’État. Il garantit les écoles et les associations catholiques et interdit en contrepartie au clergé toute activité politique ; le Zentrum, parti catholique allemand, s’était dissous début juillet. Le traité confère au régime une légitimité internationale précoce, et cette conséquence était prévisible.

Mit brennender Sorge est rédigée en allemand, imprimée clandestinement et lue en chaire le dimanche des Rameaux, 21 mars 1937. Elle dénonce la violation systématique du concordat, et surtout la divinisation de la race, du peuple et de l’État : quiconque les élève au rang de norme suprême «renverse et falsifie l’ordre des choses créé et ordonné par Dieu». C’est la seule encyclique rédigée en allemand, et la Gestapo saisit les presses qui l’avaient imprimée.

Clemens August von Galen, évêque de Münster, prêche en juillet et août 1941 trois sermons qui dénoncent publiquement l’«action T4», le programme d’assassinat des malades mentaux et des handicapés. Les textes sont ronéotypés et diffusés dans tout le Reich, et le programme est officiellement interrompu en août 1941 — il se poursuivra sous des formes décentralisées. C’est le cas le mieux documenté d’une protestation publique ayant modifié une politique d’extermination.

Le dossier Pie XII reste discuté. Les faits établis : absence de condamnation publique nommant les Juifs, message de Noël 1942 évoquant «des centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, parfois seulement en raison de leur nationalité ou de leur race, sont vouées à la mort» ; accueil de plusieurs milliers de Juifs dans les institutions religieuses romaines après octobre 1943 ; instructions données aux nonces. La controverse publique s’ouvre avec la pièce de Rolf Hochhuth, Le Vicaire (1963). Les archives du pontificat ont été ouvertes en mars 2020 ; les premiers travaux qui en sont issus nuancent le dossier dans les deux sens et il est prématuré d’en tirer un jugement d’ensemble.

Le cas néerlandais illustre un dilemme réel. Les Églises catholique et protestantes des Pays-Bas protestent conjointement contre les déportations ; l’épiscopat catholique fait lire sa protestation en chaire le 26 juillet 1942. En représailles, l’occupant déporte les Juifs convertis au catholicisme, jusque-là épargnés — parmi eux Edith Stein, carmélite, arrêtée le 2 août et assassinée à Auschwitz le 9. L’épisode a servi d’argument à ceux qui justifient le silence ; il établit surtout que la protestation avait un coût réel et immédiat, ce qui rend le débat plus sérieux qu’une alternative entre courage et lâcheté.

Ceux qui ont agi

Au Chambon-sur-Lignon et sur le plateau Vivarais-Lignon, les pasteurs André Trocmé et Édouard Theis organisent à partir de 1940 l’accueil et le passage de réfugiés juifs ; les estimations vont de trois à cinq mille personnes sauvées, par un réseau reposant sur des paroisses protestantes et darbystes et sur des institutions catholiques. Le prévôt Bernhard Lichtenberg, à Berlin, prie publiquement pour les Juifs après la Nuit de cristal, demande à être déporté avec eux et meurt en 1943 sur la route de Dachau. En Bulgarie, les métropolites Stefan de Sofia et Kiril de Plovdiv s’opposent physiquement aux déportations ; les quelque quarante-huit mille Juifs des frontières d’avant-guerre ne sont pas déportés, tandis que plus de onze mille Juifs des territoires occupés le sont. Angelo Roncalli, délégué apostolique à Istanbul, délivre des certificats de transit à des milliers de personnes ; il sera Jean XXIII.

L’Union soviétique

La persécution y est d’une autre nature et d’une autre échelle. Après 1917, l’Église orthodoxe russe perd ses biens, son enseignement et son état civil ; le patriarche Tikhon est arrêté en 1922, et l’État soutient contre lui une «Église vivante» rénovatrice. Le métropolite Serge publie en 1927 une déclaration de loyauté au pouvoir soviétique qui divise durablement l’orthodoxie russe et fonde l’opposition de l’Église hors-frontières. À la veille de la guerre, un très petit nombre d’évêques demeure en liberté et la quasi-totalité des paroisses est fermée.

Le renversement est brutal : le 4 septembre 1943, Staline reçoit trois métropolites et autorise l’élection d’un patriarche, la réouverture de séminaires et de paroisses. Le calcul est strictement politique — mobiliser le sentiment national et soigner l’image auprès des alliés. Le régime concordataire ainsi établi durera jusqu’en 1988, avec une reprise de la persécution sous Khrouchtchev.

