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Réforme — dossier fondateur

Les quatre-vingt-quinze thèses

Ce que le texte de 1517 dit, ce qu’il ne dit pas, et comment il est devenu un commencement

Quatre-vingt-quinze propositions en latin, rédigées pour une disputation universitaire par un moine augustin de trente-trois ans, et dont l’auteur n’attendait qu’un débat entre théologiens. Elles sont devenues l’acte de naissance de la Réforme — statut qu’elles ont acquis après coup et qui masque ce qu’elles disent réellement.

Ce qui a produit les thèses

L’affaire commence par une opération financière. Albert de Brandebourg, âgé de vingt-trois ans, cumule les sièges de Magdebourg et d’Halberstadt et brigue l’archevêché de Mayence, qui fait de son titulaire l’un des sept princes électeurs. Le cumul exige une dispense pontificale, et la dispense se paie : vingt-quatre mille ducats, qu’Albert emprunte à la banque Fugger d’Augsbourg.

Léon X autorise en retour la prédication d’une indulgence dans les territoires d’Albert, dont la moitié du produit remboursera les Fugger et l’autre financera la reconstruction de Saint-Pierre. Le dominicain Johann Tetzel en est le commissaire. Ses Instructio summaria, rédigées par la chancellerie d’Albert, indiquent un tarif selon le rang social et promettent la remise des peines, y compris pour les défunts.

Le distique La formule que la mémoire protestante attribue à Tetzel — « aussitôt que l’argent tinte dans la caisse, l’âme s’envole du purgatoire » — n’est pas de lui au sens strict : c’est Luther qui la cite, à la thèse 27, sous la forme d’une opinion rapportée qu’il condamne. Que Tetzel ait employé une formule approchante est probable et documenté indirectement ; que le distique circule sous cette forme est une conséquence des thèses, non leur source.

Le geste : ce que l’on sait et ce que l’on croit savoir

Ce qui est établi. Le 31 octobre 1517, Luther adresse une lettre à Albert de Brandebourg, avec les thèses jointes, pour protester contre la prédication de l’indulgence. La lettre est conservée. Il écrit le même jour à l’évêque de Brandebourg. Le ton est déférent : il s’adresse à son supérieur hiérarchique et demande une intervention.

Ce qui est disputé. L’affichage sur la porte de l’église du château de Wittenberg. Luther n’en parle jamais, dans aucun de ses écrits ni dans les Propos de table. Le récit vient de Melanchthon, en 1546, dans la préface au deuxième tome des œuvres latines — quelques mois après la mort de Luther, et alors que Melanchthon n’était pas encore à Wittenberg en 1517.

ÉtapePositionArgument
Jusqu’en 1961L’affichage est un fait acquisRécit de Melanchthon, repris par toute l’historiographie et fixé par l’iconographie du XIXe siècle
1961 — Erwin IserlohL’affichage n’a pas eu lieuSilence complet de Luther ; source unique et tardive ; incompatibilité avec la démarche hiérarchique du même jour ; les thèses ne sont diffusées qu’après l’absence de réponse épiscopale
1961-2006Controverse ouverteHistoriens catholiques et protestants se répartissent sans suivre les lignes confessionnelles attendues — plusieurs luthériens acceptent la thèse d’Iserloh
2006 — note de RörerLe dossier se rouvreUne annotation de Georg Rörer, secrétaire de Luther, découverte dans un exemplaire du Nouveau Testament conservé à Iéna, indique que les thèses furent affichées aux portes des églises de Wittenberg. La note est contemporaine et vient d’un proche

L’état actuel du dossier est un équilibre instable : la note de Rörer est un témoignage sérieux, mais elle est elle-même postérieure de plusieurs années et n’élimine pas le silence de Luther. Il faut par ailleurs rappeler qu’afficher une proposition de disputation à la porte d’une église universitaire était l’usage ordinaire — c’était le tableau d’affichage de l’université. Si le geste a eu lieu, il n’avait rien de spectaculaire ; le spectaculaire lui a été ajouté trois siècles plus tard.

Ce que disent les thèses

La lecture du texte réserve des surprises à qui l’aborde par sa réputation.

ThèseContenuPortée
1En disant « faites pénitence », le Christ a voulu que la vie entière du croyant soit une pénitenceRepose sur un point de traduction : la Vulgate porte poenitentiam agite, que la tradition entendait du sacrement, là où le grec μετανοεῖτε dit le changement intérieur. Luther le tient d’Érasme, dont le Nouveau Testament grec paraît en 1516
5-6Le pape ne peut remettre que les peines qu’il a lui-même imposéesLimitation du pouvoir des clefs aux peines canoniques, non aux peines divines
27Ils prêchent des inventions humaines, ceux qui disent qu’aussitôt le denier tombé l’âme s’envoleCondamnation de la formule, citée comme opinion adverse
36Tout chrétien vraiment contrit a pleine rémission de la peine et de la faute, même sans lettre d’indulgenceThèse la plus lourde de conséquences : l’indulgence devient superflue pour qui est contrit
62Le vrai trésor de l’Église est le saint Évangile de la gloire et de la grâce de DieuSubstitution d’un trésor à un autre : contre la doctrine du trésor des mérites accumulés
82Pourquoi le pape ne vide-t-il pas le purgatoire par sainte charité, plutôt que pour un argent misérable destiné à bâtir une basilique ?Série 81-91 : Luther présente ces objections comme celles des laïcs, procédé rhétorique qui lui permet de les formuler sans les assumer
94-95Que les chrétiens s’attachent à suivre le Christ par les peines, la mort et l’enfer, et entrent au ciel par beaucoup de tribulations plutôt que par la sécurité de la paixConclusion spirituelle, non polémique
Ce que les thèses ne disent pas Elles ne contiennent rien sur la justification par la foi seule, rien sur l’Écriture seule, rien sur le sacerdoce universel, rien sur les sacrements, rien contre la messe. Elles ne nient pas le purgatoire — elles le supposent. Elles ne nient pas l’autorité pontificale — elles la limitent et, à plusieurs reprises, la défendent contre ceux qui la compromettent par des prédications excessives. Aucun des cinq solas n’y figure. Ce sont les propositions d’un théologien catholique qui demande une clarification à sa hiérarchie, et c’est précisément ce qui rend leur postérité intéressante.

L’imprimerie

Luther écrit en latin, pour des théologiens. En quelques semaines, les thèses sont imprimées à Leipzig, Nuremberg et Bâle, traduites en allemand et diffusées dans tout l’Empire. Luther s’en dit lui-même surpris et il écrira plus tard n’avoir pas voulu cette publicité.

Le fait est central pour l’histoire du mouvement : la Réforme est le premier événement européen dont la diffusion doive autant à une technique qu’à une doctrine. Entre 1517 et 1520, Luther publie une trentaine de traités dont le tirage cumulé dépasse trois cent mille exemplaires. Les études d’Andrew Pettegree ont montré que le format court en langue vulgaire — le Flugschrift — constitue un genre éditorial nouveau dont Luther est le premier auteur à succès, et que les imprimeurs de Wittenberg s’enrichissent avec lui.

Ce qui suit, en trois ans et demi

DateÉvénementCe qui s’y joue
Avril 1518Dispute de HeidelbergLuther expose la theologia crucis devant son ordre. Bucer et Brenz y assistent et sont gagnés
Octobre 1518Augsbourg — CajetanLe cardinal exige une rétractation sur deux points ; Luther refuse et quitte la ville de nuit
Juillet 1519Leipzig — EckLe tournant. Eck conduit Luther à admettre qu’un concile peut errer, et que certaines positions de Jan Hus, condamné et brûlé à Constance, étaient chrétiennes. Après cela, la rupture est structurelle
1520Les trois grands traitésÀ la noblesse chrétienne, La captivité babylonienne, La liberté du chrétien — c’est ici, et non en 1517, que le programme réformateur est formulé
Juin 1520Exsurge DomineBulle condamnant quarante et une propositions ; Luther la brûle publiquement le 10 décembre avec le droit canonique
Avril 1521Diète de WormsRefus de se rétracter devant Charles Quint. La formule « me voici, je ne puis autrement » n’apparaît que dans l’édition imprimée du discours et son authenticité est douteuse

La fabrique d’un anniversaire

Le statut fondateur du 31 octobre 1517 n’est pas contemporain de l’événement. Il se construit en trois temps.

1617. Le premier centenaire est organisé par les princes luthériens dans un contexte de tension confessionnelle aiguë, deux ans avant la guerre de Trente Ans. C’est alors que la date devient une commémoration et que l’image de l’affichage se fixe dans la gravure.