L’après-guerre et la révision

La conférence de Seelisberg, en Suisse, réunit en août 1947 chrétiens et juifs et publie dix points qui demandent notamment de cesser d’enseigner que les Juifs sont un peuple déicide et réprouvé, et de rappeler que Jésus, Marie et les apôtres étaient juifs. Ce texte, sans autorité ecclésiale, est la matrice de toutes les révisions ultérieures : Nostra aetate 4 en 1965, les déclarations réformées et luthériennes des années 1980, la Déclaration de repentance de l’épiscopat français à Drancy en 1997, le document romain Nous nous souvenons (1998).

Deux mouvements distincts convergent au milieu du siècle. Le premier est protestant et anglican, né d’une conférence missionnaire, et il aboutit en 1948 à une institution. Le second est catholique, longtemps refusé puis embrassé, et il aboutit en 1962 à un concile. Leur rencontre en 1965 clôt une séquence ouverte en 1517.

Des trois courants au Conseil œcuménique

CourantOrigineObjetAboutissement
MissionsÉdimbourg 1910Coordination sur le terrainConseil international des missions, 1921
Vie et ActionStockholm 1925, à l’initiative de l’archevêque SöderblomCoopération pratique et éthique socialeFusion en 1948
Foi et ConstitutionLausanne 1927, à l’initiative de l’évêque BrentQuestions doctrinales et ecclésiologiquesFusion en 1948

Le Conseil œcuménique des Églises est constitué à Amsterdam du 22 août au 4 septembre 1948, avec cent quarante-sept Églises membres. La devise de l’assemblée — «le désordre de l’homme et le dessein de Dieu» — dit l’époque. La question la plus délicate est celle de sa nature ecclésiologique, et elle est réglée en 1950 par la déclaration de Toronto : le Conseil n’est pas et ne doit jamais devenir une super-Église, il ne présuppose aucune conception particulière de l’unité, et l’appartenance n’implique pas qu’une Église reconnaisse les autres comme Églises au sens plein. C’est cette clause qui a rendu possible l’adhésion progressive des orthodoxes.

L’assemblée de New Delhi (1961) marque deux tournants : l’entrée de l’Église orthodoxe russe et de plusieurs Églises d’Europe de l’Est, et l’intégration du Conseil international des missions. La base doctrinale y est élargie pour devenir explicitement trinitaire, ce que les orthodoxes demandaient.

Le trajet catholique

Rome commence par refuser. Les conversations de Malines (1921-1926), entre le cardinal Mercier et des anglicans, sont privées et sans mandat. L’encyclique Mortalium animos (6 janvier 1928) condamne le mouvement œcuménique naissant : l’unité ne peut se faire que par le retour des dissidents à l’unique Église du Christ, et les catholiques ne peuvent participer à des assemblées interconfessionnelles. Une instruction du Saint-Office de 1949 assouplit discrètement la règle.

Le renversement est l’œuvre de Jean XXIII, qui crée en juin 1960 un Secrétariat pour l’unité des chrétiens et en confie la direction au cardinal Augustin Bea. Des observateurs non catholiques sont invités au concile — une trentaine à l’ouverture, une centaine à la fin — avec un accès aux documents et des réunions de travail régulières. Leur influence sur la rédaction est attestée.

Vatican II

Annoncé le 25 janvier 1959, trois mois après son élection, par un pape que l’on croyait de transition, le concile s’ouvre le 11 octobre 1962 avec environ deux mille cinq cents pères et se clôt le 8 décembre 1965, après quatre sessions et trois papes — Jean XXIII meurt en juin 1963, Paul VI décide de poursuivre.

Le moment décisif se produit dès les premières semaines. En novembre 1962, le schéma préparatoire sur les sources de la révélation, rédigé par la curie et reprenant la thèse des deux sources, est rejeté par une majorité qui n’atteint pas les deux tiers requis ; Jean XXIII intervient le 21 novembre pour le retirer et le confier à une commission mixte. L’assemblée vient de découvrir qu’elle n’est pas tenue par les textes préparés pour elle, et tout le concile en découle.