1817. Le troisième centenaire, en pleine ferveur nationale allemande, donne à Luther une stature de héros germanique dont le XIXe siècle ne se départira plus, et dont les conséquences politiques seront lourdes.

2017. Le cinquième centenaire est le premier à être préparé conjointement. La Commission luthéro-catholique sur l’unité publie en 2013 Du conflit à la communion, et le 31 octobre 2016, à Lund, le pape François et la Fédération luthérienne mondiale commémorent ensemble. L’écart avec 1617 est le meilleur indicateur du chemin parcouru.

Le sort des indulgences

Il faut le dire nettement : l’Église catholique n’a pas abandonné les indulgences, elle a supprimé ce que Luther dénonçait. Le concile de Trente interdit en 1562 toute perception d’argent à leur occasion et supprime la charge de questeur ; la session XXV, en 1563, confirme la doctrine tout en condamnant les abus. Pie V abolit en 1567 les indulgences comportant une contrepartie financière. La constitution Indulgentiarum doctrina de Paul VI, en 1967, refond entièrement le système : suppression des durées chiffrées — les « trois cents jours » et autres —, réduction des indulgences plénières et insistance sur la disposition intérieure.

Disputes théologiques

Six voix confessionnelles, avec interjections du Professeur Tryphon Goldberg, persona pédagogique juive du site.

Que contestent réellement les quatre-vingt-quinze thèses ?

Le texte ne contient aucun des principes que la postérité lui prête. La question n’est donc pas de savoir ce que Luther pensait en 1517 — nous l’ignorons en partie — mais ce que le document énonce, et ce qui autorise à en faire un commencement.

Catholique

Les thèses portent sur un abus disciplinaire et elles ont raison sur ce point : le trafic était réel, l’opération d’Albert de Brandebourg est indéfendable, et Trente a donné raison à Luther sur les abus en maintenant la doctrine. Ce qui a fait la rupture n’est pas le texte de 1517 mais l’enchaînement des positions prises entre Leipzig et Worms, notamment l’affirmation qu’un concile peut errer. Du conflit à la communion reconnaît en 2013 que la réaction romaine fut tardive et maladroite, et que l’affaire aurait pu être traitée autrement.

Orthodoxe

L’ensemble du dossier repose sur des constructions étrangères à l’Orient : le trésor des mérites, le purgatoire comme lieu de peine satisfactoire, le pouvoir juridictionnel des clefs sur ce lieu. L’Orient ne connaît ni la comptabilité de la satisfaction ni les indulgences qui en découlent. La querelle du XVIe siècle est un conflit interne à une théologie latine du mérite, et les deux camps en partagent les prémisses. Luther en conteste l’application ; il n’en sort pas.

Luthérienne

La thèse 1 contient déjà tout, à qui sait lire. Elle repose sur le grec d’Érasme contre le latin de la Vulgate, et elle déplace la pénitence du sacrement vers la vie entière. La thèse 36 en tire la conséquence : le contrit a pleine rémission sans lettre. La thèse 62 substitue l’Évangile au trésor des mérites. Le mot « justification » n’y est pas, mais la chose y travaille. La tradition a raison de dater d’ici, non parce que tout y est dit, mais parce que c’est le premier texte où le principe est à l’œuvre.

Réformée

La tradition réformée n’a jamais fait de 1517 son origine et elle n’a pas de raison de le faire : Zwingli a toujours soutenu être parvenu à ses positions indépendamment, par la lecture d’Érasme et des Pères, et Calvin naît en 1509. Ce que les thèses établissent est autre chose et c’est plus important : que l’on peut soumettre une pratique de l’Église au jugement de l’Écriture. Le geste compte plus que son contenu, et il ne suppose pas Luther.

Anglicane

La réforme anglaise ne procède pas de 1517 et il serait malhonnête de le prétendre : elle procède d’une question de succession dynastique, et ses artisans théologiques — Cranmer surtout — ont ensuite construit sur des matériaux continentaux. Ce que la tradition anglicane retient des thèses est la méthode plutôt que le contenu : une proposition soumise à disputation publique, dans les formes universitaires, avec des adversaires nommés. C’est la procédure d’un débat réglé, et c’est ce qui a été perdu quand l’affaire est sortie de l’université.