TexteDateApport principal
Sacrosanctum concilium
Constitution sur la liturgie
4 déc. 1963Participation active des fidèles ; admission des langues vernaculaires ; réforme du lectionnaire et du calendrier
Lumen gentium
Constitution sur l’Église
21 nov. 1964L’Église comme peuple de Dieu et comme mystère avant la hiérarchie ; collégialité épiscopale ; formule subsistit in ; vocation universelle à la sainteté
Unitatis redintegratio
Décret sur l’œcuménisme
21 nov. 1964Reconnaissance d’éléments ecclésiaux hors des limites visibles ; distinction entre auteurs et héritiers des séparations ; notion de hiérarchie des vérités
Dei Verbum
Constitution sur la révélation
18 nov. 1965Révélation comme automanifestation personnelle de Dieu ; source unique se transmettant par deux voies ; obligation d’étudier les genres littéraires
Nostra aetate
Déclaration sur les religions
28 oct. 1965Le paragraphe 4 récuse l’accusation de déicide et l’idée d’un peuple réprouvé ; le lien avec Israël est posé comme constitutif
Dignitatis humanae
Déclaration sur la liberté religieuse
7 déc. 1965Droit de ne pas être contraint en matière religieuse, fondé sur la dignité de la personne
Gaudium et spes
Constitution sur l’Église dans le monde
7 déc. 1965Texte sans précédent dans le genre conciliaire : travail, famille, culture, économie, paix

Deux textes furent obtenus au prix de compromis explicites. La collégialité épiscopale de Lumen gentium est assortie d’une nota explicativa praevia, ajoutée sur décision de Paul VI, qui précise que le collège n’agit jamais sans son chef — clause destinée à rassurer la minorité et qui fait l’objet d’interprétations divergentes depuis. Nostra aetate, d’abord conçue comme un texte sur les Juifs seuls, a été élargie aux autres religions, notamment pour des raisons diplomatiques liées à la situation des chrétiens au Proche-Orient.

Le 7 décembre 1965

La veille de la clôture, une déclaration commune est lue simultanément à Rome et au Phanar : Paul VI et le patriarche Athénagoras expriment le regret des paroles et des gestes de 1054, et décident d’effacer de la mémoire de l’Église les sentences d’excommunication. Le texte précise ce qu’il ne fait pas : il ne suffit pas à mettre fin aux divergences ni à rétablir la communion. La rencontre des deux hommes à Jérusalem en janvier 1964, première entre un pape et un patriarche œcuménique depuis le quinzième siècle, l’avait préparée.

La réception conflictuelle

Le concile produit presque immédiatement une contestation traditionaliste. Marcel Lefebvre, qui avait signé la plupart des textes, fonde en 1970 la Fraternité Saint-Pie-X et le séminaire d’Écône en Valais ; il est suspendu a divinis en 1976 après des ordinations illicites, et excommunié en 1988 pour avoir consacré quatre évêques sans mandat pontifical. Benoît XVI remet l’excommunication des quatre évêques en 2009 et élargit en 2007, par Summorum pontificum, l’usage du missel antérieur ; François le restreint en 2021 par Traditionis custodes. Le conflit porte sur la liturgie et, plus fondamentalement, sur la liberté religieuse et l’œcuménisme.

La question de fond — le concile est-il une rupture ou un développement ? — n’est pas réservée aux traditionalistes : elle structure l’ensemble de l’interprétation catholique depuis cinquante ans. Elle fait l’objet de la seconde dispute de ce module.

Disputes théologiques et historiographiques

Les disputes suivantes mobilisent les six grandes voix confessionnelles, avec interjections du Professeur Tryphon Goldberg, persona pédagogique juive du site. L’ordre des voix suit ici la pertinence de leur dossier plutôt que l’ordre habituel.

Barmen : ce qu’elle a dit, ce qu’elle a tu

La déclaration de mai 1934 est le texte confessionnel le plus important du protestantisme au XXe siècle, et elle ne mentionne pas les Juifs. Chaque tradition a eu à faire son propre bilan de ces années, et la manière dont elle traite ses silences en dit plus que ses déclarations.

Luthérienne

Le bilan luthérien allemand est le plus lourd et il a été établi par les Églises elles-mêmes. La déclaration de Stuttgart (octobre 1945) reconnaît une culpabilité sans en nommer les victimes ; celle de Darmstadt (1947) va plus loin en désignant les erreurs politiques et sociales ; celle du synode de Berlin-Weissensee (avril 1950) est la première à confesser explicitement la faute envers les Juifs, «par omission et par silence». Le synode rhénan de 1980 franchit le pas doctrinal en affirmant que l’alliance de Dieu avec son peuple n’a jamais été révoquée. Le dossier théologique est reconnu : la doctrine des deux règnes, invoquée pour justifier la non-ingérence dans les affaires de l’État, a fourni la couverture d’une abstention ; et l’antijudaïsme théologique luthérien, jusqu’au texte de 1543, faisait partie de l’héritage.

Réformée

Barmen est un texte réformé autant que luthérien, et son rédacteur principal est Karl Barth. La théologie qui le sous-tend — le refus de toute révélation hors du Christ — est précisément ce qui rendait impossible toute théologie du sang et du sol, et c’est sa force. Sa limite est reconnue : Barth lui-même écrira en 1967 à Eberhard Bethge qu’il aurait fallu à Barmen un texte décisif sur la question juive, et qu’il n’a pas réussi à le faire passer, ce qu’il qualifie de faute. Du côté suisse et français, le bilan est différent : la Fédération protestante de France proteste publiquement en 1941 et 1942 par la lettre du pasteur Boegner, et les réseaux du plateau Vivarais-Lignon relèvent d’une pratique paroissiale de masse plutôt que de quelques individus.

Catholique

Le bilan catholique comporte des actes et des silences, et le rapport entre les deux est précisément l’objet du débat. À l’actif : Mit brennender Sorge en 1937, les sermons de Galen contre l’euthanasie en 1941 qui interrompent officiellement le programme, l’accueil dans les institutions romaines après octobre 1943, l’action de nonces comme Roncalli. Au passif : le concordat de 1933, qui légitime le régime au moment où il s’installe et neutralise politiquement les catholiques allemands ; l’absence de condamnation publique nommant les Juifs ; l’antijudaïsme d’enseignement, dont Nostra aetate 4 marque l’abandon. Jean-Paul II a demandé pardon en 1998 par Nous nous souvenons et en 2000 à Jérusalem. Les archives ouvertes en 2020 alimentent un travail qui n’est pas achevé.

Anglicane

L’Église d’Angleterre est hors du champ direct du Kirchenkampf, et son rôle est celui d’un relais. George Bell, évêque de Chichester, entretient une correspondance avec Bonhoeffer, le rencontre en Suède en 1942 pour transmettre au gouvernement britannique l’existence d’une conspiration allemande — information qui ne reçoit pas de suite —, et dénonce publiquement aux Lords les bombardements de zone sur les villes allemandes, ce qui lui coûte probablement le siège de Cantorbéry. William Temple, archevêque de Cantorbéry, préside en 1942 une réunion publique au Royal Albert Hall sur le sort des Juifs d’Europe. Ces prises de position sont réelles et elles n’ont pas modifié les politiques.

Orthodoxe

L’orthodoxie affronte deux totalitarismes à la fois, et son bilan est géographiquement éclaté. En Union soviétique, l’Église subit la persécution la plus massive du siècle — clergé exécuté ou déporté par milliers, quasi-totalité des paroisses fermées — puis le régime concordataire imposé en 1943. En Bulgarie, les métropolites Stefan et Kiril s’opposent physiquement aux déportations, et les Juifs des frontières d’avant-guerre ne sont pas déportés ; en Grèce, l’archevêque Damaskinos proteste publiquement et fait délivrer de faux certificats de baptême. Ailleurs, des hiérarchies se sont accommodées de régimes collaborateurs. L’orthodoxie n’a pas produit de déclaration de repentance comparable à celles de l’Occident, et cette absence est elle-même un objet de discussion interne.

Anabaptiste

La tradition radicale doit affronter un dossier qu’elle a longtemps ignoré. Des communautés mennonites de Prusse, d’Ukraine et du Paraguay ont soutenu le régime national-socialiste, certaines avec enthousiasme, et des mennonites ukrainiens ont participé à des unités auxiliaires. Le travail de reconnaissance est récent : les travaux de Ben Goossen (Chosen Nation, 2017) et de plusieurs historiens mennonites ont été suivis de conférences et de déclarations à partir de 2015. La tradition n’a donc aucun titre à la supériorité morale sur cette période, et la doctrine de la non-violence n’a pas protégé ceux qui la professaient d’une adhésion idéologique — constat que les mennonites contemporains formulent eux-mêmes.

Synthèse

Trois constats s’imposent au terme. Le premier est que Barmen est un texte théologiquement décisif et confessionnellement incomplet, et que ceux qui l’ont rédigé l’ont reconnu — Barth le premier. Le deuxième est la chronologie des révisions, identique partout : l’aveu général précède de plusieurs années la mention des victimes, et celle-ci précède de plusieurs décennies la rectification doctrinale — 1945, 1950, 1980 côté luthérien ; 1965, 1998, 2000 côté catholique. Le troisième est que les positions doctrinales n’ont prédit ni la résistance ni l’adhésion : on trouve des résistants et des complices dans les six traditions, et le prédicteur le plus constant relevé par les travaux récents est l’expérience antérieure de la persécution, non l’orthodoxie de la confession.

Vatican II : rupture ou continuité ?