Anabaptiste

Les thèses restent à l’intérieur du système qu’elles critiquent : elles discutent l’étendue d’un pouvoir sans demander d’où il vient. La question que pose la tradition radicale est autre — celle de l’Église elle-même, de son rapport au magistrat, du baptême des croyants. Aucune de ces questions n’est dans le texte de 1517, et Luther s’opposera violemment à ceux qui les poseront. Faire de 1517 le commencement de la Réforme revient à faire de la Réforme magistérielle toute la Réforme.

Synthèse

Le texte ne contient aucun des cinq solas, ne nie ni le purgatoire ni l’autorité pontificale, et demande une clarification hiérarchique. Trois lectures s’ensuivent. La lecture disciplinaire — catholique et orthodoxe — n’y voit qu’un abus contesté, et la voix orthodoxe ajoute l’argument le plus dérangeant : les deux camps partagent les prémisses latines du mérite et de la satisfaction. La lecture séminale — luthérienne — soutient que le principe y travaille sans y être nommé, ce que Tryphon identifie comme la figure de tout commencement reconnu après coup. La lecture procédurale — réformée et anglicane — retient le geste plutôt que le contenu : soumettre une pratique au jugement de l’Écriture, dans les formes d’une disputation réglée. La voix anabaptiste énonce enfin l’objection qui vaut au-delà du cas : dater la Réforme de 1517 revient à identifier la Réforme à sa branche magistérielle.

L’affichage a-t-il eu lieu, et pourquoi la question importe-t-elle ?

Depuis 1961, l’événement le plus représenté de l’histoire du protestantisme est contesté. La discussion n’oppose pas les confessions entre elles — elle traverse chacune — et elle porte moins sur un fait que sur le rapport d’une tradition à ses images.

Luthérienne

La note de Georg Rörer, découverte en 2006 à Iéna, est un témoignage de première main : le secrétaire de Luther écrit que les thèses furent affichées aux portes des églises. Cela dit, la position luthérienne n’a jamais dépendu de ce point. Ce qui fonde une confession n’est pas un clou dans une porte, et l’insistance sur la scène relève du romantisme du XIXe siècle plus que de la théologie. Que le geste ait eu lieu ou non, la lettre du 31 octobre à Albert de Brandebourg est conservée et elle suffit.

Catholique

Il est remarquable que la thèse la plus critique à l’égard du récit protestant ait été formulée par un historien catholique, Erwin Iserloh, en 1961, et qu’elle ait été largement acceptée par des historiens luthériens. Cela montre que le champ fonctionne selon des règles historiennes et non confessionnelles. Rome n’a aucun intérêt particulier dans ce débat ; l’affaire d’Albert de Brandebourg reste ce qu’elle est, affichage ou non.

Réformée

La tradition réformée observe ce débat de loin, et elle y trouve une confirmation de sa méfiance à l’égard des images. Faire d’un acte fondateur une scène pittoresque, la graver, la peindre, l’afficher dans les temples et les manuels, c’est produire exactement ce que la Réforme reprochait au culte des saints — un support visuel qui remplace ce qu’il était censé signifier. Que la scène soit peut-être fausse n’est pas le plus embarrassant ; le plus embarrassant est qu’on en ait eu besoin.

Anglicane

Il faut rappeler un fait technique que la controverse a fini par recouvrir : afficher une proposition de disputation à la porte de l’église du château, qui servait de chapelle universitaire, était l’usage ordinaire de Wittenberg. Si le geste a eu lieu, il équivalait à punaiser un avis sur un tableau d’affichage. Le caractère héroïque est entièrement une addition ultérieure, et c’est peut-être la seule chose sur laquelle tout le monde s’accorde.

Orthodoxe

L’Orient n’a pas de dates fondatrices de ce type et il n’a pas construit son identité sur un événement daté. La tradition se transmet par la liturgie et par la continuité des sièges, et cette différence de régime mémoriel explique une part des incompréhensions. Une confession qui date son origine d’un jour précis est structurellement exposée à ce que ce jour soit examiné.

Anabaptiste

La question laisse la tradition radicale indifférente pour une raison simple : nos propres commencements sont datés avec précision et personne ne les commémore. Le premier baptême de croyants a lieu à Zurich le 21 janvier 1525, chez Felix Manz, et nous savons qui était présent. Il n’a produit ni gravure ni centenaire. La postérité d’un événement dépend moins de sa réalité que de la puissance de ceux qui le racontent.