Un concile qui admet les langues vernaculaires, reconnaît la liberté religieuse, récuse l’accusation de déicide et affirme que l’Église du Christ « subsiste » dans l’Église catholique sans s’y identifier purement et simplement. A-t-il développé la tradition ou rompu avec elle ? La question divise les catholiques et elle intéresse tous les autres.

Catholique

Deux herméneutiques s’affrontent et Benoît XVI leur a donné leurs noms dans son discours à la curie du 22 décembre 2005 : l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture, qu’il récuse, et l’herméneutique de la réforme, «renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Église», qu’il retient. L’école de Bologne fondée par Giuseppe Alberigo, auteur de l’Histoire du concile Vatican II en cinq volumes, insiste au contraire sur l’événement et sur l’esprit du concile comme excédant ses textes. John O’Malley a proposé une voie médiane en analysant le changement de style : le concile abandonne le genre juridique et condamnatoire pour un genre qu’il qualifie d’épidictique — louange, invitation, dialogue —, ce qui constitue un changement réel sans être une rupture doctrinale. Sur les points les plus discutés — liberté religieuse, œcuménisme —, la continuité est affirmée avec la tradition profonde et la discontinuité assumée avec des positions du XIXe siècle.

Orthodoxe

L’Orient a suivi le concile avec attention et avec des sentiments mêlés. Les acquis sont réels et reconnus : la collégialité épiscopale de Lumen gentium 22 rejoint partiellement la synodalité orientale ; le décret sur les Églises orientales catholiques et le décret sur l’œcuménisme reconnaissent aux Églises orthodoxes la qualité d’Églises au sens plein, dotées de vrais sacrements et d’une véritable succession apostolique. La réserve porte sur ce qui n’a pas bougé : la primauté juridictionnelle universelle définie en 1870 est réaffirmée, et la nota praevia subordonne le collège à son chef. Le document de Ravenne (2007) et celui de Chieti (2016) ont repris la question de l’articulation entre primauté et synodalité, sans la résoudre.

Réformée

La lecture réformée du concile est nuancée et elle a évolué. Les acquis relevés dès 1965 : la reconnaissance de la liberté religieuse, que Rome avait condamnée en 1832 et en 1864 ; la promotion de la lecture biblique par Dei Verbum, avec l’encouragement aux traductions œcuméniques ; la reconnaissance d’éléments ecclésiaux dans les communautés issues de la Réforme. Les points qui demeurent : le concile ne traite pas la question de la justification, réglée seulement en 1999, et il maintient que les communautés protestantes ne sont pas des Églises au sens propre faute de succession apostolique et d’eucharistie valide — position réaffirmée en 2000 par Dominus Iesus et en 2007 par une réponse de la Congrégation pour la doctrine de la foi. La question du subsistit in est de ce point de vue moins ouverte qu’on ne l’espérait en 1965.

Luthérienne

Les luthériens ont été les interlocuteurs les plus constants de Rome depuis le concile, et le bilan est mesurable en documents. Le dialogue international s’ouvre en 1967 et produit le Rapport de Malte (1972), puis L’Évangile et l’Église, puis Du conflit à la communion (2013), préparant la commémoration commune de 2017 à Lund — un pape et la Fédération luthérienne mondiale commémorant ensemble la Réforme, ce qui eût été impensable avant Vatican II. L’aboutissement doctrinal est la Déclaration commune sur la doctrine de la justification (31 octobre 1999), qui établit un consensus sur les vérités fondamentales et déclare que les condamnations du XVIe siècle ne visent pas les positions actuelles du partenaire. Ce résultat est directement imputable au concile.

Anglicane

L’anglicanisme a reçu le concile comme une confirmation de plusieurs de ses propres positions — liturgie en langue vernaculaire, participation des laïcs, autorité de l’Écriture, collégialité — et la visite de Michael Ramsey à Paul VI en 1966, où le pape lui remet son anneau épiscopal, ouvre la Commission internationale anglicane-catholique romaine. L’ARCIC produit des accords substantiels sur l’eucharistie (1971), le ministère (1973) et l’autorité (1976-1981). Le processus a ensuite buté sur deux obstacles que le concile n’avait pas envisagés : l’ordination des femmes, à partir de 1974, et les questions d’éthique sexuelle. La réponse officielle de Rome aux premiers accords, en 1991, a déçu par sa demande de précisions doctrinales que les anglicans jugeaient réglées.

Anabaptiste

La tradition radicale a été concernée par le concile de manière inattendue : Dignitatis humanae énonce en 1965 ce que Hubmaier écrivait en 1524 et que les anabaptistes ont payé de plusieurs milliers de vies. Le dialogue catholique-mennonite conduit de 1998 à 2003 a produit le rapport Appelés ensemble à faire œuvre de paix, qui comporte une relecture commune de l’histoire du XVIe siècle et une reconnaissance des persécutions. En 2010, lors de l’assemblée de la Fédération luthérienne mondiale à Stuttgart, les luthériens ont demandé pardon aux mennonites pour les condamnations de l’Augustana et pour les persécutions, et la demande a été acceptée. Ce sont les fruits les plus directs de l’ouverture conciliaire pour une tradition qui n’avait aucun interlocuteur avant 1965.

Synthèse

La formule de 2005 — continuité du sujet, réforme des positions — décrit correctement l’intention du concile et ne clôt pas la discussion, parce qu’elle ne dit pas jusqu’où une position peut être réformée sans que le sujet change. L’analyse d’O’Malley par le style est la contribution la plus solide : Vatican II ne prononce aucun anathème, ce qui est sans précédent depuis Nicée, et ce changement de genre littéraire est un fait objectif avant d’être une interprétation. Ce que les cinq voix non catholiques font apparaître est un point que le débat interne néglige : quelle que soit la qualification, les effets externes du concile sont considérables et datables — dialogue luthérien aboutissant en 1999, dialogue orthodoxe aboutissant à Ravenne et Chieti, ARCIC, dialogue mennonite, et Nostra aetate. Un concile se juge aussi à ce qu’il a rendu possible.

Hypothèses de travail — mémoire et thèse

Sept pistes formulées de manière falsifiable. Deux ensembles documentaires ouverts récemment structurent le champ : les archives du pontificat de Pie XII, accessibles depuis mars 2020, et les Acta synodalia de Vatican II, intégralement publiés et encore peu exploités de manière sérielle.

H1. Qu’est-ce qui prédit l’engagement d’une paroisse dans le sauvetage ?

  • Doctorat
  • Histoire contemporaine / sociologie historique
  • 4-5 ans

Hypothèse. L’engagement d’une paroisse ou d’une communauté dans le sauvetage de persécutés entre 1940 et 1944 n’est pas prédit par son orientation théologique mais par deux variables structurelles : l’expérience historique de la minorité persécutée, et la densité des réseaux associatifs préexistants — mouvements de jeunesse, œuvres, sociétés de secours.

État de la question
Les travaux de Nechama Tec et de Pierre Sauvage ont dégagé des facteurs individuels ; ceux sur le plateau Vivarais-Lignon (Patrick Cabanel, Christine van der Zanden) ont mis en évidence le facteur huguenot. La généralisation à un ensemble de terrains contrastés n’a pas été tentée avec un protocole unique.
Corpus
Dossiers des Justes parmi les nations (Yad Vashem), qui donnent lieu, profession et affiliation ; archives paroissiales et diocésaines ; archives de la CIMADE, du Secours suisse, de l’Œuvre de secours aux enfants ; monographies locales ; recensements confessionnels d’avant-guerre.
Méthode
Constituer une base des communautés engagées et non engagées dans plusieurs régions comparables, coder orientation théologique, histoire minoritaire, densité associative et position du desservant, puis tester les modèles. Français, allemand, néerlandais ; archives dispersées.

Ce qui la réfuterait : Une corrélation dominante avec l’orientation théologique ou confessionnelle une fois les autres variables contrôlées.

H2. La genèse de Barmen : les états du texte et la question juive

  • Doctorat
  • Histoire des doctrines
  • 4-5 ans

Hypothèse. Les états rédactionnels successifs de la déclaration de Barmen montrent qu’une mention de la persécution raciale a été envisagée puis écartée, et que le motif de ce retrait est tactique — préserver l’unité du synode entre luthériens et réformés — plutôt que doctrinal ; l’hypothèse est vérifiable par les brouillons et les correspondances.

État de la question
Le silence de Barmen est établi et analysé ; ses causes sont discutées entre trois explications — tactique, angle mort théologique, antijudaïsme résiduel — sans que la documentation rédactionnelle ait été exploitée de manière décisive.
Corpus
Brouillons de Barth, Asmussen et Breit conservés dans les Karl Barth-Gesamtausgabe et aux archives de l’EKD ; actes du synode de Barmen ; correspondance de Barth de 1933-1934 ; lettre de Barth à Eberhard Bethge (1967) ; textes de la Pfarrernotbund sur le paragraphe aryen.
Méthode
Reconstituer la chaîne des versions, relever les propositions écartées et leurs motifs consignés, puis confronter aux prises de position parallèles des mêmes acteurs. Allemand indispensable ; archives en partie éditées.