Synthèse

Le dossier historique est ouvert et il le restera probablement : le silence de Luther est un fait, la note de Rörer en est un autre, et aucun des deux n’annule l’autre. Ce que la discussion fait apparaître dépasse la question. Le champ fonctionne — une thèse critique formulée par un catholique et acceptée par des luthériens. Le geste, s’il a eu lieu, était une formalité : l’affichage à la porte de la chapelle universitaire était le tableau d’affichage de Wittenberg, et l’héroïsme est une addition du XIXe siècle. Le vrai sujet est le besoin de la scène, que la voix réformée nomme et que l’exemple anabaptiste démontre : le baptême de Zurich du 21 janvier 1525 est mieux documenté et n’a produit aucune commémoration.

Hypothèses de travail — mémoire et thèse

Sept pistes formulées de manière falsifiable. Le dossier réunit des sources financières inhabituellement précises, une controverse historiographique datée et documentée, et un corpus imprimé entièrement recensé.

H1. La note de Rörer : évaluer un témoignage

  • Master
  • Histoire de la Réforme
  • 12-18 mois

Hypothèse. L’annotation de Georg Rörer découverte en 2006 n’est pas un témoignage oculaire mais la mise par écrit d’une tradition déjà formée à Wittenberg, ce que sa datation et sa position dans le volume permettent d’établir.

État de la question
La découverte a été présentée comme réglant la controverse d’Iserloh. Son statut exact — date de rédaction, source de l’information — n’a pas été instruit avec la rigueur que l’enjeu mérite.
Corpus
Exemplaire annoté du Nouveau Testament conservé à la Thüringer Universitäts- und Landesbibliothek d’Iéna ; autres annotations de Rörer ; Melanchthon, préface de 1546 ; correspondance de Luther d’octobre-novembre 1517.
Méthode
Dater l’annotation par comparaison avec les autres notes de la même main, et évaluer sa dépendance possible à l’égard du récit de Melanchthon.

Ce qui la réfuterait : Une datation antérieure à 1546 accompagnée d’indices d’information directe.

H2. Le financement de l’indulgence de 1515

  • Doctorat
  • Histoire économique
  • 4-5 ans

Hypothèse. Les archives Fugger permettent de reconstituer le circuit financier complet de l’indulgence d’Albert de Brandebourg — montant, échéances, part effectivement versée à Rome, part conservée —, et cette reconstitution modifie l’appréciation des responsabilités respectives de Mayence et du siège romain.

État de la question
Le mécanisme général est connu. Le détail comptable est dispersé entre archives d’Augsbourg, de Mayence et du Vatican et n’a pas été reconstitué comme une série unique.
Corpus
Archives Fugger d’Augsbourg ; Instructio summaria de 1516 ; comptes de la fabrique de Saint-Pierre ; bulle Sacrosanctis salvatoris ; correspondance d’Albert.
Méthode
Établir le circuit des flux et les parts effectives, et comparer aux affirmations des polémistes des deux camps.

Ce qui la réfuterait : Une documentation trop lacunaire pour établir les parts, à publier comme telle.

H3. La diffusion imprimée des thèses en 1517-1518

  • Master
  • Histoire du livre
  • 12-18 mois

Hypothèse. La rapidité de diffusion des thèses est mesurable par le recensement des éditions et de leurs lieux, et elle est sans précédent pour un texte théologique latin — ce qui fait de l’affaire un tournant dans l’économie de l’imprimé autant que dans l’histoire religieuse.

État de la question
Le rôle de l’imprimerie est un lieu commun de l’historiographie. Les travaux de Pettegree ont quantifié la production luthérienne globale ; le cas particulier des thèses mérite un traitement séparé.
Corpus
Éditions de Leipzig, Nuremberg et Bâle ; Verzeichnis der im deutschen Sprachbereich erschienenen Drucke ; correspondance de Luther sur sa surprise ; production imprimée comparée des années 1510.
Méthode
Recenser les éditions datées et localisées, et comparer la courbe à celle d’autres textes théologiques latins du même moment.

Ce qui la réfuterait : Une diffusion comparable pour d’autres textes théologiques contemporains.

H4. Leipzig 1519 : identifier le point de rupture

  • Master
  • Théologie historique
  • 12-18 mois

Hypothèse. Le tournant décisif n’est pas 1517 mais la dispute de Leipzig, où Eck conduit Luther à admettre qu’un concile peut errer ; l’analyse des procès-verbaux permet de situer précisément le moment et de mesurer si l’aveu est arraché ou préparé.