Ce qui la réfuterait : L’absence de toute trace d’une mention envisagée, ou des motifs de retrait explicitement doctrinaux dans la documentation.

H3. Les archives de Pie XII : protocole d’exploitation

  • Doctorat
  • Histoire contemporaine
  • 5 ans

Hypothèse. L’ouverture des archives du pontificat en mars 2020 permet de substituer à la question du jugement moral — qu’aucune archive ne tranchera — une question documentaire : établir ce que le Saint-Siège savait, à quelle date, par quels canaux, et quelles instructions ont été transmises aux nonciatures, ce qui est reconstituable série par série.

État de la question
La controverse ouverte en 1963 s’est enlisée dans l’alternance des plaidoyers. Les premiers travaux issus des archives — Hubert Wolf et son équipe, David Kertzer, Johan Ickx — produisent des résultats partiels et parfois contradictoires. Le champ est ouvert et demande des protocoles explicites plutôt que des synthèses hâtives.
Corpus
Archives apostoliques vaticanes, fonds du pontificat de Pie XII ; archives de la Secrétairerie d’État, section des rapports avec les États ; série Commissione Soccorsi ; archives des nonciatures de Berlin, Berne, Budapest, Bucarest, Istanbul ; Actes et documents du Saint-Siège (12 vol., 1965-1981) pour comparaison.
Méthode
Choisir un objet circonscrit — un pays, une année, un canal d’information — et reconstituer intégralement la chaîne d’information et de décision. Italien, allemand, latin ; séjours prolongés à Rome. L’originalité tiendra à la circonscription de l’objet, non à son ampleur.

Ce qui la réfuterait : Une documentation trop lacunaire ou trop expurgée pour reconstituer des chaînes complètes, ce qui devrait alors être établi et publié comme tel.

H4. Le rejet du schéma De fontibus : anatomie d’un basculement

  • Master
  • Histoire de Vatican II
  • 12-18 mois

Hypothèse. Le vote du 20 novembre 1962 et le retrait du schéma préparatoire sur les sources de la révélation constituent le moment où l’assemblée conciliaire prend conscience de sa liberté ; la recomposition des majorités qui s’opère à cette occasion est traçable par la comparaison des votes successifs et des listes de commissions.

État de la question
L’épisode est raconté dans toutes les histoires du concile comme un tournant. Son analyse comme phénomène de constitution d’une majorité — qui bascule, quand, sous quelle influence — n’a pas été conduite à partir des données de vote, pourtant publiées.
Corpus
Acta Synodalia Sacrosancti Concilii Oecumenici Vaticani II ; journaux des pères conciliaires (Congar, Chenu, Edelby, Siri) ; interventions écrites ; listes des commissions élues en octobre 1962 ; Histoire du concile Vatican II dirigée par Alberigo.
Méthode
Comparer les résultats des scrutins successifs et les compositions de commissions, en croisant avec les prises de parole et les journaux. Latin, italien, français ; sources éditées et volumineuses. Le sujet est circonscrit et démonstratif.

Ce qui la réfuterait : Une stabilité des majorités entre les scrutins, qui ferait du rejet un effet de procédure plutôt qu’un basculement.

H5. La nota explicativa praevia et l’interprétation de la collégialité

  • Master
  • Ecclésiologie / histoire des doctrines
  • 12-18 mois

Hypothèse. La note explicative ajoutée à Lumen gentium en novembre 1964 a produit dans la théologie postconciliaire deux traditions d’interprétation stables et non convergentes, et l’appartenance d’un auteur à l’une ou à l’autre prédit ses positions sur les synodes, les conférences épiscopales et la réforme de la curie.

État de la question
La note est constamment invoquée dans les débats sur la synodalité. Son rôle comme marqueur interprétatif durable n’a pas été étudié, alors que le corpus est fini et accessible.
Corpus
Lumen gentium 22 et la nota explicativa praevia ; Apostolos suos (1998) ; Communionis notio (1992) ; commentaires de Rahner, Ratzinger, Congar, Zizioulas ; documents du Synode des évêques ; Episcopalis communio (2018) ; textes du processus synodal en cours.
Méthode
Relever les interprétations de la note dans un corpus d’une cinquantaine d’auteurs, les classer, puis tester la corrélation avec leurs positions sur les trois questions institutionnelles. Latin, italien, allemand, anglais.

Ce qui la réfuterait : Une distribution des positions institutionnelles indépendante de l’interprétation de la note.