État de la question
L’importance de Leipzig est reconnue. La question de savoir si Luther y découvre sa position ou l’y révèle n’est pas tranchée.
Corpus
Actes de la dispute de Leipzig ; correspondance de Luther avec Spalatin avant et après ; Resolutiones de 1518 ; écrits d’Eck ; positions de Hus condamnées à Constance.
Méthode
Comparer les positions de Luther avant et après juillet 1519 sur l’autorité conciliaire.

Ce qui la réfuterait : Une position identique attestée avant la dispute.

H5. 1617, 1817, 1917, 2017 : quatre centenaires

  • Doctorat
  • Histoire de la mémoire
  • 4-5 ans

Hypothèse. Les quatre commémorations séculaires construisent quatre Luther différents — polémiste confessionnel, héros national, figure impériale, partenaire œcuménique — et chacun est plus déterminé par la conjoncture politique de son moment que par l’état du savoir historique.

État de la question
Chaque centenaire a été étudié séparément, surtout 1817 et 2017. La comparaison sérielle des quatre n’a pas été conduite.
Corpus
Sermons et médailles de 1617 ; fêtes de la Wartburg de 1817 ; célébrations de 1917 en pleine guerre ; Du conflit à la communion (2013) et Lund (2016) ; iconographie de chaque période.
Méthode
Coder les traits attribués à Luther dans les discours de chaque centenaire et les corréler aux contextes.

Ce qui la réfuterait : Une stabilité de la figure à travers les quatre commémorations.

H6. La thèse 1 et le Nouveau Testament d’Érasme

  • Master
  • Philologie / théologie
  • 12-18 mois

Hypothèse. La première thèse dépend directement de la correction érasmienne de poenitentiam agite, et la chronologie — Novum Instrumentum en 1516, thèses en 1517 — permet d’établir que la Réforme commence par une note de philologue.

État de la question
La dette envers Érasme est reconnue et rarement documentée dans le détail pour ce point précis. Érasme lui-même s’en défendra plus tard.
Corpus
Érasme, Novum Instrumentum (1516) et ses annotations sur Mt 3,2 et 4,17 ; thèse 1 ; Resolutiones de Luther ; correspondance Luther-Érasme ; De libero arbitrio et De servo arbitrio.
Méthode
Collationner l’annotation érasmienne et l’argumentation de Luther, et rechercher les intermédiaires possibles.

Ce qui la réfuterait : Une formulation équivalente attestée chez Luther avant 1516.

H7. Le distique de Tetzel : reconstituer une attribution

  • Master
  • Histoire de la prédication
  • 12-18 mois

Hypothèse. La formule sur l’argent et l’âme n’est attestée sous cette forme que par la thèse 27, où Luther la rapporte comme opinion adverse, et sa circulation ultérieure comme citation de Tetzel est un effet de la polémique — hypothèse testable par le relevé des attestations datées.

État de la question
Le problème est signalé dans les études spécialisées et ignoré partout ailleurs. Les sermons de Tetzel sont partiellement conservés.
Corpus
Thèse 27 et Resolutiones ; sermons et écrits conservés de Tetzel ; Instructio summaria ; polémique illustrée du XVIe siècle ; manuels scolaires des XIXe et XXe siècles.
Méthode
Relever et dater les attestations de la formule, et coder son attribution.

Ce qui la réfuterait : Une attestation de la formule chez Tetzel antérieure à octobre 1517.

Bibliographie sélective

Sources

  • Luther, Martin. Œuvres, tome I. Genève : Labor et Fides, 1957.
  • Luther, Martin. D. Martin Luthers Werke (édition de Weimar), vol. 1. Weimar : Böhlau, 1883.

Études

  • Delumeau, Jean. Naissance et affirmation de la Réforme. 6e éd. Paris : PUF, 1991.
  • Iserloh, Erwin. Luthers Thesenanschlag : Tatsache oder Legende ? Wiesbaden : Steiner, 1962.
  • Lienhard, Marc. Martin Luther : un temps, une vie, un message. 3e éd. Genève : Labor et Fides, 1991.
  • Oberman, Heiko A. Luther : un homme entre Dieu et le diable. Paris : Gallimard, 2001.
  • Pettegree, Andrew. Brand Luther. New York : Penguin, 2015.
  • Du conflit à la communion : commémoration commune luthéro-catholique de la Réformation en 2017. Paris : Bayard, 2014.

Voir aussi