H6. La déclaration de Toronto et l’adhésion orthodoxe au Conseil œcuménique

  • Master
  • Œcuménisme
  • 12-18 mois

Hypothèse. La déclaration de Toronto (1950), qui pose que le Conseil œcuménique n’est pas une super-Église et n’implique aucune reconnaissance mutuelle, est la condition sans laquelle les Églises orthodoxes n’auraient pas adhéré ; cette causalité est établissable par les débats internes des patriarcats entre 1948 et 1961.

État de la question
Le rôle de la déclaration est mentionné dans les histoires du Conseil. La documentation orthodoxe de la décision — rapports synodaux, correspondances, débats — n’a pas été exploitée pour tester la causalité.
Corpus
Déclaration de Toronto (1950) ; actes des assemblées d’Amsterdam (1948), Evanston (1954), New Delhi (1961) ; documents des conférences panorthodoxes de Rhodes (1961-1964) ; encycliques patriarcales ; archives du Conseil œcuménique à Genève.
Méthode
Reconstituer le processus décisionnel de deux ou trois Églises orthodoxes et relever les arguments invoqués. Grec, russe, anglais ; archives accessibles à Genève, ce qui rend le sujet praticable depuis la Suisse romande.

Ce qui la réfuterait : Une décision d’adhésion motivée par des considérations politiques — notamment soviétiques pour Moscou — sans référence significative à la déclaration.

H7. Le pentecôtisme des origines : la question raciale d’Azusa Street

  • Doctorat
  • Histoire religieuse américaine
  • 4-5 ans

Hypothèse. Le caractère interracial du réveil d’Azusa Street (1906-1909), aujourd’hui central dans le récit d’origine du pentecôtisme, a été effacé pendant plusieurs décennies par l’historiographie du mouvement lui-même, et sa réhabilitation à partir des années 1970 accompagne une recomposition des enjeux internes aux dénominations pentecôtistes américaines.

État de la question
Les travaux de Walter Hollenweger puis de Cecil Robeck ont rétabli le rôle de William Seymour. La mécanique de l’effacement et celle de la réhabilitation n’ont pas été étudiées comme un objet propre d’histoire de la mémoire.
Corpus
The Apostolic Faith (1906-1908), journal du réveil ; écrits de Charles Parham ; histoires internes des Assemblées de Dieu et de la Church of God in Christ ; manuels de formation pastorale de 1920 à 1970 ; travaux de Robeck et Hollenweger ; documents du « Memphis Miracle » de 1994.
Méthode
Suivre la place accordée à Seymour et au caractère interracial dans les histoires internes du mouvement, décennie par décennie, et confronter aux évolutions institutionnelles et sociales des dénominations. Anglais ; archives à Springfield et à Memphis.

Ce qui la réfuterait : Une présence continue du récit interracial dans les histoires internes, ou une réhabilitation sans lien avec les recompositions dénominationnelles.

Bibliographie sélective

Références sélectionnées selon les conventions du SBL Handbook of Style (2e éd., 2014).

Sources

  • Acta Synodalia Sacrosancti Concilii Oecumenici Vaticani II. Vatican : Typis Polyglottis, 1970-1999.
  • Barth, Karl. L’Épître aux Romains. Genève : Labor et Fides, 2016.
  • Bonhoeffer, Dietrich. Résistance et soumission. Genève : Labor et Fides, 2006.
  • Congar, Yves. Mon journal du Concile. 2 vol. Paris : Cerf, 2002.
  • Les seize documents conciliaires. Montréal : Fides, 1967.

Études

  • Alberigo, Giuseppe, dir. Histoire du concile Vatican II. 5 vol. Paris : Cerf, 1997-2005.
  • Barnett, Victoria. For the Soul of the People : Protestant Protest against Hitler. New York : Oxford University Press, 1992.
  • Cabanel, Patrick. Histoire des Justes en France. Paris : Armand Colin, 2012.
  • Chenaux, Philippe. L’Église catholique et le communisme en Europe. Paris : Cerf, 2009.
  • Fouilloux, Étienne. Une Église en quête de liberté : la pensée catholique française entre modernisme et Vatican II. Paris : Desclée de Brouwer, 1998.
  • Kertzer, David I. Le pape et Mussolini. Paris : Fayard, 2018.
  • O’Malley, John W. L’événement Vatican II. Bruxelles : Lessius, 2011.
  • Robeck, Cecil M. The Azusa Street Mission and Revival. Nashville : Nelson, 2006.
  • Scholder, Klaus. Die Kirchen und das Dritte Reich. 2 vol. Francfort : Propyläen, 1977-1985.
  • Visser ’t Hooft, Willem A. Le temps du rassemblement : mémoires. Paris : Seuil, 1975.

Voir aussi

Quiz — Le vingtième siècle : crises, résistances, concile

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